MAXIMES
écrites par M™« de Maintenon à la tête des cahiers des demoiselles pour leur servir d'exemples d'écriture.
Accoutumez-vous à l'humeur des autres, sans espérer de les accommoder à la vôtre.
Accoutumez-vous à être seules.
Accoutumez-vous de bonne heure à être secrètes.
Aimez la présence de ceux qui vous reprennent, et que votre conduite soit égale, quand ils vous voient et qu'ils ne vous voient pas.
Ayez de la reconnaissance pour tous ceux qui vous ont fait du bien.
Aimer Dieu et votre état est le seul bonheur.
Cherchez la vérité en tout.
Contribuez à la paix autant qu'il vous sera possible.
Dieu sait mieux ce qu'il vous faut que vous-mêmes.
Écoutez toujours et ne parlez guère.
Aimez à faire plaisir et ne mentez jamais.
Élevez souvent votre cœur à Dieu.
Il n'y a de véritable malheur que d'avoir tort.
Il n'y a rien de honteux que de mal faire.
Il n'y a point d'état qui n'ait ses peines, et souvent plus grandes que les vôtres.
Il n'y a de vrai bonheur que de se conformer à la volonté de Dieu.
La fortune est inconstante; la vôtre est mauvaise présentement; c'est une raison pour espérer qu'elle deviendra bonne.
Le plus grand de tous les plaisirs est d'en pouvoir faire.
La véritable pénitence est de recevoir de bon cœur et d'aimer les peines que Dieu nous envoie.
Les souffrances et les afflictions qui nous viennent de Dieu lui sont plus agréables que les mortifications que vous choisiriez.
Les réprimandes que l'on fait aux jeunes gens sont de véritables marques de l'amitié qu'on a pour eux.
La mort nous égalera tous, il n'y aura plus que nos bonnes œuvres qui y mettront la différence.
N'ayez d'inqui^Hude que pour votre salut, le reste est trop incertain pour s'en mettre en peine.
N'ayez jamais envie de voir ni d'entendre ce que l'on veut vous cacher.
Ne dites jamais rien qui puisse désunir.
N'oubliez jamais Dieu; et si on ne vous laisse pas assez de temps pour le prier, pensez à lui.
N'enviez point les richesses, puisqu'il faut s'en détacher pour faire son salut.
Obéissez exactement à vos supérieurs, sans vouloir examiner s'ils ont tort ou raison.
Prenez de bonnes habitudes : il n'y en a point qui ne. deviennent douces, quelque pénibles qu'elles vous paraissenl d'aboi d.
Faites un bon usage de tout ce que l'on veut bien que vous voyiez et eidendiez.
Prenez toujours la dernière place; il vaut mieux êlre appelé que chassé.
Picndez-vous le plus capables que vous pourrez, car vous ne savez à quoi Dieu vous destine.
Ne soutenez jamais voli'e opinion avec opiniâtreté.
Rendez-vous, si vous trouvez que vous ayez tort; il y a plus de grandeur à se rétracter qu'à soutenir une mauvaise cause.
Ne vous souvenez de votre noblesse que pour être plus vertueuses.
Ne confondez pas la mauvaise gloire avec la bonne.
Ne faites jamais dépendre votre bonheur des autres.
Ne soyez jamais pressées de redire ce que vous avez appris, à moins qu'il ne soit utile à quelqu'un.
Ne vous plaignez pas, car vous avez tout ce qui vous est nécessaire, et raille personnes manquent de tout.
Ne vous familiarisez jamais avec les hommes : la modestie est le partage des personnes de notre sexe.
Ne vous affligez pas de votre mauvaise fortune, mais songez à vous rendre dignes d'une meilleure.
Nous parvenons souvent à ce que nous avons désiré, et nous n'en sommes pas plus heureux.
Piendez-vous à la raison aussitôt que vous la voyez.
Soyez raisonnables, ou vous serez malheureuses.
Si vous vous mettez bien dans l'esprit qu'il est inévitable de souffrir, vous en souffrirez beaucoup moins.
Soyez sévères pour vous et indulgentes pour les autres.
Si vous ne pouvez donner l'aumône aux pauvres, donnez-leur vos prières, vos soins et des consolations.
Souvenez-vous de l'obole de la pauvre veuve; elle fut plus agréable à Dieu que les grandes aumônes des riches.
Si vous voulez être agréables à Dieu, obéissez uses lois.
Si vous voulez être agréables dans la conversation, ne parlez guère de vous.
Souffrez beaucoup avant que de vous plaindre.
Si vous ne profiliez de votre bonheur, vous vous en repentiriez un jour bien inutilement.
Si vous voulez être heureuses, regardez ceux qui sont au-dessous de vous et non pas ceux qui sont au-dessus.
Sachez bon gré à tous ceux qui vous reprennent ; il n'y a personne qui n aimât mieux vous flatter que de vous reprendre.
Si vous sentez de la joie quand on vous reprend, croyez que vous aurez du mérite.
Si vous ne perdiez jamais de temps, vous seriez bientôt capables.
Soyez sobres, et ne soyez jamais occupées de vous que pour songer à éviter tout ce qui pourrait déplaire à Dieu et aux honnêtes gens.
Pour être agréable aux autres, il faut s'oublier.
Soyez gaies, et non pas évaporées.
Soyez ravies de faire quelque chose pour Dieu.
Si vous êtes orgueilleuses, on vous reprochera votre misère, et si vous êtes humbles, on se souviendra de votre naissance.
Il faut que des filles se modèrent toujours, et qu'elles gardent une conduite qui fasse voir qu'elles sont maîtresses d'elles-mêmes.
Il faut souffrir avec patience ce que la justice de Dieu veut que nous souffrions de l'injustice des hommes.
Pour bien commander, il faut savoir bien obéir.
La plus grande parure de notre sexe est la modestie.
188 LETTRES, AYiS ET ENTRETIE^^S
Il n'y a que Dieu qui puisse vous donner le courage de soutenir votre mauvaise fortune.
Regardez ceux qui vous reprennent comme vos véritables amis.
C'est un mauvais caractère que celui de grand parleur.
On raille souvent les filles sur leur timidité, mais on les en estime davantage.
Il est difficile de parler beaucoup sans dire des sottises.
Si vous voulez êlre aimées, occupez-vous plus des autres que de vous-mêmes.
Rien ne déplaît tant qu'une fille hardie.
Travaillez sans cesse, mais sans affectation.
En quelque condiiion qu'une fille soit, le goût de l'ouvrage lui est nécessaire.
Vous ne serez véritablement raisonnables qu'autant que vous serez à Dieu.
Aimez à faire plaisir; craignez de fâcher.
L'empressement de parler vient de légèreté ou de vanité.
Dites le moins que vous pourrez de choses inutiles.
Parler pour se réjouir honnêtement n'est pas inutile.
Choisissez d'être incommodées plutôt que d'incommoder.
Soyez simples dans toute votre conduite.
Que votre conscience soit simple et sincère.
Aimez à contenter toutes les personnes avec qui vous vivez, et surtout celles de qui vous dépendez.
Ne troublez jamais la paix, n'aigrissez personne.
Soyez capables de secret, ne soyez jamais pressées de parler.
Vous déplairez à Dieu, si vous cherchez à plaire au monde.
Si vous connaissiez le monde, vous le haïriez.
Songez que Dieu vous a choisies entre mille pour être élevées dans sa maison.
Prenez la bonne habitude de remplir tous les moments de la journée.
Ne faites et ne dites rien que vous ne vouliez bien qu'on sache.
Les filles bien élevées ne parlent jamais bas à l'oreille de qui que ce soit.
Ayez une conduite ouverte simple, franche, et éloignée de tout mystère.