XXX- OBSBRYATIONS PlliuiIllfÂtRBfl
ai&eurs. Cétait supposer qu Abouifëda était fautorîté principale sur ces matières (l). Mais^ telle est l'abondance de h mine que nous exploitons ici ^ que le récit d' Abonlféda nous a à peine fourni quelques pages.
At>ouI&rage ( Gr^oire ) était né de parens syriens , à Malatia en Asie mineure, et était chrétien du rite )aco« bite. Son père, d'extraction juive, était médecin de pncH fesaion» A f âge de dÎ9c<^httit ans , Aboulfanige se rendit , en 1944 , à Antiocbe, puis à Tripoli. Successivement évéqn? d^ Gouba et d'Aiep, il devint primat des chrétiens jacobites, et mourut en 1986%
Aboulfamge est auteur de deux histoires universelles canunençtnt à h création du monde, et écrites I-una en^nh^ et f autre en syriaque. La chronique arabe, qui s^terminea fan 1 284 de notre ère, a été publiée avec le texte et une traduction latine (2). li en est de même de b chronique syriaque (3); mais ceile^ a été continuée jusqu'en 1 297, et la fin est d'un autre auteur.
ÂbouIËirage avait débuté par sa chronique syriaque , et il avait cherché à se rendre utile aux chrétiens syriens ses compatriotes. Ce ne fut que plus tard que , voidant satisÊiîre quelques-uns de ses amis , il se décida à en pubfier une version arabe. Mais il parait qu'à cette ocea** sidAi^ il puisa à de nouvelles sources; car souvent le secondfrécit est trèsHlifféreut du pnnsier.
L'une et l'autre chronique ont d'ailleurs favantage de
(i) Le prix fat remporté par M. Wilken , qai , depait , a publié nnc ■ayante histoire des croisades en ailemand.
(s) Le titre est Historia compendiosa dynasiiarum; deux vo- Ifun^s» iD-4^; Qsford, ises. L*éditear est le savant Pococke,
(s) tA titre est Chtonican syriaeum ; deux volumes iu-A**, Leipsic , 1789» Les «dilflars sosrt MàL Kirsch et Brond; nuis f édition > tant pour le iextt que pour la traduction , louraiHie de finîtes..
. OMSRVATIOMi PRBUMIKAiBBS. XXZJ
renfermer des détails peu connus sur les guerres des Mogols et des Tartares^ en Asie mineure , en Syrie et en Mésopotamie, Les chrétiens orientaux avaient en général pçu delôignement pour les Tartares, d'abord enr nefflisnK)rtel$de Tislamisme, et ils firent cause commune avec eux. D ailleurs l'auteur, par sa position, avait pu ËK:ileiiien( s'instruire de ce qui les concernait.
Nous avons eu occasion de citer quelquefois une histoire particttiière du sultan Bîbfm y l<d même qui commandait ies mmicioucks iors de la descentede 8. Louis en Egypte, et qui porta ensuite un coup mortel aux colonies chrétiennes» II existe une histoire de la vie de Bibars, décrite année par année , et même jour par jéur ; fanteur est ftfohi-eddin Âfoouiiadl Abdallah , secrétaire intime du sultan , et son ministre dans quelques-unes de ses n^ociations (l). Mais ici, c'est un simple abrégé de la rdation de Mohi-eddin ; le titre est : Traité des vertus secrètes de Bibars, extrait de sa vie particulière (i). L'abréviateur se nomme Schafi , fils d*AIi ; il était contemporain de Mohi-eddin , et c'est Mohi-eddin Iui*méme qui rengagea à cette entreprise. Il écrivait vers l'an 1 3 1 S de notre ère. Malheureusement son abr^ parait fait sans goût et sans critique (3)*
Nous avons paiement cité une histoire de Kélaoun, antre sultan mamelouck, qui ne causa pas moins de dommage aux colonies chrétiennes. Cette histoire ne
(l) V^yet cMiprès, p. 5t4.
(i) îuj^ijài] oj^^ (j^ «fij^m ajjmmJî o^ulXi qm^ 1^'
ManuscHt* orient, de la Bibliothèque du Roi, ancien fonda, n^ 803.
{%) Il exiflte deux aotres vies de Biban par Ezz-cddin Ibn^Kheddad etSojoQtbi ; maii ni Tnae ni Tautre ne nous font parvenaea.
XXXÎJ OBSBRVATIONS PRIÎUMINAIIUBS.
renferme pas seulement les détails relatifs à la personne du prince; on y trouve le texte des traités de paix rédigés sous son r^[ne, ce qui donne à cette chronique un avantage sur toutes celles de la même époque (1 j. C'est probablement Mohi-eddin qui en est fauteur. La copie en est Ëiite avec le plus grand soin, et parait avoir appartenu à quelque prince ; mais il manque des cahiers, et il est impossible de rétablir la suite entière du récit (2).
On connaît un abrégé d'histoire universelle , par un chrétien d'Egypte appelé Geoiige £faiiaciii> ou fhàX&t Ëlmakin . Elmakin remplissait les fonctions d'écrivain à fa cour du sultan. JQ naquit en 1213 de notre ère, et mourut en 1273, Sa chronique, en partie publiée en arabe et en latin, commençait à ia création du monde et finissait en 1 260. U en existe une continuation faite vers le milieu du xv'' siècle ; le titre est , ^ Voie droite et la Perle unique (3 ).
• Novaïri ( Schehab-^din Ahmed ), auleur d'une espèce d'encyclopédie historique très- célèbre, était originaire 4 £gy pte , et mourut vers. Tan 1 3 3 2 de vJ« C.Son ouvrage pQrte le. titre de Terme de rinielUgence relativement aux divers genres de sciences (4). ÏI*en existe un exemplaire complet dans la bibliotlièque de Leyde, et Reiske en .a donné une notice fort étendue (5). Quanta iexem-
• (i) 'Mmmscriis orient, de laBthl. du Roi; fotkds Soint^Germara , n^» 1 1 8 B.
^s) Had|i-k1ialfa cite une autre histoire de Re'Iaoan et de son fiis Malek-aachraf , qui prit Saint-Jean d^Acre^ par le cadi Faddl;.
(5) lyjjsi} joJtj 4>J JuJ( AxJt • Voye» les Mon» orient, de la
Bibl. du Roi, tincien fonda, n^eio.
(6) Voy^cz ses Prodidagmatu ad tabuias Hat^'i^khaifa,
OB8BBVAT10N8 PBÉLlMlNAlRBll. XXxiij
{rfaîre de ia biUîothèque^du Koi, il consiste dans qudques volâmes détachés (l).
/ Déhébi (Schems-eddin Mohammed ), né à Damas en
1274 et mort en 1347 , a composé, entre autres ouvrages, une chronique intitulée Chronique de t islamisme Ci), et qui est une espèce de dictionnaire des écrivains musulmans rangés par siècles. La Bibliothè* que du Roi n'en possède que deux volumes.
IbDrférat (Mohammed)^ né en 1335 de notre ère, et mort en 140Ô9 ^^ auteur d'une chronique univer* sAe fort étendue ; c'est une compflatîon dans le genre de cefle des Deux Jardins , avec cette dillerence qu'efle ne se rapporte pas seulement à certains personnages ni à une époque déterminée ^ mais qu eDe embrasse à-Ia-fois tous les temps et tous les lieux. Cette compilation est peut-être le recueil historique le phis considérable et le plus complet qui existe en Orient. II en existe dix vo^ lames dans la bibUothèque impériale de Vienne, et ces dix volumes ne contiennent qu'une petite partie de l'ouvrage. Le premier commence vers fan 1 104 de notre ère, et le dernier se termine avec le xiv^ siède. On voit que du moins ces volumes renferment la période historique des croisades; seulement ils sont déparés par quelquesiacunes.
Ces dix volumes, par suite des vicissitudes de la guerre , ayant été apportés en 1 809 à Paris , feu M. Jourdain , orientaliste laborieux y en fit un extrait considérable qui est déposé à la Bibfiothèque du Roi. La plus grande
( 1 } Vojet Fancien fonds , n*»* 681 et 70t.
(*) aJUVI ^j^'' ^^^* ^^ 'Af«'>' &nent. de ia Bihh du Roi,
^ 646 'et 753.
XXXÎT OBflBEVATIOlfS PBSUMlNAiaBlk
partie est traduite en ârançaîs ; le reste est transcrit tex^ tueflenient« CSomme ie manuscrit est retounié en 1 8 i 5 à Vienne , il est à regretter que M. Jourdain n'ait pas étendu son travail à toutela durée descroîsades. Sesextraits n embrassent que le treizîèbie sîècie ; encore il y manque la première croisade de S. Louis. On doit désirer que quei* qu'un 5 à portée de consulter le manuscrit original » achève la tâche de M. Jourdain. A en fuger par le mor» ceau que nous connaissons ^ il n'est pas douteux que le reste ne contienne des faits aussi nouveaux quimportans. Réduit à nous servir de f extrait de M. Jourdain, nous avons traduit la partie qui ne fêtait pas encore ; nous avons corrigé ie reste à l'aide de passages d autres chroniques ; et Ton verra que ce n'est pas la portion la moins curieuse du volume.
Makrixi (Taky-eddin Mohammed) naquit au Caire vers l'an 1365, et mourut en 1442. Sa &mille prétendait descendre du calife Ali, gendre de Mahomet , par ia branche qui donna le jour aux princes fatimites. Il fiit , à diverses reprises, revêtu de h charge de mohtessib ou commissaire de poËce du Caire , et exerça d'autres emplois; mab ayant de bonne heure contracté le goût d'une vie retirée et studieuse, il trouva ie temps nécessaire pour la composition de ses nombreux ouvrages. Les deux qui intéressent les croisades sont, 1^ une histoire d'Egypte, à partir de Safadin jusqu'au temps oii vivait l'auteur : elle e^ intitulée Traité de la route fui mène à la eonnaiésance des dynasties royedes (l), et nous a été fort utile depuis la sixième croisade jusqu'à l'entière
(*) c^^Uî Jj^ *3^>*-i <^JLJI oUife» . Voîez !e« Mmnusc. arable de la Bihl, du Roi, ancieo fonds , n^ 67t.
•MBATATIONS PBiUMOfAIUf. UOLV
destniclkm des colonies chrédennes ; S"" une description géographique et historique de f Egypte, intitulée Livre des averiiêêemens et de la réflexion , au sujet des ditneions territoriales et des manumens (l)« L'auteur, à propos des lieux qui ont figuré dans les croisades, revient sur les mêmes ëvénemens que dans son histoire. Nous Favons mis à contribution pour les divers si^es de Damiette. Bfakrizi était un homme d'une immense érudition, et, dans ses livres, il parle de tout; malheu* rensement, à l'exemple de la plupart de ses compatriotes , il n'usait pas tottyours d'une saine critique (2).
Aboulmahassen (Gémal-eddin Youssouf Ibn-tagribaidi) était un autre écrivain du xv' siècle. Né à Alep, où son père était émir, il alla s'établir au Gûre, oit il fut élevé à la même dignité. Il paraît avoir exercé à- la-fois les fonctions civdes et militaires. II dit lui-même avoir réuni les avantages de la piume et de Fépée. Entre autres ouvnges, H a composé une histoire cTÉgypte intitulée Livre des étoiles resplendissartles relativement aux rois ^Mgtfpte (3). C'est une compilation où Ton trouve quelques Giits tirés d'ouvrages qui ne nous sont point parvenus.
Soyouthi (Abd-fdrahman Gélal-eddin) a beaucoup écrit, et cependant nous a fourni deux ou trds faits seulement. H était né en Egypte, en 1446, et était originaire de k viUe deSyouth ou Soyouth ; c'est de là que
tteata
Voyez lei JtftumscHU arfentmut dé Uà BibU as Roi, %• 616 ettur. (t) Voyez^êfi des exempie» , ei-âprèi , p. f 6f et Sf o.
(3) r^UJlj j^ d^ j »>tjjf ^^l Cy>Ufe • Voyci les Mmn. or.delaBihL du Rm, aacien fonds arabe, n<>' 602 et suiv.
XXXVJ OBSERVATIONS PRjSlIMINAIRBS.
lui vient son nom de Soyouthi. Il mourut au commencement du XV!"" siècle^ peu de temps avant la conquête de l'Egypte par Sëlim. L'ouvrage que nous avons cité de lui est une histoire d'Egypte, depuis ia création du monde jusqu'à son temps. Elle est intitulée Beaux points de vue de f histoire d'Egypte (!)•
Mogireddin ( Abd-alrahman)^ auteur d'une histoire des villes de Jérusalem et d'Hébron^ écrivait au commencement du XVi^ siècle et était cadî de Jérusalem. Son histoire porte le titre de Confident agréable relativement à f histoire de Jérusalem et d'Hébron (2). L'auteur, qui^ suivant f usage, commence à la création du monde et va jusqu'à son temps , décrit les divers édifices élevés dans ces deux viBes , et n'omet aucun des faits qui de près ou de loin intéressent son sujet. Ccst sur-tout à l'époque du r^ne de Saladin qu'il ne connaît plus de bornes. Comme pourtant il est arrivé après les autres , il a du en général répéter ce qui avait déjà été dit (S).
Telle est la suite des ouvrages que nous avons mis à contribution. D. Berthereau en avait fait entrer
(1) «>Uifj j^ jLdLl j ïj^i^\ ^^.^ ^Ixfc. Voyelles Mon, or. de ia BibL du Roi, ancien fonds, n^ 790 et 791.
(«) Ji^J iJ">^^ é->^ JftU^ ir^^f t^Ufc, . Voy« le.
Jtfan. or. de la BibL du Roi, n<> 71S.
(3) Un premier extrait de fouvrage de Mogir-eddin fut publie en 1754 dans le Journal étranger, sous le faux nom de SchéiAh Zémoui il paraît aToir.eu onginairement pour auteur le célèbre Galland, traducteur des Mille et une Nuits, M, de Hanuner a donne plusieurs nouveaux extraits dans les Mines de l'Orient f mais k l'époque où M. de'llamraer a fait ses extraits, il ne connaissait pas bien le sujet; son travail présente des impeHvctions.
0BSBKVAT10N8 PBEUMlNAlHBfi. XKXVÎj
quelques autres dans sa coliection ; mais ils n oflTreat rien de particulier. Par exemple , D* Bertheréau a fait un extrait de quarante-cinq pages d un ouvrage dun certain Omari (l)^ qui nest en générai autre chose que la reproduction textuelle de la chronique d' Abouiféda.
De tous ces ouvrages , il n*y en a qu un qui œ soit pas écrit en arabe ; c'est la chronique syriaque d' Aboul- Êrage. D'un autre côté , à Texception des deux chroniques d'AbouIfarage, de f histoire des patriarches d'Alexandrie et de la relation d'Eimakin, tous ont été composés par de$ musulmans. Qs doivm>t donc ^ indépendamm^t d'autres motifs ^ respirer un esprit diflféreitf de celui de nos chroniques du moyen âge.
La plupart de ces chroniques ne sont que des* extraits ou des compilatîona d'autres chroniques. En eSet, ie nom des écrivains diiriginaux a été^ de tout temps et ent tout pays, rare. loi les auteurs originaux sontjhn-ahtv» Boha-eddin^ Thistorien des patriiwxrhe^d'Aie^ndfaiei f hifih toriea de Kélaoun, &c. lyfei&les.ieitrAits içt les compibH tions remplacent quelquefois des^uvrag^sorigii^nxqui manquent. D'ailleurs > qu'on me s'y trompe pas : ce ne sont pas toujours tes historiens i^ plus dignes de çe^nom qui instruisent le mî^ux. LesigraÀds éa(î[v^ii|sfoA(.ufl(Q marche à suivre^ une mesur^^ à.garde.r; et pourfnç.paji détourner f attention , ils^soniqnçlqUefoi&'obiigésde ca*-, cher oa de ne montrer qu'à demi ifs Considérations les plus importantes. Combien de laits précieux de l'antiquité nous ignorerions^ s'il ne noMS ^il resté que les immortels ouvrages des Tacite et des Tite-Live ?•
Ijes divers auteurs que aous citons ayaiept r^u le jour ou habitaient e\\ Syrie^ en Égyptçt, et]i'Al^pota-
IXXViij OBSBRVATIOirS PR^UMIIVAIRBS'.
mie, €^e5t^Klire, sar le thëàtre même des guerres saintes. Us étaient, par cmisëquent, en position et bien connaître les hommes et les choses , et cette cmonstance donne rni nouveau poids à feurn^t. Il n'y a que TAste mineure qui y si on iexeepte Abouififfage, ne nous a fourni aucun écrivain ; encore Âfcoulianige n*est arrive que vers la fin d^ croisades. A Tépoque où ies croisés parurent sur la sdène^ f Asie mineure venait à peine d'être conquise par les musulmans^ et ces musulmans étaient des nomades partis du fond de h Tartane. II n'est pas étonnant qu'il ne Ht' soit point trouvé parmi eux un observateur en état éé nous transmettre fetfetde Farrivée des guerriers d'oc* cident.
"" Il en edi k-peu-pràs de même de ia Syrien ée la Mésopotamie et ée f Egypte 9 pour ies oommehcemens des croisades. On verra quîi quelques détails près, nous avons été réduite', pou^ cette époque, à citer le témoignage (f écrivains venus une ou deux générations après. Combien <^pendant n'eAt-il pas été intéressant d'entendre raconter , par un écrivain contemporain , la première iilipréssion de la présence des chrétiens d'Europe , de leur humeur vive et brusque , de leurs mosurs presque sau* vages? Il résulte d'abouti de ce sflence une grande sécheresse; Mais, k pardrde fannée 1 1 2S de notre ère, ies &its commencent à se développer , et les détafls ne cessent presque fius de s'étendre jusqu'à la fin. On entend {e récit d'hommes qui ont assisté aux événemens, ou qui même y ont pris part; nous citons, entre autres, des émirs, des gens de loi, des ministres, des ambassadeurs , des hommes du rang le plus élevé ; et ces auteurs sont encore pleins de f émotion qu'ils avaient reçue.
C'est sur-tout pour les personnages qui ont joué un râle, principal qu'on trouTera ici des détails abondans.
0«U|RVA719VS PSBLIMINAUU». XXxix
Telcst le sultan Saladîn, qui se présente sous un point de Yttenoaveau. On peut nommer encore Richard Cœur<le* lion , l'empereur. Frédéric II et S. Louis, dont k présence fit k plus vive sensatîoii sur les peuples quik lâaient allés combattrez
La plupart des ouvrages ^e nous avons mis à con* lôbutîon , étaient inédits ou a avaient jamais été traduits : ceux qui étaient d^ connus paraissent id avec des Aiaéiîacf tioos ; nous les avow presque tous revu^ sur de i^uveaux manuscrits. D'ailleurs Tavantage de voir les méoaes événemens racontés par trente auteurs. diflSnrenB, nous les a lait considérer sous des bices particulières. Sans doute il a été fort avantageux pour nous de trouver une partie des matériaux rassemUés , et de profiter de ce (^i avait été fait; mais du moins on avouera que jamais, sur répoque décrite ici , personne n'avait recueilli autant 4? notions 9 et que k mine, quoique non épuisée^ jette qn jour tout nouveau sur le moyen âge.
II est vrai que plusieurs relations importantes ont mBWfoé à nos rechencbes; c'est un inconvénient que nous ressentons mieux que personne : mais si f on ne veut pas déprécier ses propres richesses , qu'on voie s'il existe ^lelque part une coliecticm à comparer â celle qui a été à notre disposition. Abouiféda, et d'autres auteurs orienlaux, ont kit connaître dans leurs prékces les ouvrages qui avaient servi à k composition des leurs ; aucun n'a cilié une masse plus imposants de matériaux que celle qui a été employée ici.
II est encore vrai que plusieurs des chroniques dont noua nous sommes servis , sont incomplètes ou dans un état affligeant. Accoutumé que Ton est aux commodités amenées par la découverte de f imprimerie, on aimerait à n'avoir à manier que des livres bien comj^ts, bien paginés > bien détenninés; mais ii kut avoir ^rd à
xl OBBBRVATIONB PRI^LnnNAlRBS.
ia nature des choses. Qu'on vienne examiner dans les bibliothèques les manuscrits latins et français de la même époque , et Ton verra s'ils sont mieux conditionnés.
Maintenant nous allons nous livrer à quelques nou> velles considérations sur les. ouvrages qui nous ont servi de guides, etsur l'usage que nous en avons fait.
Nous avons dit que presque tous les auteurs que nous citons sont musulmans. Leur récit doit nécessairement s'en ressentir , sur-tout à une époque où ies reKgions chrétienne et musulmane étant, pour ainsi dire, en présence , il s'agissait pour elles d'une lutte à ftiorL Aussi ces auteurs ne ménagent-Hs pas les guerriers <f Occident. Ordinairement lorsque les noms des chrétiens se présentent sous leur plume , il les accompagnent des mots que Dieu les maudUae; ou bien ib leur donnent les qualifications é! impies et S infidèles i\k f égard des soldats de leur religion, ils les appellent les soldats de Dieu, Infidèles crayons. Ceux d'entre les musulmans qui meurent sont regardés comme des martyrs, et on les désigne par un mot arabe qui a le même sens que celui de martyr en grec.
Les noms mêmes et les surnoms de ces auteurs , ainsi que ceux des princes de la même époque , attestent le plus profond respect pour la religion musulmane. On a vu revenir sans cesse, et l'on verra revenir encore dans le cours de l'ouvrage, ces noms de Émad-eddin, Kémaleddin , Nour-eddin , Schems-eddin , et autres du même genre. Le mot eddin y en arabe, signifie la religion y et celui qui le précède annonce quelque chose qui s'y rapporte : ainsi, le nom d'Emad-eddin signifie la colonne de la religion; Kémal^eddin^ le complément de la reli^ gion; Noureddin, la lumière de la religion ; Schemseddin , le soleil de la rcUgiofi, Les écrivains qui ont porté des surnoms de ce genre, les recevaient au moment
OBBBaVATlOHS PR^UMIlfAIRBB. xlj
m, leurs études étant terminées , ils étaient admis au rang de docteurs; c'était pour ^ eux un engagement de &ire toomer à la défense de Fislamisme leurs lumières et leur expérience. H en était à^peu-près de même des princes; on leur donnait de pareils surnoms lorsqu'Hs arrivaient au pouvoir. Gu- d'ailleurs les uns et les autres avaient déjà des noms particuliers, tels que Omar, Mah* moud , et ceox-cî leiur avaient été imposés à leur naissance ou au moment de la circoncision.
II est certain que les auteurs musulmans n observent pas toujours une entière impartialité ; ifs passent quet quefi3isl^èrementsurles revers désarmées musulmanes, et ne rendent pas aux croisés toute la justice qui leur est due.
Mais en général ils respectent les &its , et les présentent sans altération et sans réticence , c'est-à-dire , teb qu'ils se sont passés. On n'a qu'à comparer le^ époques pour lesquelles il existe, chez les chrétiens et les musulmans, des récits de témoins oculaires , par exemple , pour le si^e de Saint-Jean<rAcre , sous Saladin; on verra que les uns et les autres s'accordent parfaitement. .
Cette espèce d'impartialité est portée si loin , qu'on la prendrait quelquefois pour de l'indtfFérehce ; elle tient à f esprit de résignation naturd aux Orientaux. Les peuples d'Orient, accoutumés au joug du despotisme, n'osent pas raisonner sur les évàiemens de ce monde , et reçoivent tout ce qui leur arrive, sinon avec insen^sibiiilé, du moins sans manifester leurs sentimens. On dirait qu'As ont toujours sous les yeux le despote qui les arrête. De là , ce sang - froid imperturbable avec lequel ils racontent les actions les phis atroces. On ne sait presque jamais ce qu'ils approuvent ou ce qu'ils condamnent ; il n'y a qu'un succès éclatant ou une punition exemplaire qui les tire de leur iilipasàibilité. La même
xli| OfiBBRVATiONS PaÉUMINAl|lB3.
réserve, au reste, se fait remarquer dans les livres historiques de la Bible*
II n est pas besoin, d*après cela, de dire que les auteurs arabes sont sobres d'observations politiques, H ne leur vient pas en pensée de dérouler ie tableau des causes plus ou moins éloignées des. événemens et celu^ de leurs effets. La seule chose quils se pe^nettenl , ce sont des applications des paroles de fAicoTM)} comme les chroniqueurs occidentaux du moyen âge ^ (aisaient pour celles de nos livres saints. Toujours à la veille- de quelque bouleversement nouveau ^ coinment eussentils eshs^yé d'expliquer les teuqps passés ? U leur aurait fallu des modèles sous les yeux, et les chdTs-d'œuvre de la Grèce et de Rome leur étaient inconnus. Au reste , si les Qrientaux manquent de tout esprit philosophique , ils sont moins portés à juger les fisiits à travers le prisme de leurs préjugés -, et souvent on démêle mieux la vérité dans leurs froides narrations , que dans les récjits passionnés et systématiques de certains écrivains d'Europe.
. On sera probablement étonné de f extrême simplicité qui rè^e habituellement dans ie récit des auteurs gfabes. On a tant entendu parler de f enflure et de ia flédamfitîon orientales , qu'au seul mot d'écrivains orien<* taux, 01? se figure tout ce qu'il y a de pius emphatique et de plus outré* idai^ <V^'oi^. ^e rappelle la différence qui existe entre les divei? livres de la Bible : tandis que certains passages des prophètes surpassent la portée d'une intefligence ordinaire, la Genèse, le livre de ^uth, celui 4e$ Juges, sontde la plus grande naïveté. lien est de même 49ns la littérature arabe ; pendant que certains écrivains, sur - tout les poètes et ceux qui veident les imiter , n emplpienf que les images les plus extraordinaires, les autres se traioent pour «guisi dire terre à terre, et ^ se doutent même pas qu'il y ait un art d'embeflir la pensée. Quel-
OSnaVATlONS PaiEUMlltAlilBS. xlîij
ques-unSy tels qnlbti-aiatir, dans son Histoire des A tsibecs, et Bohft-eddHi , dans sa Vie de Sabdin ^ ont essayé , en certaines occasions ^ de se mettre au niveau des ëvénemens. Sooveot fis sont tombés dans ia déclamation et le mauvais goût ; maïs souvent aussi ils sa sont élevés * la véritable âoquence (l). Émad-eddin a entrepris de se msHiitenir d'un bout ii l'antre à cette hauteur ; mais il a été obligé de travestir les laits , et n a réussi qu'à jouer sur les mots. A fexempte des rbétetirs de sa nation , il a employé dans le ié<»t une prose cadencée et rimée , et le besoîii de ia rime Ta entrtftné à*uh choix d'expreisions qui souvent sont étrangères an sujet.
Le style dans lequel a écrit Émad-eddin est celui de ia chancellerie orientale ; c est celui des lettres de Saladhi et de Bibars; et les lettres des princes orientaux de nos fours sont écrites de même. Emad-eddtn était ie secrets^ de Saladin; mais il auTMt dû savoir qu'il existe une autre manière de reproduire les événemem qu avec des feux d^ mots : d'ailleurs ce qui peut plaire dans qu^ qoea pagea^ devient iosupportable dans un ouvrage de longue haleine. Émad*eddin a été désapprouvé par plumemrs écrivains de son propre pays ^ le compilateur des Mieux Jardiné, après avoir dit^ dans sa pré&ce, qu'il lui a -fiût de nombr^eux emprunts, ajoute que cependant il a été contraint <f user de beaucoup de réserve, parce que cet auteur, à force de courir après la rime, fiiit perdre le fil du récit, et finit par ennuyer son lecteur.
Non«^e«iIement le style des chroniques arabes est habitueileraent simple, mais il est souvent teîvial. La langue arabe , du moins telle qu elle est employée dans ie langage ordinaire, n'a pas acqms ia pureté et féié-
(i) Vojex ei-«près,p. 58, 78, 987, Sic.
xliv 0B8BRVAT10NS PB^UMlNAIRBa.
gance soutenues de certaines langues de l'Europe actuelle, li n'existe en Orient qu'une nïànière de s'-exprimer 9 et c'est celle de tout ie monde*
Ce défaut provient en partie du peu de ressources qu'ofire ie langage usité chez les chroniqueurs. L'arabe est en lui-même pauvre; il n'a qu'un mot pour expri* mer plusieurs nuances difierentes. On a beaucoup parlé de la richesse de cette langue , et l'on a dit qu'efle avait jusqu'à mille mots pour désigner le même objet; les Axabes eux-mêmes ont dit qu'il faudrait une mémoire plus qu'humaine pour retenir tous I^s mots de leur langue : mais on aurait du ajouter que ces miUe mots^ s'ils existent^ sont p^iculiers à quelques peuplades^ ou n'ont jamais été employés que par certains «uleurs; que d'ailleurs la plupart ne soiit-que des qualificatifs, et qu^iis conviennent à plusieurs oi^ts à-»ia-fois.
La pauvreté de la langue arabe se. fait sur-tout sentir, dans les mots composés , genres d'expressions qui tiennent lieu de périphrases^ et qui donnent tant de précision à nos langues. Elle n'est pas moins sensible. dans les mots qui supposent une civilisation avancée. Croirait-on qu'à une époque où l'Orient était dans un état de guerre permanent avec rOccidenty les Arabes n'avaient pas de mots qui répondissent à ceux de garnison, d'approvisionné^ fihent ,^ &c. Le fond de la langue arabe > tel qu'on ie retrouve dans les chroniques du moyeti .àgCy.est resté. le même que lorsqu'il était particulier aux trttms nomades de l'Arabie; nos langues actuelles , au contraire ^aontjriches^ parce qu'elljes sq sont successiyfiment enrichiefi.des débris des langages antéi^eurs.
Les auteurs arabes manqueiit en général de cet enchaînement d'idées, de cet ordre logique qui donne tant de lucidité au style de certains écrivains d'Europe. Si Ton excepte Kéroal-eddin^ Makrizi, Aboulféda, les
OB8BRVATION0 PRELIMINAIREB. xIt
autres ne sont habitueflement que des copistes, ou ont présenté ieuis idées sans ordre et sans liaison. On ▼oit là une preuve des immenses obligations que nous avons aux écrivains classiques de l'antiquité ! Sans Âris* tote et des esprits philosophiques comme ie sien , nos grands écrivains se seraient-ils tracé la marche exacte qu'ils ont suivie?
Nous avons dû ressc^rrer le style lâche et diffus des dironicpies arabes. Celles sur-^tout qui traitent de l'histoire générale avaient besoin de ces réductions. Les • historiens orientaux, comme les historiens d'Occident kla même époque, étant dans l'usage de s'asservir strictement à l'ordre des années, morcellent les événemens, et forment un artide à part de tout ce qui a eu lieu à une époque difierente. D un autre côté, les&its se multi^ pliant et se pressant les uns les autres , il devient néces* saire à chaque fois d'amener le récit par des transitions. Pour nous qui avions à ne parier que des Êiits relatif aux croisades, ces transitions étaient inutiles.
Nous avons supprimé non-seulement tout ce qui te^ naît à une marche trop compliquée, mais les circonstances indifférentes et les petits faits sans résultat. Il y a dans les chroniques, sur-tout dans les chroniques qui traitent d'événemens contemporains , des faits qui n'intéressent que le pays ou le siècle dans lequel ils se sont passés; il y en a même qui n'ont jamais intéressé persov^e, et dont il n'a été fait mention que par suite d'un manque de goût. Pourquoi reproduire ces superfluités? Dans ces sortes de cas, nous nous sommes c<Hitenté de donner une simple analyse, sans nous astreindre à Tordre suivi dans l'original.
Mais dans les endroits qui sont véritablement traduits , endroits marqués par des guillemets, nous avons mis le plus grand scrupule à reproduire les idées et l'esprit des
zIt) observations PRéimmAiBBa.
Orientaux. Quelquefois, pour plus de clarté , nous «tors &it des transpositions; mais ordinairement nous avona rendu phrase pour phrase et mot pour mot. Nous avons 8ur*tout tenu à bien faire ressortir f esprit parti» culier à certains écrivains. Cest ainsi que Boha^din , toujours absorbé par ses idées de piété, rapporte tout à Dieu, et qu Ibn-aîatir, moins résigné, semble murmurer qttebfucfob contre ies desseins de la providence. D'un autre côté, le premier eat plein de vénération pour iai • mémoire de Saladin et ne tarit pas sur ses vertus; ic second ne peut lui pardonner sa conduite injuste envers la &nrille de Noureddin , et cherche en plusieurs occasions à obscurcir sa gloire. ^
Les feits ont été disposés par ordre chronologique ; c'est f orcbre ie pbis Sicile à suivre : c'était d'ailleurs cdnî de nos auteurs ; et les personnes qui voudront recourir aux sources, retrouveront plus aisément le pas^ge. Que si la date sous laquelle nous avons placé l'événement n'est pas la même que celle ou fa mise fauteur original, nous en avons averti.
La dilficulté consistait sur^tout à porter l'ordre dans cette multitude de &its, à les coordonner entre eux, enfin à en fiûre lin tout qui, d^gé de détails trop minutieux, pût permettre au récit une marche libre, la seule qui lui convienne. Dans cette nouvelle édition , nous avons non-seulement lié les fragmens que nous avions à citer, de manièfre i en former un récit non iqtcrrompu , mais noua j avons mêlé ies faits et les anecdotes qui s'y rattachent , et qui pouvaient donner une idée de l'esprit , des moeurs et des institutions des Orientaux au moyen âge.
Les auteurs musulmans datent ies événemens de Thégire , mot arabe qui signifie JiUie , et qui désigne f époque où Mahomet, quittant la Mecque sa patrie, jeta
OBflEBVATIONS PK8LIM1NAIRSS. xItIJ
les fondemens <f un nouvel empire. L'h<%îre eut lien en 692 de notre ère. Outre cette première différence, ti y a celle des années. Les musulmans suivent l'année lunaire, année qui a onze jours de m<^s que l'année solaire usitée parmi nous; il résulte de là que leur année recommence chaque (bis à une époque difS^rente par rapport à la nôtre, et que les années chrétiennes et mu* sulonnes se croisent presque sans cesse. Nous nous sommes conformés à l'ordre des années musulmanes, et nous avons mis à côté f année chrétienne qui y correspond (l).
il y a telle époque des croisades qui n'est bien rapportée que dans les écrits des Arabes; il en est d'autres, sur-tout dans la première partie , sur lesquelles il faut absolument recourir au récit des chrétiens. Nous n'avons pas essayé de rempGr ces lacunes, et c'est dans l'histoire générale des croisades qu'on doit chercher l'ensemble des faits. En général nous n'avons cité les témoignages des chroniques de FOccident , que lorsque ces témoignages étaient indispensables pour l'intelligence des chroniques de l'Orient.
UHiftùire des croisades de M. Michaud a singulièrement contribué à rappeler Fattention vers ces événemens Soignés ; ii était impossible de mettre plus dha-
(i) Abonliarage , quoique cbrétîeo , a, dam sa Chronique arabe, éÊLté les ëvënemens de f hégire; dans sa Chronique syriaque, aa contraire, il suit fère d'Alexandre, autrement dite des Sëleucides, qui commence en f année Sis avant Jésus-Christ De son côté , l'historien des patriarches d'Alexandrie a date les faits de Tère de Dioclé» tien ou dt* martyrs, qui commence à fan s 89 de notre ère. II nous a paru inutile de compliquer le récit par ces diverses manières de dater; d'autant plus que rhistorien deê patriarches d'Alexandrie et Aboniferage ne sont cités que par intervalle , et que d*aillears ce* deux auteurs ont cm devoir eux-mêmes mettre leur ère en rapport avec ceUe éf musulmans.
xlyîi| OBSBRVATION8 PfiBUMINAIRBS.
bHeté dans la dbposhion des matériaux , plus d*él^ance et de chaleur dans ie style. Cependant M. Michaud traitait le sujet dans tout son ensemble^ et n a pu donner la même étendue à ses diverses parties.
Depuis iong-temps cet ouvrage était terminé^ et M. Michaud s'en est utilement servi pour la dernière édition de son Histoire des croisades. On pourra maintenant se Eure une opinion raisonnée sur les divers événemens des guerres saintes.