‹ Extraits de ses lettresChapitre 109 sur 146 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

M. DE SOMBREUIL

Soyez le bienvenu, monsieur; il y a longtemps que j'avais envie d'avoir l'honneur de vous voir.

M. DE SAINT-DIDIER

Je ne le désirais pas moins; mais j'ai tant d'affaires chez moi, que je ne puis guère quitter.

M. DE SOMBREUIL

Pour moi, je n'ai point d'affaires; j'ai abandonné mon bien, parce qu'il ne me rapportait que très peu de chose. Que pouvez-vous faire du vôtre qui vaut encore moins que le mien?

M. DE SAOT-DIDIER.

Je le fais valoir avec de la peine et du soin; mais El me suffit pour ma subsistance et celle de toute ma famille.

M. DE SOMBREUIL

Ce que vous dites n'est pas possible ; je connais ce que vous avez, vous ne sauriez aller au bout de l'année.

M. DE SAINT-DIDIER

Je vous surprendrais donc bien, si je vous faisais voir que j'en ai de reste, que j'envoie de l'argent à mon fils à l'armée, et que je pourrais bien marier ma fille aînée!

M, DE SOMBREUIL

Vous avez donc la pierre philosophale?

M. DE SAINT-DIDIER

Je ne l'ai point, mais je travaille : je me lève matin, je me couche tard, nous sommes sobres, et trouvons moins de honte à ne manger quelquefois que du pain et des légumes que d'être à charge à nos amis, ou d'ailsr mendier du secours.

M. DE SOMBREUIL

Un homme de votre condition vivre de légumes?

M. DE SAINT-DIDIER

Nous n'en vivons pas toujours, et nous faisons quelquefois très bonne chère par le gibier que je tue et par notre basse-cour; mais si nous pouvions vendre ce que nous mangeons, nous le ferions volontiers, ne comptant point pour un malheur de vivre de pain; mon bonheur est d'avoir une famille qui pense comme moi.

M. DE SOMBREUIL

Où trouvez-vous de l'argent pour habiller vos enfants?

M. DE SAINT-DIDIER

Ma femme et mes filles filent la toile et l'étoffe dont nouv avons besoin.

M. DE SOMBÏIEUIL.

Vous les élevez donc en servantes? Ont-elles oublié leur naissance?

M. DE SAINT-DIDIER

Elles s'en souviennent pour ne faire jamais de bassesses, pour s'élever par leur courage au-dessus de leur fortune; et ces personnes qui ne sont vêtues que de la toison de leurs moutons ont assez de générosité pour être ravies que le profit de leurs épargnes soit employé, pour celui de la famille qui en a le plus besoin.

M. DE SOMBREUIL

J'ai été contraint de retirer mes enfants du service du Roi ; nous cherchons les uns et les autres à nous donner à quelque particulier ; en attendant, tout nous manque.

M. DE SAINT-DIDIER

Je vous plains du parti que vous prenez.

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