‹ Extraits des chroniqueurs francaisChapitre 58 sur 341 · Voy. une dissertation de M. de Wailly, p. 484 de son · texte numérisé non relu

Voy. une dissertation de M. de Wailly, p. 484 de son

édition. |

ue nous ne la citions pas : « Monseigneur Jean de Joinile avait un fils, appelé Jean comme lui, qui était sur le oint de faire un long voyage; il lui dit « : Choisis parmi

nos hommes les quatre que tu croiras être le plus de nos amis et des tiens, et tu les conduiras avec toi. » @ fils répondit : « J'emmènerai donc tels et tels. —

Parmi ceux-là, dit le père, il y en à un qui a jadis trahi

son seigneur; prends à sa place un tel, en qui J'ai toute confiance. — Mais, dit le- fils, celui que J'ai choisi déclare qu’il m'aime plus que lui-même; le vôtre, au contraire, bien qu'il m'’ait servi quand je le lui ai de- | . mandé, ne m'a jamais témoigné son affection par ses | | paroles. » Alors le père lui dit : « N'est pas ami qui le | dit, ni ennemi qui se tait, l'œuvre seule fait preuve, et «-plus la longue que la courte et la récente. »

Outre son rang, sa charge de sénéchal lui imposait des levoirs multiples et compliqués, dont il s’acquittait poncuellement ; il parait avoir été un justicier et un adminisrateur irréprochable, Sa droite raison, le tour positif de on esprit le rendaient apte aux affaires, et il y réussissait ; ussi ne craignait-on point de lui confier des charges mportantes ou des missions difficiles. L'histoire a conervé le souvenir de quelques-uns des actes de la derère partie de sa vie :en 1255, une querelle s'étant élevée ntre les enfants de Thibaud IV au sujet de la succession le leur père, c'est Joinville qui réussit à les mettre d’acord; c’est lui encore qui négocia le mariage de l'ainé l'entre eux, le comte Thibaud V, avec Isabelle, fille du roi, t il recut de son-jeune suzerain, probablement à titre le récompense, une augmentation de fief. Philippe LH}, qui l’estimait particulièrement, le chargea d’admimistrer a Champagne durant la minorité de Jeanne de Navarre, rpheline et unique héritière de Thibaud V. Sous Phiippe IV, il prit aux affaires une part moindre, mais imortante encore : il fut étroitement mêlé (1299) aux \égociations qui aboutirent au mariage de Blanche,

sœur du roi, avec Rodolphe is A l'e eipéreur Albert Le, -, En 1303, après le désastre de Courtrai, il rejoignit l'armée royale, qui partait pour les Flandrés, avec ses deux fils et un neveu (qui devait périr dans cette campagne). Il fit encore partie de l’expédition de 1304 et assista probablement à la bataille de Mons-en-Pevèle. Vers la fin de sa vie, il s’associa aux mécontents qui tentèrent de résister aux exactions du roi, pour lequel il éprouvait du réste une antipathie qu'il a clairement exprimée dans son ivre ($ 42). En 1515, il songeait à répondre à l'appel

en TRE: mais AT dut y renoncer, sans doute à cause de son grand âge. Il mourut dans son château peu de temps après, âgé de quafre-vingt-douze ans (24 décem | bre 1317): l

Il avait voué à la mémoire du roi dont il avait été l'ami un culte pieux qui remplit sa vieillesse : en 1289, il fut l’un des témoins interrogés dans l'enquête : relative à la canonisation de Louis IX: en 1298, il assistait à la levée du corps saint et aux fêtes célébrées en l'honneur du roi, mis désormais au rang des « bienheureux ); cet homnmage ne satisfaisait point Joinville, qui eût voulu qu’on le déclarat martyr; en effet, disait-il, ne se doutant pas peut-être que cet argument n’était qu’un jeu de mots, ne mourut-il pas « en croix », comme Jésus-Christ ($ 5)? IL n'hésitait pas pour sa part à l'honorer comme un saint, jet il Jui avait consacré un autel dans sa chapelle de ‘Saint-Laurent, à Joinville.

C'est un monument plus durable qu'il lui éleva dans son livre. Il le composa à la requête de Jeanne de Navarre, la jeune princesse qu'il avait vu. naître et qui venait de monter sur le trône de France. Celle-ci mourut (2 avril 13*5) avant que l'ouvrage füt términé : c'est à l'aîné de ses fils, le futur Louis X, que Joinville l'obrit au mois d'octobre 1309. ER

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I. — Vazeur HISTORIQUE ET MÉRITE JATTÉRAIRE DE SON LIVRE, À SON CARACTÈRE.

Les questions que nous ayons eues à discuter à propos

du livre de Villéhardouin ne pos de celui de Joinville : il

se posent même pas à pro-

ne plane pas l'ombre d'un

doute sur la parfaite sincérité de celui-ei1. Tout au plus pourrait- on dire qu'i a parfois un peu exagéré l'importance de son propre rôle ; mais c’est là une tentation à laquelle n’échappent guère les auteurs de mémoires, et l'essentiel est que le portrait qu'ils nous font des autres personnages n ‘en soit pas altéré2.

4. Les raisons sur lesquelles sesont fondés le P. Hardouin au xvure siècle et, de nos Jours, le P. Cros, pour attaquer, non point la sincérité de Joinville, mais l'authenticité de son hvre ne sont pas convaincantes (roy. Histoire littéraire de La France, XXXII, 192).

2. I n'ya qu'un point sur lequel Joinville puisse être soupconné d’avoir sciemment faussé la vérité. Lorsque, en juin 1950, le retour du roi fut mis en délibération, Joinville prétend avoir été le seul, âvec le comte de Jaffa, à-con- Seiller au roi de rester en Terre- Sainte {$ 426); or il résulte d'un document officiel, une lettre que Louis IX fit écrire à ses sujets pour leur expliquer sa conduite, que la raajorité des barons opina dans le même sens. Mais cette

- Extraits Ges chroniqueurs français.

affaire donna lieu à deux, peut-être à trois assemblées :

or le récit de Joinville peut s'appliquer à la première, et la lettre du roi à la seconde ou à latroi-ième. Dans l'intervalle qui s’écoula entre ces assemblées les barons réfléchirent, comprirent que da décision d'abandonner les prisonniers aux mains des Sarrasins serait sévèrement jugée et qu’au reste le roi ne la ratifierait jamais ; ils se rallièrent donc, en fin de compte, à l'opinion exprimée d'abord par Joinville et sans doute quelques autres. Telle est l'hypothèse qu'a exposée G. Parisen lappuyant d'arguments très convaincants (Hist'litt.,XXXIT, p. 923-8). Une explication très analogue avait déjà été donnée par M. #. F. Delaborde (Romania, XXII, 148).

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Mais, outre la sincérité, nous avons Fe et once © de l'historien, et même du biographe et de l’auteur de sémoires (car Joinville n’a pas voulu être autre chose), la connaissance précise des faits et la clarté de l’exposition. Ces qualités, il faut bien avouer que Joinville ne les possède pas au même degré que son illustré compatriote. Si la plus grande partie des renseignements qu’il nous donne sont d’une exactitude indiscutable, il n’en est pas moins tombé çà et là dans quelques erreurs ou confusions assez surprenantes et qu’il lui eût été facile d’évitert. Quant au plan de son livre, il est loin d’appa. raître nettement: l’ordre chronologique, qu'il semble avoir eu l'intention de négliger complètement, est néanmoins observé dans la plus grande partie du récit ; certain: événements sont racontés deux fois, tantôt dans les mêmes termes, tantôt avec des variantes assez nota: bles ?; enfin d’autres retiennent et accaparent l'attention:

. le récit de la croisade, qui ne dura que six ans, OCCUR:

: les trois quarts du livre.

Mais une grande partie de ces défauts s’atténue ot disparaît dès que l’on connaît les circonstances où l’ouvrage à été composés.

Le but de Joinville n'avait jamais été d'écrire une his

4. Il déclare ($ 79) qu'en | que ce fait n'eut lieu que cit 1230 les barons envoyèrent | ans après.

chercher en Orient la reine de | 2: Voyez-en l’énumératior Chypre, qui avait des droits sur | dans les notes de l'édition dk la Champagne, pour susciter | Waïlly. * des embarras à Thibaud IV; or! 3.Je résume ici (p. 98-100 cette princesse n'arriva en |le remarquable article où G France que trois ans plus tard, | Paris a le premier débrouill. alors que la querelle entre les | ces circonstances et jeté uni barons et Thibaud avait pris fin. | si vive lumière sur la compo I raconte {$ 58%) que Bagdad | sition de l'ouvrage {Histoir: fut prise par les Fartares durant | lit{éraire de la France, XXXI son séjour à Sidon (1253), tandis | [1898], p. 291-459),

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toire complète et suivie du saint roi, mais seulement de

rappeler, comme Jeanne de Navarre le lui avait demandé, ses paroles et ses actions les plus mémorables et les plus édifiantes. C'est cette prière même qui lui avait suggéré son plan : aux ( saintes paroles » du roi devait être consacrée la première partie, la seconde à ses « bons faits ».

Ce plan, exposé à plusieurs reprises ?, a été en effet Suivi dans ses grandes lignes. La première partie, il est vrai ($ 19-67)?, est beaucoup plus courte que la seconde, et dans celle-ci, le récit de la croisade, je l'ai déjà dit, tient une place quelque peu démesurée. C'est que Joinville avait été, durant ces six années, le compagnon fidèle du roi et qu'il avait vu de ses propres yeux toutes ces scènes touchantes et dramatiques, si propres à faire aimer et vénérer son héros : il ne devait donc pas hésiter à donner à ce récit un développement particulier.

Mais ce récit même, il n’eut pas, en réalité, à l'écrire,

car c'était chose déjà faite :

il avait en effet, une tren-

taine d'années auparavant5, rédigé, pour sa famille et

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