‹ Extraits des chroniqueurs francaisChapitre 330 sur 341 · Haulx atours : c'est le | satire · texte numérisé non relu

Haulx atours : c'est le | satire

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É À cr Qu ae =; (+ HAS É APPENDIGÉ, 2 PEER 7 les petis enfans, et les admonestoit er donnant cerbains jours de pardon a ceulx qui ce faisoient, des : quelz donner, comme il disoit, avoit puissance, et les fuisoit cryer après elles en hault : « Au hennin ! | « au hennin! y = Et mesmement, quant les dessus dictes femmes de : noble lignie se departoient de devant luy, yceulx enfans en continuant leur cris couroient après, et de fait vouloient tirer jus les dis hennins, tant qu'il | convenoit que ycelles se sauvassent et missent a seureté en aucun lieu. Pour les quelz cas et poursuites s'esmeurent, en plusieurs lieux ou ilz se faisoient, de grans rumeurs et maltalens entre lés diz crians « au hennin! » et les serviteurs de vcelléé dames et damoiselles. Nientmains, le frere Thomas continua tant et fist continuer es cris et blasphemes! dessus diz que toutes les dames et damoiselles et auültres femmes portans haulx atours n'aloient plus . a ses predicaciôns sinon en simple estat et descon= gneu, ainsv ét pareillement que les portent? femmes de labeur, de petit et povre estat, Et pour lors, la plus grant partie d’ycelles nobles femmes, retournees en leurs propres lieux, ayans grant vérgogne des honteuses et injurieuses parolles qu’elles avoient oÿes aux diz preschemens, se disposerent a mettre jus leurs atours et prinrént aultres, tels et assez paraulx à ceus que portent femmes dé begui-

1. Blasphemes, injures. entendre : «avec des atours tels 2. Que les portent, il faut | que les portent. »

NS A ETS PES ES Fes SONDE SEEN RMS EN CS PET RS ER LA PREDICATION POPULAIRE AU XVe SIÈCLE. 449 nages!. Et leur demoura cestestat aucune petite espace de temps. Mais a l'exemple du lymeçon, le quel quant on passe pres de luy retrait ses cornes par dedens et quant il ne ot plus riens Les reboute dehors, ainsy firent ycelles. Car en assez brief terme après que le dit prescheur se fust departy du pays, elles mesmes recommencerent comme devant et oublierent -sa doctrine, et reprinrent petit a petit leur viel estat, tel ou plus grant qu'elles avoient acoustumé de porter. Pour lés quelz estas ainsvy mis jus « l'instance et exortacion d’ycelur frere Thomas, el aussy pour les blasphemes qu'il disoit communement, en especial contre tous les nobles et gens d'eglise, il acquist grant amour et renommee de tout le peuple par tous les pays ou il aloit, tani des bonnes villes comme d'ailleurs, les nobles, le cicvgié, les bourgeois et generalement toutes gens, qui ki faisoient honneur et reverence a leu” nogir, aussi :randement et: reveremment comme on "st n2 faire a ung des apostres de Nostre Seigneur Jesus Christ se il fust du ciel descendu sur terre. Ycelui, ainsi accompagnié de grant multitude de peuple, alans loing aux plains champs au devant de Jui, et de Ja par les plus notables, tant de chevaliers comme aultres, se ilz y estoient menés, eulx estant a pied, et tenant la bride de son mulet jusques a son hostel, qui estoit communement sur? le plus riche bourgeois de la ville, et ses disciples, dont

4, Bequinages. Noy. p. 117,1 2. Sur, chez. Voy. p. 31h, h, 4, n, à.

istraits des chroniqueurs français, 15

450 . APPENDICE. se ra il en avoit pluiseurs, se logerent en pluiseurs lieux des plus honnestes maisons des villes. Si se tenoient pour bien eureux ceux qui lui ou les siens pouoient avoir a hostes. Et quand le dit frere Thomas estoit, comme dit est, a son logis, il se tenoit en une. chambre moult solitairement, sans vouloir souffrir. que nulle personne eust repaire avecque lui, sinon, assez peu, fors tant seulement auleuns de sa famille. Et après qu'il avoit fait ses predicacions, vers la fin, il admonestoit moult instamment, tant sur dampnacion d'ame comme sur paine de excomme-* niement, que toutes gens qui avoient en leurs. maisons {abliers, eschequier, cartes, quilles, dez et” aultres instrumens dont on pouoit jouer a quelque. jeu de plaisance, les apportassent a lui. Et pareillement constraingnoit les femmes qu’elles y apportassent leurs hennins, et la, devant son eschafault, il faisoit allumer grans feus et bouter tout dedens les choses devant dictes.

Sy regna en iceulx pays par l'espace de cinq ou six mois, et fut en pluiseurs notables cités, comme Cambray, Tournay, Arras, Amiens et Terrewane, ou! il fist, comme dit est, pluiseurs predicacions à la louenge du menu peuple, aux quelles s’assembloient aulcune fois seize ou vingt mille personnes. Et fais soit mettre les hommes d'un costé et les femmes de l’aultre, et tendre une corde entre eulx, pour ce qu'il disoit avoir veu entre eulx aucune fausseté, en faisant les dictes predicacions. Pour les quelles faire il ne prenoil point d'argent, ne ne souffroit qu'on le

LA PRÉDICATION POPULAIRE AU XVe SIÈCLE. 451 pourchassast ! ainsi que on suelt faire a autres pres-

cheurs; mais il estoit assez content qu’on luy donnast aulcuns riches aournemens d'eglise, et.

qu on revestist ses disciples et palast ses despens; |

de la quelle chose faire on estoit tout: Joveulx. Et pour parfaite affection et esperance que pluiseurs notables personnes avoient en ce qu'il fust homme prudent et de sainte vie, se mirent a le sievir partout ou il aloït; et en laisserent pluiseurs, pour ce faire, pere et mere, femmes et enfans et tous leurs prouchains amis. Entre les quels le poursievit et acom- pagha par grant espace le seigneur d'Antoing et aulcuns aultres nobles.

Après le quel temps, sans avoir esté en nul d'yceulx pays redargué ne corrigé par auleuns elerez, se des-

party a la grant louenge et amour du peuple, et au

contraire a l'indignation de pluiseurs gens d’eglise, et Sen alla monter sur mer au port Saint Valery pour s’en aler en Bretagne, dont il estoit né.

(Liv. I, ch. zur. Éd. Douët d’Arcq, tome IV, p. 302 ss.)

| 1: Pourchassast, qu’on le défrayât. Cf. p. 30, n. 4.

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