SCÈNE TROISIEME
MARTINE
Est-ce toi, ma chère Marguerite? j'ai de la peine à te reconnaître,
MARGUERITE
C'est moi-même, il est vrai que je me meurs.
MARTINE
On m'a dit que tu étais si bien placée.
MARGUERITE
On t'a dit vrai, mais j'ai trop de peine.
MARTINE
Qu'est-ce que tu fais?
MARGUERITE
Je sers ma maîtresse en tout et partout ; je suis sa femme de chambre, sa cuisinière, son laquais, sa couturière, sa blanchisseuse; en un mot, je suis de tout métier.
MARTINE
Est-ce que tu es toute seule?
MARGUERITE
Et par ma faute. Ma maîtresse voulait partager en deux tout ce que je viens de te dire; mais j'ai eu peur qu'une autre partageât aussi les profits et peut-être l'amitié de madame, qu'elle ne me débusquât, et j'ai entrepris de tout faire.
MARTIÏE.
Tu as fort bien fait, car tu auras tout.
MARGUERITE
Mes héritiers auront tout, car pour moi je sens bien que je ne ferai pas de vieux os.
MARTINE
Tu te repens donc?
MARGUERITE
Oui, vraiment, jeme repens, car je sens que tout m'échappe des mains, et que je n'en aurai que le mal.