‹ Extraits de ses lettresChapitre 108 sur 146 · SCENE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

SCENE QUATRIÈME

SUZANNE

Où étais-tu cachée, je te cherche depuis ce matin?

JUSTINE

Que me veux-tu ?

SUZANNE

Aller avec toi si tu pouvais m'y faire entrer.

JUSTINE

Tu t'ennuiero^is chez nous ; il n'y a ni bruit, ni tintamarre.

SUZANNE

Sais-tu déjà ce qui nous est arrivé?

JUSTINE

Si je le saisi on en parle tout haut dans les rues et ta maîtresse est la fable du monde.

SUZANNE

On a bien raison, je n'ai jamais vu une femme si insensée. Je voudrais qu'elle fût bien loin; voilà mes plus belles années perdues.

JUSTINE

Ne t'a-t-elle pas payée?

SUZANNE

Payée I elle n'a pas le sou, la pauvre misérable!

JUSTINE

Mais tu t'es bien divertie, et tu avais le bel air! Contemoi, je t'en prie, comment on s'est ruiné en si peu de temps.

SUZANNE

Ma maîtresse ne pensait jamais à ses affaires; elle donnait à toute dépense, elle ne comptait jamais; elle jouait son argent comptant, et achetait à crédit; elle dormait jusqu'à midi, et veillait toute la nuit. Nous faisions tout ce que nous voulions; chacun tirait de son côté; grande chère, et volée par les domestiques.

JUSTINE

Mais faisait-elle comme cela dès qu'elle fut mariée?

SUZANNE

On dit que non, que petit à petit elle en est venue là ; elle aimait l'ajustement et le plaisir; une femme sans courage qui ne voulait point se donner de la peine !

JUSTINE

La voilà bien, elle s'en repentira à loisir.

SUZANNE

Prends pitié de moi, elle deviendra ce qu'elle pourra.

JUSTINE

Quoi! tu ne l'aimes point?

SUZANNE

Le moyen d'aimer une folle 1 je tâchais de m'en divertir, mais dans le fond je ne pouvais la souffrir.

JUSTINE

Viens voir ma maîtresse pour juger de la différence qu'il y a de femme à femme.

Les femmes font et défont les maisons.

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