‹ Extraits de ses lettresChapitre 7 sur 146 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

Caylus. « Pendant le voyage de Fontainebleau qui suivit la mort de la reine, dit-elle, je vis tant d'agitation dans l'esprit de Mme de Maintenon, que j'ai jugé depuis, en la rappelant à ma mémoire, qu'elle était causée par une incertitude violente de son état, de ses pensées, de ses craintes et de ses espérances; en un mot, son cœur n'était pas libre et son esprit était fort agité. Pour cacher ses divers mouvements et pour justifier les larmes que son domestique et moi lui voyions quelquelois répandre, elle se plaignait de vapeurs, et elle allait, disaitelle, chercher à respirer dans la forêt de Fontainebleau avec la seule Mme de Montchevreuil. Elle y allait même quelquefois à des heures indues. Enfin, les vapeurs passèrent; le calme succéda à l'agitation, et ce fut à la fin de ce même voyage. Je me garderai bien de pénétrer un mystère respectable pour moi par tant de raisons; je nommerai seulement ceux qui, vraisemblablement, ont été dans le secret ; ce sont M. de Ilarlay, en ce temps-lcà archevêque de Paris, M. et Mme de Montchevreuil, Bontemps et une femme de Mme de Maintenon, fille aussi capable que qui que ce soit de garder un secret et dont les sentiments étaient fort au-dessus de son état. »

Ce secret ne sortit jamais d'une certaine obscurité. Mme de Maintenon se prêta à être une « énigme pour le monde » et ne fil aucune tentative pour que son mariage fût déclaré. Suivant toutes les vraisemblances, c'est dans les derniers mois de 1684 qu'il s'accomplit.

« La place de Mme de Maintenon est unique, écrivait quelques mois avant l'événement Mme de Sévigné; — il n'y en a point, il n'y en aura jamais de semblable. » La place est restée en effet unique dans l'histoire. Reine sans le paraître, Mme de Maintenon concentra entre ses mams toutes les prérogatives, toutes les faveurs. Le dauphin, les princes de la famille royale la consultaient avec respect; « des parlements, des provinces, des villes, des régiments s'adressaient à elle dans tout ce qui devait aller au roi; tous les grands du royaume, les cardinaux, les évêques, ne connaissaient pas d'autre route ». Mais, en public, elle n'acceptait aucun hommage et s'étudiait à se perdre dans la foule. « Je l'ai vue à Fontainebleau, dit Saint-Simon, en grand habit chez la reine d'Angleterre, cédant absolument sa place et se reculant partout pour les femmes titrées, pour les femmes même d'une qua-

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lité dii^tinguée, polie, affable, parlant comme une personne qui ne prétend rien, qui ne montre rien, mais qui imposait beaucoup. » Elle avait refusé « la maison » que le roi avait voulu lui donner. Elle ne se distinguait que par sa simplicité. Suivant Languet, qui l'a connue pendant les vingt dernières années de sa vie, « une marchande de Paris était ordinairement plus richement vêtue )). Cette simplicité n'était pas seulement une convenance extérieure; elle y conformait tous ses sentiments. Bien loin de rien oublier, de rien retrancher de son passé, elle s'y rattachait par toutes les prises qu'il lui offrait. Son premier soin avait été d'attirer le marquis de Montchevreuil et sa femme à la cour. On peut croire avec Mme de Caylus qu'elle n'était pas fâchée de produire une personne d'une réputation sans reproche avec laquelle elle avait vécu dans tous les temps, et qu'il ne lui parut pas inutile non plus d'avoir tout auprès d'elle une femme sûre et secrète jusqu'au mystère; mais il faut bien reconnaître aussi avec Saint-Simon, qui n'a pas souvent de ces hons mouvements, qu'elle resta « fidèle à tous ses vieux amis ». Elle avait, quelques années auparavant, élevé un monument à la mémoire de Scan on, dès que ses ressources lui avaient permis de le faire, et adopté nue vieille tille, sa parente, Mlle llurleloir, qu'on retrouve partout où elle fait une fondation, à Rueil, à Noisy, à Saint-Cyr, avec une sorte de privilège pour y jouir de toutes les aisances de la vie. Elle tient à honneur de conserver ce qu'elle appelait ses charges d'héritage à l'égard des couvents où elle avait élé élevée. Elle se souvient aussi de ses parents de province. A peine avaitelle été chargée de l'éducalion des enfants de Mme de Montespan, qu'on s'adressait à elle comme si elle était en état de tout obtenir. Son frère surtout, toujours besogneux, ne lui épargnait pas les demandes. Elle avait commencé par le remettre à sa place : « Je ne pourrais vous faire connétable quand je le voudrai-s; et, quand je le pourrais, je ne le voudrais pas, étant incapable de vouloir rien demander de déraisonnable à celui à qui je dois tout et que je n'ai pas voulu qu'il fit pour moi-même une chose audessus de moi. Ce sont des sentiments dont vous pâtirez peutêlre; peut-être aussi sans l'honneur qui les inspire, je ne serais pas où je suis. » Mais, après avoir donné à d'Aubigné celte leçon de dignité, elle lui tendit généreusement la main comme à M. de Villette et à ses enfants, comme aux Suriraeau eux-mêmes, ces parents dont sa mère avait entant à se plaindre. Elle n'admettait, pour la servir, que ceux qui l'avaient toujours servie : Bontemps Nanon, Manceau, la gouvernante à laquelle elle s'était attachée chez

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