oir noire Inlroduction
montrent les uns aux autres ont été trouvées pour le soulagement des maîtresses, qui n'auraient jamais pu fournir à tout; mais il ne faut pas que les dames qui vont montrer quelque chose de particulier se mêlent de la conduite de leurs écoliéres, qu'elles les punissent, qu'elles les récompensent; elles doivent simplement en rendre bon ou mauvais témoignage à la première maîtresse, ou il arriverait qu'elles puniraient une fille dont la première maîtresse serait contente, ou qu'elles donneraient une récompense à celle à qui la maîtresse destine une punition. Cet endroitlà est essentiel ; il faut que toute l'autorité soit dans cette première, et que les autres n'aient point de peine que les autres enfants la voient-
Nous nous sommes aperçues souvent du bon effet de cette subordination, et ces exemples de soumission et d'humilité sont encore plus forts que les discours pour les instruire. C'est ce qui a établi ce bon esprit à Saint-Cyr, qui fait qu'une fille de douze ans répond au catéchisme à une qui en a sept comme elle ferait à sa supérieure, et qu'elles apprennent toutes les unes des autres tout ce qu'elles savent ; car, en tout, on leur inspire la raison, en leur montrant la petitesse qu'il y aurait à ne pas profiter de ce qu'une autre sait, parce qu'on a quelques années plus qu'elle. On leur donne toujours les choses pour ce qu'elles sont ; la piété au-dessus de tout, la raison ensuite, les talents pour ce qu'ils valent; on ne récompense point celles qui en ont, on n'estime que la vertu et la sagesse. En les louant de bien dire des vers, ou d'avoir bien chanté, on leur dit que les plus sots comédiens ou chanteuses d'Opéra s'en acquittent bien mieux qu'elles, et qu'il n'y a point à s'en glorifier; on aime autant celles qui n'ont aucune de ces qualités extérieures; et les sages ont les distinctions. C'est, encore une fois, cette conduite qui inspire la raison : vous aurez beau la pratiquer, si on vous voit préférer votre parente ou votre amie aux autres. Voilà l'essentiel de l'éducation. Qu'elles vous voient en tout juste, désintéressée, don-
lîô LETTRES, AVIS ET ENTRETIENS
nant autant de soin à la plus choquante qu'à la plus aimable; les enfants voient très bien ce que font leurs maîtresses.
11 faut parler à une fille de sept ans aussi raisonnablement qu'à une de vingt ans; c'est ce qui avance nos filles comme elles le sont, quoique d'ailleurs elles n'aient aucune expérience.