‹ Extraits de ses lettresChapitre 12 sur 146 · L INTRODUCTION · texte numérisé non relu

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reries, les opiniâtretés offraient le moins de prise à la raison ; elles appartenaient à l'âge de la transition, à l'âge ingrat où l'esprit n'est pas encore rassis, ni le caractère réglé : Mme de Maintenon qui s'obligea à faire successivement toutes les classes les conserva plus longtemps que les autres, et elle en fut fatiguée jusqu'à s'en montrer parfois découragée. Elle aimait lescouleiirs de feu, qu'on choisissait dans l'élite; mais ses préférées étaient les noires, celles qui participaient soit à la direction des classes, soit à la direction générale de la maison. Elles formaient le corps où se recrutaient généralement les novices; lorsqu'elles sortaient de la maison pour se marier, on leur donnait une dot plus forte qu'aux autres. Mme de Maintenon craignait toujours qu'on abusât de leur bonne volonté. « Surtout ménagez vos noires, répétait-elle souvent, c'est notre honneur et notre force. » 11 n'existait d'ailleurs aucun privilège; on n'avait aucun égard à la naissance ou aux protections : Mme de Maintenon se féhcitait de voir ses propres parentes traitées comme les autres. Chaque élève avait dans sa classe une table à part, des obligations propres, une responasbilité personnelle. On cherchait à développer ce sentiment. La punition suprême était le renvoi, qui n'était prononcé qu'après avis du Conseil de dedans pour des cas graves : l'esprit de révolte, l'esprit de dépravation ou ce qu'on appelait l'esprit de nouveauté en matière de religion. Il n'y avait pas de plus haute récompense que la participation à l'enseignement et à la surveillance : on usait beaucoup, à Saint-Cyr, des procédés d'enseignement mutuel. Mme de Maintenon les considérait, pour les maîtresses, comme un soulagement nécessaire, pour les demoiselles, comme le moyen le plus eflicace de commencer leur apprentissage du mères de famille.

C'est cet ordre qu'il avait fallu organiser et soutenir. Pour l'organiser, Mme de Maintenon ne disposait, à l'origine, d'aucune ressource. Noisy lui avait fourni les cadres des classes; mais les maîtresses faisaient défaut. Presque au lendemain de la translation, elle avait été obligée de se séparer de Mme deBrinon, dont l'expérience, si elle eût été plus sûre, aurait pu l'aider à les former. Mme Loubert, élue supérieure à sa place, avait à peine vingtdeux ans, et la maturité de celles qui lui servaient de eonsei n'était guère plus avancée. Uèglements, traditions, tout était à

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faire. On n'avait même pas l'exemple des couvents, puisqu'il s'agissait de rompre avec les pratiques des couvents. Mme de Maintenon était pénétrée du sentiment de ces difficultés. Elle comprenait admirablement surtout que les instructions les plus précises, se fussent-elles trouvées toutes rédigées, ne pouvaient suftlre. « Tout consiste dans la sagesse des Dames, disait-elle : avec cela, tout ira bien; sans cela, nous aurons beau établir des règles, nous ne ferons rien qui vaille. » Il s'agissait de créer l'ame même de la maison. C'est la partie la plus personnelle et non la moins remarquable de son œuvre pédagogique.

Après avoir défini en quelques lignes dans des espèces de mémentos sommaires les principes généraux de l'institution, elle s'imposa la tâche de les interpréter, de les éclaircir, de les développer, au jour le jour, suivant les besoins, écrivant, tantôt aux unes, tantôt aux autres, des lettres que l'on se communiquait, s'adressant aussi en certaines circonstances à tout le monde à la fois. En 1696, les Dames, comprenant le parti qu'elles pouvaient tirer de ces instructions pour leur édification propre et pour la préparation des novices, en firent faire dos copies. On rassembla tout ce que l'on put trouver, les billets familiers comme les autres, ceux même qui contenaient moins d'encouragements flatteurs que de critiques utiles, et on les relia en volumes, qui furent déposés dans la biblio thèque de la communauté Plus tard vinrent s'y joindre au fur et à mesure les lettres et les entretiens conçus dans la même pensée de direction. L'ensemble constitue le fonds sur lequel Saint-Gyr a vécu pendant un siècle. Pour nous rapprocher des usages et de la langue d'aujourd'hui, c'est ce qu'on pourrait appeler le cours normal de Mme de Maintenon.

En voici les principes fondamentaux.

La première 'maxime inculquée aux Dames de Saint-Cyr était que (( tout doit céder à l'éducation des demoiselles ». Le vœu par lequel elles s'engageaient à cet égard, bien qu'il ne fut prêté que le quatrième, était le principal. C'est par là qu'elles se distinguaient de toutes les autres religieuses ; c'était la fin de leur institution. Il n'était rien à quoi on ne fût excusable de manquer pour y rester fidèle, office, prière, ou jeune; rien qu'on ne dût y ramener, travail, repos, souci de bien-être ou de plaisir. Les demoiselles étaient dans la maison « ce que sont les pauvres dans le? hôpitaux, les séminaristes dans les séminaires, les externes i iix Ursuhnes, les écoliers dans les collèges » ; c'est par rapport 'i elles qu'il fallait régler l'occupation du jour et de la

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nuit. En entrant à Saint-Cyr, on prenait charge d'âmes -, on en répondait devant Dieu, et on n'en pouvait répondre qu'à la condition de se donner. Or se donner, c'est ne rien excepter, ne rien réserver de soi. Les instructions chargeaient les maîtresses de suivre, de veiller, de gouverner les demoiselles en tous lieux et dans tous les exercices, à l'église, aux classes, dans les jardins, au réfectoire, au dortoir où elles couchaient auprès d'elles, aux récréations où, tout en se jouant, on peut jeter de si bonnes maximes; elles leur recommandaient en outre de ne se rebuter, de ne se dégoûter de rien : de « réchauffer les enfants dans leurs frissons, de les essuyer dans leurs sueurs, de s'enfermer avec elles dans leurs maladies contagieuses )). La règle du sacrifice ne pouvait être trop complète : « Le mot d'élever s'étend à tous les soins des mères. )) Et cependant la règle elle-même ne pouvait tout prévoir : il y a des devoirs en dehors et au-dessus de la règle; « ce qui fait que le devoir d'éducation est une des plus grandes austérités que l'on puisse pratiquer, c'est qu'il n'admet point de relâche ». La maîtresse, en même temps qu'elle est appelée par sa vocation à sortir de soi, à s'oublier, est tenue de s'observer sans cesse : un mot, un regard qui lui échappe à contretemps et que l'enfant ne manquera pas de saisir, peut compromettre le prestige ou le caractère de son autorité : (( Il n'y a personne devant qui j'aurais plus rougi de faire une faute, — disait Mme de Maintenon qui ne craint jamais de payer d'exemple, — que devant M. le duc du Maine. » Ce n'est même pas assez encore que cette vigilance toujours en éveil pour prévenir ses propres défaillances ou corriger celles des demoiselles; il y faut joindre une vertu agissante. Si les impatientes ont tort de ne pas faire la part du temps dans les progrès qu'elles attendent, plus grave est le tort des indifférentes qui ne préparent pas le travail du temps par un effort de tous les moments, « Il faut remuer les passions des enfants avec discrétion, mais il faut les remuer pour arriver à les connaître et être en mesure de les combattre. Ne s'est-il point passé de jour que vous n'ayez donné une bonne maxime à votre classe? Ne vous êtes-vous point couchée que vous ne puissiez vous dire que vous avez attaqué quelque défaut, fait aimer quelque vertu, éclairé ou redressé quelque conscience, conseillé et obtenu un acte de raison; alors seulement, vous aurez le droit de vous rendre témoignage et d'être contente de vous. » Toutefois cette action incessante ne devait être vraiment bonne et utile qu'autant qu'elle se rattachait et se subordonnait

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à l'action générale. C'est le second principe de Mme de Maintenon. « L'intelligence et l'uniformité des maîtresses, disait-elle, sont le capital dans le gouvernement d'une maison. » A bien faire isolément, on ne fait rien ([ui profile. De la première à la dernière, il est nécessaire que « toutes les Dames se tiennent dans une grande union, en sorte que les demoiselles se sentent enveloppées dans le même esprit ». Que chacune garde sou caractère : c'est par là qu'elle vaut; mais il n'est permis à personne d'être singulière, de tirer à soi, de ne faire que ce qui lui convient et comme il lui convient. « On doit dire aux demoiselles, à l'infirmerie, au garde-meuble, à la porte et à l'apothicairerie, ce qu'on leur dit dans les classes et avoir toutes les mêmes règles d'éducation, quoi qu'on y soit employé différemment. )) C'est vainement qu'on se retrancherait sur sa bonne volonté et sur ses lumières. Où il y a discordance, le trouble s'introduit. Pour ne pas connaître les causes de ces désordres, les demoiselles n'en subissent pas moins les effets. A la supérieure d'établir l'accord dans la maison, à la maîtresse générale de chaque classe de l'établir dans la classe, aux autres de suivre. L'unité de doctrine est la force de l'éducation.

C'est d'ans cette pensée qu'étaient réglés les rapports des élèves avec les maîtresses. Les attachements tendres étaient proscrits à Saint-Cyr. Dès qu'une enfant avait quitté une classe, elle cessait complètement d'appartenir à celle qui l'avait dirigée. Sur ce point, comme sur tous ceux qui touchent à certaines délicatesses de râme,Mme de Maintenon va jusqu'aux limites extrêmes de la fermeté, et parfois elle les dépasse. « 11 faut apprendre aux demoiselles à aimer raisonnablement, comme on leur apprend autre chose. » Les amitiés particulières lui paraissaient un danger, les amitiés étendues et banales, une faiblesse. « Ce n'est qu'en se faisant aimer sans doute qu'on se fait obéir; mais on ne se fait vraiment aimer qu'en se faisant estimer. » L'attachement au devoir, à la justice, à la raison, aux vérités utiles, i'amour du bien pour le bien, voilà les fondements de la discipline que l'on respecte : la solidité dans la conduite d'abord, les douceurs du sentiment après, quand elles ne peuvent plus être nuisibles et pourvu qu'elles ne sortent jamais de la mesure.

Un troisième devoir essentiel s'imposait aux maîtresses à l'égard des demoiselles : la sincérité.

L'adoption de Saint-Cyr était une adoption complète. On ne demandait aux familles ni sacrifice, ni concours; à neine les laissait-on voir leurs enfants quatre fois l'an, au panoir, en pré-

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sence d'une surveillante ; et cette sévérité qui nous étonne aujourd'hui avait, comparativement à la règle des couvents, un caraclère de tolérance. Mais quels pouvaient être les résultats de ces visites, alors même qu'il s'y joignait de temps à autre des lettres, toujours soumises d'ailleurs à un contrôle sévère? Les demoiselles appartenaient à la maison qui, pendant dix ans pour le plus grand nombre, pendant treize pour quelques-unes, les possédait tout entières. C'était donc un devoir d'honnêteté rigoureuse de les éclairer sans complaisance. D'ailleurs il ne s'agissait pas seulement d'elles-mêmes : religieuses ou séculières, elles devaient servir à répandre dans tout le royaume les principes qu'elles recevaient; chacune d'elles était une semence -de vertu : seconde et puissante raison pour les bien garder de se laisser prendre aux apparences, de se faire illusion sur leur esprit et leurs talents, de s'attribuer des mérites qu'elles n'avaient point. Mme de Maintenon, qui dans les voyages où elle suivait le roi, se faisait envoyer les notes, surtout celles des jaunes et des bleues, exigeait qu'elles fussent toujours exactes et que les intéressées les connussent. Elle contrôlait les témoignages. Si on lui adressait quelque lettre ou quelque composition, elle flairait les corrections et les retouches. Elle en riait quelquefois. « Je voudrais bien savoir combien de brouillons ma sœur de Rouy a faits et qui lui a tenu la main ; car Solar (c'était une élève qu'elle avait prise pour secrétaire) me rend fort défiante des beaux ouvrages de ces demoiselles. » Elle s'en fâchait le plus souvent. Elle ne voulait pas de ce qu'elle appelle une éducation extérieure et toute de secours. C'est le fond qu'elle demande qu'on attaque et qu'on montre, le fond avec ses imperfections, mais avec sa probité, le fond qui ne trompe personne, ni les autres, ni soi.

Toutes ces vertus professionnelles pouvaient tirer du sentiment de l'abnégation religieuse une partie de leur force; mais ce sentiment devait, comme tous les autres, rester simple, sage, sans emportement ni subtilité. De tout temps, le danger avait été dans ces excès de zèle. Il s'était accru après la transformation de l'institution en monastère. L'invasion des idées de Mme Guyon l'avait rendu menaçant. C'est une dame de Saint-Cyr qui avait introduit « les nouveautés », Mme de la Maisonfort, fon goûtée d'abord de Mme de Maintenon, chez qui l'habitude d'une discrétion voulue n'avait jamais complètement amorti la promptitude à la confiance. Mme de la Maisonfort avait été bientôt éconduile; mais tout l'esprit du quiélisme n'était pas sorti de la

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maison avec elle. On se complaisait dans les raffinements d'analyse intérieure, on recherchait les délicatesses de grâce d'état, les beaux procédés, les ragoûts d'oraison; on était tout à l'esprit, ne voulant rien accepter, rien entendre qui n'en portât la marque. Mme de Maintenon faisait la guerre, une rude guerre, à ces précieuses de religion. Elle la faisait en vue des demoiselles, que l'exemple pouvait entraîner dans des voies funestes; elle le faisait pour les maîtresses elles-m.êmes, que celte agitation maladive détournait de leur devoir. L'esprit religieux qu'elle portait en toute chose, d'une rigueur parfois étroite dans les applications, était, en son principe, robuste et sain. Dans les supérieures elle cherchait le bon sens et la modération, dans les novices, l'ouverture de cœur et la simplicité. A l'égard des Dames comme à l'égard des demoiselles, elle était sans pitié pour les fausses pudeurs de sentiment et de langage : le jour où elle s'égayait aux dépens de la classe J^mne qui avait rougi en entendant le mot de culotte, ou de la classe bleue devant laquelle on n'osait prononcer le mot de mariage, le trait atteignait les maitresses en même temps que les élèves. Au fond, ces effarouchements puérils ne l'inquiétaient pas. Ce qu'elle surveillait avec une préoccupation ardente, c'était le développement des dispositions à une sorte de mysticisme inquiet. Elle en démêlait admirablement les ressorts cachés, elle en mettait à nu l'orgueil secret. Dans ces retours de la conscience sur elle-même, dans ces picotements, ces scrupules, elle savait trouver et n'hésitait pas à démasquer le fond commun : l'amour-propre « qui s'épluche pour se satisfaire et qui aime mieux se tourmenter que s'oublier ». A la piété qui enfle l'esprit et le dégoûte, elle opposait la piété qui inspire les sentiments généreux; à la fausse simphcité dont on s'enorgueillit, la simplicité vraie qui fait qu'on se renonce; aux rêveries tendues qui attristent et épuisent, « les débandements d'imagination et les relâchements degaîté »; à la religion spéculative, la religion d'action. « Vous ne pouvez pas avoir de plus mauvaise compagnie que vous-même, répète-t-eile sans cesse dans ses Lettres édifiantes; sortez de votre intérieur; soyez à tout le monde, au heu d'être à vous seule ; ne vous abîmez point dans des bagatelles, et faites bonnement ce que vous avez à faire. Les devoirs d'état sont la véritable piété. Il n'y a point de haire ni de cilice qui vaille une occupation bien remplie. Un retranchement de réponses sèches, fières et rudes, un sincère abandon au bien d' autrui vaut mieux que tous les jeûnes et que tous les appétits de perfectionnement déraisonnable. Une médecine donnée dans

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3'obéissance suivant votre charge, dans Tapothicairerie, vous sera plus utile et meilleure qu'une oraison hors d'œuvre, et c'est ce bon esprit-là que je voudrais établir dans la maison. «

Tous les esprits n'étaient pas en état de recevoir le même conseil de la même façon. A l'origine surtout, les Dames étaient de provenance et de complexion très diverses. Mme de Maintenon prenait le ton avec toutes : avec Mme de Saint-Pars dont la compréhension un peu lourde, même dans la subtilité, n'était guère faite pour quitter terre, comme avec Mme de Bouju, sa chère Jaune, dont l'esprit éthéré n'avait jamais fait que deux élèves, devenues folles par excès de scrupule; avec Mme du Radouay, intelligence pénétrante qui aimait à se rendre compte, comme avec Mme du Veilhan, âme vaillante que les bulletins de campagne exaltaient, esprit politique qui suivait et expliquait les négociations de paix. Parmi les Dames de la fondation et de la première époque, quelques-unes attiraient particulièrement ses sympathies : Mme de Brinon, Mme de Fontaine, Mme du Pérou, Mme de Saint- Aubin, Mme de Berval, Mme de Montalembert. Mme de la Maisonfort, Mme de Glapion, — Mme de Brinon, une grande dame qui n'a jamais voulu cesser de l'èlre, d'humeur hautaine, d'esprit entreprenant, aimant Téclat, le bruit, les fète^, composant des tragédies pour Saint-Cyr avant Racine et empru?"»tantà Fagon ses formules, une sorte de femme savante, mais avec du fond et de la grâce, frayant avec tous les beaux esprits, assez en cour auprès de Louis XIV, qui ne manquait pas d'indulgence pour ses hardiesses et qui l'avait consuK4e pour la rédaction des Constitutions, dont il fallut se séparer pourtant parce qu'elle aurait définitivement « tout gâté », mais avec laquelle il n'y eut jamais rupture, parce qu'elle savait faire aimer son esprit de ressources et de bonne compagnie; — Mme de Fontaine, la première supérieure générale élue après la transformation de Saint- Cvr, d'inlehigence droite et élevée, de caractère accommodant et fidèle dans l'obéissance, tout à fait propre à exécuter un plan de réforme, instruite et mieux préparée à l'enseignement qu'elle avait fourni dans la classe hleue qu'à la haute direction, d'une beauté remarquable et telle, que, « Madame lui ayant mis un jour, par forme de jeu, une coifture de cour, elle la lui enleva bien vite de peur qu'elle ne se vît et ne se rendit compte de l'admiration qu'elle excitait » ; — Mme de Pérou, arrivée en pleine maturité au gouvernement de la maison et rappelée huit fois au généralat, rassise et sage comme Mme de Fontaine, mais de portée plus haute et de plus ferme appui; — Mme de Saint-

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Aubin, qui, enlevée à la fleur de l'âge et ayant été la première que la communauté eût perdue, avait laissé dans tous les cœurs un souvenir gracieux; — Mme de Berval, sérieuse et avisée, capable de tenir la plume (c'est elle qui avait mis en ordre les Lellrea el les Entretiens), mais cherchant ses aises, aimant son indépendance et se faisant trop souvent rappeler à l'observation des règles qui lui pesaient; — Mme deMoritalembert, une singulière, toujours en quête de perfection idéale et de voies extraordinaires, iUuminée et superstitieuse, qui n'ouvrait les lettres de Mme de Maintenon que devant le saint Sacrement, après avoir invoqué le saint Esprit pour obtenir la grâce d'en profiter, et à qui « Madame, que ce jeu désobligeait fort, envoya un jour un gros paquet où il n'y avait que ces mots : « Je souhaite que votre rhume passe; ma sanfé est bonne. » — Mme de laMaisonfort,la chanoinesse, associée aux premiers efforts de Mme de Brinon, et née pour s'entendreavecelle, persuadée qu'elle faisait merveille « en remphssant l'esprit des demoiselles des histoires profanes, des fables des fausses divinités, des philosophes et choses semblables », « éprise bientôt après, du premier coup, de Mme Guyon, de ses élans, de ses mouvements subits, de ses renoncements, et qui portait son Yol si haut que nul ne la pouvait suivre : » cœur ardent, intelligence sans équilibre; — enfin Mme de Glapion, la perle de Saint- Cyr, dont les défauts auraient été les vertus des autres, joignant une âme délicate et tendre à un savoir étendu, ayant étudié la médecine, la pharmacie, la botanique, la chirurgie avec profit et sans se laisser enivrer, se délectant à faire des recueils de cartes, en dessinant elle-même, fort en secret (car c'était une étude peu appréciée), ayant du goût pour toutes les sortes d'esprit, mais se laissant attacher à l'apothicairerie pendant quatre ans « pour s'amortir », infirmière adorée de ses malades, mailresse de classe originale, qui aurait voulu, pour le catéchisme comme pour le reste, qu'on se bornât à suivre l'enfant de question en question, de curiosité en curiosité, supérieure remarquable, élue l'année même de la mort de Louis XIV, et entre les mains de qui Mme de Maintenon laissa l'avenir de sa chère maison avec confiance : la seule, disait-elle, qui n'eût en rien trompé ses espérances, et qui la représentait si bien dans ses grâces sohdes que, d'après les Mémoires des Dames, pendant dix ans on crut la voir en elle toujours vivante.

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Ces conseils «i pressants, ces directions si précises, Mme de Maintenon les appuyait de son action. Bien des institutions nous apparaissent dans le passé, indépendantes et comme isolées de leur fondateur : l'établissement créé, ils en avaient retiré la main. On ne conçoit pas Saint-Cyrsans l'action personnelle de Mme de Maintenon. Ce qu'elle avait été pendant tant d'années chez tout le monde, elle le devient là, où elle était chez elle : la lumière, la vie, le charme. Elle s'était fait réserver une chambre à Noisy; à Saint-Cyr, elle avait un appartement. C'est là qu'elle se retira après la mort du roi. Pendant sa vie, elle ne faisait le plus souvent qu'y passer les journées. Mais quelles journées! Le matin, elle arrivait avant le lever, aidait à habiller les petites, surveillait le ménage, prenait sa part de tous les embarras, entrait en classe et suivait les exercices. Ses visites n'étaient jamais des surprises; on l'attendait toujours; tant on savait bien que, si elle pouvait s'échapper, ne fût-ce que quelques heures, elle viendrait; et dès qu'elle était arrivée, elle s'ulihsait; on lui avait demandé une semonce pour telles ou telles, et elle leur faisait à part son petit prône, un entretien général, et elle parlait : « ce que Saint-Cyr lui a fait perdre de temps en ce genre, dit Saint-Simon, est incroyable. » Les demoiselles, les novices, les dames avaient chacune leur tour; elle n'était jamais si pressée qu'elle ne laissât en passant le mot qui porte, le rayon qui éclaire. Elle est « toujours en train d'éducation »; elle aime à s'entendre dire et elle se dit volontiers à elle-même « qu'elle n'est pas sans talent là-dessus : c'est son sensible ». Pendant dix-huit mois elle avait pris les classes, toutes les classes l'une après l'autre, non par intermittence et par caprice, mais comme une maîtresse à la tâche, pour se mieux rendre compte. Elle n'a pas de plus grande joie que d'assister aux récréations : elle entre dans les divertissements et fait sa provision d'observations fécondes. A Rueil, elle connaissait toutes ses filles par leur nom : Andrée, Manette, Jacquette, Armande, Bénédicte. Fanchon, Louison; à Saint-Cyr, il n'est personne dont elle ne puisse « interpeller les défauts )). Lorsque le roi la mène en campagne, au siège de Mons ou de Dinant, lorsqu'il la retient à Saint-Germain ou à Fontainebleau, elle écrit, et c'est à ces absences plus ou moins prolongées, dont elle souffre et s'attriste, que nous devons son in-

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téressanie et si riclie correspondance. Tout le monde lui adresse ies lettres, et elle répond à tout le monde. Nulle ne doit crain- Ire de la fatiguer; il faut que ce qu'elle a reçu le matin ait satisfaction le soir : malgré le besoin de sommeil qui la presse, ^lle trouve la force de prendre la plume ou de dicter; elle écrit partout où elle trouve un coin de table, dans une chambre encombrée de monde, avec dix dames, trois princesses et six chiens autour d'elles ; elle n'est pas toujours sûre de pouvoir finir, mais elle commence, et c'est autant de fait : faute de mieux, le mot partira inachevé. On dit dans la maison qu'elle ne cesse de prêcher; elle réplique que c'est parce qu'on l'y pousse; mais elle ne fait pas difficulté de le reconnaître, elle a toujours quelque morale à entamer et elle s'y abandonne de bon cœur.

Elle ne se borne pas d'ailleurs à éclairer les consciences, à rectifier les esprits, à échauffer les cœurs; elle est l'intendante générale de la maison; elle traite avec les fournisseurs, envoie les provisions et pour toute chose veut savoir son. compte : à Dieu ne plaise qu'elle cherche à thésauriser; mais elle hait le désordre et aime mieux « nourrir les demoisefies que de crever les laquais ». Elle avait souvent été à elle-même son propre maître d'hôtel, et chez Mme de Montchevreuii elle ne faisait pas de façon à mettre la main au pot-au-feu. Il ne lui en coûte point d'être « l'économe, la femme d'affaires, la servante de Saint- Cyr ». Elle a le génie de l'organisation et le goût de l'administration; rien ne la rebute ni ne la trouve indifférente. A la veille d'une campagne, Napoléon savait exactement le nombre des chevaux qu'il avait dans les écuries de l'armée et le nombre de bottes de foin dont il disposait pour les nourrir. Mme de Maintenon est au courant de ce que les armoires de Saint-Cyr contiennent de linge; il ne faudrait pas essayer de la tromper sur les paquets de tabliers qu'elle a fait passer; quand elle envoie des boîtes de dragées ou de confitures, elle dit à qui elles doivent aller et elle sait à qui elles vont.

Il est rare d'associer ce soin minutieux du détail à Tintelligence supérieure des intérêts généraux. Ce qui est plus rare encore, c'est d'y porter l'entrain, la passion. « J'aurais beau frotter votre plancher, disait-elle aux demoiselles, aller quérir du bois ou laver la vaissefie, je ne me croirais pas rabaissée ni moins J heureuse. » Elle a des devoirs ailleurs et elle s'y consacre, mais (( non sans en avoir parfois jusqu'à la gorge » ; elle s'en plaint même trop vivement parfois, à notre gré. Ce n'est qu'àSaitit- Cyr qu'elle goûte la satisfaction de son dévouement. Saint-Cyr la

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console des « austérités du monde et ae la Cour ». Jamais exbtence, on peut en croire son témoignage, contîrmé par Saint- Simon, ne fut plus enchaînée aux règles de Tétiquette, plus dépendante de tout le monde. Elle le racontait aux demoiselles : sa chambre à Versailles est comme une église : depuis le moment où elle se lève jusqu'à celui où elle se couche, il s'y lait comme une procession; chacun y passe et s'y arrête : le roi ne la quitte, bien portante ou malade, qu'à l'heure qu'il s'est fixée : il faut qu'elle Técoute, qu'elle l'entretienne, qu'elle l'amuse; elle succombe sous le poids de la fatigue et des soueis. A Saint-Cyr, il semble qu'elle renaisse; lorsqu'elle a passé le seuil de la maison, sa vie s'illumine. De ses chères filles elle aime tout, leurs négligences, leurs défauts, tout jusqu'à leur poussière. « Je ne crois pas, disait-elle, qu'il y ait de jeunesse ensemble qui se divertisse plus que la nôtre ni d'éducation plus gaie, » et elle participe à cette gaieté.

Les joies du présent n'étaient pas les seules qu'elle éprouvât. La connaissance qu'elle avait du caractère des demoiselles lui permettait de choisir parfois ou tout au moins d'aider à choisir pour chacune d'elles l'établissement qui pouvait le mieux lui convenir. Elle les suivait dans leur province au milieu de leurs occupations journalières, les réconfortait, les animait au devoir, leur découvrait leur bonheur. Cette sorte de prolongement, cette durée qu'elle s'efforçait de donner à son action sur ses filles, elle était arrivée à en concevoir l'ambition et fespérance pour Saint-Cyr. Son vœu suprême était de mettre la maison en état de se passer d'elle. « Voilà où je tends, écrit-elle, voilà le fond de mon cœur, voilà ce qui fait ma vivacité et mon impatience. » C'est la raison qui lui fait attacher tant d'importance à l'observation des moindres règles et à leur caractère de perpétuité. Plus elle avance dans la carrière, plus elle se convainc qu'elle ne fait que remplir une mission, que c'est Dieu qui l'a appelée à fonder Saint-Cyr, que dans les conseils de la Providence sa vie, si étonnante pour elle-même, n'a pas d'autre objet; et en mourant, après trente ans d'efforts, dont le succès semblait assuré, elle dut emporter la pensée qu'elle avait accompli sa destinée.

Après la publication des Lettres et Entretiens par M. Th. Lavallée, Sainte-Beuve écrivait : « La cause de Mme de Maintenon est désormais gagnée ; cette correspondance nous la montre arrivée dans un sens à la perfection de sa nature, et ayant réussi un jour à la produire, à la modeler dans une œuvre immense qui a eu son cours et à laquelle est resté attaché son nom. » Le

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dernier mot est-il dit, en effet? Ne reste-t-il aucune préven- ^tion, aucun nuage? Il nous semble qu'aujourd'hui encore ceux qui sont le plus disposés à goûter Mme de Maintenon dans ses talents et ses vertus pédagogiques en restent à l'admiration et au respect. D'où vient cette sorte de réserve presque invincible ? Peut-être d'abord de ce que Mme de Maintenon a réussi, en tout ce qu'elle a tenté ; elle remarquait qu'au milieu de ses traverses elle avait finalement été trop heureuse pour qu'on ne lui attribuât pas plus d'esprit qu'elle n'en voulut jamais avoir. Peut-être aussi de ce qu'elle aimait trop à parler d'elle-même : ici encore, au surplus, elle comprenait le péril mieux que personne : « Nous aimons à parler de nous, disait-elle, en signalant la chose comme un défaut, dussions-nous parler contre; » et elle ne parlait pas contre. Mais ne serait-ce pas surtout qu'alors même que nous sommes le plus disposés à nous laisser porter par ce courant de bonne humeur, reposante et gaie, qu'elle fait entrer avec elle à Saint-Cyr, nous ne pouvons secouer la tristesse des ennuis et des malheurs de celle fin de règne si douloureusement vieillissante? Peut-être enfin n'y a-t-il là que l'effet ineffaçable des calomnies de génie que Saint- Simon a si âprement attachées à sa mémoire?

Pour être en quelque sorte plus libre dans ses sentiments, on voudrait presque qu'il ne subsistât d'elle que ce qui se rapporte à Saint-Cyr, ou qu'on pût détacher de sa vie, pour l'enfermer comme dans un cadre à part, tout ce qui a trait à l'éducation. Cependant, même en se la figurant ainsi à souhait, ne reste rait-il qu'une image absolument aimable? Chose étrange, on en est parfois à se demander ce qu'elle était pour les enfants. Nous avons sur ce point les témoignages les plus formels et les plus favorables. « Ses discours étaient vifs, simples, naturels, insinuants, persuasifs, disent les Dames de Saint-Cyr; on ne finirait pas si l'on voulait raconter tout le bien qu'elle fit aux classes dans nos temps heureux. » « Elle a toujours fort aimé les enfants, ajoute Longuet, et les enfants sentaient si fort cette bonté qu'ils étaient plus libres avec elle qu'avec personne. » Ce qui vaut mieux encore que ces éloges, elle a pour elle l'appui des faits. Retenue à Fontainebleau et trop éloignée de Saint-Cyr pour y faire des visites quotidiennes, elle avait créé des écoles à Avon; elle allait y faire la classe, ou, quand elle était empêchée par la maladie, elle donnait la leçon dans ses appartements : Saint-Cyr en était presque jaloux. Que l'un de ces enfants habitué à toutes les mi- ..wes vînt à tomber malade, elle n'appelait rien moins que le

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médecin de la cour : « Voilà M. Fagon qui marche pour Jeannette. » Dans sa dernière maladie, comme il soufflait un vent très vif, erie pensait aux rouges et disait à Mme de Glapion : « Ces pauvres enfants souffrent bien du froid ; je voudrais en tenir trois ou quatre dans ma niche. » Les traits de celte nature ne sont pas rares dans sa vie; elle a des dévouements pour lesquels on ne saurait la comparer qu'à une sœur de charité. Elle aurait passé sa vie, s'il l'eût fallu, dans sa première école de Rueil, « à tuer des poux, à graisser de la gale, à faire laver des pieds ». Saint François de Sales, le doux François de Sales est son livre de chevet. C'est elle-même enfin qui le dit : « elle a une sensibilité qui aurait besoin d'un rude mords. » Et malgré tout, il semble que ce que les enfants, comme tout le monde, éprouvent à côlé d'elle, tient plus du respect et de la confiance que de la tendresse. Mme de Caylus, Mlle d'Aumale, Jeanne de Pincré, la duchesse de Bourgogne, ses élèves de prédilection, et toutes les demoiselles qu'elle appelait auprès d'elle comme secrétaires, ont conservé le souvenir de sa dignité affable, plutôt que de son affection.

Elle possédait au plus haut degré l'esprit de l'éducation : en avait-elle l'àme? Tout se tient dans le caractère comme dans la vie. Le chevalier de Méré, Bussy, ses ennemis eux-mêmes nous la montrent en sa jeunesse, tenant tout le monde à distance sous le charme de son regard spirituel et vif, mais froid. C'est également à une certaine distance de son cœur que nous laisse sa correspondance. On ne résiste pas au prestige de cette raison ornée, de ce bon sens fin, pénétrant, enjoué, tant qu'on a le livre en mains; le livre fermé, le prestige s'efface, et de cette nourriture si solide et si agréable il reste comme un arrière-goût un peu âpre. Quelle différence avec la moelleuse et onctueuse abondance, l'imagination émue, le cœur tendre de Mme de Sévigné! Tandis que Mme de Sévigné semble s'exciter, pour ainsi dire, à s'abandonner, — car elle n'est pas sans excès non plus dans sa manière, — on dirait que Mme de Maintenon travaille toujours à se retenir : on sent que telle a été l'habitude de toute sa vie; c'est comme le pli de son esprit. Dans la grâce, il lui manque cette sorte de négligé, de superflu, qui achève la séduction. Elle avait au surplus le sentiment de ce qu'elle conservait au fond d'elle-même : « je vous aime plus que ma sécheresse ne me permet de vous le dire, » écrit-elle à son frère. Souvent aussi, vers la fin de sa vie surtout, elle éprouvait une sorte de lassitude et d'épuisement : « En vérité, s ecrie-t-elle, la tête est quelquefois près de me tourner, et

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je crois que si l'on ouvrait mon corps après ma mort, on y trouverait mon cœur sec et tors comme celui de M. de Louvois. »

Mais est-il juste d'insister sur les attraits qu'elle n'a pas voulu so donner? « Peu de gens, disait-elle, sont assez solides pour ne regarder que le fond des choses; » et c'est le fond des choses seul qui l'intéressait. Elle n'avait même pas la ressource de varier le thème de ses observations, car c'est le propre des sujets d'éducation qu'il faut sans cesse revenir aux mêmes maximes et ne pas craindre de se répéter. Ses lettres étaient faites moins pour être lues que méditées. 11 n'y faut pas chercher « ce qui pétillait de brillant et de fin sur son visage quand elle parlait d'action », suivant le mot de Clioisy; elles donnent « le dessin plutôt que le coloris de son esprit ». (Sainte-Beuve.) Mais dans cette gravité de ton, quelle souplesse! Quelle force et quelle tenue dans cette pensée presque toujours juste, toujours sobre, également éloignée du paradoxe et de la déclamation ! Et quel modèle de ce style qu'elle recommandait aux demoiselles, (( simple, naturel, sans tour, succinct » ! Mme de Maintenon est un écrivain de race. Sa langue est souvent pleine et savoureuse comme celle de Molière, subtile et délicate comme celle de Fénelon; Saint-Simon l'admire sans réserve. Quelque effort qu'elle eût fait pour s'imposer à elle et à Saint-Cyr toutes les formes d'austérité, elle n'a jamais pu se défaire du goût de ce que son siècle avait produit autour d'elle de plus noble et de plus achevé. Le premierjour de la représentation d'Athalie, elle avait senti avant tout le monde que c'était le chef-d'œuvre de Racine, et quelques années après la réforme de 1692, elle avait fait elle-même rentrer Esther à Saint-Cyr, « les demoiselles ne pouvant apprendre rien de plus beau ». Cette exactitude et cette finesse de sens littéraire, jointes à la sûreté et à la profondeur du sens moral, impriment à tout ce qu'elle a écrit sur l'éducation un caractère particulier d'efficacité pénétrante. Certaines de ses maximes paraîtront excéder le cadre de l'éducation moderne, qui met à part, pour le ré server à la famille, tout ce qui touche au domaine de la conscience religieuse. Même dans l'ordre des vérités purement humaines, on pourra discuter ses principes: il est difficile de méconnaître son autorité. Quand elle ne satisfait pas pleinement la raison, ello éveille la r'^flexion, la stimule, l'élève. C'est le profit qu'on tirera, je l'espère, de la lecture de cps Extraits.

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