RAMUS
Pierre la Rainée ou. Ramus est le premier antagoniste d'Aristote dans l'université de Paris. Né en Picardie d'une famille très-pauvre, en 1515, il se rend à pied à Paris, presque enfant encore, pour y étudier; il se fait domestique d'un écolier au collège de Navarre, sert son maître pendant la journée et passe la moitié des nuits dans la lecture, à la lumière gratuite de la lune. Après trois ans et demi d'études sur Aristote, il découvre qu'il n'a rien appris. Platon lui révèle une méthode de libre dialectique qui l'enchante. « Quid plura? cœpi egomet sic meeum cogitare : hem ! quid vetat paulisper socratizein ? » Il propose alors une thèse où il soutenait que tout est fausseté dans Aristote. Son livre est brûlé par arrêt du roi, et des feux de joie accueillent cet arrêt. Devenu professeur au collège de France, il est tour à tour en faveur et persécuté. Son ennemi, le péripatéticien fanatique Charpentier, le fait assassiner dans la nuit de la Saint-Rarthélemy par des étudiants, comme protestant à la fois et platonicien.
K^a dialectique doit Imiter la nature*
On doit avant tout s'appliqifer de toutes ses forces à découvrir ce que peut la nature et comment elle procède dans l'emploi de la raison. C'est pourquoi, pour mieux mettre en lumière sa puissance, considérez, parmi tant de milliers d'hommes, ceux qui l'emportent par leur habileté et leur prudence naturelle, et supposez qu'ils aient à donner leur avis dans la discussion d'une affaire importante : leur pensée, comme un miroir fidèle, devra vous donner une image de la nature. Examinez donc ce que vont faire ces conseillers par qui la nature vous enseigne. D'abord, si je ne me trompe, ils chercheront en silence dans leur esprit quelque raison, ils inventeront quelque argument qui leur donne moyen de vous exhorter à l'entreprise sur laquelle on délibère, ou de vous en détourner ; puis, quand ils auront trouvé de quoi se satisfaire, ils exprimeront leur pensée, non pas au hasard, mais par ordre et avec méthode : non contents de démontrer chaque point avec élégance et avec force, ils embrasseront toute la question, en descendant de l'idée la plus générale aux espèces et aux cas particuhers qu'elle comprend. S'ils procèdent ainsi dans une discussion particulière, à plus forte raison suivront-ils cette méthode, lorsqu'ils étudieront la nature tout entière, comme faisaient les premiers philosophes, qui n'avaient point de logique artificielle. Ainsi, toutes les fois qu*il se présente une occasion d'exercer notre raison, la nature invite nos esprits à un double efiort, l'un plus vif et plus pénétrant pour trouver la solution du problème, l'autre plus calme et plus réfléchi pour examiner et
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peser cette solution, en l'appropriant aux diverses parties du sujet. Voilà ce que fait connaître avec certitude l'observation de la nature, dont la science ne doit jamais se départir, mais qu'elle doit suivre religieusement : car elle n'aura bien rempli sa tâche que lorsqu'elle aura reproduit cette sagesse naturelle. Elle doit donc en étudier les leçons dans les esprits d'élite, où elles sont comme innées ; puis, après qu'elle les aura recueillies avec soin, elle les transmettra à son tour dans l'ordre le plus naturel, et sur ce modèle tracera des règles à ceux qui se proposent de bien raisonner. C'est ainsi qu'après avoir été l'élève de la nature, la dialectique en deviendra pour ainsi dire la maîtresse : car il n'y a point de nature si énergique et si forte qui ne le devienne davantage par la connaissance de soi-même et par la description de ses forces ; et il n'en est point de si faible et de si languissante qui ne puisse, avec le secours de l'art, acquérir plus de forces et d'ardeur. Ramus. Dialecticœ partitiones.