‹ Extraits des historiens arabesChapitre 11 sur 45 · S XXX · texte numérisé non relu

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Premières entreprises de Saladin.— - Extinction des cftlifes d*Égjpce. — BroiiiUeries de Nonreddin et de SaMin.

An Ô06 [1171], Cette année, au rapport dlbn-alatir, Saladîn fit une incursion sur les terres chrétiennes du cote d'Ascalon , Gaza et Ramia. L'armée chre'tienne e'tant venue pour le repousser, il l'attendit sans crainte et la mit en déroute. Peu s'en fallut même que le roi de Jérusalem ne fut fait prisonnier. Après ce succès, Saladin retourna en Egypte et fit ses préparatifs pour assiéger Ela, place chrétienne située à l'extrémité de la Mer Rouge , d'où les Francs dominaient dans les sables du voisinage. On commença par transporter à dos de chameaux les pièces détachées d'une flo^^ Qiuand tout fut prêt, Saladin se mit lui-même en marche et forma le siège d'Éla par mer et par terre; la ville fut prise et pillée, et les musulmans purent désormais circuler dans les environs. *

L'année suivante fut marquée par la ruine des califes fatîmides. Depuis long-temps Noureddin se faisait scrupule de communiquer avec les princes de cette famille, qu'il regardait comme des hérétiques. Il aurait voulu que Salaain , non content de tenir le dernier de tous , Aded-Iidin-allah , enfermé dans son palais , lui ^tât jusqu'au seul droit honorifique qui lui restât encore , celui d'être nommé sur les mon*

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Bties et à la prière publique .du vendredi dans toutes les mosquées de rempire. Saladin pensait au fond comme lui ; mais ii craignait qu'une telle mesure ne soulevât les esprits. Enfin, un vendredi de cette année, pendant qu'Aded était gravement malade, il essaya de faire faire dans une des mosquées du Caire la prière au nom du calife de Bagdad : le peuple n'ajant çpposé aucune résistance , il étendit cette réforme à toute FEgypte; et comm.e quelques jours après Aded expira, on n'eut plus de danger à craindre. Les califes fatimides avaient régne sous quatorze princes, pendant plus de deux cent cinquante ans. Abouiféda remarque , au sujet de cette singulière révolution , que telle est la oizarrerie de la fortune, qu'elle ne donne que pour retirer, et que ses douceurs sont toujours mêlées d amertume (1).

Ainsi Noureddin se trouva au terme de ses souhaits; il eat enfin la satisfaction de renverser une famille de pontifes qa'il avait voués à i'anatbème , et de voir son lieutenant désormais bien affermi en Egjpte. Mais alors commença entre loi et Saladin une nouvelle politique qui fit repentir Nçureddin de ses pcopres triomphes. Noureddin regardait l'Egypte comme étant de son domaine; tous ses désirs devaient donc Tiser dorénavant à lier les diverses parties de son empire et à accabler, s'il pouvait, les Francs de la Palestine. Saladin, aa contraire, tout en abandonnant à Noureddin les droits honorifiques, considérait l'Egypte comme sa propre conqnête. On vit alors ce que peut l'esprit d'intérêt dans la condaite des hommes. Depuis rétablissement des Francs dans la Palestine, il ne restait d*autre voie de communication aux musulmans de Syrie et d'Egypte que la route du désert et les sables de l'Arabie Pétrée; encore cette route était-elle devenue très-dangereuse par les forteresses que les Francs y

(i) Qadques aatenrs chrétiens, entre autres Gniflanme de Tyr, écrÎTain d'un grand poids , ont dit que Saladin tna de sa main le cdife. Saivant fbistorien des patriarches d* Alexandrie , Saladin ne fat pas étranger an menrtre : les anteurs mnsnlmans ne disent rien is semhable. Ne multiplions pas trop les crimes des hommes I II est ▼rai que Saladin , après la mort dn calife , ent soin de s^assurcr dç b personne de ses enfans. Abonifarage dit , dans sa Chronique sy-* riaqne » que Saladin sépara les fils d*Aded dn commerce des femmes, pour qn'ib ne bissassent pas de postérité; précantion qni , au rapport an m^e aatenr, lui réussit.

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occupaient. Il fallait donc sVniparer d'abord de ces places. Saladin avait commence l'exécution de ce grand dessein en prenant Ëla, qui le rendait maître des bords de la Mer Rouge ; Noureddin voulut cette anne'e y joindre fa conquête de Carac ou Petra desertî; et de Schaubec ou Mons regalis, deux places qui , par leur position au 6u4 et à l'orient de la Mer Morte, dominaient sur les sables de l'Arabie Petree. Par-là, Noureddin eut eu ses cpmmunications libres avec l'Egypte ; ile plus ) il aurait assuré le chemin que prennent à travers ces sables les caravanes de pèlerins Anusulmans qui , toutes les années , se rendent de Damas à fft Mecque et à Médîne. Ce fut justement ce qui inspira de la défiance à Saladîn ; il craignit qu'une fois la route ouverte, Noureddin ne vînt en Egypte pour le déposséder, et, dans cette idée, H n'hésita pas à ménager les chrétiens. Ce fait est ainsi raconté par îbn-alatir :

u Noureddin et Saladin se concertèrent ensemble poar aller attaquer Schaubec ; Saladin commença l'attaque. Eil peu de temps la place se trouva vivement pressée} et la garnison offrit de se rendre , si dans dix jours elle ne recevait du secours. Pendant ce temps , Noureddin entra sur les terres chrétiennes et y fit de rapides conquêtes. On dit alors à Saladin : « Quand Noureddin aura soumis les^ provinces n chrétiennes, et que la route entre la Syrie et l'Egypte sera fi libre, il ne tiendra qu'à lui de venir vous attaquer; ou bien 9 encore, si Noureddin vient jusqu'ici, vous serez oblige de 9 vous réunir à lui et de vous mettre sous ses ordres. S^ veut f> vons laisser l'Egypte, il le fera; mais s'il veut vous Tâter, n il le fera aussi. Quel moyen aurez-vous de Pen empêcher? n Le parti le plus sage est de ne pas l'attendre. 9 Saladin sentit la vérité de ces conseils, et retourna en Egypte. H écrivit cependant a Noureddin pour lui faire des excuses, lui représentant le secret mécontentement qui régnait alors en Egypte et le besoin que le pays avait de sa présence, «r II serait à craindre, ajouta- 1- il, que nos ennemis ne n devinssent les maîtres et ne se rendissent tout-puissans. « Ces raisons ne furent pas goûtées par Noureddin. Dans son dépit , il eut un moment l'idée de marcher sur-le-champ en Egypte. II cachait si peu ses sentimens à cet égard, que la nouvelle en vint jusqu'à Saladin. Aussitôt il assembla sa famille, y compris son père Ayoub et son oncle Scbehabeddin , ainsi que ses principaux émirs , et leur demanda ce

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qa'il (levait faire. Taki-eddin , neveu de Sidadtii , re'pondit* brusquemeiit que si Noureddia venait en Egypte , on repousserait la force par la force. A ces mots, Ayoao.se leva pleinde colère , et se tournant vers Saladin, il lui dit : 4 Moi qui 9 sais ton père , et Schebab^eddin ici. présent qui est ton « onde y nous devons avoir pour toi bien plus d'amour que 9 tous les autres ; eh. bien ! Dieu m'est témoin^ aussi bien qu'à 9 ton oncle , que si nous voyions maintenant Nouroddin se 9 présenter a nous, nous nous prosternerions devant lui jus- 9 qu'à terre, et que, s'il nous commandait de te couper la tète , 9 nous le ferions sans balancer. Or» si moi qui suis ton père , 9 et Scfaehab-eddin qui est ton oncle, aous-.soqdmeç dans de 9 semblables dispositions , juge par-la de celles des autres. 9 Non , il n'v a pas ici un seul émir qui , s'il apercevait Nour- 9 eddin , osât rester dans ses arçons et ne pas mettre pied à 9 terre. Ce pays lui appartient ; nous sommes ses esclaves. 9 Çà donc , qu'on lui envoie tout de suite un courrier avec 9 ces mots de ta part : Il m'est revenu que vous voulez venir ^ jusqu'ici pour éter ï Egypte de mes mains, Quest^il besoin 9 de tout cela ? Que notre seigneur nenvoie-t-il plutét un 9 exprès pour me mener à lui la corde au cou ; il ne rencon- 9 trereit de ma part aucune résistance, n Là-dessus l'assemblée fut renvoyée , et chacun resta persuade qu'Ayoub e'tait de bonne foi. Mais ensuite Ayoub prit, son fils à pai*i- et lui dit : i( A quoi pensais-tu en- assemblant les émirs ete»* nous 9 faisant une telle proposition ? Ne sais-tu pas que* si Noui- 9 eddin savait que nous voulons lui résister, il ferait trêve à 9 toute autre guerre pour venir nous attaquer, çt que nous 9 ne pourrions lui tenir tête ? Ignores-tu que les émirs qui 9 sont ici lui sont tous devoua's? Au lieu qu*à présent , quand il sfiura ce qui s'est passe, il nous laissera tranquilles.; il s'occupera d autre chose, et le temps fera le reste. Par 9 Dieu ! s'il prétendait exiger de nous seulement une canne 9 à sucre, je serais le premier à la lui disputer, et je la lui 9 arracherais ou j'y laisserais ma vie. n Saladin , poursuit l'auteur arabe, suivit le conseil de son |)ère et s'en trouva bien; car Nourcddin tourna ses vues d'un autre câte, et mourut avant d'avoir rempli son dessein, n

La même tin née, il se passa un fait d'un autre genre et qui donnera l'idée du droit public de cette époque; nous rempruntons du même auteur, û Deux vaisseaux musulmans , sortis des ports d'Egypte , furent enlevés en pleine

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paix par les chrétiens à la hauteur de Laodicee, sous prétexte que eeê vaisseaux étaient arrires fracassa et fiiisant eau de toute part, et que, d'après Pusage, îi était permis de s'en emparer (l). Noureddin nia que ces vaisseaux eussent fah naufrage ; H allégua que c'était sans raison qu'on les avait capturés : en conséquence, il rassembla .aussitôt ses troupes et les envoya dévaster les provinces chrétiennes; tout fut détruit sur les terres d'Antioche et de Tripoli; ce fut ou point que les Francs , consternés , ofl&îrent d'eux-mêmes de rendre les navires et la cargaison , ce qui fut accepté. « L'historien des atabecs compare à ce sujet les chrétiens à ces Juifs qui, suivant le proverbe, attendent d'opoir été rouie de coups pour payer le tribut. En effet , ajoute-t-îl , les chrétiens avaient aabord refusé de rendre les navires, et maintenant ils consentaient à le fanre y après que leurs provinces étaient dévastées et leurs villages ruinés. 9

Suivant Ibn^-alatir, Noureddin établit cette année dans ses états une poste aux pigeons. Ce n'est pas qu'on ne connut iong*temps auparavant i'usage des pigeons pour transmettre les nouvelles; mais aucun prince n'avait songé à rendre cet établissement régulier et approprié à un vaste système de défense. 0 Noureddin , remarque l'auteur arabe, fut sur^tout porté à cette institution par le désir de combattre les chrétiens et de repousser leurs attaques. En effet, ses états avaient acquis une grande étendue, et il était, pour le gouvernement, essentiel de recevoir de promptes nouvelles. Jusque-là, quand les Francs venaient attaquer une place musulmane, ils avaient le temps de la prendre avant qu'on

(1) If était dlon dosage, en Occident comme en Orient, qne Ionqu'un vaisseaii faisait naufrage , if devenait la propriété du prince aiir les terrea duquel le naufrage avait en lieu. Cest ce qn*on appelait le droit de bris et naufrage. Voyez, sur cet usage barbare, du Gange , Glossaire de la basse latim'té, au mot Lagon. Plus tard , ce droit fut aboli snr toutes les cAtes de !a Mer méditerranée , ainsi qu*on le verra par la suite. II existe cependant encore dans certaines contrées d'Orient ; par exemple , sur les côtes de la Mer Ronge. (Voyez les nouveaux Contes turcs, par Digeon, t. I, p. S5S , et le Voyage tPAU-bey, t. II, p. 4 s 8.) |l existait encore dans Tlnde sous les empereurs Mogols. (Voyez Chardin, t IX, p. sis. Voyez enfin les Notices et extraits des manuscrits de la bibKotkèque du Roi, t. IV, p. 577.

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y put porter secours ; mais lorsque la poste aux pigeons fut eo activité, le prince recevait le jour même la nouvelle de tout ce qui se passait sur les frontières. Le pays se ressentit des bons effets de cet établissement. Noureddin j affecta des . fonds particuliers y et nomma des personnes chargées d'en avoir la direction (1). «

L'année suivante y il reprit son dessein de s'emparer de Sçhanbec et de Carao pour assurer ses communications avec fËgypte. Les méfiances de Saiadin empêchèrent encore le succès de cette entreprise, à Noureddin et Saiadin , an rapport dlbn-alatir, étaient convenus d'envahir a-fai-fois, et chacun de leur cAte, les provinces chrétiennes , et de se reunir sous les murs de Carac. Il avait été dit que ie premier qui armerait attendrait l'autre. Sidadin partit donc de l'Egypte et Noureddin de Damas. Satadin arriva le premier devant Carac et en fit aussitôt le siège; maiâ k peine eut-il appris que Noureddin approchait) qu'il craignit d'être obligé de se réunir à i«, et retourna en Egypte , donnant pour prétexte de son de'part la maladie de son père, qui avait fait une chute de cheval et qui en effet mourut quelques fours après. II représentait que c'était son père qui gouvernait l'Egypte en son absence , et qu'il était à craindre que cette mort ne laissât lieu à quelques troubles. Noureddin trouva la conduite de Saiadin fort extraordinaire; il comprit alors ses intentions secrètes, et il serait allé l'attaquer sur-le-champ s'il avait tfté en mesure. Cependant il dissimula, et dit x «Il a bien n fait de s'en aller. £n effet, la conservation de l'Egypte est 9 plos importante pour nous que la prise de quelques places, n Ce fat dors que Saiadin et sa famille, pour se créer au besoin un asile contre la vengeance de Noureddin , envahirent la Nubie et ensuite l'Arabié-Heureuse , qu'ils soumirent entièrement. Malgré cet avantage, Saiadin aurait difficilement pu se maintenir, si la mort n'était venue le délivrer de son ennemi.

(l) On troaTers des détails intëressans sur la manière dont on Aève ces pigeons et sur Tnsage qn'on en fait ^ dans nn petit écrit eompoié en arabe par feu Michel Sabbag , et publié en arabe et en fran^ia par M. Siivestre ée Sacy. Le titre est la Colombe messagère; Paris, 1805.

lâS BXTBAITS d'aOTWRB ARAUS,

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