‹ Extraits de ses lettresChapitre 24 sur 146 · LETTRE A Hl"^^ DE BERVAL · texte numérisé non relu

LETTRE A Hl"^^ DE BERVAL

Sur lc3 qualités qu'il faut aux demoiselles qui désirent ! être Dames de Saint-Louis.

6 août 1698.

Je crois, ma chère fille, que dans le choix des sujets pour votre maison, vous devez vous attacher à la droiture de l'esprit et à la bonne humeur, car je ne parlerai point ici de la piété et de la vocation, puisque vous ne pouvez avoir de doute là-dessus. Tâchez donc de suivre dans les classes les filles qui ont l'esprit bienfait, qui prennent simplement ce qu'on leurdit, qui ne sont ni difficuUueuses, ni raisonneuses, ni soupçonneuses, ni pointilleuses, qui se font aimer des plus sages et haïr de personne, dont on aime la société, qui parlent peu, qui sont timides, qui aiment à faire plaisir, qui sont actives, car toutes ces qualités marquent un bon esprit et un bon cœur. Prenez le milieu entre un trop grand goût pour l'esprit et la crainte des grands esprits: on aura toujours assez d'esprit quand on l'aura droit, doux et commode; les grands esprits vous rendront de grands services, s'ils sont dociles et soumis. Craignez les discoureuses ; défaites-vous de ce que j'entends souvent; : celte fille, dit-on, n'a pas de talents pour l'instruction, et n'a pas de facilité à parler. Il ne faut pour parler, mes chères filles, que savoir ce qu'on veut dire, et avoir du bon sens. Que j'aurais grand'peur d'une fille éloquente, et qui se distinguerait par là M...

Tâchez de distinguer l'activité cîe la dissipation et de

1. « Madame dit un jour que ce n'était nullement son avis qu'on reçût une lille qui ne serait pas propre à l'éducation quand même elle aurait du talent pour les autres charges ; parce que l'éducation des demoiselles était notre principale affaire; qu'elle n'entendait pas cependant qu'on dût exclure une lille parce qu'elle n'aurait pas le don do la parole, ni de la facilité pour l'instruction, quand d'ailleurs elle pourrait être capable d'autres fonctions dans les classes, puisque ce qu'on ap- •)eUe éducation ne se termine pas à la seule instruction, et qu'il y a îïiiile autres choses à faire dont une fille qui a bon esprit peut foi t bien

la légèreté; craignez les esprits légers, inquiets, peu maîtres d'eux-mêmes, qui font beaucoup de bruit et peu d'ouvrage, qui tourmentent ceux qui sont au-dessous d'eux, qui donnent de la peine et n'en prennent guère. Examinez la bonne foi jusque dans les moindres choses; il y en a qui ne les font que superficiellement, qui balayent sans se soucier que le lieu en soit plus net, et ainsi du reste; ces caractères sont mauvais et se portent en tout. Aimez les bonnes filles, qui se donnent tout entières à ce qu'elles font ; la vertu en retranchera l'extrémité et le profit vous en demeurera. Voyez dans les récréations celles qui sont simples, gaies et commodes, qui prennent tout en bonne part, qui ne se fâchent de rien : c'est ce que j'appelle être de bonne humeur; examinez si sur ce qu'on dit elles vont droit au fait; si elles cherchent à s'instruire quand elles n'entendront pas d'abord, si elles se rendent à la raison ou si elles parlent pour parler, si elles aiment à embarrasser, si elles ne sont pas frappées et convaincues par la raison. Je serais infinie si je disais tout ce qu'il y a à examiner et je vous embarrasserais peut-être. Comptez que les bons caractères d'esprit sont ceux avec qui on est à son aise, à qui il faut peu de ménagements, et pour une religieuse je vous ai déjà dit que je préférerais à toules les autres celle que la supérieure mettrait à toutes les charges de la maison, sans craindre de la fâcher. Vous, par exemple, ma chère fille, comptez que vous n'êtes pas telle que je désirerais, si votre supérieure ne sent qu'elle pourrait vous mettre, en sortant de la charge de maîtresse générale, quatrième maîtresse des rouges^.

être capable; qu'en ce cas les maîtresses devraient se partager; que les unes instruiraient, et que les autres s'appliqueraient au reste, qui n'est pas moins nécessaire, mais qu'elle ne croyait pas qu'on dût jamais recevoir une fille qui aurait une entière incapacité pour les classes. » [Entretien avec les Dames, 1699.) i. Yoir plus bas Enlreiien n" 12.

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