‹ Extraits de ses lettresChapitre 110 sur 146 · SCENE DEUXIEME · texte numérisé non relu

SCENE DEUXIEME

CONSTANCE

Quel plaisir de vous retrouver après une si longue séparation, ma chère sœur !

ADÉLAÏDE

Il est bien grand pour moi ; mais vous me paraissez en mauvais état.

CONSTANCE

Vous n'êtes pas de même, ce me semble; quel bonheur avez-vous trouvé?

ADÉFAÏDE.

Quand la perte de nos biens nous sépara, je songeai

promptement à ce que je pouvais faire pour ne pas tomber dans la nécessité ; je pris courage, je me mis dans une chambre et j'attirai de petites filles chez moi ; je m'appliquai à leur montrer tout ce qu'on m'avait appris dans ma jeunesse. Les parents en furent satisfaits, et il y eut de l'empressement à m'en donner. Ce travail me fournit abondamment de quoi vivre; je pris un plus grand logement, et je continue dans cet emploi, le trouvant également bon pour ma fortune et pour mon salut.

CONSTANCE

Je vous admire ! mais je n'aurais jamais la force d'en faire autant, et j'aime mieux manger en repos ce que je puis trouver dans la charité de ceux qui ne connaissent pas ma misère. Voilà tout ce que j'ai fait depuis que je vous ai quittée.

ADÉLAÏDE

Quoi ! vous ne voudriez pas venir partager mon travail et mon bien?

CONSTANCE

Non, je ne saurais rien faire.

ADÉLAÏDE

Ce malheur est plus grand que la misère. J'admirais l'autre jour deux jeunes garçons de notre quartier : l'un est né bien fait, l'autre estropié à n'avoir que les bras de libres, et tous deux dans une extrême nécessité; celui qui est sain demande l'aumône, et l'estropié gagne par son travail de quoi subsister et de quoi nourrir un autre misérable, qui lui rend les services dont il a besoin.

CONSTANCE

Je n'ai jamais pu comprendre qu'on pût vivre de son travail, et j'aime mieux mourir à l'hôpital.

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