‹ Extraits des chroniqueurs francaisChapitre 7 sur 341 · ST À · texte numérisé non relu

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apposé sa signature au bas du traité conclu avec Venisé ; par la faute des dissidents, il allait être exposé à la laisser protester, ce qui révoltait son honnêteté. Il a dû accepter

comme la meilleure des solutions celle qui permettait

aux Croisés de s'acquitter envers les Vénitiens et de se dédommager largement de leurs sacrifices. Enfin, il n'est pas difficile de voir qu'il avait été, dès le premier instant, conquis, subjugué par le doge, dont le caractère, fait de sagesse avisée et de courage réfléchi, sympathisait merveilleusement avec le sien. Comment eüt-il hésité à s’engager à la suite de ce lype accompli du prud’homme 1 ?

Villehardouin est donc, et il nous semble que tout es-

prit non prévenu le reconnaitra sans peine, le porte-voix d’un parti. | Aussi est-il injuste pour toute une fraction de l’armée :

il a fait de sa chronique l'écho de ses haines et de ses :

rancunes, lesquelles sont aussi âpres que peu justifiées; il est certains de ses compagnons sur lesquels il ne manque pas une occasion de jeter le blâme ; ce sont ceux qui essayent de ( depecier l’ost ». À l'entendre, ce seraient

des lâches ou des hypocrites, qui voudraient aller vite en.

Palestine pour y donner, à tort et à traver$, sans espoir

__ de succès, quelques coups d’épée qui les dégageraient de leur vœu?. En réalité, ce ne sont point là des déserteurs,

mais des gens qui pensent autrement que Villehardouin

sur la direction qu'il faut donner à la Croisade. Non seulement il se porte garant, à leur sujet, de l’opinion publique 5, qui fut peut-être moins sévère pour eux que pour lui, mais il enrôle dans son parti Dieu lui-même, qui,

dit-il, n’a voulu leur accorder aucun succès ou leur à

À. Îl né mañque pas de fairé | éomplit ($67,173, 514, 351,564).

observer, chaque fois qu’il ra-| 2. Il les accuse de s'être.

éonte un exploit du doge, com- | réjouis par lâcheté de l'échec bien cet exploit est rendu plus | d’un assaut donné à Constan: temarquable par le grand âge | tinople (8 239). (Cf. S 103.)

et la cécité de celui qui l’ac-1 3. S 50 et passim.

réservé une fin misérable ($ 299-231)1. Quelques-uns de ces dissidents ayant été noyés, d’autres massacrés par les Esclavons ($ 101), on dirait qu'il y voit les effets d'une vengeance divine à laquelle il est prêt à applaudir. Que signifie du reste cette accusation, tant de fois répétée et si aigrement, de vouloir démembrer l’armée ? Les adversaires de Villehardouin ne le voulaient pas plus que Villehardouin lui-même, et ils eussent été charmés d'être suivis par tous leurs compagnons : la vérité est qu'il y avait deux partis, chacun tirant de son côté, et que leur entêtement eût en effet amené la dislocation de l'armée, mais que c’est le parti hostile à notre chroniqueur qui craignait encore le plus de voir « depecier

lost », puisque c’est lui qui céda, en définitive; il

n'est même que juste d'ajouter qu’il obéissait aux plus

nobles sentiments, la foi religieuse, le désintéressement,

la fidélité stricte au serment? : en effet, ils avaient juré,

ces prétendus traîtres, d'aller délivrer le Saint Sépulcre

et non de rétablir Alexis Comnène, Est-il si sûr, au reste, . qu'ils n’eussent pas réussi? Il est du moins certain qu'ils

n'avaient aucune raison de prévoir un échec, et qu'ils

ne s’y exposaient pas de gaieté de cœur pour accomplir - - leur vœu à bon marché. Villehardouin est donc mal venu * à suspecter leurs intentions et à s’arroger le monopole de l’infaillibilité.

Ce parti pris a-t-il entraîné Villehardouin à des inexactitudes volontaires? On pourrait le soutenir, du moins en ce qui concerne quelques faits de détail. À entendre notre chroniqueur, les propositions du jeune Alexis J n'auraient été faites aux Croisés, qui les auraient accep-

!. Ailleurs ($ 122); racontant | 2. Il comprenait du reste les … l'histoire d'un sergent quiquitte | hommes les plus pieux de l’ar- À le parti des « Syriens » pour re- | mée, Simon et Gui de Montfort, 5. venir à l’autre, il parle de lui|les frères de Boves, Robert comme il ferait d'un DéeHenr Mauvoisin, Étienne du Perche, - repentant. l'abbé des Vaux, etc.

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tées pour sortir d'embarras, que peu de temps avant lé départ pour Zara, c’est-à-dire vers le mois de séptems bre 1202, Or, tout porte à croire que la diversion sur Constantinople était arrêtée en principe depuis près d’une année, mais que l’on cachait cette décision aux troupes1. Même en faisant abstraction de ce fait, il saute aux yeux que Villehardouin nous dissimule quelque chose + il est certain que des négociations ont eu lieu dont il ne nous dit rien. On peut donc lui reprocher, sinon des manque= ments à la vérité, du moins des réticences. À vrai dire, il ne faut pas trop nous en étonner : le plan auquel i] s'était rallié avait été fécond en déceptions; la prise de Constantinople n’avait été d'aucune utilité aux chrétiens

4. Sansnous engager icidans la discussion approfondie de ce point (voy. à ce sujet Revue des Quest. histor., XNII, 352, sq.), notons cependant quelques faits significatifs : 4° Dès le mois de décembre 1201, Boniface, à peine nornmé chef de là croisade, au lieu de retourner directement dans ses États, rejoint

-à Haguenau Philippe de Sokabe et le suit én Allemagne, où ils trouvent le jeune Alexis et sa sœur Irène (car la présence

d'Alexis en Allemagne à cette

époque a été eñ vain révoquée en doute). N’est-il pas vraisemblable que ces quatre personnages, dont la réunion ne devait pas être fortuite, se soient entretenus des affaires de Constantinople, qui- les intéressaient si directement, que Boniface ait pris là l’idée d'y cotte armée qu'il

entroiîinsyp

allait avoir dans la min et dont onignorait la future destination

(cette destination avait été laïis-

sée en blanc dans le traité avec Venise)? — 2° Dès l’été.de 1202, nous voyons Louis de Blois, qui s'était probablement. mis en route pour Venise, changer de direction et chércher un autre point d'embarquement ; ét cependant il était de ceux qui :

avaient traité avecles Vénitiens, :

et dont la parole était engagée, D'où venait ce brusque revire- | ment? N’avait-il point entendu parler de ces machinations, et. ne cräignait-il point, lui aussi, « le grafid péril qu'avaient entreprisles Vénitiens », comme ces Flamands qui r'efusèrent de rejoindre l'érmée,. quand ils surent qu'elle n'allait pas eñ Égypte ($ 49)? Pour que les intrigues des politiques aient .

transpiré dès cette époque, il

NOTICE de Terre Sainte, et cet empire, récemment fondé, craquait déjà. L'opinion était sans doute fort excitée contre les promoteurs de l’entreprise, Villehardouin n'aura pas eu le courage de reconnaitre son erreur; il aura préféré laisser croire que le hasard avait conduit les

Croisés comme par la main à Constantinople. Son Die

grand tort est, en somme, d’avoir voulu être trop habile

il vaut toujours mieux plaider sa Cause que de l embrouil: ler à desseiti, surtout quand cette cause n’est pas mäuvaise en elle-même, Il est possible que la suprême habileté eût été ici la parfaite franchise. Peut-être n’eût-il pas

persuadé ses contemporains encore sous l'impression d'une.

déconvénué toute récente, mais il eût certainemént con-

vaincu la postérité, et évité ainsi à sa mémoire les accusations vrannent trop graves qu’on a essayé de faire peser Becurelets ‘

IT. — Son MÉRITE LITTÉRAIRE.

| S'il ÿ a lieu de faire quelques réserves au sujet de la - valeur historique du livre de Villéhardouin, personne n’en

conteste les qualités littéraires. Celles qui frappent tout:

faut qu'elles aient été ourdies - passablement plus tôt. Il est

done probable que c’est dans …. lhiver de 1201 à 1202 que fut arrèté le plan dont nous par- = lons, que Villehardouin en eut Connaissance : en arrivant à Venise et qu'il y adhéra aussi-

tôt. — Mais il nous est impos- Sible d'aller plus loin, et d'ad- . mettre; comme M. Streit, que les Vénitiens l'avaient conçu - dès le jour où ils signaient le

traité de 1201, et surtout que

: RE CEE ei était dès ce mo-

ment leur complice. Cé serait à la fois leur attribuer à tous une. élairvoyancé surhumairie et leur adresser une accusation gratuitement odieuse.

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