‹ Extraits des chroniqueurs francaisChapitre 6 sur 341 · Le premier mot est: Sa-]| désigne ainsi, par un usage · texte numérisé non relu

Le premier mot est: Sa-]| désigne ainsi, par un usage

chez. | fréquent au moyen âge.

2. Le livre que Villehardouin | 3. De même en latin dictare mentionne souvent n’est pas, | epis{olam, versus.

comme on l’a parfois supposé, | 4. Blanche, veuve de Th

une source où il aurait puisé ; | baud III et régente pour son c'est son œuvre même qu'il | fils Thibaud IV.

a - , NS

pour cette époque, ou la version des plus autorisés de

À ses contemporains. Mais, d'autre part, la haute situation :

qu'il occupait le forçait à prendre parti dans toutes les questions : ce n’est pas un témoin seulement, c’est un acteur, et des plus intéressés aux événements. S'il a tou’ su, a-t-il voulu tout dire? Est-il aussi sincère qu'il est exactement informé? Les dessous diplomatiques de la quatrième croisade ont été, dans ces derniers temps, l'objet de longues discussions, où il a été déployé autant d'érudition que de talent, et où notre historien a été assez vivement malmené. Nous ne pouvons songer à résumer ici ces débatst. Il est nécessaire pourtant d’en dire un mot, puisque la question de la bonne foi de Villehar-

douin y est intimement liée.

On a souvent fait ressortir ce qu’il y avait eu d’ étrange

dans la destinée de la quatrième croisade. Une armée, - partie pour délivrer le Saint Sépulcre, va d'abord prendre

une petite ville pour le compte de Venise, puis renverser l'empire byzantin, et elle se fixe enfin dans le pays conquis. Si l'on en croyait Villehardouin, cette déviation de la ee sade serait due à des événements purement fortuits;

serait, pour ainsi dire, malgré eux que les Croisés en allés d'abord à Zara, puis à Constantinople. Mais la critique, qui s'était. d'abord contentée de cette explication,

est devenue plus soupconneuse : elle a cherché, comme

l'avaient déjà fait, du reste, les contemporains, les causes

réelles de ce changement de direction. C’est ici que les opinions différent : MM. de Mas Latrie, Hopf et Streit

V’attribuent à la duplicité de Venise, trahissant les Croisés, aitant avec le soudan en même temps qu'avec les princes chrétiens, et s'engageant envers le premier à

1. Onsera suffisammentren- | 114) et de M. Hanotaux (Revue seigné en lisant les articles du | historique, IV, 74-100), et le comte Riant (Revue des Ques-| livre de M. Tessier, La divertions historiques, XNII, 321- | sion sur Zara et Constanti- 314; XVIII, 5-75; XXII, 71- | nople, Paris 1884.

8 © EXTRAITS DE VILLBHARDOUIN.

détourner de ses etats l’armée qui allait se livrer à elles

le comte Riant y voit un épisode de la lutte du Sacerdoce

et de l'Empire, et veut attribuer à la politique allemande,

représentée par Philippe de Souabe, le rôle prépondérant assigné par d’autres à Venise; enfin, l'opinion ancienne a trouvé des défenseurs en MM. de Waillly et Tessier, qui voient dans la croisade une œuvre purement française, et défendent sans réserves la clairvoyance et la bonne foi de Villehardouin, dont l'explication paraît les satisfaire.

Ce qui nous semble résulter de la brillante discussion à laquelle on s’est livré, c’est que la théorie « des causes fortuites » doit définitivement céder le pas à celle (de la préméditation » : il est inadmissible qu'une puissante armée, commandée par des chefs intelligents, aille ainsi à la dérive, à la merci des circonstances. Le parti le plus raisonnable nous parait être de faire sa part à chacune des

opinions, au moins des deux premières. Comme l'a dit

judicieusement M. Hanotaux', « le changement de direc-

tion de la quatrième croisade n’est pas dû à une seule et

unique influence s’exerçant isolément, mais à la résultante de plusieurs forces représentant les intérêts divers qui se trouvaient en jeu ». C'est ici le cas d'appliquer le

principe Juridique : Îs fecit cui prodest. Or, la conquête de :

Constantinople importait à Venise aussi bien qu'à Philippe de Souabe. Venise convoitait les dépouilles de Constantinople, et se fût assuré, en la réduisant au rôlede colomie, le monopole du commerce avec l'Orient; d'autre part, il y avait depuis un siècle uné tradition d’ hostilité et presque

de haine entre les empereurs de Byzance et l'Allemagne,

et Philippe de Souabe, combattu par le pape, abandonné de la plupart de ses partisans d’un jour, eût été heureux d'échanger son trôné chancelant contre un empire

dont l'imagination populatre exagérait encore les richesses | et sur lequel son mariage? lui donnait des droits. Seuls,

4. Revue critique, 18177, I, 2. Avec Irène Comnèéne, fille 318. Cf. Revue des Questions | d'Isaac IT, qu'il avait épousée

histor., XXIIX, 1114, en 1196,

NOTICE. 9 ” les Français n'avaient aucun intérêt à se détourner de” leur route. Il est impossible, dit M. Tessier, de méconnaitre le caractère éminemment français de l'expédition. Mais n'est-ce pas là se payer de mots ? Française par ses origines, composée surtout de Français, cette expédition couvrit de gloire le nom français et assura à notre pays une influence durable en Orient. Mais il n’en est pas moins certain que l’idée d'aller à Constantinople ne dut pas être, au début, une idée française (nos barons n’hésitaient- d’abord qu'entre la route de Jérusalem et celle de l'Égypte), et qu’elle ne put germer que dans l'esprit de ceux dont elle servait les intérêts. Pourquoi ne pas admettre que, cette fois encore, les Français aient in- -considérément travaillé pour autrui? Mais alors, nous dira-t-on, Villehardouim à été complice ou dupe des ambitions étrangères ? Dupe, sa elairvoyance,sa constante participation à tous les conseils nous empêchent de le croire. Complice, oui, à condition qu'on veuille bien n’attacher à ce mot aucun sens défavorable. Villehardouin, en effet, a-t-ilété vraiment si coupable? On le croirait, à voir l'ardeur qu’on met à le défendre. IL n’en est rien, à notre avis. En se ralliant à la route de Constantinople, cédait-1l à un motif d'intérêt personnel? Nullement. Violait-1l son serment de Croisé? En aucune façon : en effet, on pouvait légitimement Soutenir que Constantinople allait être pour l'armée chrétienne une excellente base d'opérations, et un inépuisable magasin d’approvisionnements!. Enfin, 1} a pu être séduit par les promesses d’Aïexis, caresser, lui aussi, comme les clercs de l’armée, le rêve de la réun'on les deux Églises grecque et latine, et il eût été flatté d’en- * trer pour quelque chose dans ce grand événement. » Mais il avait des raisons plus personnelles, et cependant très avouables, de se laisser convaincre : il avait

A. « Sachez, dit-il, que c'est | d'outre mer, si elle doit jamais … par la Grèce ou par Babylone | être recouvrée » ($ 96). Cette que sera recouvrée la terre l'opinion était très soutenable,

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