XXII INTRODUCTION
Mme de Villelte, et son fils Delile; elle continuait d'écrire deux fois par semaine à sa mère Céleste, comme si rien n'eût été changé dans sa vie. Sa correspondance générale conserve ce tour de gravité aimable qui sera plus tard la marque entre toutes de ses en^rsliens avec ses maîtresses et ses filles de Salnt-Cyr. Les témoignages de respect exagéré l'étonnent presque et parfois l'impatientent ; elle gronde, en riant de bon cœur, l'abbé Gobelin qui la compare aux Clotilde, aux Berthilde, aux Blanche de Castille, qui ne sait plus conmient la saluer et qui s'embarrasse dans les plis de sa soutane. Pour tous, en un mot, elle entend être « toujours la même, et ne veut pas être traitée autrement que rue des Tournelles » ; elle ne veut paraître que ce qu'elle est — comme elle le disait en caractérisant avec bonheur sa situation — non pas grande, mais élevée.
Politiquement, quelle a été son action? C'est un point que nous ne pouvons ici que toucher, et où elle a trouvé des juges sévères. Saint-Simon, la Palatine, de nos jours Michelet, l'accusent formellement d'avoir tenu les rênes du royaume pendant les vingt dernières années du règne de Louis XIV et contribué personnellement à tous les malheurs de la France. A l'entendre elle-même et les Dames de Saint-Cyr, elle n'était pas née pour la pohtique ; « la droilure de son cœur et la justesse de son esprit l'éloignaient des intrigues « ; la maxime qu'elle s'était fait graver sur un cachet, reciè, lui interdisait tous les détours de l'ambition. Ce jugement, sans doute, n'est pas sans complaisance; et l'on ne peut guère l'en croire quand elle déclare qu'elle n'a point d'intérêt à servir. Mais il est certain qu'elle avait dans l'esprit plus d'exactitude que d'étendue, plus de prudence que de hardiesse. Ses lettres, où elle met si complètement son cœur à nu, ne révèlent aucun projet concerté, aucun plan. Tous ses desseins sont à courte vue. Elle avait conduit sa vie au jour le jour admirablement et de façon à être toujours en mesure de saisir l'occasion, mais sans faire autre chose pour la préparer que de ne rien négliger de ce qui pouvait la laisser naître; elle n'allait pas au-devant des choses, elle se bornait à les voir arriver; même pour Saint-Cyr, elle n'eut d'abord aucune pensée d'avenir.
Il est vrai que Louis XIV s'adressait à elle volontiers : « Consultons la Raison, disait-il. Qu'en pense Votre Solidité? » Il se plaisait à travailler dans sa chambre; mais elle ne participait pas aux délibérations du conseil et se tenait à l'écart. Ce n'est pas qu'elle fût indilïérente aux questions qu'elle voyait ou qu'elle
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entendait traiter : elle était passionnée pour la grandeur du roi. qu'elle ne séparait pas de la grandeur de la France. Mais, pour elle comme pour loui le monde, Louis XIV restait le maître, et d'un bout à l'autre de sou règne la poli liffue qu'il suit est b'en la sienne en effet: elle est d'une r-^mar(juable utiité. Que Mme de Maintenon ait pu dans certaines circonstances mal éclairer sa religion ou mal orienter ses choix, il n'est pas douteux. Mais eût-elle vraiment osé combattre ses vues, et lui expiimer la vérité dans toute sa force, sauf lorsqu'il s'agissait de la misère du peuple, dont elle était particulièrement touchée? Voltaire nous semble avoir établi la vérité en sa mesure, lorsqu'il la dépeint « ne s'empressant jamais de parler d'affaires d'État, rejetant bien loin tout ce qui avait la plus légère apparence de cabale, beaucoup plus occupée de plaire à celui qui gouvernait que de gouverner, ménageant son crédit et ne l'employant qu'avec une circonspection extrême ». Les questions religieuses sont les seules qu'elle eut vraiment à cœur. Autant elle manquait de goût pour Tadminislration du royaume, autant elle mettait de zèle, zèle froid mais tenace, à administrer la conscience du roi. Cette intervention dans les affaires de l'Église lui a fait attribuer une part considérable dans la persécution des protestants. Il est aujourd'hui acquis à l'histoire que la révocation de Tédit de Nantes a été « un acte politique » ; le mot est de Michelet. Toutefois il reste incontestable qu'il s'y mêla beaucoup de passion religieuse. Or à cet égard particulièrement Voltaire décharge Mme de Maintenon de toute responsabilité directe. « Elle toléra cette persécution, dit-il, comme elle toléra celle du cardinal de Noailles, celle de Racine; mais elle n'y participa pas; c'est un fait certain. )) Tel est aussi le sentiment d'un étranger, Ezéchiel Spanheim, envoyé extraordinaire de Brandebourg, qui, sous le coup de l'événement, et témo-n désintéressé, écrivait en 1G90 : (( On ne saurait rien dire, sinon qu'elle a tout sacrifié au penchant du roi et h la résolution qu'il avait prise depuis longue main ; qu'elle a voulu s'en faire un mérite auprès de lui ; qu'elle a pu même se flatter quelque temps qu'on viendrait à bout de ce grand dessein sans y employer des moyens aussi extraordinaires et aussi violents que ceux dont on s'y est servi dans la suite; qu'elle n'a pas eu alors ou le pouvoir ou la volonté de l'en détourner et que la bigoterie est venue au secours de la prévention et d'ailleurs de s mi entière résignation aux volontés de l'engagement du roi. » Cette appréciation résume exactement, à notre avis, la situation et les sentiments de Mme de Maintenon. II serait