‹ Extraits des grands philosophesChapitre 129 sur 331 · III. — L*immortalité · texte numérisé non relu

III. — L*immortalité

L*âme, ayant pour objet les vérités éternelles, participe à leur éternité.

Par notre entendement, nous apercevons des vérités éternelles, claires et incontestables. Nous savons qu'elles sont toujours les mêmes, et nous sommes toujours les mêmes à leur égard, toujours également ravis de leur beauté et convaincus de leur certitude ; marque que notre âme est faite pour les choses qui ne changent pas, et qu'elle a en elle un fond qui aussi ne doit pas changer;

... Que si ces vérités éternelles sont l'objet naturel de Tenteadément humain, par la convenance qui se trouve entre les objets et les puissances, on voit quelle est sa nature, et qu'étant né j conforme à des choses qui ne changent point, il a en lui un principe de vie immortelle...

S'il y a quelque chose, parmi les créatures, qui mérite de durer éternellement, c'est sans doute la connaissance et l'amour de Dieu, et ce qui est né pour exercer ses divines opérations.

Quiconque les exerce, les voit si justes et si parfaites, qu'il voudrait les exercera jamais ; et nous avons, dans cet exercice, l'idée d'une vie éternelle et bienheureuse.

Et nous avons quelque expérience de cette vie, lorsque quelque vérité illustre nous apparaît, et que, contemplant la nature, nous admirons la sagesse qui a tout fait dans un si bel ordre.

La nous goûtons un plaisfr si pur, que tout autre plaisirne nous parait rien en comparaison. C'est ce plaisir qui a transporti les philosophes, et qui leur a fait souhaiter que la nature n'eût donné aux hommes aucunes voluptés sensuelles, parce que ces voluptés troublent en nous le plaisir de goûter la vérité toute pure(l).

Qui voit Pythagore, ravi d'avoir trouvé les carrés des côtés d'un

1. Voir le discours du pythagoricien Archytas, rapporté par Cicéron, Smectute^ cap. xu.

FÉXBLON. 213

certain triangle, avec le carré de sa base, sacrifier une hécatombe en action de grâces : qui voit Ârchimède, attentif à quelque nouvelle découverte, en oublier le boire et le manger (1) : qui voit Platon célébrer la félicité de ceux qui contemplent le beau et le bon, premièrement dans les arts, secondement dans la nature, et enfin dans leur source et dans leur principe qui est Dieu (3) : qui voit Aristote louer ces heureux moments où Fâme n'est possédée que de l'intelligence de la vérité, et juger une telle vie seule digne d'être éternelle, et d'être la vie de Dieu (3) : mais qui voit les saints tellement ravis de ce divin exercice, de connaître, d'aimer et de louer Dieu, qu'ils ne le quittent jamais, et qu'ils éteignent, pour le continuer durant tout le cours de leur vie, tous les désirs sensuels : qui voit, dis-je, toutes ces choses, reconnaît dans les opérations intellectuelles un principe et un exercice de vie éternellement heureuse.

Et le désir d'une telle vie s'élève et se fortifie d'autant plus en nous que nous méprisons davantage la vie sensuelle, et que nous cultivons avec plus de soin la vie de Tintelligence.

Et il ne faut pas s'imaginer qu'elle perde cette vie en perdant son corps : car nous avons vu que les opérations intellectuelles ne sont pas, à la manière des sensations, attachées à des organes corporels. Et encore que, par la correspondance qui se doit trouver entre toutes les opérations de l'âme, l'entendement se serve des sens et des images sensibles, ce n'est pas en se tournant de ce côté-là qu'il se remplit de la vérité, mais en se tournant Vers la vérité éternelle.

BossuET. Connaissance de Dieu et de soi-même, v' chapitre.

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