‹ Extraits de MontaigneChapitre 82 sur 353 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

^Chapitre XXIV dans l'cdition de i)9>.)

Du pedantisme.

Sommaire : Les pédants mal vus des plus galants hommes. — Les philosophes anciens méprisés parce qu'on les enviait comme étant au-dessus de la commune façon ; les pédants modernes méprisés comme étant fort au-dessous. — Mauvaise méthode d'enseignement : la mémoire remplie, l'entendement vide. — Nous ne faisons pas nôtres les opinions d'autrui, les choses apprises. — Le faux savant. Le parfait pédant. — A quoi bon la science sans le jugement ? — Instruction des femmes. — Education mor.ile et pratique des anciens. — Sparte et Athènes.

Je me suis souvent dcspité, en mon enlance, de voir es' comédies italiennes tousjours un pédante^ pour badin 3, et le surnom de niagister n'avoit guiere 4 plus honorable signification parmy nous. Car, leur estant donné en gouvernement et en garde, que pouvois-je moins faire que d'estre jalous de leur réputation ? je cherchois bien de 5 les excuser par la disconvenance

1 . Es comédies. — En les, ihiiis les comédies. L'article se contractait avec la préposition en pour donner au singulier la forme el, qui a disparu , et au pluriel les formes els, ens, es. Cette dernière persiste dans des expressions telles que bachelier es lettres, maître es arts, docteur es sciences. Autrefois es était d'un emploi général, tout comme des (pour de les). On dit encore, en matière de jurisprudence, verser es mains de quelqu'un.

2. Pédante. — C'est la l'orme italienne du mot. " On disait d'abord pédante, depuis on a dit ftédant ; puis enfin on a dit pèdan et c'est comme on parle présentement. » (.Ménage.) Pédante, en italien (de-7:3t'.'='j'i), enseigner), désignait tout homme qui instruit les enfants. Montaigne l'a déjà pris

dans cette acception. Voir page 64, note 6. C'est au xvi' siècle seulement que le mot passa de l'italien dans le français, mais pour prendre bientôt la forme pédant qui a prévalu : pèdan ne s'écrit plus.

La véritable signification est celle que nous donnons maintenant au mot pédagogue.

3 . Badin. — Personnage ridicule de l'ancienne farce française. (Petit de Julleville.)

4. On trouve cet adverbe de quantité (voir page 80, note i) sous les formes guéres, guaires, guerres, (jh/itc (Montaigne), guii'res (Mrantome). Sans doute tiré d'un mot germanique, weiger.

5. Nous écririons : je cherchais bien éi. L'emploi des prépositions après des verbes exprimant l'elTort, l'essai, était fort incertain. Montai-

nnturcllc qu'il y a entre le vulgaire et les personnes rares et excellentes en jugement et en sçavoir, d'autant qu'ils vont un train entièrement contraire les uns des autres ; mais en cecy perdois je mon latin, que ■ les plus galans ^ hommes c'estoient ceux qui les avoyent le plus à mespris, tesmoing notre bon du Bellay :

Mais je hay par sur tout un sçavoir pedantesque '.

Et est cette coustume 4 ancienne, car Plutarque dit > que Grec et Escholier estoient mots de reproche entre les Romains et de mespris. Depuis, avec l'eage, j'ay trouvé qu'on avoit une grandissime <> raison , et que niogis tnagtws clericos non siint magis magnos sapienles'. Mais d'où il puisse advenir qu'une ame garnie de la connoissance de tant de choses n'en devienne pas plus vive et plus esveillée, et qu'un esprit grossier et vulgaire puisse

gne a dit aussi : a Ceulx qui cherchent à troubler et changer l'estat de nostre police. » Cf. travailler de, page 62, note i.

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