ENTRETIEN AVEC LES DAMES
Sur la nécessité de l'union entre toutes les dames.
Madame nous dit qu'elle ne pourrait trop dire combien il était nécessaire d'agir de concert dans les charges, et que ce concert ne consistait pas seulement dans la sou. mission des subalternes pour ne rien faire de leur autorité; que les officiéres et la supérieure même ont un grand besoin de consulter celles qui dépendent d'elles avant que d'agir et de donner des ordres. « Pour moi, ajouta-t-elle, qui suis à la classe des rouges, tantôt première et tantôt subalterne pour essayer de tout, j'ai déjà
fait l'expérience de ce que je vous dis, et j'ai éprouvé plusieurs fois riiiconvônient qu'il y a pour les maîtresses de ne se pas consulter. Par exemple, j'ai vu faire une faute à une petite fille qui m'a paru assez grossière et qui m'a même donné une assez mauvaise opinion d'elle; je l'ai mise en pénitence sans consulter les maîtresses. La première est venue un moment après, à qui j'ai rendu compte de la faute et de la pénitence que je venais d'imposer; elle m'a dit : « Aii! Madame, que j'en suis fâchée! cette petite fille a de bonnes inclinations; cette faute ne vient point de malice, et je ne crois pas qu'il en faille tirer de conséquence; et la marque de cela, c'est qu'elle me vint trouver hier au soir et me dit telles et telles choses. » — Quand je l'eus entendue, ajouta Madame, je vis bien que j'avais eu tort; je fus fort fâchée d'avoir donné ma pénitence, et je tirai ma conclusion qu'il ne fallait rien faire dans les charges sans concert, et qu'il faut que les demoiselles vous voient tellement unies qu'elles croient ne pouvoir déplaire ou contenter une sans déplaire ou contenter toutes les autres; car il arrivera que si la première maîtresse punit ou récompense sans consulter ses aides, elle le fera souvent mal à propos, et de plus, elle découragera un enfant en lui donnant pénitence pour une faute qu'elle n'a faite que par surprise, et qui d'ailleurs contente ses maîtresses ^ »