Yoir noire Inlroduclion
-paroles. Elles seront à peu près telles que vous serez : si vous êtes de bonne foi, elles seront de bonne foi; si vous agissez droilenient, elles agiront droitement; si vous vous relâchez, elles se relâcheront; si vous êtes extérieures, elles seront extérieures; si vous faites autrement quand on vous voit que lorsqu'on ne vous voit pas, elles feront de même; si vous vous donnez tout entières, elles se donneront aux choses dont vous les chargerez; si vous vous cachez de vos supérieurs, elles se cacheront de vous ; cet article regarde plus les maîtresses que vous; je vous prie de le leur dire.
Votre expérience vous fera voir que les grandes personnes qui veulent se retirer chez vous y feront plus de mal que de bien....
Les petites classes de Saint-Cyrne vont point à vêpres les trois mois d'hiver, et quand vos filles n'iraient que les dimanches et les fêtes, il n'y aurait pas de mal.
Souffrez encore, ma chère fille, que je vous répète, pour vous et pour vos maîtresses de pensionnaires, que les vers, les conversations, les proverbes, les fables, et tout ce qu'on apprend à Saint-Cyr n'est pas l'essentiel de l'éducation, et leur est même très inutile pour l'avenir, si vous ne leur expliquez pas la religion et la raison qui sont dans tout cela.
Il faut tout rapporter à leurs mœurs : qu'elles voient l'insolence d'Aman, et combien il est malheureux au comble de la faveur; qu'elles remarquent la confiance en Dieu et le courage de Mardochée, et ainsi du reste. Les Conversations ont été faites pour éclairer nos Dames de Saint-Louis, qui ne peuvent guère savoir, ayant été élevées à Saint-Cyr, que rien n'est si dangereux que les mauvaises compagnies, qu'on ne peut avoir trop de soin de sa réputation, qu'il ne faut jamais recevoir des présents des hommes, qu'il faut les éviter comme nos plus grands ennemis, puisque pour l'ordinaire ils nous flattent pour nous perdre.
L'essentiel de l'éducation est la piété, qu'il faut leur inspirer solidement, mais la piété selon leur état, et non pas
dans la multitude des prières. Il faut leur apprendre les différents devoirs des différents états : ï Introduction à la vie dévote est excellente pour cela.
I 11 faut bien se garder de leur peindre la dévotion triste et austère, mais au contraire gaie par le repos d'une boime conscience; il ne faut pas caresser plus que les autres celles qui paraissent les plus dévotes ; vous en feriez des hypocrites.
Il ne faut point leur donner des pratiques religieuses, mais les élever en bonnes séculières. La pauvre Mme de Douju fit deux dévotes par son zèle peu expérimenté : l'une mourut folle, et l'autre le devient par ses scrupules.
L'essentiel est cette simplicité dans toute leur conduite, celte droiture dans leurs intentions, cette bonne foi dans tout ce qu'elles font; vous l'avez expérimenté dans Mlle de Glapion : peu de filles auraient fait ce que vous lui avez vu faire. On leur apprend ici à dire des vers, et on leur dit en même temps que ce talent est peu de chose, et que la plus sotte comédienne les dit mieux qu'elles. On ne caresse point celles qui ont ces petits talents plus que celles qui ne les ont point; on enflerait les unes et on découragerait les autres. On leur dit toujours la vérité en tout, on leur donne pour petit ce qui est petit et pour imporlant ce qui est important.
Quelque estime que vous ayez pour l'éducation de Saint- Cyr, il est impossible que vous l'imitiez en tout, par la différence des lieux, et par n'être pas dans la même abondance. L'essentiel est de leur inspirer la piété et une grande docilité, de leur faire aimer la piété en faisant voir qu'elle n'est pas opposée à la joie, de ne les laisser jamais seules et sans une personne de confiance, de leur ôterle loisir de se parler en les occupant toujours : les défenses ne feraient qu'exciter leur envie: qu'elles ne parlent jamais bas. Je mets au rang des occupations les jeux; Mlle de Lasmastre leur en apprendra qui ne sont point inutiles. Ayez des dames, des jonchets, des trous-madame : je les payerai de tout mon cœur.
H faut parler raisonnablement et doucement en toutes occasions.
11 ne faut jamais les châtier, sans les en avertir plusieurs fois : on est trop heureux quand une menace les corrige.
Il faut leur parler en particulier, et traiter leurs défauts avec charité et patience, mais avec force, en ne se rebutant jamais; il faut surtout s'oublier soi-même, ne point songer à leur dire de belles choses, mais bonnes, ne point vouloir en faire des prodiges de mémoire ou de grâces que leurs parents admirent, mais des filles raisonnables; il faut lâcher de leur donner de l'émulation.
Il faut leur inspirer la piété de leur état : cette sorte d'éducation ne paraît pas tant que de leur apprendre mille choses par cœur; la raison ne se montre point d'abord; mais les couvents et les familles où elles iront la trouveront meilleure que de savoir des langues étrangères et d'avoir mille talents extérieurs.