‹ Extraits des chroniqueurs francaisChapitre 60 sur 341 · RUE AU · texte numérisé non relu

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paraîtrait presque de l’héroïsme ?. Ms aussi quel réquilsitoire on pourrait, son livre à-la main, dr esser contre (lui! Son défaut le plus sensible est la vanité : comme la plupart des hommes à quila vie à été douce en somme, hi se sait gré de mille choses fortuites et se proposerait volontiers en exemple; s’il morahse à pr opos de ses actes et en tire des enseignements édifiants, c’est là encore, sans qu’il s'en doute, un prétexte qu'il saisit pour parler de lui-même, IL n'était pas lâche. certes, et nous avons vu que, dans la mélée, il se jetait volontiers au plus épais; mais il tenait AS ro Ja vie: lo feu grégeois tom bant à côté de lui, l'aspect des « haches danoises à charpentier » qu'il voit, dans sa prison, aux mains des Sar- ‘rasins, le jettent dans un émoi difficile à décrire ($ 204,

555). 11 avait du reste des raisons de trouver que là vie est bonne, car il s’appliquait à en goûter toutes les joies: il se plaisait aux fêtes et aux € caroles »; ils ‘abstenait de « tremper » son vin, sous prétexte qu'il avait « la tête grosso et l'estomac froid » ($ 23); 11 aimait l'argent, avec lequel on peut se procurer tant d'agréables choses, et il w’entendait servir pour rien ni Dieu 11 le roif. Ses dé délica- | fesses aristocratiques se fussent mal accommodées des

| mortifications du roi, qu 1 loue sans les imiter; il eût

4. En 1254, après six ans passés en Orient, il était prêt à aller guerroyer à Constantinople pour accomplir son serment :($ 140). Pour rien au monde il n'eût consenti à abandonner pour revenir plus tôt en France ses compagnons d'armes, même les plus humbles ; il avait été très frappé en effet d'une parole que lui avait dite, au départ, un de ses parents, que « nul chevalier,

pauvre ou riche, ne peut, sans être honni, revenir en laissant aux mains des Sarrasins le menu peuple de Notre-Seigneur » (voy.ci-dessous p.151).

2. Voy, $ 459 ss, Nous le voyons à deux reprises, en 1262 et en 1267, réclamer de la vaisselle d'argent qui avait servi à des fêtes et à laquelle il prétendait, mais à tort, vu les circonstances, avoir droit en qualité de sénéchal. .

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MO EXTRAITS DEJOINILE

mieux aimé être chargé de péchés mortels que couvert de lèpre, et il se révolte à l'idée de laver les pieds des pauvres, dans lesquels 1l voit plus volontiers des « vilains » que des membres de Jésus-Christ ($ 27-29). Le contraste est piquant, — et il est certainement pour quelque chose dans la fortune du livre, — entre a figure du roi et celle de son fidèle compagnon, entre. le saint, en qui la foi a transfiguré l'humanité, etle demi-chrétien, convaincu,mais tiède, dont la vie est faite de.compromis entre sa croyance et les instincts de la nature, et qui reste en somme aussi épicurien que peutF être un disciple de l'Évangile. Cette perpétuelle opposition entre l'idéal le plus élevé et une réalité quelque peu prosaïque fait parfois ressembler le livre de Joinville (nous hasardons ce rapprochement en priant qu’on n’y voie aucune intention irrévérencieuse) à l’immortel roman de Cervantes; l’un et l'autre ont du moins ce caractère commun de résumer, en deux types bien vivants, les deux faces de la nature humaine. ME [va sans dire que, des deux hommes qui les représen- = tent ici, € est Joinville qu’il faut prendre comme type de son époque. Tandis que Saint Louis s’éleva infiniment au-dessus de ses contemporains, le brave sénéchal sem- = ble n’avoir été ni meilleur ni pire (et plutôt meilleur que pire) que la plupart d’entre eux. Le portrait qu'il nous a laissé de lui-même a donc aussi le mérite de nous donner - une idée assez exacte, et fort honorable en somme pour nos ancêtres du xm° siècle, du niveau moral auquel - s'était élevée la moyenne de la société d’alors, sous le : double empire de la courtoisie et du christianisme, de k Pidéal mondain et de la foi religieuse.

dsl vu aomage.

Vertus de saint Louis.

Eu non de Dieu le tout poissant je Jehans, sires de Joinvile, seneschaus" de Champaigne, fais escrire la

vie nostre saint roi Loueïs?, ce que je vi et oui par

l'espace de sis ans que je fui en sa compagnie eu pelerinage d'outre mer et puis que“ nous revenimes.

1. Seneschaus. Le sénéchalat de Champagne était héréditaire dans la famille de Joinville. Sénéchal à huit ans, à la mort de son père (1233), Joinville le resta quand la Champagne passa à l'hilippe IV, puis à Louis X (voyez la Notice). Il vit encore en 1315 Louis monter sur le trône de France et réunirainsi la Champagne au domaine royal.

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