‹ Extraits des grands philosophesChapitre 195 sur 331 · I. — Apologie des causes finales · texte numérisé non relu

I. — Apologie des causes finales

Si une horloge n'est pas faite pour montrer l'heure, j'a- Touerai alors que les causes finales ne sont que des chimères ; et je trouverai fort bon qu'on m'appelle cause- finalier^ c'est-à-dire un imbécile.

Toutes les pièces de la machine de ce monde semblent pourtant laites Tune pour l'autre. Quelques philosophes afTectent de se moquer des causes finales rejetées par Épicure et Lucrèce. C'est plutôt, ce me semble, d'Épicure et de Lucrèce qu'il faudrait se moquer. Ils vous disent que l'œil n'est point fait pour voir, mais qu'on s'en est servi pour cet usage quand on s'est aperçu que les yeux y pouvaient servir. Selon eux, la bouche n'est point faite pour parler, pour manger, l'estomac pour digérer, le cœur pour recevoir le sang des veines et l'envoyer dans les artères, les pieds pour marcher, les oreilles pour entendre. Ces gens-là cependant avouaient que les tailleurs leur faisaient des habits pour les vêtir, et les maçons des maisons pour les loger ; et ils osaient nier à la nature, au grand Être, à l'Intelligeuce universelle, ce qu'ils accordaient tous à leurs moindres ouvriers.

Il ne faut 'pas sans doute abuser des causes finales. Nous avons remarqué qu'en vain M. le Prieur, dans le Spectacle de la nature^ prétend que les marées sont données à l'Océan pour que les vaisseaux entrent plus aisément dans les ports, et pour empêcher que l'eau de la mer ne se corrompe. En vain dirait-il que les jambes sont faites pour être bottées, et les nez pour porter des lunettes.

Pour qu'on puisse s'assurer de la fin véritable pour laquelle une cause agit, il faut que cet effet soit de tous les temps et de tous les lieux. Il n'y a pas eu des vaisseaux en tout temps et sur toutes les mers ; aussi Tonne peut pas dire que TOcéanait été fait pour les vaisseaux. On sent combien il serait ridicule de prétendre que la nature eût travaillé de tout temps pour s'ajuster aux inventions de nos arts arbitraires, qui tous ont paru si tard ; mais il est bien évident que si les nez n'ont pas été faits pour les besicles, ils l'ont été pour l'odorat, et qu'il y a des nez depuis qu'il y a des hommes. De même les mains n'ayant pas été données en faveur des gantiers, elles sont visiblement destinées à tous les usages que le métacarpe et les phalanges de nos doigts.

310 LA PHILOSOPHIE M fKÂM^ AU XVm* SIÈCLE.

et le mouvement du muscle circulaire du poignet nous procurent. Dictionnaire philosophique 4 Art, Causes finales.

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