‹ Extraits de MontaigneChapitre 99 sur 353 · C.-à-d. du professorat · texte numérisé non relu

C.-à-d. du professorat

7. Marmiteuses. — Mot probablement formé de la particule péjorative mar (mal) , et de imtis {doux). Sens : mal doux , misérable, souffreteux . Cf. cbattemilc.

8. Ici se place, dans l'édition de 1595, cette belle sentence : « Toute autre science est dommage.ible à celuy qui n'a la science de la bonté. » — Puis vient une page curieuse sur le choix des aptitudes.

Il faut la reproduire. On y voit,

En cette belle institution que Xenophon preste aux Perses, nous trouvons qu'ils apprenoient la vertu à leurs enfants, comme les autres nations font les lettres. Et m'a semblé chose dii^ne de très-grande considération •que, en cette excellente police ' de Lycurgus, et à la vérité monstrueuse ^ par sa perfection, si songneuse 3 pourtant de la nourriture des cnfans comme de sa principale

iomnie du reste en beaucoup d'autres passages, que Montaigne n'était pas exempt d'une certaine morgue aristocratique.

Il Mais la raison que je cherclioys tantost, seroit elle point ^ussi de là, que, nostre estude en France n'ayant quasi autre but •que le proutit: moins de ceux que nature a foit naistre à plus généreux offices que lucratifs, s'adonnants aux lettres, ou si courtement •.{retirez, avant que d'en avoir prins appétit à une profession qui n'a rien de commun avec les livres), il ne reste plus ordinairement, pour s'engager tout à faict à l'estude, que les gents de basse fortune qui y questent des moyens à -vivre ; et de ces gents là les âmes ■cstans, et par nature et par institution domestique et exemple, du plus bas aloy, rapportent taucement le fruit de la science; car elle n'est pas pour donner jour à l'ame qui n'en *a point, ny pour faire voir un aveugle ; son niestier <:st, non de luy tourriir de veue, mais de la luy dresser, de luv régler ses allures, pourveu qu'elle aye de "»y les pieds et les jambes droituî ^t capables. C'est une bonne drogue que la science; mais nulle drogue n'est asscs forte pour se preser\'er sans altération et corruption, selon le vice du vase qui 1 esiuye. Tel a la veue claire, qui lie l'a pas droitte ; et p.<r conséquent

void le bien, et ne le suit pas ; et void la science, et ne s'en sert pas.

La principale ordonnance de Platon en sa Republique, c'est « don- II ner à ses citoyens, selon leur naît ture, leur ciiarge. » Nature peut tout et fait tout. Les boiteux sont mal propres aux exercices du corps ; et aux exercices de l'esprit, les anies boiteuses : les bastardes et vulgaires sont indignes de la philosophie. Quand nous voyons un homme mal chaussé, nous disons que ce n'est pas merveille, s'il est chaussetier; de mesme il semble que l'expérience nous offre souvent un médecin plus mal médecine, un théologien moins reformé, et coustumierement un sçavant moins suflîsant qu'un aultre. »

I . Police. — C.-à-d. ensemble des lois, législation, organisation poli- //(^//e: grec "oX'.TEia. V. p. 86, n. 6.

?.. Monstrueuse. — C.-à-d. prodigieuse (nionstruni, prodige). Voir page 43, note 6, et page 47, note 5. Tel est, évidemment, le sens de Montaigne, puisqu'il vient d'appeler excellente la « police » de Lycurgue. Nous qui ne partageons pas son admiration pour Sparte, nous prendrions volontiers a monstrueuse » dans le sens de « contraire à la nature ».

3. Songneuse. — Ancienne forme pour soigneuse et qui poumiit venit de soniniuw, étyniologie que du Cange a proposée pour soigneux.

charge, et nu gittc mesmcs des Muses, il s'y face ■ si peu de mention de l'apprentissage des lettres : comme si cette généreuse jeunesse, desdaignant tout autre joug que de la vertu, on luy ave deu fournir, au lieu de nos maistrcs de science, seulement des maistres de vaillance, prudence et justice. La façon de leur discipline 2, c'estoit leur faire ' des questions sur le jugement des hommes et de leurs actions; et s'ils condamnoient et loùoient ou ce personnage ou ce faict, il failloit raisonner leur dire, et par ce moven ils aigiiisoient ensemble leur entendement et apprenoient la justice. Astiages. en Xenophon, demande à Cvrus conte •♦ de sa dernière leçon : « C'est, dict-il, qu'en nostre escole un grand garçon, ayant un petit saye >, le donna à un de ses compaignons de plus petite taille, et lui osta son saye, qui estoit plus grand. Nostre précepteur m'avant faict juge de ce différent, je jugeav qu'il falloit laisser les choses en cet estât, et que l'un et l'autre sembloit estre mieux accommodé en ce point : sur quov il me remontra que j'avois mal fait, car je m'estois arresté à considérer la bien séance, et il fiilloit premièrement avoir proveu à la justice, qui vouloit que nul ne fust forcé en ce qui luy appartenoit. » Et dict qu'il en fut foité ^, tout ainsi que nous sommes en nos villages, pour avoir oublié le premier aoriste de t-j-toj 7. Mon régent s me feroit une

1. C'est le réfléchi pour le passif. — Voir page ici, note i.

2. Disnpline, dans le sens latin de enseignement, éducation, manière (Tinitmire.

î . Nous dirions : c'était de leur faire. .Mais il faut remarquer que cet emploi de la préposition de avec l'infinitif est une des singularités de notre langue. Montaigne, en l'omett-int, se conforme à la syntaxe latine.

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