‹ Extraits de ses lettresChapitre 15 sur 146 · KIAXIMES OU NOTES SUR L'ÉDUCATION · texte numérisé non relu

KIAXIMES OU NOTES SUR L'ÉDUCATION

Observer l'hiimeur et la capacité de chaque enfant, et ensuite se conduire selon leur naturel, car il y en a qui se corrigent aussi facilement par une correction de parole

autant qu'on le peut une conscience simple, droite et ouverte.... On évite tout ce qui pourrait trop exciter leur esprit et leur curiosité.... On veut qu'elles parlent et écrivent simplement.... On les instruit des devoirs des femmes du monde et de tous les étals où eJles pourront se trouver. Elles sont toutes traitées également et il n'y en a pas une de négligée. On ne les distingue que par la sagesse, sans égard au plus ou moins de naissance, ni aux protections qu'elles pourraient avoir, ni aux agréments naturels. On les rend simples et ingénues à tout dire, en les reprenant avec raison et douceur. On essaye toujours de la douceur avant de venir à la rigueur. On diversifie leurs instructions; on les fait courtes, parce qu'elles sont fréquentes; on les égayé souvent. On se sert de tout jusque dans leurs jeux pour former leur raison. On tâche de les rendre franches, simples, généreuses, sans linesse, sans mystère, sans respect humain, voulant bien que toutes voient que celles qui sont occupées des autres deviennent les maîtresses de tout. » [^'ote pour les demoiselles de Saint-Louis, 168G.) — a Je voudrais qu'on inspirât aux demoiselles : .... une conscience droite, simple et ouverte; .... qu'il ne faut point être curieux et se borner à un petit nombre de livres; que toute piété consiste dans l'observance des commandements et la pratique des vertus. Leur faire aimer le silence et le travail. Chercher des inventions ou quelque intérêt pour leur donner le goût du travail. Expliquer ce qu'on leur dit; les rendre simples à tout dire, en ne les grondant jamais. Réjouir leur éducation. Diversifier leurs instructions. Reprendre continuellement et doucement. Hcgarder les classes comme le principal de la maison. Que la supérieure soit ingénieuse à faire des distinctions qui mettent l'émulation dans les classes. Qu'on peut se servir de petites inventions pour mettre cette émulation, mais qu'il faut pourtant se garder des distinctions qui élèvent trop les unes et qui dccouraj;ent trop les autres. Qu'on leur apprenne à parler fiançais, mais simplement. Qu'elles écrivent de même. Qu'on leur parle chrétiennement et toujours raisonnablement. Qu'on égayé souvent leurs instructions, et qu'on ne leur en fasse pas de tro]) longues. Qu'on les élève en séculières, bonnes chrétiennes, sans exiger d'elles des pratiques religieuses, comme de n'oser lever les yeux.... Qu'on les aime toutes également.... » [J:\ole pour la maison de Noisy, 1G83.) — Voir également les il/aa:j??«es ou notes sur l'éducation, 1G90, n° 2, et l'Avis aux maîtresses de classes, (décembre 16'Jl), n" 4

que par celle de. la main; épuiser la raison et la douceur avant que d'en venir à la rigueur ; ne point rabaisser leur courage, mais leur montrer en quoi consiste la bonne gloire.

Ne leur faire jamais d'histoires dont il faille les désabuser quand elles ont de la raison, mais leur donner le vrai comme vrai, le faux comme faux.

Ne leur faire jamais peur que du péché, et encore par des raisons solides, et non par des inventions qui remplissent leurs têtes de fausses idées.

11 ne faut être partiale que pour le mérite et la vertu, en sorte qu'on connaisse que celles qu'on favorise et qu'on aime le mieux, c'est parce qu'elles sont les plus sages.

Ne pardonner jamais le mensonge ni tout ce qui est vice.

Convaincre les enfants qu'on les aime, et que ce qu'on fait est pour leur bien.

Être en garde contre les plus petits défauts, afin qu'on ne puisse reprocher à la maîtresse ce qu'on reprend dans les écoliéres.

Ne laisser rien apprendre par cœur qui ne soit excellent; donner de grandes et solides idées de religion aux demoiselles qui sont capables de les concevoir*.

1. « Apprenez-leur la religion dans toute sa grandeur : faites bien voir qu'elle est en esprit et en vérité; qu'elle ne consiste point dans les seules pratiques extérieures ni dans une observance judaïque de la loi, mais qu'elle doit être dans le cœur; que c'est elle qui doit entrer dans toutes nos actions, qui doit les animer et les régler, depuis les plus importantes jusqu'aux plus petites. Qu'il faut être soumise, fidèle à toutes les pratiques de la religion, mais sans gêne et sans scrupule. — (Avis aux maîtresses des classes, 1689.) « Instruisez-les de ce qui est nécessaire et solide ; ne donnez rien à leur curiosité, empêchez les grands raisonnements, raffinements, objections, et tâchez de démêler si c'estla vérité qu'elles cherchent ou si elles veulent disputer pour se divertir, pour embarrasseroupour montrer leur esprit. Si la simphcité est nécessaire et aimable dans la société, elleest encore d'une plus absolue nécessité dans la piété... Donnez-leur des maximes fortes et libres, faites taire leurespritet animez leur cœur.... Donnez-leur des pratiques d'oraison sans raffinement; qu'elles soient simples dans la présence de Dieu.... » [Lettre à Mme du Pérou^ décembre 1086.)

10 LETTPiES, AVIS ET ENTRETIENS

Reporter tout à Dieu et à la Providence.

Leur montrer souvent ce qu'il y a de faux dans les plaisirs du monde et de solide dans leur retranchement.

Ne leur faire rien affecter à l'extérieur de trop gêné, mais leur faire pratiquer la modestie et la bienséance convenables aux personnes de notre sexe.

Leur soulager l'obéissance en leur rendant raison do tout ce qu'on leur refuse quand la chose d'elle-même paraît faisable.

Avoir toujours beaucoup de complaisance pour tout ce que l'on peut accorder sans blesser la règle.

Leur faire aimer la vertu en la leur montrant par ce qu'elle a de plus attirant pour elles.

Se ménager de telle sorte dans son autorité, que la crainte n'empêche pas la liberté de l'esprit des enfants dans les temps de récréation.

Leur former tout doucement les sentiments du cœur par beaucoup de mépris pour la lâcheté et pour la bassesse.

Les faire juger d'un événement, leur donner de certains choix qui puissent faire connnîlre ce qu'elles pensent et ce qu'elles conçoivent, comme, par exemple : lequel aimeriez-vous mieux d'être reine avec tous les avantages qui accompagnent cet état, mais sans aucune des qualités nécessaires à la royauté, ou d'être pauvre demoiselle sans biens, privée de tous les plaisirs du monde, mais ayant d'ailleurs de la sagesse, de l'esprit et de la vertu, etc.? Kt ensuite les faire convenir, quand elles choisissent ce dernier, qu'il faut que le mérite soit d'un grand prix, puisqu'on le préfère à tout ce qui charme et qui éblouit dans le monde, et les exciter par là à l'amour de la vertu et à la correction de leurs défauts.

Il ne faut point forcer l'esprit des enfants ni s'opiniâtrer à les rendre toutes des merveilles, car il est impossible que dans un si grand nombre il n'y en ait d'un médiocre génie; mais il ne faut semer ni insinuer que ce qui est bon, et

DE MADAME DE MAINTENON il

laisser le succès à la Providence. Il est impossible que des filles qui ne voient dans leur jeunesse que de bons exemples et qui n'écoutent que de bonnes paroles, ne deviennent avec le temps tout ce qu'elles peuvent être, du plus au moins : ainsi il faut se réjouir de celles qui font des progrès, et espérer pour les autres qu'elles en feront ou qu'elles sont capables d'en faire.

Il faut prendre garde à un abus que forme quelquefois la trop grande tendresse de conscience, c'est de se mettre en garde pour empêcher que la conduite ne soit cause que les enfants offensent Dieu, comme, par exemple, ne les point interroger sur un fait, parce qu'on craint qu'ils ne mentent ; ne leur rien commander, parce qu'on se persuade qu'ils désobéiront. Celte maxime est pernicieuse à l'éducation des enfants. Quoique ce soit l'effet d'une bonne cause, il faut en tout avoir l'esprit droit, et songer qu'il est impossible de tuer un monstre bien caché; ainsi il faut, pour connaître les vices et les inclinations de la jeunesse, remuer leurs passions avec discrétion, leur faire la guerre, et ne pas craindre leurs vices; leur aider à les surmonter dans un âge où le plus grand péché est de laisser croître les inclinations naissantes du péché.

Il faut éviter de donner de la jalousie, mais il faut donner de l'émulation, en louant et récompensant beaucoup celles qui en sont dignes devant celles qui en sont indignes.

11 ne faut jamais excuser les défauts de celles qu'on conduit, en leur présence, quand la supérieure les reprend; c'est une mollesse qui gâte l'éducation et qui fait croire qu'on n'oserait les fâcher, ce qui rend leurs défauts plus hardis et affaiblit l'autorité des maîtresses.

Il ne faut rien prom.ettre aux enfants qu'on ne leur tienne, soit récompense, soit châtiment; ne les point corriger mollement, mais user rarement du fouet ; et quand on le donne, le faire craindre pour toujours, afm qu'on ne recommence pas, ce qui doit être onéreux.

Il faut les accoutumer à trouver bon qu'on les reprenne de leurs défauts et à aimer d'en être averties ; il ne faut point souffrir celles qui accuseraient par inclination d'accuser.

11 ne faut pas souffrir qu'on traite de rapporteuses celles qui donnent des avis aux maîtresses, mais il ne faut pas que les maîtresses souffrent qu'on leur dise des riens inutiles à corriger ou propres à altérer l'amitié.

Il ne faut jamais chercher à se faire aimer de la jeunesse que par les moyens qui lui sont utiles.

11 ne faut jamais se décourager dans l'éducation : ce qui ne vient pas tôt peut venir tard, mais il se faut armer de beaucoup de patience.

Il faut se souvenir que ce qu'on ne recueille pas sur la terre dans les soins qu'on prend de bien élever les enfants, on le trouvera immanquablement au ciel, si on les instruit dans la vue de Dieu,

Page 1