‹ Extraits des historiens arabesChapitre 1 sur 45 · PRELIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRELIMINAIRES

IjES croisades forment y sans contredit ^ la plus brilhnte époque du moyen âge ; c'est {à qu'on trouve les plus beaux exemples de la bravourç et de la grandeur d ame de nos pères ; et comme il n'est pas de peuple qui n'ait saccessivement pris part à ces saintes expéditions, un ouvrage qui -renferme des renseignemens nouveaux, ne peut manquer d'exciter l'intérêt général.

Grâces aux travaux de l'érudition moderne, il était devenu facile de consulter le témoignage des écrivains d'Occident au moyen âge. Les chroniques orientales de h même époque étaient beaucoup moins accessibles. La iai^ue dans laquelle ces chroniques sont écrites est &• miiière à un très-petit nombre de personnes : les livres qui les renferment sont extrêmement rares; quelquesuns même ne nous sont parvenus que mal écrits ou incomplets.

n était cependant de la plus grande importance qu'on se rendit enfin compte du témoignage des chroniqueurs de rOrient. Les chroniqueurs de f Occident, intéressés à montrer les croisades sous un jour avantageux > pouvaient s'être trompés sur certains faits; iis pouvaient, dans un moment où f esprit r^gieux était encore, dans

^f 6ft8lSRVAT1098 PRBUMlNAÏRÈd.

toute M force y et oii les communicatkms entre ies detti

nations étaient fort rares, avoir ignoré plusieurs événemelis importans et avoir laissé de nombreuses lacunes dans leurs'^Tédts*

Cette suite d'extraits est destinée à satisfaire a ces divers besoins. On y trouve non-seùlement l'analyse des chroniques orientales j^ mais la traduction de tout ce que ces chroniques offrent d*ititéressant par rapport aux croisades.

Pour une pareille entreprise y aucune viile d*Europe n offrait autant de ressources que Paris. Depuis plusieurs siècles, nos rois n'ont pas cessé de faire rechercher eil fÛtf*(enf, M i;Qa,i|usçnts. «r^bee^f persans, turçiiy qui parais- ^ient Bùsc^ptjHf^ 4'int|ér^t. A leur ex^<afJe, certaines poflbfPVf^uté^ reJîgi^^ises, telles que labbaye Sain^Ger* ^n2^n-djÇSpPr^,Ia Soi^b^nrie, fOratoire^ avaient ancien- ^m^pt fait ia(;q]iisitioi> dun granc( nombre d'ouvrages d^ 9\^mc genr^ Depuis la çévohition, toiis ces manuscrits se trouvent réunis dans la Bibliothèque du Roi ; a^fisi • ;n'exist^t-il peut^tre nirije part^ pas même en .Qfî^^t^.tm^ collection qui méritât d'être mise au-dessus é^ celle de )ft capitale cjie 1^ France. ] ; I«^ premic^re idée de cette entreprise appartient à une société 49nt le souvenir vivra au$£i long^'tenips que l'Ëiiropiq conservera le gwt des lettres et des études savantes. JLies F^Iigieiiu^ bénédictins de la congrégation de Çfiiot-tMfiiMr^ ay Mit conçu le pi'ojet d'une collection particulière des historiens des guerres des croisades, senUrenf que {curtrikvf^il. serait incoioplet, s'ils n'y disaient entrer ^; chroniques, orientales : ils jetèrent les yeux sur Dom Çertliérf^u, .un 4c iepr^ confrères j qui déjà s*était livré à l'étude de f hébreu. D. Berthéreau se mit aussitôt en devoir d'apprendre l'arabe, et parcounit les diversonaiMtfbrH^ historiques oit ii pouvait espenf r de tropver des

tttttérâiix : il fit prendre œpie, par un hrautted* Alep, 4es pasMges qui lui flemblèrent d^n^s de voir le jour; il en commença ensuite une traduction latine. Déjà on s'oo^ copait des moyens de préparer Timpression des extraits , lorsqu'on s'aperçut qu'on manquait de caractères (urientaux : ce fâcheux contre-temps découragea D, Bertherean. La réyolution vint ensuite, qui dispersa toutes les communautés religieuses; D. Bertbereau ^ vît sans ressouÉces, et mourut^ en 1794 > avec {a douleur de n'avoir fait profiter en rien ie publiodu fruit de Sita Teines(l).

Les nnlériiiux rasèemUai par D. BerthereaU|..our viage de trente années^ se rapportent à plusieurs objets difierens ; nous nous bornerons à ce qui concerne les croisades.

Les extraits arabes des croisades forment à'-peu'^ès onze cents pages in-folio. On devinera $ans peine la difficulté, qu'il y aurait eu à recommencer une pareille collection. Le nombre dea ouvrages mis à contribution par D« Bertbereau est, comme on le verra > considérable ; ie nombre de ceux que D, Bertbereau a parcourus , et qu'il a jugés inutiles à ses vues , ne Test pas moins.

JQ eat cependant vrai de dire que ces matériaux étaient dans an état peu satisfiûsant* D'une part , cette masse d'extraits présentait de nombreuses répétitions : en efièt^ f imprimerie n étant pas connue à l'époque où, écrivaient les auteurs dont il y est question > les piagiafs-. étirent fort communs. Cet inconvénient existe pour lea chroniques btines du moyen âge comme pour les chroniques arabeSé

(i) Vojen k Doéoe qne K. SHvettre de Saey a paUrée sur ce respecta bie religieux, Mugm$in encyclopédique; aootfe vn, t. 11, f. iâ$i

Viij 0B8ÉBVATI0NS PRBUlttirAHtBf.

Aussi, malgré un premier choix fait par D« Bertherera; ti^uv^e^t-on quelquefois dans ses extraits dix pages de suite <{« on avait lues ailleurs. D'un autre câté, fdusieurs mordeaux importans lui avaient échappé ou n étaient pias encore découverts, et H était essentiel de les mettre à leur place.

Lés traduction^ latines de D. B^thereau sont dans un état encore plus défectueux : non-seniement les pa»- Mges^ obscurs sont omis ou traduits d une manière infi^ <dèie 'j tàm , éstns ies morceaux faciles, les mêmes endroits sont souvent rendus ^*\xne manière, différente, ce qui prouve que D. Bertbereau n'avait pas rticore commencé à mettre ses extraits en rapport les uns avec ies autres. Afoutez à cela que son écriture est si difficile à iire^ que quelquefois il faudrait recourir à Tarabe pour ia déchiffrer. Enfin , par ia manière dont les extraits sont disposés , les recherches étaient, fort pénibles ; ces extraits étant placés à la suite les uns des autres , il Êiliait , pour / ie moindre &ît , parcourir toute la collection (l). ^

La plupart de ces défauts , et d'autres encore , se fai-saient remarquer dans la première édition de cet ouvrage. Npn*settiement les extraits étaient présentés dans le même désordre et d'une manière quelquefois inexacte; mais encore, f ensemble s'étant trouvé beaucoup plus considérable qu'on n'avait cru d'abord, on se dédda, vers {a fin du volume ^ à resserrer ou même à supprimer plusieurs extraits fort importans , ce qui ôta à l'entr^rise ia plus grande partie de ses avantages.

Cette nouvelle édition parait devoir remédier à tous

(i) n n*est pas besoin de dire que lei extraits et les tradactions de D. Berdiereaa se conserrent à la Bibliothèque du Rvi : de toas les OQTrages qu'on cite ici y il n*eo est que très-pen qui aient été tirés d*aiHetira» et fon aura soin de les indiquer.

OB8BRVATION8 PRiUMINAliaS. ÎK

ces raconvëniens. Ayant déjà trayaillé à rancienne édition, et nous trouvant dans la position la plus favorable pour puiser aux sources , nous présentons les meilleures garanties de fidélité. Nous avons refait toutes les tradui> âoDS ; nous avons également rétabli les faits importais qui avaient échappé à D. Berthereau , ou qui n ont été découverts que depuis. Ce travail précâblé achevé » nous avons rapproché les extraits les uns des atitres ^ et nous les avons disposés dans un ordre chronologique. A l'occasion de chaque fsit y nous avons mis à part les récits originaux, eeux qui étaient les phis* voisins des érénemens et les- plus complets; nous avons placé à k suite les circonstances mentionnées dans les autres récits, et qui ne se trouvaient pas dans les premiers; enfin nous avons élagué tout le reste : il n a été conservé que les réflexions particulières à certains écrivains, et qui pouvaient donner une idée de la manière de voir et de s exprimer des Orienta^ix* Par ce moyen, l'ancienne édition a été réduite de plus de moitié ; et cependant , grâces à l'abondance des &its qui paraissent ici pour k première fois , cette édition est beaucoup plus considérable que la première.

Châqae écrivain d'ailleurs a conservé son ton particulier, sa manière de juger. On les entend raconter tour* à-tour ce qu'ils ont senti, ce quib ont pensé, eti'cm assiste en quelque sorte au grand drame des guerres saintes.

Voici d'abord le tableau de chacun des auteurs mis à contribution. Dans ces courtes notices, on ne considérera ces auteurs que par rapport aux croisades ; on négligent même de parler de beaucoup ^e détails secondaires qui seraient devenus fastidieux. Chaque auteur est cité avec soin dans le cours de l'ouvrage ; il sera donc facile au lecteur de suppléer à ce qu'on ne dît pas ici.

Ibn-aiatir ( Ezz-eddm Ali) , né dans la ville de Gézirë, sur les bords du Tigre , en l'année 1 160 de J« C*, était fils d un éœir au service des princes de Moussoul. Jeune encore , il aih se fixer dans cette cité* On était alors au moment de h lutte engagée entre Saladin et les colonies chrétiennes de Syrie. Saladin eut l'art de ùire de sa cause particulière Fafiaire de la religion musulmane ; et bientôt cette guerre rel^ieilse entraîna dans sa querelle tous les princes mahométans de Syrie et de Mésopotamie^ Ibn<«Iatir, mai^chant avec les troupes de M oUiisoul, y prit une part active , et partagea les pérSs et les succès de l'iriamisme. II lions apprend luinoiéme qu'il ùu témoin des victoires de Saladin , et des événemens qui , à partir de f année 1 1 8 2^ réunirent la phis grande partie des colonies chréti^nes sous les lois de TAIcoran. Un de ses frères servit la même catuse avec zèle , et plus tard fut chai^ de gouverner la principauté de Damas , sous le âls atné de Saladin. Quant ^ l'auteur , il parait qu'après la conclusion de la paix entre Saladin et Richard , roi d'Angleterre , il renonça entièrement aux aflbires ^ pour ne plus s'occuper que de la composition de ses ouvrages.

Ibn-alatir s était toujours montré avide d'apprendre^ ^ans ses voyages précédens^ et dans les diverses fonc* tîons qu'il eut à remplir ^ il n'avait négligé aucune occasion d'accroître la masse de ses connaissances; à son re^ tour à Moussoul^ il s'entoura de livres , mit ses matériaux en ordre, et fit de sa maison le rende2>vous des curieux de la ville et des étrangers qui aimaient à s'instrdire. Il mourut en 1233, peu de temps après la croisade de . Tempereur Frédéric II.

Il reste deux ouvrages hbtoriques d'Ibn-tdatir , aux* quels nous avons £siit de nombreux emprunts. Le premier est une Histoire des Aiabecê, maison de princes

^îf sëlet&nt Tere ies cotnmencemens des croisades, iemfoa^rent successivement de Moussoul, d'Aiep, de Damas , et qoi ^ partagés en fdusieurs branches , se maintinrent avec pins ou moins d*éclat jusqu'au XHl^siède; le secmid ouvrage est une Histoire universelle , depuis ia création du monde |usqu à I année 1^31. «.

L'Hisloîl^ des Atabcfcs , paf lâqdella l'auteur paraît avoir débuté ^ renferma des détails extrêmement précieux sur Forigine et le développement de fa putssanoe de ces prince». Les Atstbecs sont ainsi appelés de deuxmots turcs^ qoi signifient père du prince. Us jouissaient de totfle fa piénitilde de f autorité souveraine \ et pourtant ils se dÊ^f ei«t les vassaux et les ministres d un fantdme de prince de fa maison des Selgioukides (l). Comme le père d'Ibn-alatir occupait un emploi auprès d un des Atabecs, le fils s'est étendu avec une espèce de eoinpfaisance sur tout ce qui pouvait accroître la gloire de cette maison : mais^ arrivé à Tannée 1173, lorsque Safadin ^qui avdtt les plus grandes obligations à fa même' famitte, s empara sur elle de Damas et de toute la Syrie/ il ne peut contenir son ressentimmit, et il décfare qu*iï n'aura pas fa force de retracer des événemens aussi dépiorabies. Dès ce moment, l'ouvrage n'est presque •plus qu'une table chronologique , et cesse d ofirir df l'intérêt (2).

ritaj^

(l) Voyez cî-aprèa, p. 8*.

{t) UHisiotre des Aiahecs forme qq petit Ttflome in^4^. Voyes le' c«taiogae des mannscriu arabes de la Bibliothèque du Roi , ancien'^ fonds» d9 sis. La copie paraît avoir subi des interpcHIations ; car à Vaxknée SS9 de rhégire [i t64 de J. C], à propos des commencement de Saindin , ti est question des snitans mameloacks circassiens , qtitn'ont régne en Egypte que dans le xv* siècle de notre ère. Oif nroirre une notice fort étendue, mais quelquefois inexacte, de cet ou*' 'fT»^^ par Deguignes» dani k t^me I du re««eil des iVoitce# e/

Xij 0B88RVATI0NS PRlÉLDUNAIU».

A f^ard de f Histoire générale, c'est lé récit, année par année y de tout ce que la muse de Ffaistdre avait conservé de notable chez les musulmans ; c'est peut-être en son genre 1 ouvrage le plus remarquable que nous aient laissé les Arabes, L*auteur fa intitulé Chronique complète (l). On y trouve non-seulement tous les événemens de quelque importance, mais les détaik qui servent à les mettre sous un plus grand jour : on voit, en le lisant» que l'auteur a recueilli les notions historiques éparses dans une foule de chroniques; qu'il a lu les mémoires particuliers, et qu'il a eu communication des correspondances politiques de Saladin et des autres souverains de la même çpoque. Cet esprit de recherche , cet amour deia vérité, lui ont acquis la plus grande réputation en Orient ; les écrivains arabes sont unanimes dans l'éloge qu'ils font de son érudition ; et Aboulféda n'a pas craint d'avouer qu'il lui avait emprunté la meilleure partie de son récit (d).

Malheureusement la Bibliothèque du Roi ne possède que la dernière partie de cet ouvrage : cette portion , composée de six volumes , commence à l'an 77â de notre ère , et finit un peu avant la mort de Fauteur. C'est dans cet espace de temps qu'ont eu lieu les guerres saintes, ^is la plupart des volumes sont mutilés ; quelques-una

Extraits des manuscrits de la Bibliothèque du Roi. II existe une antre Histoire des Atabecs , dont i'auteur mourut yers Tan i soo de notre ère, et qui est citëe par Hadji-khalfa. Cet auteur était originaire d'AIep et se nommait Émad-eddin Ibn-alatir.

(i) ff:j\y^* J^l» . Voyez les manuscrits orientaux de ia Biblia-

thèque du Roi, supple'ment arabe.

. (3) A la fin , cependant , Ibn-alatir ne conserre plus la même cri* tique et la même prëcision : on yoit que , mettant successiTement par ëcrit les évënemens de son temps qui arrivaient à sa connaissance » il ne se donnait pas le temps de les confronter entre eux; aussi se répètet-il souvent et se con|redit-iI quelquefois.

QBmRVATfONd PRISLIMINAIRBS. ' xiîf

n'ont ni commencement ni fin. Presque immëdiartement après le récit de ia première croisade y on rencontre une lacune de trente ans (l).

On ne trouve nulle part le nom dlbn-aiatir; le titre Itti-méme est en partie efSàcé et altéré. Un Êiussaire, croyant donner au livre plus de valeur, avait cherché à le faire passer pour i ouvrage d un autre auteur arabe tres4ameax, mais antérieur de trois siècles, nommé Thabari ; et c'est sous le nom de Thabari , ou de Faux Thabari, qu'on Tavait souvent cité» Mais l'ouvrage porte en lui-même la preuve de sa véritable origine. Dans le cours du récit , l'auteur désigne la ville de Géziré comme sa patrie; il nomme ses frères dans les diverses fonctions dont ils ont été chargés ; enfin , dans les endroits oii Abodféda cite Ibn-alatir comme témoin oculaire des événemens qu'il raconte, ces mêmes passages se retrouvent dans la Chronique complète , et l'auteur y parie à la première personne.

(Aboulmahassen Youssouf Ibn-scheddad) naquit à^oussoul en 1 145<de J. C. L étude de l'Alcoran et des traditions musulmanes , celle de la théologie et de la jurisprudence , appelèrent tour4i-tour son attention. Il se rendit ensuite à Bagdad , alors séjour des lettres et des sciences, et s'y fivra à la carrière de renseignement. On était à l'époque des grands succès de Saiadin contre les chrétiens; Jérusalem venait de retomE)er au pouvoir de Fislamisme. Boha-eddin, qui en ce moment faisait le pèlerinage de la Mecque et de Médine , jugea f occasion fkvorabie pour visiter la ville sainte. Saiadin, à cause de

(i) M. Schols a yn fouTrage complet dans les deux bibliothèques de CoDStaDtinopIe , dites de Rtighib'pacha et SAthif, Voyez fe Noupeau Jtntrnal aâtatique, janTter 1 8 S S , p. 7 6. «

MV9 . OBfl£R¥AT10Ng PRiUMINAIABS.

sa grande réputation , l'appela auprès de lui et fe tiomida cadi de l'armée , ensuite cadî de Jérusalem ; il ie chargea encore d'une mission importante auprès du calife de Bagdad et de divers princes de la Mésopotamie. Dès ce moment , Boha-eddin ne quitta plus Saladin : il était en* core auprès du sultan lorsque celui-*ci mourut, et c'est {ui qui nous a fait coimaître ses derniers momens. Après ia mort de Saladin , Boha-eddin s'attacha au service de son troisième fils, te prince d'AIep. Il fut n<Hnmé cadi de^cefte ville; et du fruit de ses écpnpmiesi il fonda un collège oii les sciences furent enseignées avec beaucoup d'éclat. Il mourut en 1235, et fut enterré dans une chapelle qu'il s'était fait constriiire*

Boh»eddin avait composé deux ouvrages d'un hau^ intérêt pour f histoire des croisades : le premier était un Traité de la guerre itacree, c'est-à^Iire, de la guerre à faire à tous les peuples qui ne {Hrofessent pas la religion musulmane. On sait que le prophète de la Mecque , d'abord persécuté dans sa patrie et hprs d'état de lutter contre ses ennemis, avait daits le coïkimencement recommandé la patience à s^ disciples ; enhardi par ses succès , il décida qu'il était permis de reppiisier la violence par la violence ; en6n , se voyant à là tète d'un petit empnne , ii fit un devoir pour tous les croyans de propager, par tous les moyiens possibles, la nouvdle religion« Dans un siècle où la chrétienté s'était d'elIeHBéme levée en armes contre l'islamisme, ii n'est pas étonnant que les musulmans rappelassent avec une nouvelle énei^e la doctrine de leur prophète. Boha-eddin recueillit, dans son Traité de la guerre sacrée, tous les témoignages de Mahomet relatifs à cet* objet , et montra les devoirs et les récompenses d'une action si sainte. II nous apprend lui-même que, dans sa première entrevue avec Saladin , it s'empressa de lui faire hommage de cet écrit; que le

^BtmMWàJîow piutumiTAins. xt

sdkaui f accoeiUît «vec beaucoup de plaisir , et que cette circonstance ne contribua pas peu à laffection que le. prince ne cessa plus de fui témoigner. Après ia mort de Saiadin , cet écrit passa au prince d'Alep, et celui-ci ne ie consenra pas avec moins de soin.

H eàt été corieux d^ comparer Ip? raisons données par Boha-eddin, avec oeiies qui étaient apportées par les cbré* tiens du temps , pour le soutien de la cause opposée. Malheureusement ce traité ne nous est point parvenu.

Le second ouvrage de Bolia-eddin , et celui->ci a été à notre disposition , est une Histoire de la vie de Saiadin. Admb dans rintimifé du sultan, personne n'était mieux en état que Boha-eddin de nous initier aux pensées et à ia politique de cet homme extraordinaire ; aussi, nulle part on ne trouve autant de traits de mœurs et d anecdotes ca» ractéristiques. L ouvrage a été publié en arabe et en latin par Schultetis (l). I^ auteur s'exprime ainsi dans sa pré» bce : « Comme j ai eu l'avantage d'être témoin des ac* tiens de notre maître le sultan Saiadin, défenseur de la foi, destructeur du culte d^ chrétiens , lève-étendard de la justice et airteur de la prise de la ville sainte, j'ai commencé à regarder comme vrai ce qu'on raconte des per^ sonnages de {antiquité, et que ie trop grand éloigne» ment a fiût croire fiibuleux. J'ai été à même de voir des choses teQes, que celui qui les connaît ne peut se dispen* ser de les révéler ; je me suis donc décidé à donner en abr^é le récit de ce qui s'est passé sous mes yeux ou de ce que j'ai appris de témoins ocukires. Ce n'est ici que ia moindre partie d'un tout ; eette partie cependant suf-^ fira pcMir donner une idée du reste» »

(t) L« titre est, Vita et res gestm sult0niSàladini;'Ltjàey 1739; «■ Tolmne in-folio.

XTf OBSERVATIONS PRÉUMINAIBBf.

H résulte des dernière^ paiples^ que ce n'est ^aère ipie sur les dernières années du règne de Saladin qu'on doit s'attendre à des détails abondans et nouveaux. En effets Fauteur a passé rapidement sur l'origine de f élévation du sultan et la .manière dont ce prince arriva à ce d^^réde puissance qui étonna l'Orient; son récit même n'est pas exempt d'erreurs. Ces lacunes et ces inexactitudes peuvent tenir à deux causes« Boha-eddin ayant été, à ce qu'il parait, ie premier à mettre par écrit la vie de Saladin, na bien connu que ce qu'il avait vu lui-même; de plus, cette partie de la vie du sultan donnant lieu à plus d'un reproche, il n'a pas été fâché de la passer sous silence ; car il ne dissimule pas l'intention oii il était de faire ressortir le plus qu'il était possible la piété du sultan , son amour de la justice y ses autres vertus. On dirait qu'il a voulu établir un contraste entre la vie grave et dévote de Saladin et celle de ses premiers successeurs : aussi , même pour Tépoque qu'il décrit en détaS , lorsqu'il se pr&ente quelque fait peu honorable pour son héros ^ il a laissé a d'autres le soin de le faire connaître^

Un autre inconvénient, c'est que l'ouvrage est rédigé avec la plus grande n^ligence. On voit que c'est une première esquisse, et que l'auteur ne parle des évënemens qu'au fur et à mesure qu'ils se présentent à son souvenir. Tout est présenté péle-méle, et dans ie style le plus incorrect. L'édition imprimée ayant été Êdte sur un seul manuscrit, on pouvait croire qu'une partie de ces défauts provenait de Tignorance du cch piste; mais nous avons eu communication des variantes d'un autre manuscrit recueillies par D. Bertbereau, et ces variantes ne portent que sur des choses légères.

0 n'en est ~|»ts moins vrai que ia relation de Boha«eddin est Touvrage capital à consulter pour les guerres de Saladin contre les chrétiens; aussi a-t-efle été mise

OMiRVATIONS PR^UmiTAlRBa. XTÎJ

i eontriimtién par Ibn-âiatîr lui-niéine eï les écrivant arabes postërieurs.

Émad^din (Mobammed), secrétaire particulier de Saladin^ naquit à Ispahan^ dans la Perse /en 1125 dé J. C. n étudia successivement à Bagdad et à Bassora, et embmssa la carrière des emplois publics. D'abord secrétaire de Noureddin , prince de Damas et d*Âiep , il ne tarda pas à attirer Fattention de Saladin ; et Noureddin étant mort» Saiadin le prit à son service* Cest iui qui rédigea h plus grande partie de la correspondance du sultan avec le calife de Bagdad et les autres princes de son temps* Mais , à la mort de Saiadin , Emad-eddin pefdit tous ses emplois : H s occupa alors de la composition de ses ouvrages, et mourut à Damas en 1201.

Emad-eddin paraît avoir eu un caractère noble et gi^ nércux. Dans une des expéditions de Saladin contre les chrétiens^ le sultan, ayant fait plusieurs prisonniers, ordonna de leur couper la fête; il vôutut même que les hommes pieux et dévots de son armée se chat^eassent de cette exécution : pour Émad^eddin*, ainsi qui! nous rapprend fui-méme, il refusa de !$6uSer ainisi se^ mains ;' i se contesta de demander le plus jeune des prisonniers, qui! fit âever auprès de lui (l).. '

On est redevable à Émad-eddin de deux ouvrages rdatifs-attx- exploits -de Saladin-eony^Jes^ebrétiens. Le premier est intitulé f Eclair de la Syrie {%yy cest-àdire, histoire des conquêtes du sultan dans la Syvie, la Palestine et la Phénicie, et il a dû être considérable ; mais 3 ne nous est point parvenu, et nous ne le connaissons

^\) Voyez ci<aprèf » page 181

XViij OBSBBYÀTPQirg PB|tÙMIlf41Byil,

que par fes ei^traîu 4{ui en ont été fiiu par h$ obroniqiieur^ plus récens.

Le second, qui a le même objet, porte le titre de Modèle de V éloquence^ de Kqs, relativement à la conquête de Jérusalem (l). Kos est le nom d un ëvéque arabe qui vivait au temps de Mahomet, et qui passait pour rhonniie le plus éloquent de sop temps (2) ^ c'est comme si I*auteur eut dit : Ouvrage qui , par sou clé» gance, rappelle la gloire des anciens temps. En eflfet, Ëmad-eddin n a. rien négligé pour mérita les suffrages de ses contemporains. Mdheureu^ment le goût na jamais été bien pur en Orient, et. il ne Tétait guèfe davantage à une époque dailieurs remarquable par les mo* ^^mens historiques qu efle a lais^. L'auteur s*occupê plus des mots que des choses, plus de la forme que du fond ; de manière qu'un livre qui, par l'importance du sujet et la position de l'écrivain, était susceptible <Iu plus haut intérêt, tombe sans cesse des mains, et ne laisse que le regret de tant de soins inutiles. L'ouvrage commence aux préparatifs de Saladin contre Jérusalem ^ et se termine à la mort du sultan et au partage de ses états entre ses enfans (3). Nous nous sommes bornés aux réflexions de I auteur relatives aux grands événemens; en un mot^ à ce qui , par la position personnelle d'Émad-^eddin , appar* tenait à l'histoire elle-même.

(t) Voyei Pocoekt, Specùnen historim Arabtun , p. 169, et Hariri ^ édition de M. Silvestre de Sftcj, p. 1 7 6.

(3) Voyex les Manuscrits arabes de la Bibliothèque du Roi ^ n^'^ 7 14 et suiranê. Schutcens a publie un dcliaiitilfoti de cet onvragre J avec une traduction latine, à la suite de son e'dition de Boha-eddinJ II existe vn troisième ouyrage hfsiorii|iie d'Émad-eddin ; c'est udm histoire de la dynastie des sahans.selgionkides de Perse. Voyei les Manuscrits orientaux d% la Biblûfthè^ue du Roi, fonds Sainte Germain» n<^3S7.

OBIBSTATtOm mfÙMINAIlBS. XIX

Kànd^eddin (Omar) fiorîstait dans le xnf ftiède de notre ère. Son père , 5oti g^nilid-père et son Msaleui avaient succesrivement extrcë les fonctions de cadi à Alep, et luMnéme fîit employé, soit dans Fenseigne» ment, soit dans diverses ambassades.. H possédait k fond f histoire, la théologie et la furisprudence musulmane. Il acquit aussi beaucoup de réputation par la beauté de son écriture ; on dit même qu'9 inventa un genre d'écriture particulier. VL mourut au Caire, où Tinvaeion des Tartares f avait obfigé de chercher un refuge , en 1 36 1 ,

Kémal-eddin s'était occupé toute sa vie de l'histoire d*Alep sa patrie. Il composa d'abord un dictionnaire , par ordre idphabétix|ue, de tous les hommes remarquables qui étaient nés ou qui avaient ^onmé dans ceCte ville t cet ouvrage , dont il ne nous est parvenu que deux vo* lûmes, et qui porte le titre de Envie dé celui qui veui connaître F histoire d^Alep (l), était trèfrK^oni^érable. L'anleur en publia ensuite un abrégé en forme de chronique, aous b titre «iee^Aiie du iùii de F histoire d'Alep (2).

Cette histoire n'est pas deulemeht précieuse pour les événemens ralatiis à Alep; on y trouve beaucoup de no^ tions sur les événemena de tout le nord de la Syrie et des contrées voisines. Cest principalement sur les règnes de Noureddin et de Saladin, lorsque Alep devint pour ainsi dire la capitale de la Syrie, que les développemens sont abondans. Mais comme fauteur se contente de répéter ce

(i) 4.>i^ ^jU ^ «,,iJLliJt ifjki • Voyez lea Manuscrits ambes

de Im BMêOikè^ue dti Rot, ancieB f«Bdt , n9* 716 «t 7f S. L'oavrtge le tnmre complet dans ceitamef bibliothèques de Constantinople.

(«) v^ ^jIj ^ s>^ «^j.Voye» ibidem, uo 7««. Cet

exempUiTis » ainsi qv*il est dit h fs fin , s été copié sur la copie même de ranteur.

XX OBSERVATIONS PRBIHIINAIRBS.

qui avait déjà été dit par Bohaheddin , Ibn-àlatir et autres^ nous avons eu rarement à le citer. H ne nous a été vraimenC utile que pour la première période des croisades^ époque oii nous manquions de tout témoignage contemporain (l).

Abou-schamé ( Schehal>eddin Abd-alrahman) florissait à Damas dans le milieu du xiii*^ siècle, au moment de ia première croisade de S. Louis. On a de lui une compilation historique des événemens du règne de Noureddin et de Saladin^ intitulée les Deux Jardins (2). C'est la reproduction , année par: année, de tout ce qui était parvenu à fauteur rdativement à ces temps mémorables. Le plus souvent, il se borne à répéter mot à mot ce qui avait été dit avant lui. A la fin est un petit appendice faisant connaître ce qui se passa de phis re^ marquable sous les enfans de Sakdin;

Outre les écrits de Boha^din , d'Ibn-alatir et d'Emad^ eddin, Abou-scfaamé a mis à «litribiition , l*' -une histoire de la vifle de Damas, par Aboulcassem Ibn-assaker^ qui vivait vers fan 1 160 (3) : oette histoire, qu'on dit très* volumineuse, ne inous est point parvenue (4); S"* une histoire de la même ville, par Àboinyaly, fHs

(i) H. de Sacy, dans sa fennesM, avait' tnidaM pdio'fiMàga de D. Bertbereau toute la partie de f histoire d*Aic|i qpk se nljp^orte aux croisades ; il remit , il y a près de yingt ans , ce trayail an savant If. Wiikeiit <iui a*en est aervi-poar Thistoire alleiiiaiide des croisades qu il publie en ce moment.

(1) (ijoJjO^I jLjâ.1 Jf {JJ^^J\ t-iU^. Voy^ les Manuscrite oritnfimLX de /« Biblwtkèque du Roi, ancien • t&néê artbe , n«»707A.

(s) Voyez ci-après , p. 169.

(4) Elle se trouve dans les deux bibliothèques de Gonstantinople d*Atliif et d'Ibrabim-pacha ; dans fuse elfe nyrmc sept votâmes rnfoiio, et dahsTautre onze.

OB8BRVATION8 PRI^LIMINAIRBS. XTf

de Kélanessy; 3** une relation de la fin du règne de Noureddîn et du commenoement de celui de Saiadin , par Ibn-abou-thay. Cet écrivain était contemporain des éTénemens qu*il mconte: son père, u A dès principaux citoyens d* Alep , ayant maniSeatë des doctrines religieuses contraires à celles de Noureddin , avait été chassé de b vffle (1) ; aussi le fils n a«>t-il pas épargné la mémoire de ce prince.

Pour rendre son recueil encore plus complet , Abouschamé a rapporté, année par année, la correspondance politique de Noureddin et de 8riadin. C'est fii qu'on trouve les lettres de Saiadin au calife de Bagdad et à d'autres souverains , lettres qui furent rédigées , les unes par Émad-eddin, les autres par un ministre du sultan , appdé le cadi Fadel, et qui jettent ie plus grand jour sur les intérêts politiques de cette époque (2).

Abou-schamé est encore auteur d'une histoire qui s étendait jusqu'à son temps > et qui ne nous est connue que par les extraits qu'en ont donnés d'autres écrivains (3).

Abd-allatif (Mouaffifc-eddin) est le nom d'un médecin de Bagdad qui obtint l'estime de Safddin et dé ses en* fans, et qui paratt avoir fait de grands progrès dans rhistoire naturelle. II nous reste de lui une relation de ce qu'il avait observé en Egypte; et cette relation renferme des détails d'un grand intérêt sur l'état de l'Egypte au moment de la ciiiquièmecroisade : elle a été impri* aiée dans le texte original, et traduite en français, enJatia

(1) Voyez , sur ces opinions; ci-après, p. 108, note. ^

(2) M. Silvestre de Siiicy aivaît e'galement traduit dans sa jeunesse une partie des Detuc Jardins i cette traduction se trouve aussi entre les mains de M. Wilken.

(3) Voyez ci-après, p. 471.

XX^ OBflSaVATIONS PRBLiltlIIAII3ft.

et en alkmand (l). Abéalbtif a oompoaé d autres ou vft^ qui noua ^ni înconm»»

L(9 iivr^ ^V^ ii9us avons rite sous le titre ^Histaire 4^0 paèrimtêhe^ d^Al^a>0»drie , et qui a ële écrit pour Uns <îii^tieila Goftea d'Ëgypfie ^ est la vie de tous les priâats qui o»t ooeupé le ai^ de cette ville, depub S. Marc jusque vers le milieu du Xlll^ siècle (2). La juridiction des patriarchies d'Alexandrie s'eseree non^seiiienient sur r£!gypte, mais sur la Nubie , la Cyrënaïque, et fusqu en Abyssinie ; et ^ à eett^ époque , te nombre dek chrétiens de <;es contrées était beaucoup phis comîdétable qu a»îoiupd'bai. On trouve dkns cette histoire, à paolir da règne de Sahdin , des délaib importans sur les guerres des ofoisades. L'ouvrage, commencé dans le x* sièiie par un évéque ^[yptien appi^ Sévère , a eu plusieurs continuateurs. Nous ^[nerons le nom de celui qui a décrit ie r^pie de Saladin ; nou» savons seulement qu'il vivait au commencement du xiiP siècie. Sans doute , à l'exemple de beaucoup de chrétiens du pays , il occupait vm poste d'intendant ou de secrétaire auprès de quelque gnmd ou de quelque gouverneur de piovince ; du moins, en toute occasion , ii cherche à fiaure ressortir tes boraiea qaalités du sultan. Quant à celui qui a raconté la sixième croisade , S s'appelait Mauboub » fils de Mansour. H se trouvait en ce moment au Caire ; et sans lui , nous manquerions de détails très-piquans sur cette expédition.

téma

(l) La tradaction française » qaî est fort estimée, et qui ast de M. Silvestre de Sacy , a paru en 1 8 1 0, et forme un volume in-^^.

(î) Le titre est ôjLkJf LVl ^y^ (jlv^--^ . Voyex les Mon. or. de la Bibl, du Roi, ancien fonds anlbe ,' n'^' 139 et 140 ; et le fonds Saittt-Gérmaitt , n^ Sj(9 : c*eat de là que l*abbë Renaudot a tiré la meilleure partie de son Historia patriarcharum aiexandrinoruM / Paris, l7iS, un volume in- 4°.

OBSaaTATIOm PRéUMINAUBS. xxitf

i (Schetns-eddin Abou-mocbiffer Yoassouf) descendait d*un fameux imam ou ministre de mosquée dtr même nom (1). II embrassa aussi ta carrière ecclésiastique, et pàrrmt à la d^ité d'imam <ie fe grande mosquée de Dsmia». H Tivait dans h première moitié du 2LIII* sièdê. Cest lui qui , tu moment de k sixième croisade, lorsque les chrétiens menaçaient de subjuguer toute TÉgypte, fut cfaai^ par son souverain d appeler les musulmans de Syrie et de Mésopotamie auit armes (S). Plus tard , quand fa ^vfife saiflte fut remisé pal" ie sultan d'Egypte i f empereur Frééeriè U, if proiton^ un diseours^ datfs la grande BM^squée de Damas pour réchauffer ie tèle des musulmans (d). H motirut en 1 258.

Ibn^giouâ a hÔÈsé après lui Une chi^nique univeruSe mtitalée 'M{foir des témptr (4), et qui détendait jusqu'à sa mort. Nous n'avons que le commencement de la partie qui traite des croisades. L'exemplaire de la BibUothèque du Roi s'arrête à l'an 5 1 7 de l'hégire ,1119 de J. C (5); encore cette partie se trouve dans le plus grand désordre y et tes événemens sont tous confondus. Qmnt aux faits que nous avons empruntés à cet auteur , et ^i'sont postérieurs à cette époque , nous ies avons tirés d'antres ouvrages.

Ibn*moyassar ( IMEohammed) a composé une histoire d'Egypte, qui fomnit quelques bits pour la première

(t) Voyez les AnnéUsd*AhoulSééa, aux tainééÊ 597, Steetitse de liiégire.

(s) Vojcx ci-Aprè», p. 4io.

(3) Voye» i^iV/. p. 434.

(5} Voyes les MamiscrUs orientaux de iu Bibliothèque du Roi, ancien fonds arabe , n<> 6 4 1 .

XSÎV OBBSRVATIONB PBBUXINAUB0,'

partie de f histoire des croisades ( 1 ). II en est de même d'II>D-zouIac (2).

I^n.*l^aliecaii (Schems-eddin Ahoul-^Lblias Ahmed ) , cçnnu par son dictionnaire des hommes illustres de f isla«m^in^> étaitniéàArbèle&, au-flelà. du Tigre , en Iftll. ]l prit d abord des leçons 4e Bohii*^din à Alep. II fiil dans ia suite nomm4 cadî du Caire , et plus tard grand cadf de Daxnas. Il mourut en 1 S9 2.

Son dictfonnaire est intitule Décès des Aammea émi^ nens, et relation des personnes qui ont figuré dans ¥ histoire (3)« Ce n est qu'une compilation ; mais conune fauteur avait eu à sa disposition une immense quantité de. livres, on trouve là .des notions qu'on chercherait vainçu^ent aiDeurs. Nqus f avpns cité pour l'article consacré à ^al^din^

Yafëi (Hassan Ibn-ihrabim) e^ le nom qu'on lit en tête d'un volume qui porte le titre de Compilation des chro^ niques égyptiennes, relaiiveïnent à l^ histoire des rois, défi ccUifes et des sultans de f islamisme (4). Ce volume, commençant avec f année 6 â 1 de Fh^J^e [ 1 2 2 3 de J« C] , se termine à l'an 679 [l 280]. L'auteur dit, dans sa pré- &ce, qu'il écrivait dans cette même année 679 ; qu*il a dédié son ouvrage au sultan Ki^oun , qui en efiet r^^nait alors sur l'Egypte , et qu'il est parv.enu à recueillir des

'i) Mon, ar. de la BibL du Roi, ii<» 801, A. ft) Ibidem, fonds Saint-Germain, n^ 368.

(3) (^L^t UjI Uifj o^^' <s>^j' v®y«* *«• ^^^' ^- ^

la BibL du Roi, suppiëment arabe, «M»X.Vt (;)dOUtj • Voyez ièidem.

OBOmVATIOlIfl PftÉUiaiffAIUS. XSV

bits très4iB|KMrtBiiâ* Il est certain que ceitaines parties de cet oaviage sont cfun grand inténèt Eb tète on trouve , en lettres d'or, le nom d'un des 6Is et successeurs de KébuNin , à qui apparenuoent i'onvrage avait appartenu. Mais , dans le cours du volume , l'auteur renvoie à des événemeas qu'il avait racontés long-* temps avant le Xlil^ sîède de notre ère ; d'un autre cdté , il bit mention de princes qui n'ont r^;né que dans le XV^ siède (1). On peut induire de là que le titre et la préface n'ont été mis qu'après coup, et que c'est ici un volume dépardfle. Ces supercheries sont communes dans un pays où foa ne fait guère usage que de livres écrits à la main , et où ies manuscrits ne portent ni pagination ni titres coorans. H en était de même en Europe , dans le moyen âge. Pour nous, ne connaissant pas.au juste le nom de fauteur, nous Favons cité sous celui d'Yaféi.

Cieoiai-eddin (Mohammed Ibn-salem), auquel on doit des renseignemens précieux sur la première croisade de S. Louis, était né à Hamah en Syrie ^ fan 1 207 , et fut pendant long-temps cadi de cette ville. En 1 243 , lorsque les Kharismins envahirent la Syrie et la Palestine y 3 se retira en Egypte. II s'y trouvait encore lors de f invasion de S. Louis. Comme 3 était logé dans la maison du gouverneur du Caire, et que ce gouverneur fut plus tard chargé de n^ocier avec le roi, il fut à portée de recueiflir des notions exactes sur les événemens de cette époque. En 1260, il fut envoyé par le sultan Bibars en ambassade auprès de Mainfroi, fils naturel de Fempereur Frédéric n^ et roi de Naples et de Sicile. II passa plusieurs années en Italie, vivant dans f intimité avec Main-

(t) Voyez, duis le Tolume arabe , à Tan 650 de fhifgire.

XlVf OBSUrAfiOMi PRiillMlIlAISBt.

froi. A ami retour y H se (ixa dans sa patrie et mourut en 1^98, revêtu des fonctions de cadi des cadis.

L'historien Abouiféda , qui avait étudié sous Oémaieddin , en fait un grand doge. « Cëtait, dit-* il , un homme d'un mërile distingue^ et qui se fir une beOe téputation par ses vastes eomiaissances diAis k dialectique, ia gédmétrie, fastroAcniie, la jurisprudence et Hifistolre. Je Fai beaucoup fréquenté à Hatnah y et c'est hit qui m'tfpIafiH les éiSàtiàtéê qui m arrêtaient (hn^ la lecture d'Ëudide. »

Gémai^eddin avait composé plusieurs cuivrages ,* dont les principaux sont : 1 "" une histmife générale y comikien-' çam probablement avec f islamisme ; S"* une histoire du sultan Malek-^saleh^ le même qui régnait en Egypte au moment de f invasion de 8. Louis ; 3*" une fiistoire des Ayoubites ou princes de ia maison de Saladin , intitulée Remède contre le chagrin (l).

L'ouvrage que nous avons cité sous le nom de Gémaleddin , consiste dans un volume sans ftt>ntispice , qui , jidacé à la suite des six volumes d'Ibn^tlatir ^ était censé frire partie de la chronique de Thabari (S). II commence à l'année 635 de l'hégire [1337 de notre ève]| c'est^-dire, sept ans après l'époque où finit le dernier Yoiume d'ibn-^alatir. Les premières pages portent encore les traces de ia violence, et ce n'est qu'après les deux tiers du volume que l'auteur est appelé par son nom. Là ^ un nouvel écrivain y nommé Aii Ibn-abd-alrahim y et qui était employé dans les bureaux de la secrétaîrerie d'état des princes de Hamah , prend la parole , et ^dare que Fauteur s'était arrêté là ; et que bien que

(i) 4^jjC]| r-j^ * ^<*7^ Abouiféda, Annules moslemici, t. f p. 456;* t. V, p. iàâ et SOIT, (t) Vojes ci-deTftDt, p. jài).

fauteur fut encore en vie, H a jttgc con^c naMe de èontiuuer son tnivaiL il npwai donc le récit de Gémaieddia, elle poursuit jusquau tempa o» ii ëcriTait, c'est-^dire , vers la fin du Xlll'' siècle.

Auquel des ouinrages de Genial-adkBfai doit se rapporter le voione dont 4 est ici questmi? Nous Tigno^ ranSte Pem-etne eat>*ce la denaiève partie de Thiateire des Ay oubîtea. Du motaaii est certain que^ dans toute ia prentiète paatie, il n*eat guère parlé qme des prinoea de cette famSa.-

A f^^du OMiite Uttémire de foaffnige, b rëdactieai en est fart négbgëe : Géuuii-eddin est d^unc diffîisîott lefaotaste; seaidëessoffi^eut presque sansordre ( 1 )• La manière tfUm^abdalrahîm est encore plus défeo^ tueuse : fauteur oublie ks fiiits les plus inportans pour s*occuper de détails sans intérêt ; Tun et f autre récit cependant nous ont été d'une grande utilité.

Aboidféda (Émad^ieddîn Ismael) était issu du même sang que Sahdîn» par la branche de% Ayoubites qui i^ gnaift sur Haauib. Fidèle aux exemples que ses ancêtres lai avaient laissés, on le voit, dès fàge de douze ans, assistier, en 1284 , à la prise du château de Markab sur les chrétiens (9). Il se trouva en 1 tS9 à la prise de Tripoli ; enfin y Tannée suivante, il contribua h k conquête de Saint-Jean^' Acte et à f entière destruction des colonies chrétiennes* Après diverses vicissitudes, Abouiféda fut investi de la principauté de Hamah. II mourut , ^é de soixante ans , en 1331.

Les nombreux ouvrages d^Aboulféda attestent ses

(i) Ûo Ivoiivvni «»^rèf| r« Ma»note,«iicaeinpfe de ion peu de (s) Voyes ci-aprè#, pw 6M)u

XXVlij OBtKBVATlOIIS PaiUMUIAlRBS.

coanaissances <ians l'histoire, la géographie, les madi matiques , Fastronomie. Celai qui nous intéresse en n^oment est intitidé Abrégé de F histoire du genre ki main (l).

Celte chronique, composée dans un temps où l livres étaient rares, et où il fiiilait qu'un ouvrage tînt Iiem:t de tous les autres , commence à la -création du monde , m se termine au temps où vivait lauteur. La portioi^ qui< précède Mahomet y est traitée d une manière trèsrapide; ce n'est qu'en avançant que les détails se multiplient, jusqu'à ce que fauteur, arrivant à son temps , se livre à de longs développemens. U résiste d'un plan ^ussi bizarre, commun du reste à nos chroniqueurs , et même suivi quelquefois par tes auteurs grecs du moyen âge, que les derniers siècles occupent une place hors de proportion avec celle des premiers*

Cette histoire est une compilation abrégée des principaux ouvrages historiques publiés antérieurement, et il serait difficiie de déterminer ce qui appartient en propre à l'auteur. II avoue lui-même qu'il en a pris la meilleure portion dans les annales d'Ibn-^Iatir; et en efibt, il le copie souvent mot à mot. Toutes les parties n'en sont pas traitées avec le même soin. Vainement y chercherait^on des notions un peu étendues sur les dynasties njiusulmanes répandues dans f Afrique et en Espagne. Le peu de mots que l'auteur dit sur les états chrétiens d'Occident prouve que la - connaissance de ces pays lui

(0>îJt ^Uâ.1 j j^^XisJ] c-jlxi»- Voyci les Mon. orient, de la Biht. du Rot, ancien fonds, n<)< 615 et 615 A, et fonds Saint- Germain, n°' 119 et 101. Ce dernier exemplaire est ia4M>pic même faite par Fantenr; quelques cahiers seulement qui manquaient ont ëfeë écrits par une autre main : ce nest, an reste, qu'une première rédaction ; et cet exemplaire est pins précieux par ies souYenirs qu\i laissés Fauteur, que par Tusage qu'on en peut foire.

' OBflBBTATIOKS PR^LIMINAinS. XXïX

était ii*peu-près étrangère : quelquefois aussi il n'a pas Fccouru aux sources les plus pures. On peut lui reprocher (f être moins exact sur les révolutions qij^ agitèrent FÀsie mineure, vers les temps des croisades , qu'AbouI- Tarage, qui avait écrit avant li^i* Quanta la partie consacrée aux sultans mameioucks d'Egypte et de Syrie, rauteur tait souvent les &its les plus importans, tandis qa*il se ccmipiatt dans des détails minutieux. On ne doit point perdre de vue que, sa principauté étant à la merci des monaïques égyptiens y il ne pouvait sans <Ianger présenter un tableau trop véricUque des crimes qui ont souillé rhistoire de ces princes.

L'histoire d* Abouiféda passe cependant, et avec raison^ pour le monument historique des Anbes le pius impor^ tant qui ait été puMié en Europe. La partie qui est postérieure à l'établissement de la religion musulmane, à été imprimée avec une traduction latine et des notes (l)( Le succès qu'a obtenu l'ouvrage n'est pas seulement fondé sur la longue suite des siècles qu'il embrasse ; on ne peut refuser à l'auteur le mérite de nous avoir conservé, sur bien des points , des faits que nous ne connaîssoifs^ ^é^ par lui.

En 1797, l'Académie de Groettingue, voulant rappderf attention sur des événemens qui faisaient presque^ foniquei pensée de nos pères au moyen âge , profiosa «de déterminer en quoi consistaient les faitS'transmispar ieâ écrivains asabes^But^Ies ferres des croittfdes. PoW'Oéla, elle voulut qu'on indiquât tout ce qui se trouve rapport^ par Abouiféda, en l'accompagnant de ce qui avait été dit

^ -« - ri -

(i) L'^tioa a para à Copeuhagne, de 178» h 1-794, en cinq Tolnmes in'4°, «oos le titre ^Annales mosleim'ei, L'antcnr de la tradnctioa est le sarant Rcûke; celai qoi a sarveiHë rëdition est le savaut M. Adier, qni y a fait quelques amëlioraiions.

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