LETTRE A la""' DE VIEF VILLE
Supérieure de Gomerfontaine^.
Sur les principes généraux d'éducation.
Janvier 1715.
Les écoliers, les pages, les laquais, les pensionnaires de couvent sont 1res sujets aux espiègleries que font les vôtres; elles en faisaient ici autrefois, mais il n'en est plus question; l'éducation chrétienne et raisonnable qu'on leur donne les met bien loin de telles bassesses, et je ne crois pourtant pas qu'il y ait de jeunesse ensemble qui se divertisse plus que la nôtre, ni d'éducation plus gaie; vous l'avez vu de près.
Je vois de grandes difficultés chez vous dans la diversité des conditions, par la difiérence des choses qu'il faut dire.
Quoique leurs âmes soient également précieuses à Dieu, il faut pourtant que l'instruction soit plus étendue pour une demoiselle que pour une fille de vigneron : il suffit à celle-ci de savoir ce qui est absolument nécessaire pour être sauvée, il faut un peu plus éclairer les autres. Il faut que les demoiselles parlent bon français, et les reprendre quand elles y manquent ; il n'importe que les autres s'expliquent en leur langage, pourvu qu'elles entendent assez pour pratiquer ce qui est commandé. Les filles du vigneron se rendront ridicules en dis.ant des vers; ils sont bons aux demoiselles.
Il faut parler aux filles de marchands de la fidélité dans leur commerce, sur les mesures, sur les poids, sur les profits permis; tout cela ne convient pas aux autres. Du reste, il n'importe point que vous imitiez Saint-Cyr en tout. Qu'une de vos dames aille par jour faire écrire, une autre apprendre à travailler, il n'y a rien que de bon.
Les inventions que nous avons pour que [es enfants se