‹ Extraits de MontaigneChapitre 85 sur 353 · Humeur, dans le sens du latin humor, humidité · texte numérisé non relu

Humeur, dans le sens du latin humor, humidité

5. Aussi vient de aliud sic, d'où alsi. Il exprimait donc, à l'origine, la similitude. Les vieux auteurs le prennent le plus souvent dans l'acception de ainsi. \ji locution aussi comme est très fréquente : « Je le cro\ aussi comme sainte Esglisc le nous etiseigne. » (Joinville.) — « Comme la folie ne sera jamais contente, aussi est la sagesse contente de ce qui est présent. » (Montaigne.)

b. Ce subjonctif /«•n//;, de même que tienne, dépend de ;V dirr's t'Olontiers que. C'est la règle dans l'ancienne langue que le verbe des propositions complétives, quand le verbe de la proposition principale signifie dire, penser, croire, se mette au subjonctif. « Nous créons bien

ESSAIS DE .MON"TAlG\E lOI

et que cette grande charge la tienne comme courbe et croupie. Mais il en va autrement, car nostre anie s'eslargit d autant plus qu'elle se remplit, et aux exemples des vieux temps il se voit ', tout au rebours, que les plus suffisans hommes aux maniemens des choses publiques, les plus grands capitaines, et les meilleurs conseillers aux affaires d'Estat, ont esté ensemble les plus sçavans. Et quant aux philosophes, retirez de toute occupation publique, ils ont esté aussi quelque fois -, à la vérité, mesprisez par la liberté comique î de leur tems, mais au rebours des nostres 4 : car on envioit ceux-là comme

. .'/ soit iT autre part. » (Froissart.) — « Je crois que ce soit une demeure benne pour toutes Us saisons. » (Malherbe.)

1. L'ancienne langue ne connaissait p.is cet emploi du rcflcchi pour le passif. C'est au xvi" siècle seulement que, les formes du passif paraissant trop lourdes, on leur substitua des tours plus vifs : ce qui se dit, se fait, se mange. L'influence italienne aida beaucoup à en généraliser l'usage.

2. Voir page 79, note i. — Ainsi séparé en deux mots, quelquefois eut plusieurs sens. Quelque fois pouvait signifier une fois; et quelques fois, un certain nombre de fois. Montaigne l'écrit un peu au hasard.

j. C.-à-d. la liberté du théâtre comique. Montaigne fait allusion aux railleries d'Aristophane contre Socrate, dans les S'uées.

4. L'édition de 1595 contient l'addition suivante empruntée au Tbéététe de Platon et pleme d'humour satirique :

« Et quant aux philosophes, retire! de toute occupation publique, ils ont esté aussi quelquefois, à la vérité, mesprisez par la liberté comique de leur temps ; leurs opinions et façons les rcndans ridi-

cules. Les voulez vous faire juges des droits d'un procez, des actions d'un homme ? Ils en sont bien prests ! ils cerchent encore s'il y a vie, s'il y a mouvement, si l'homme est autre chose qu'un bœuf; que c'est qu'agir et souffrir ; quelles bestcs ce sont que loix et justice.

Parlent ils du magistrat, ou parlent ils à luy ? c'est d'une liberté irreverente et incivile. Oyent ils louer leur prince ou un roy ? c'est un pasire pour eux, oisif comme un pastre, occupé à pressurer et tondre ses bestes, mais bien plus rudement qu'un pastre. En estimez vous quelqu'un plus grand, pour posséder deux mille arpents de terre ? eux s'en mocquent , accoustnmés d'embrasser tout le monde comme leur possession.

Vous vantez vous de vostre noblesse, pour compter sept ayeulx riches ? ils vous estiment de peu, ne concevans l'image universelle de nature et combicu chascun de nous a eu de prédécesseurs, riches, pauvres, roys, valets, grecs, barbares ; et quand vous seriez cinquantiesme descendanf de Hercules, ils vous trouvent vain de faire valoir ce présent de la fortune. Ainsi les desdeignoit le vulgaire, comme ignorants les pre-

estans ' au dessus de la commune façon, comme mesprisans les actions publiques, comme ayans dressé une vie particulière et inimitable, réglée à certains discours hautains et hors d'usage; ceux-cy, on les desdeigne comme estans au dessoubs de la commune façon, comme incapables des charges publiques, comme trainans une vie et des mœurs basses et viles après le vulgaire, Q.uant à ces philosophes, dis-jc, comme ils estoient grands en science, ils estoient encore plus grands en tout' autre perfection et excellance. Et tout ainsi qu'on dit de ce geometrien ^ de Siracuse, lequel ayant esté destourné de sa contemplation pour en mettre quelque chose en practique à la defîense de sa patrie, qu'il mit soudain en train des engins espouvantaWes et des effets surpassans toute créance humaine, desdaignant toutefois luy mesme toute ceste sienne manufacture ?, et pensant en cela avoir corrompu et gasté la dignité de son art, de laquelle 4 ses ouvrages n'estoient que l'aprentissage et le jouet; aussi eux, si quelquefois on les a mis à la preuve de l'action, on les a veu 5 voler d'une aisle si haute, qu'il paroissoit bien leur cœur et leur àme s'estre merveilleusement grossie et enrichie par l'intelligence des choses. Mais leurs imaginations, logées au dessus de la fortune et du monde, leur faisoient trouver les sièges de la justice et les thrones mêmes des roys, bas et viles. Un d'entr'eux. Thaïes 6,

micrcs choses et communes, et comme présomptueux et insolents.

Mais cette peinture platonique est bien esloignee de celle qu'il fault à nos hommes. On cnvioit cculx là comme csUns »

1 . Estans , mesbrisans, ayans dressé, trainans. — Voir, pour l'accord des participes présents, p. 42,n.4.

2. Geonutricn est la forme qu'emploient les écrivains du xvi' siècle, Amyot p.tr exemple. Signif. : géoviètre. — Ce gèomèlrien de Siracuse, c'est Archiniéde.

j. C.-à-d. tous les engins qu'il avait inventés pour détruire la flotte des Romains. — Archimcde enlevait les vaisseaux romains avec des leviers munis de crampons, pour les briser contre les rochers, ou bien il les brûlait avec des miroirs ardents.

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