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Il est probable que, des

deux envoyés de chacun des comtes, l’un était le véritable ambassadeur, et l’autre une sorte d’aide ou d’assesseur.

était certainement Villehar-douin qui avait la prééminence sur son compagnon.

4. Édit. de Wailly, Paris, Didot, 1882. Tous nos renvois se réfèrent à cette édition.

5. « Coenes de Betune qui bons chevaliers et sages estoit et ‘bien eloquens » ($S 144).

CE. ci- -dessous.

l’'assentiment du peuple réuni dans la basilique de Saint- Mare. C’est lui qui, après la mort prématurée du chef

désigné de l'expédition, fut chargé avec quelques autres d'aller au nom de tous les Croisés offrir le commandement aux ducs de Bourgogne et de Bar. C’est lui enfin qui, après l'msuccès de cette mission, proposa et fit triompher la candidature de Boniface de Montferrat. L'influence de Villehardouin sur ses compagnons paraît s'être affermie de jour en jour; c’est à lui certainement plus qu'à aucun autre que l’armée dut de ne pas être

démembrée avant même de s'être embarquée pour l'Orient. Dès le commencement de 1202, et pour des

raisons que nous dirons plus loin, une partie des Croisés, en dépit des conventions conclues avec Venise, allait prendre passage dans différents ports de la Méditerranée; Louis de Blois et ses chevaliers étaient du nombre: Villehardouin et le comte de Saint-Pol volent à leur rencontre jusqu'à Pavie; ils se jettent à leurs genoux; ils leur crient merci, « afin qu'ils aient pitié de la terre d’outre mer » ; ils font si bien par leurs exhortations qu'ils

. ramènent à Venise une foule de gens «qui s’en fussent - allés à d’autres ports par d’autres chemins » ($53). Certainement Villehardouin était aussi de ceux qui, à Corfou, dans une circonstance analogue, alors que les dissidents

voulaient, définitivement abandonner l’armée, tombèrent

à leurs pieds et finirent, grâce aux plus vives instances, par les faire renoncer à pe projet.

- À Constantinople, c'est encore dans ce rôle d’orateur . et de diplomate attitré des Croisés que nous retrouvons - le plus souvent Villehardouin. C'est surtout quand les circonstances réclament une parole prudente et ferme à L la fois que nous le voyons apparaître, Lorsque l’usurpa-

- teur Alexis a pris la fuite, et que le peuple a rétabli - Isaac, c’est Villehardouin qui est chargé d'aller faire . connaître à celui-ci les engagements pris en son nom par 2 son fils : c'était un message délicat, ces engagements étant

NOTÉE nr:

but imprudents, et de nature à MÉBONTEUTE cent . le vieil empereur. Au contraire, quand il faudra employer la menace, et non la persuasion, c'est Conon de Béthune qui prendra la parole‘; mais Villehardouin l’accompagnera, peut-être pour contenir sa bouillante humeur, Un peu plus tard, la brouille éclate entre lemnerenr Bandouin et son lieutenant Boniface; Villehardouin, devenu & maréchal de Romanie », vassal de l’un, confident de . l'autre, négocie entre eux une réconciliation qui importe, au plus haut point au salut de l’armée, et sa parole, si elle demeure respectueuse, est empreinte de la plus noble fermeté ($ 285-7, 296-7). Après la mort de Baudouin, si Boniface, qui semble avoir supporté très, impatiemment le second rang, fit acte de soumission au nouvel empe-. reur Henri, et lui offrit sa fille en mariage, c’est probablement encore à Villehardouin qu'était dû ce rapproche- | ment; ce qui autorise du moins à le supposer, c'est que c'est lui qui fut chargé de conduire à l'empereur sa fiancée, et qu'il reçut peu de temps après de Boniface, sans doute à titre de récompense, la ville de Messinople. Villehardouin n’était pas non plus le dernier à l’action; on peut suivre, dans son récit, ses états de service de soldat. Mais sa naissance ne lui assignait ordinairement qu'un commandement subalterne, et il ne dut l'honneur de paraitre un instaht au premier rang qu'à un déplo- : rable concours d'événements. Au commencement de l’année 1204, Baudouin, parti de Constantinople pour déli- . vrer Andrinople, se heurta à une immense armée de Bul-

4. La parole de Conon de | texte, au moins un résumé très Béthune paraît avoir été plus | fidèle, sont des morceaux orachaude, plus vibrante, mais |toires d'une vigueur, d'une aussi plus emportée que celle | fierté magnifiques, tels qu’on de Villehardouin. Sa réponse pouvait les attendre du plus aux ambassadeurs d'Alexis, son | passionné, du plus personnel défi à Isaac, dont Villehardouin | de nos poètes lyriques du

a dù nous conserver, sinon le ! moyen âge. AGE

ane à ny NOTICE. | Bb gares, conduite par le roi Joannis. Le 14 avril, malgré un cruel avertissement reçu la veille et les plus sages résolutions, nos chevaliers, obéissant à cette fougue qui avait déjà causé bien des désastres avant Créci et Poitiers, se laissent entrainer loin du camp: ils sont enveloppés par les ennemis et taillés en pièces; le comte de Blois est tué, l’empereur fait prisonnier, l’armée en déroute fuit.

Villehardouin fut à la hauteur de ces graves circonstances : il rallia les fuyards, et, de concert avec le doge de Venise, il organisa et commanda cette retraite, digne d’avoir sa

‘ piace entre les plus mémorables !, où quelques centaines

de chevaliers français, sans cesse harcelés par d’immenses hordes barbares, réussirent à sauver tous leurs blessés, après avoir fait plus de cinquante lieues en pays ennemi.

A partir de 1907, Villehardouin disparait de la scène historique : il est mentionné par Henri de Valenciennes

somme ayant, dans le courant de cette année, combattu

les Bulgares? et gardé Constantinople pendant que

l’empereur marchait sur Salonique (K 553, 561); puis

nous ne retrouvons plus son nom que dans des docu-

ments d'archives. Il est encore cité dans une lettre du

pape Innocent I, datée de 1212; mais il mourut probablement sans avoir revu son pays natal, dès cette année

. ou l’année suivante, car en 1213 son fils Érard prend le

. titre de seigneur de Villehardouin.

persan a OP ESS

Villehardouin paraît avoir composé son livre dans la retraite où il passa ses derniers jours, et ne l'avoir pas terminé. Ce livre a dû être fait pour être envoyé en France : dés le début, l’auteur se le représente comme lu

4. Le récit en est imprimé | de Villehardouin, n'offre pas de

plus loin, p. 70-76. garanties suffisantes d'authen-

2. Henri de Valenciennes lui | ticité. Sur le caractère de la fait adresser un discours à ses | chronique de Henri, qui ne restroupes avant le combat; mais | semble en rien à celle de Villece discours, digne d'ailleurs | hardouin,voy.Romania,XIX.63.

À + gro 2...

ou récité en public!. Les souvenirs qu’il y a consignés remontent donc à une dizaine d’années, car on ne peut croire qu'il ait pris, pendant la croisade et les guerres

qui la suivirent, des notes au jour le jour ?. Il dit en par-

lant de lui: « Jofroiz de Vilehardouin qui ceste uevre dita ($ 120, 218), qui ceste uevre traita ($174, 460, 484) ».

Dilier en ancien français signifie (composer » plutôt que

«dicter » 5, et on ne peut rien conclure de cette expression; mais en fait il est douteux que le maréchal ait écrit lui-même, et tout son livre a bien l’air d’avoir été parlé, comme il était destiné à être écouté. On croit en le lisant entendre encore la voix mâle et forte du vieux chevalier, rappelant, dans son château de Messinople, ses souvenirs de guerre et de politique pour les dicter à son clerc et les envoyer à sa dame de Champagne, à ses enfants restés au pays, à ses compatriotes désireux de savoir la vérité sur cette merveilleuse aventure qui avait fait de la Thrace une nouvelle France.

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