ENTRETIEN AVEC LES DAIffES
Sur l'attacliement des demoiselles, leurs coiiTcrsations et la distribution des emplois.
Madame dit aussi qu'il arriverait immanquablement que quelquefois les demoiselles feraient confidence à leurs
1. Sur la participation de Mme deMaintenon aux classes et l'organisation des classes, voir noire Introduction. — Cf. Instruciion n° 1.
maîtresses du goût qu'elles ont pour elles, du dégoût qu'elles ont pour les autres, que quelques-unes le feraient par sincérité, d'autres par flatterie; et que, pour éviter qu'elles ne fassent de ces sortes de discours, il faut les recevoir non pas sévèrement, mais d'une manière qui marque qu'on est si uni les unes avec les autres qu'on n'est pas flatté de ces sortes de préférences; qu'on peut leur répondre, par exemple : Je suis ravie que vous m'aimiez, si cela vous donne plus de croyance en moi pour le bien que je veux vous insinuer; mais si vous m'aimez par de bons endroits, vous aimerez bientôt les autres comme moi, car vous trouverez en elles la même amitié pour vous, et que nous pensons si fort les mêmes choses qu'on ne nous doit point regarder comme si nous étions de différentes personnes ^ « 11 leur faut peu parler, ajouta-t-elle, et leur ôter les occasions de parler beaucoup elles-mêmes, et pour cela, aux heures de récréation, les porter le plus qu'on peut à s'occuper à des jeux innocents. Il fautpeu parler, parce que, premièrement, en parlant beaucoup on se hasarde à leur dire des choses qui ne conviennent point ou qui peuvent être mal prises par quelques-unes d'elles, supposé même qu'elles fussent bonnes. 11 faut les mettre tantôt haut, tantôt bas, par rapport aux petits emplois dont on les charge, et ne point faire façon de donner le soin des lieux à celles, par exemple, qui auraient été dans les emplois les plus importants; mais pour en user de la sorte, il faut que ce soit d'une manière qui ne les puisse aigrir; il faut qu'en cela elles voient qu'on agit avec un esprit d'équité, puisqu'il ne serait pas juste que quelques-unes eussent toujours les emplois agréables, et les autres tout ce qu'il y a de dégoûtant. Quand elles verront qu'on n'a une telle conduite que par raison, que c'est l'esprit de votre maison et que toutes les maîtresses la gardent, cela n'indisposera point leur cœur, et ne laissera pas de rompre leur volonté, s