‹ Extraits des chroniqueurs francaisChapitre 246 sur 341 · COMMINES · texte numérisé non relu

COMMINES

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Qua'an‘e ans envion après la mort de Froissart, et non loin ce sa patri®, naissait Plilippe de Con. ne: ?, qui devait écrite l’histoire d une façcn toute nou elle ct déjà moderne par tien des côtés. II appar.enait à une riche faille de bcurgeris d’Ypres *, dont plusieurs mem-

1. On lira avec profit, sur la biographie et la bibl'ographie de Commines, les notices placées en tête des éditions Dupont (Par s, 1840- 47, 3 vol. in-8t), R. de Chantelauze (Paris, 1881, 1 vol.

in-40), B. de Mandrot (Paris, 1901-3, 2 vol. in-89, dans la Collection de textes pour l'étude et l’enseignement de l'Histoire), J. Calmette et G. Durville (Paris, 1924-5, 3 vol. in-12 dans Les Classiques de l’Histoire de France au moyen âge, n°8 3, 5, 6); sur son caractère et son talent, le bel article de Sainte-Beuve (au t. I des Causeries du lundi), auquel pluseurs emprunts seront faits ci-dessous. Sur sa carrière diplomatique, on

pourra consulter le volumineux recueil publié par Kervyn de Lettenhove, Lettres et Négociations de Philippe de Commynes (Bruxelles, 1867- 7%, 3 vol. in-8°); sur les deux longs procès qui occupêrent ses dernières années, Ch. Fierville, Documents inédits sur Philippe de Commines, Paris, 14881, 1 vol. in-8°.

2. Probablement au château de Renescure, près d’Aire (Nord, arr. Hazebrouck), en

3. Ils s’appelaient Van den Clyte;la seigneurie de Commines (Nord. arr. Lille, et Belgique,prov.Flandre occidentale) avait été apportée dans cette famille par un mariage vers la fin du xrvesiècle. Il était

26 ; Jétrhatts DE Co! HIXES.

bres depuis un siècle s'étaient signalés par leur zéle à défendre les intérêts des comtes de Flandre contre les! prétentions des bourgeois. Colart de Commines, le pères de l'historien, avait été bailli de-Gand, puis souverain bailli de Flandre et il s'était fait, et2 4437, l'instrument des vengeances de Louis de Male coatre Bruges révoltée.h C'était, paraît-il, un foncticnnaire assez peu exact, car & sa mort (1455) il n'avait pas rendu compte de toutes les confiscations auxquelles il avait présidé, et restait rede= vable à son seigneur de sommes importantes. Aussi le Lüteur du jeune Philippe eut-il beaucotip dé peine à mettré un peu d'ordre dans cette succession fort embrouillée, et celui-61, là liquidation faite, n’hérita que de 2424 livres 16 sous 6 deniers tournois. :

[l'avait recu l'éducation qui était alors celle des gen= tilshommes ou des bourgeois aisés, et n’avait point appris’ k latin, mais, élant doué d'un ésprit curieux, il avait Ju beaucoup et surtout dés livres d'histoire. A- l’âge d'en= viron vingt ans, il vint résider à Lillé à 14 cour dé Büürs “one (1464, et fut attaché au servicé du conte de Charolais qu'il suivit à la bataille de Montlhéri (16 juillet 1465); au sac de Bouvines, puis aux sièges de Dinant (1466) et de Liège (1467). Peu après, il élait pourvu par son maitre“ devenu duc de Bourgogne, des charges de conseiller ct de chambellan.

Dans l’étroite intimité où celui-ci l'admettait!, il sut lui l'aire apprécier ses talents : aussi fut-il dès lors chargé dé missions que l'on ne confie guère ordinairement à ui jeune homme de vingt-cinq ans. Au mois de noyem=

donc flamand et non roman de | ronne, il couchait dais la cham*

naissance. Sur sa famille, voy. | bre du duc dé Botrgognes

Th. Leuridan, liecherches sur | Noy. Mémoires, 1,7. — Nous ci

Les sires de Commines, dans le | tons l'ouvrage de Comines

Bulletin de La Commission his- | nar livres ét chapitres (d’après

torique du Nord, tome XV. les éditions Dupont et Chartes } Lors de l'entrevue de Pé- | lauze -

© Aonice.…

bré tant, il allait à Londres et shénatl à la maison de Bourgogne, par l'oftré d’une pension, lord Hastings, favori d'Édouard IV: aussitôt après (août), il partait pour la Bretagne, puis pour l'Aragon ét la Castille, où il allait essayer de ravivér la coalilion si habilement dissouté par Louis XI quelques années auparavant. On ne sait s'il y servit avec zèle les intérêts de son maitre; ce qui est sûr, c'est que ce plénipotentiaire, ce confident du duc de Bourgogne (secrelissimorum secrélarius, dit un contemporain) était dès lors acquis au roi de Francé. Sans doute il s'était produit entre lui ét Charles le Téméraire, dont le caractère

était si peu d'accord avéc le sien, des froissements de bien des sortes!; à Péronne, il avait vu de près Louis XI ét deviné en lui un rot selon, son Cœur : gägné par l'or du roi de France ou séduit par ses caresses, 4 “contribua plus que personne à calmer la fureur du Téméraire et à-sauver son prisonnier; queique temps après, celui-ci lui faisait accépter une pension. Cepéndant Commines tergiversait, ne faisait point le pas décisif; Louis XI srisit sa pension, que, par un raffinement de défiance, il déposait chez un banquier français; touché par cet arguinent, Commines consomma sa défection, disons mieux, sa trahison?: dans la nuit du 7 au 8 août 1472, il quitta lé

quer Sainte-Beuve (Causertes, I, p. 257}, « que l'idée de patrie:

n’était pas alors ce qu'elle*est

4. Le comte de Charolais, dans un moment de colère, aurait, dit-on, lancé une botte

st

au visage de Commines. L'anecdote, très diversement racontée, doit avoir un fond de vérité, car on en avait fait le sujet d'une chanson où Commines n'était pas ménagé. Voy.

M'e Dupont, Nofice, p. 23, n

9. En jugeant cel acté, évidermment répréhensible, il ne faut pas oublier cependant, comme le fait justementremar-

aujourd'hui, que les lieus qui obligeaicnt un geutilomme envers son souverain élaieut surtout per:oune's », et enfin que le duc de Bo wgogne était vassal du roi de France. « Que est-ce là, ajoute plus justement encore M'e Dupont, lé repro. hé le plus grave que lo puisse faire à la mémoire de Commines »

Di

camp bourguignon, et vint rejoindre, aux Ponts-de-Cé, le roi de France, auquel il apportait la connaissance des projets et des plans les plus secrets de son ennemi, à la veille même du grand duel qui allait s'engager.

Louis XI, qui se connaissait en hommes, ne tarda pas, après avoir mis Commines à l’épreuve, à lui faire une place digne de ses talents. À partir de 1475 environ, celui-" ci est non seulement le plus-écouté de ses conseillers, mais le véritable chef de sa diplomatie. Ce rôle prépondérant, il le garda5 jusqu’à la ‘mort de Louis XI, dont il” ne fut point l'ami sans doute (Louis X[ eut-il des amis ?), mais qui lui témoigna plus de confiance qu’à personne : en 1480, lorsque le roi fut pour la première fois frappé d’apoplexie et perdit l'usage d® 11 parole, c’est Commines

1. Charles le Téméraire, irrité de la mort du duc de Guyenne, qu'il attribuait au roi de France, ravageait alors la Normardie.

2. Un ambassadeur milanais, Francois de Petrasanta, écrivait en parlant de Comines :

« Solus il :ouverne avec e roi et couche daus sa chambre.

C'est lui qui est tout x omnibus et prr omnua. Il n'y a personne qui soit un si grand maitre ni d'un si grand pords que lui. » (20 juillet 1476.) Et un peu plus tard (4 novembre): «Chaque jour voit croître sa faveur el.son crédit, et Sa Majesté lui confie la plus grande partie des affaires les plus importantes, » (Kervyn, Lettres, ill, p. 5 et 7.)

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