‹ Extraits des historiens arabesChapitre 14 sur 45 · S XXXV · texte numérisé non relu

S XXXV

Nouvelles conquêtes et usarpations de Saladia en^Syrie

et en B&éfQpoUmie. \

An 577 [1181] et années suivantes. Le fils de Noureddin mourut à Alep, âgé de dix-neuf ans, ne laiselitmt pas de poste'rité. Alep était tout ce qui lui restait des an'cfiéris états de son père. Ce prince était fort pieux; on lit dans Kemaleddin qu'à son lit de mort, son médecin, qui était Juif, lui ordonnant de prendre du vin , il répondit : a Notre prophète 9 a déclaré que Dieu ne peut placer le salut de son peuple 9 dans un objet que sa loi défend. Comment être sur que le n vin me sauvera , et qu'immédiatement après en avoir bu 9 je ne serai pas appelé devant Dieu pour lui rendre compte 9 d'un tel péché ? Dieu me préserve d'un tel malheur ! II 9 viendrait maintenant un ange du ciel pour me dire que le 9 vin est le seul remède possible, que je îi'en userais pas. n

Malek-saleh choisit pour successeur son cousin Ezz-eddin , prince de Moussoùl. Ezz-eddin était le prince le plus puissant de la maison des atabecs , et Malek-saleh espérait qu'un

ils Lus oVjoJt ^ (:)b (0

184 EXtBAlTS d'auteurs ARABES

tel souverain saurait défendre son héritage contre les entreprises de Sdbdin ; mais il en arriva autrement. Un frère d^zz-eddin, nomme Émad-eddin, prince de Singar, se prétendant lésé, força son frère à lui céder Alep et à recevoir Singar en échange.

Saladin était iJors en Egypte. Quand il sut que le prince de Moussoul avait été choisi pour régner sur la principauté d'AIep , il fut affligé , et dit : « Voila ou' Alep m'échappe n des mains ! 9 Apprenant ensuite qu'Alep était cédée an frère d'Ezz-eddin, il s'écria : « Pour cette fois, Alep est i y» nous ! 9 Les courtisans étonnés lui demandèrent la raison de ce changement; il répondit : a C'est qu'Ez»-eddin a « à sa disposition des hommes et de l'argent, au Ueu que n son frère n'a ni argent ni hommes. « H fit aussitftt ses préparatifs.

Mais avant d'entrer en campagne, il crut devoir mettre le calife de Bagdad dans ses intérêts. Le compilatear des Deux Jardins nous a conservé la lettre qu'il écrivit en cette occasion au pontife. Saladin fait un tableau pathétique de sa situation et de la nécessité où il se trouvait de prendre les armes ; ensuite il ajoute : u Au calife seul appartient la sun prématie sur tous les pays de la terre. Alep faisait partie n des province.s dont votre serviteur fut , il 7 a quelques n années, investi par vous : si jusqu'ici nous avons négUgé » d'en prendre possession , c'est par égard pour la mémoire » ie Noureddin ; mais à présent que le dernier rejeton de » Noureddin est mort, la justice veut que chacun rentre dans jf ses droits et jouisse de son bien. « Un des principaux griefs

Îue Saladin alléguait contre Malek-saleh et les autres princes e la famille de Noureddin , c'est que tous entretenaient des relations avec les Francs et avec les baténiens ou assassins. u De teb princes, disait-ii, auraient du être, par le fait 0 mélhe , déchus de toute autorité. « Saladin opposait à cette conduite la sienne propre. li rappelle les services qu'il avait rendus an calife ; la destruction des califes d'Egjpte, ennemis de ceux de Bagdad ; la soumission de l'Egypte , la conquête d'un grand nombre de villes chrétiennes. U finit par déclarer que dans tout cela il n'avait en vue aucun intérêt' per^ sonnel, mais la défense de la religion outragée.

Le sultan se mit en marche au commencement de l'année 57B [1 18â], et fit d'abord quelques courses sur le territoine chrétien du cAté de Tibertade et de Béryte. II avait

BBL4TIP8 ADX CR018AOB8. lg'5

intentioo d^ittaquer Beryte par terre, tandis que sa flotte Taurait attaquée par] mer. En effet, Beryte, par son port coimDode, aurait offert à ses Taisseaux un sur abri sur les cites de Syrie ^ mais la flotte n'arrivant pas , Sahdin reprit ses premiers desseins*

L^ sultan voulait sur-tout se venger du prince de M6ussonl y qu'il savait être en relation d'amitié avec les Francs. On apprend par une lettre de Saladin au ewiife , rapportée dans (a compilation des Deu£ Jardins, que le prince de Moussoul avait fait avec les chrétiens un traité d'alliance pour douze années, et s'était obligé à leur payer annuellement une somme de dix. mille pièces dPor.' Deptus , il avait promis de les aider à reconquérir Panéas et les autres places qu'ils avaient perdues. De leur câté, les Francs s'engageaient à attaquer Sdadin en Syrie, en Egypte , en un mot en tous lieux.

Sidadin mit dans ses intérêts les petits princes de Mésopotamie dont les états avoîsinaient ceux du souverain de Moussoul; ensuite il s'empara d'Edésse , d'Amide , de Singar. Il ne restait presque plus au prince de Moussoul que sa capitale.

Saladin, ayant vainement assiégé Moussoul , repassa l'Euphrate et vint attaquer Alep. Émad-eddin , qui régnait sur cette ville, fit d'abord de la résistance; les habitans, pleins d'attachement pour la mémoire deZengui et de^Noureddin, montraient la plus grande ardeur : à ui fin , Emad-eddfti , cTpigùwnt de succomber, traita secrètement avec Saladin , et consentit à retourner dans son ancienne principauté de Singar.

Ce traite déplut beaucoup aux habîtans d'Alep ; ce qui les choquait le plus y c'est qu'on eut osé mettre en balance deux villes telles qu'Alep et Singar. Dans leur colère, ils seAivrèrent aux injures et aux brocards contre Emad-eddin. Kemal-eddin cite ces deux vers, qui se chantaient dans les rues au bruit du tambour et d'une bruyante musique :

« Mes cbers amis , laissez-moi faire ; Emad-eddin est vraiment fou :

» H cède Alep en échange des villes de Singai* et de Nisibe (1). o

J,jÀ\ .>l)j vJU. wJUIt jiiè^ jajl»

186 BnRAire d'auteur» aharb

Nulk part cependantSaladio ne rencotttm^ie Ift résistance. Le gouverneur seul de Hnrem refosa de 0e sonniQttre, et menaça de livrer la place aux chrétiens; mais ses soidaÉs indignes se fêtèrent sur fair et. le remirent garrotte an snltan. Dgs ce moment, Saladin posséda sans partage PEgypte, la Nubie, l'Arabie-Heureose et la Syrie f nsqu'à l'Euphrate ; il eut même à sa.disposition iesfbroes d^une partie des prinoes-dc la Mésopotamie. Songcant-delà à la guerre terriUe qu'il devait entreprendre contre les cijire'iiens , il avait stipule dans son traite avec Emad-eddin, que celui-ci se reconnaîtrait son vassal et entretiendrait è son service un certain nombre de guerriers; qu'il viendrait même en personne toutes les fois qu'on l'appellerait II imposa les mêmes conditions à tous les princes avec lesquels il traita dans la suite.

Pendant ce temps, les colonies chrétiennes étaient en proie à l'anarchie , et aucune mesure n'était prise pour prévenir le danger commun. L'expédition la plos importante est celle que fit. Renaud de ChatSlon, seigneur de Carac, sur les câtes de fat Mer Rouge.

Renaud, suivant ibn*-alatir, désirant reprendre la vilfe d'Ëla, située au nord de la Mer Ronge, fit transporter de Carac quelques navires à dos de chameau. Oii les mit ensuite en mer, et l'on commença le siège de la place; en même temps il fit faire des courses sur toute la cote. Comme les chrétiens ne s'étaient jamais montrés dans ces parages , les musulmans furent attaqués àl'improviste, et les francs firent un immense butin. Les chrétiens s'avancèrent jusqu'atn environs de la Mecque et de Médine. A cette nouvelle, Malek-adel , firère du sultan , lequel gouvernait alors FEgypte, équipa une flotte dont il donna le commandement i un émir nommé Hossam-eddin Loulon* Loulou commença par délivrer Éla; ensuite» se portant contre les chrétiens qui couraient la Mer Ronge, il les surprit sur la côte orientale , se disposant à envahir la Mecque et Médine. Anssitêt il fondit sur eux. En vain les chrétiens effrayés mirent pied à terre; Lk>uIou les poursuivit dans les montagnes voisines et les passa au fil de l'épée. Le petit nombre de ceux qui échappèrent au massacre, furent envoyés les uns à la Mecque, où les pèlerins musulmans les* égorgèrent à la place des brebis et des agneaux qu'ils ont coutume d'immoler chaque année; les autres en Egypte, où ils périrent de la main des sophis, des' dévots et des docteurs de la. loi.

nikTlFS AUX CROIBABMB. 187

On lU^lans TQiivragç de Mogir*veddiii , que ie nombre des chrétiens qui avoient prb parte ceUamaibettreuse expédition, étut d'environ trois cents , sans compter un grand nombre d'Arabes apostats qui s'e'taient f^bint» k eux. Leur intention était d'exhumer !e corps de Mahomet, enterré à Médine, et de remporter dans leur pays , afin d'âter aux musulmans ce but de leur pèlerinage. Ils n'étaient plus qu'à une journée de distance dé cette viile, lorsqu'ib furent exterminés.

Quoi qu'il en soit, Saladin manifesta la plus violente colère , lorsqu'il apprit cette expédition , qu'il regardait comme sacrilège. Il parait que ce fut par: son ordre qu'on usa de tant de rigueur envers les prisonniers chrétiens. Il écrivit à Malek-adel une. lettre qui se trouve dans la compilation des Deuje Jardins, et où, il disait : « Les infidèles ont violé le « berceau et l'asile de l'islamisme \ ils ont profané notre 9 sanctuaire; ils l'ont souillé de leurs regards. Prenons ^arde f que les prisonniers et les Arabes qui ont fait route avec « eux ne servent plus tard de guide a ceux qui nourriraient 9 le même dessein. Ce serait nous rendre inexcusables aux V y eux de Dieu et aux yeux des hommes ; toutes les langues n s'élèveraient en imprécations contre nous en Orient comme n en Occident. Purgeons donc la terre de ces homm^ qui 9 la déshonorent; c^st un devoir sacré pour nous : pur^^eons 9 l'air de l'aîr qu'ils respirent , et qu'ils soient voués à la « mort, »

Saladin vint attaquer Renaud dans Carac. N'ayant pu réduire la place, il retourna l'année suivante avec une armée formidable et mit. tous les pays environnans à feu et à sang. Déjà même il était maître des faubourgs de Carac , lorsque Farmée chrétienne s'avança au secours de la place. II marcha à la rencontre de l'ennemi ; mais les Francs , qui ne cherchaient qu'à délivrer la ville, se retranchèrent dans des lieux inexpugnables et refusèrent le combat. Saladin fut obligé de renoncer à son dessein, et se porta vers Damas, brûlant et dévastant tout ce qui se trouvait sur son passage.

Ainsi s'écoulèrent les années 678 , 579 et 580 de l'hégire. L'année suivante, Saladin se porta de nouveau en Mésopotamie et recommença le siège de Moussoul ; il était décidé à ne mettre bas les armes que.- lorsque toute la Mésopotamieaurait reconnu ses lois. Sur ces entrefaites, il tomba dangereusement malade. Le prince de Moussoul consentit à le reconnaître comme son suzerain et à lui fournir toutes les

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troupes dont il aurait besoin. Saiadîn , ne voyant fins parmi les princes musulmans d'ennemi en état de lui faire ombrage, accorda la paix et reprit le chemin de la Sjrie pour tourner tous ses efforts contre les chrétiens.

j XXXVI.

État du royaame de Jënualem. — Préparatifs de fiabdin

pour Fattaquer.

Nous Toici arrivés au moment de la ruine des colonies chrétiennes d'Orient. Cette époque est grande pour les musulmans. Aussi les détaib que nous ofiîrent les écrivaios arabes sont exti*émement abondans. Tel fut Tenthousiasme qu'inspirèrent les succès de Saladin, que tous les écrivains du temps ont tenu à honneur de les faire connaître. Notre intention n'est pas de répéter tout ce qu'ils ont dit ; il s^iffira de faire comme nous avons fait jusqu'ici, c'est-à-dire , d'extraire les faits et les circonstances dignes de mémoire, négligeant ce qui ne s'adresserait qu'à une curiosité stérile. -

An Ô82 [il 86]. Ibn-alatir fait observer que la première cause du malheur des chrétiens fu^ la confusion qui se manifesta à cette époque dans le gouvernement, cr Le roi Baudouin , dit h Lépreux, se voyant sans enfant, lussa le trâne à un fils de sa sœpr nommée Sibylle; et comme ce 'fils était encore en bas âge, il lui choisit pour tuteur Raymond , comte de Tripoli. Aucun seigneur chrétien n'était idors plus puissant que Raymond; outre le comté de Tripoli, il possédait encore Tibériade du chef de sa femme. Aucun ne jouissait de plus de considération , et ne la méritait davantage par sa bravoure et sa prudence. Il prit donc en main les rênes du gouvernement et administra en qualité de régent. Sur ces entrefaites , le jeune roi mouryt et le sceptre passa aux mains de sa mère. Ainsi le comte de Tripoli, qui s'était flatté d'être roi, fut déçu dans ses espérances; la reine avait épousé un chrétien d'Occident nommé Guy, et lui mit la couronne sur la tête. La cérémonie eut lieu en présence du patriarche, des prêtres, des moines, des hospitaliers, des templiers et des barons du royaume : tous jurèrent obéissance an nouveau roi ; il n'y eut que Raymond qui trouva cette conduite extraordinaire. Peu de temps après , le nouveau roi lui ayant demandé compte de l'emploi des deniers publics, il répondit

HEIATIFS AUX CROISADES. 189

que ce qu'il arait dépense , il l'avait fait pour le bien de l'état. Mais cette demande avait irrite son mecoatentement , et il parut vouloir se séparer de la cause des chrétiens ; il écrivit même à Saiadin pour implorer son appui. Le sultan fut trèsaise de cette division et promit au comte de Faider à s'emparer du trâne. II lui renvoya sans rançon plusieurs chrétiens de ses sujets qui étaient prisonniers entre les mains des musulmans , et gagna tellement Rajmpnd par ses manières , qu'il le mit tout-à-fait dans ses intérêts. 9

Emad-eddin remarque que ces divisions furent la principale cause du trioinphe de l'islamisme et de l'avilissement des chrétiens. A l'ed croire , Rajmond y dès avant la mort du jeune roi , ^vait tenté de s'emparer du trône ; ce furent les templiers qui J'en empêchèrent. II ajoute que Raymond était si dévoué à Saiadin y qu'il se serait fait musulman s'il n'avait craint de mécontenter ses sujets. II alla même jusqu'à envoyer ses traupes ravager les terres du roi de Jérusalem , de concert avec les troupes musulmanes. .

Une autre caïue du malheur prochain des chrétiens, selon Ibn-alatir, c'était la conduite de Renaud^ seigneur de Carac. Renaud , peu de temps auparavant , se trouvant pressé pi^r Saiadin dans Carac , avait demandé la paix en suppliant; Saiadin l'avait accordée : mais cette année, comme il vint à passer près de Carac une riche caravane musulmane , Renaud ne put résister à la tentation de s'en emparer, et Fenleva avec tout ce qu'elle possédait. A cette nouvelle , Saiadin lui écrivit pour lui rappeler ses sermens, et le menaça du plus terriole châtiment; mais Renaud resta sourd à tontes les remontrances. Alors Saiadin jura de se venger de Renaud, s'il l'avait jamais entre les mains.

An 583 [1187]. o Le sultan, continue Ibn-alatir, fit un appel général à ses guerriers; il écrivit à Moussoul en Mésopotamie, à Arbelcs au-delà du Tigre, en 'Egypte, en Syrie , invitant tous les musulmans à la guerre sacrée. Pour lui, il quitta Damas au commencement de cette année (mois de mai ) avec sa garde particulière , et se rendit du côté de Ctfk*ac, pour protéger la marche des pèlerins qui se rendaient du nord de la Syrie à la Mecque et à Médine; ensuite il forma le siège deCarac.

9 Sur, ces entrefaites , son fils Afdal , auquel il avait laissé le corps de l'armée, remporta un éclatant suecès sur les chrétiens. Par ses ordres , une partie de l'armée , conduite

19a EXTRAITS d'auteurs ARABE0

par ModaflTer-eddin, prince de Haran et d'Edesse, passa le Jourdain et se jeta sur lés campagnes d'Acre. Les musulmans et lés chrétiens en vinrent aux mains près de SeYorie. Dieu se déclara pour l'îsfamisme ; lés Francs furent tues ou faits prisonniers : au* nombre des premiers., se .trouva le grand-maîlrt dés hospitaliers, chevalier illustre et ennemi jure dés mosnim'ans. Le comte de Tripoli ne porta aucun secours aux chrétiens. Les .niusulmàns^àleur'retp^f'Vayant traverse les terres de Tibelriade, ôii Je comte itfiH'siotBj il les laisse^ pa$ser avec leur butin. » Ce combat fut j selon Pexprcssron du compilateur dés Deux Jardins , le commenccmcné de$ Whédtétions pour'ks iriusulman^ (l).

tf'3alàdrn; à la iiotiveilede cette victoire; qtiitta le siège de Cara(i et vint rejoindre i'armeé. principale.. Defii étaient rassembfe'e^ toutes ces forcés et' Celles de' ses tributaires; dans ' là l'evue qu'il fit , if compta iix mtÏÏe cavaliers de troupes li^^Ices/non comprît les volontaires (f); Le sultan rangea aussitôt sqn armée en prdre de bataiRè '^ il forma un ceiitré^'tthe aile gauche, une aile droite, une avant-garde et une àrrîèr^-garde , et arriva dans, cet éiàt^L A&hbuané sur le tenriitôire de Tibe'rîade. ' /' * '

ff A*«èl^é'iiottvelfe, les Frt(n6$ rouirent aussi toutes leurs forcée Jîlà'éherchèretit méitie' à ramener le comte dé Tripoli. L\ft' patriarche et qtiefques-uns d'os piiÉtres , dè]^ ïîi&ti\es et des chevalière àllè^nt le trouver. « Sans doute/ lui' dirent-ils, y) vous àVez embrassé la foi de Mahomet; saus ûèfaYoUs n'au- » riez pas'soùffbrt ce que les mustilmans Vîenrieti(!db faire : ils 99 ont tué lés templiers et les hospitaliers ;ils orrt pa^sé sur les » terres' dé Tifaériade , et vous les avez laissés, faire.' * A ces mots les gens du comte se déclarèrent pour le patriarche ; et comme le comte faisait des difficultés , le patriarche le menaça de l'excommunier et de dissoudre son iparfage avec la princesse deTibeViade. Alors le cbiinte s'humiliait detoianda pardon. H se réconcilia avec le roi de Jérusalem , et tons les chretienà , cavalerie et infanterie , se portèrent aussitôt vers les piailles tle Séforié.

(i) Ccst ceini que les autearo chrétiens nomment combat de Nazareth.

(s) ËmaA-edtfin » dans son eiitiitilsiasmc, compare cette armét au gente hiitnain tout entier astemblë pour le fngemeiit dcihiier. •

RBI^TIFfl AUX GBaiBiUllia. 101

9 Sftiadin, ayant appris cette noinreilev assembla ses «mirs et leur demanda conseil. La plupart étaient d'ayis de se borner à afifûblir les. chrétiens par ie pîUagis et l'incendie de leurs campagnes ; mais^un d'entre eux dit : a Moi je suis d'avis « que nous envahissions ietirstecreSyifae nous les dévastions 9 parle fer et par le feu, et que, si nousTenteontrons Tennemi ^ f sens en venions 'aux nudos : ii ost temps de fijre cesser vies propos ootragoaiDS qu'on tient en Mésopotamie sur «Botre oompto; on. .y: dît que nous évitons à dessein de f comiMittre les chrétiens, que nous serions bien plus zâés «si s^igissait de Uare U çuerre à -des^ musulmans. Notre 9 inte'rét est dé nous signMer par quelque exploit éclatant

et de £ûre taôw les mauvaises lasagnes (l). » A^e» mots , Saladin prit ia parole et parla aibsi ; * Moi je suis d'avisquo «BOQs en vcmons à «ne action générale. Les affaires no- se « mènent par au .gsé des hommes. Nous ignorons ju^qu'oii » s'étend le terme, xie -notre vie. (Sardons^nous de renvoyer t cette armée «wmt de. loi avonr offsri l'occasion dc^igndér 9 8oa zèle pour la. religion (s). «-Bu ««msiéqoenee, i'armée (|iiittB son cam|^ td'AUhouané et laissa Tiberiade derrière, s'avancant vers l'occident dans la diipection do .jSéforiév QttsiMi Saladm lut arrivé près des chrétiens, il monte -sur une coHine rpoùr losiobsêrver. Gomme aucun d'eux no se nontra, ■ comme «Kun ne sortit do soteffi<Je,il;Iaissalèson tnaée; et psenant «r«c fc» qno^uos troupes seulemont^ ii aBa se |eler ««r^nbérlaide. Ltf cîtadeHe seule résistn; fa vffle fut prise et Uvréé aun flammes»^ SalttJln , en faisant cette cipcditien , n'eut potur but que d'attirer les chrétiens hoi*s dc^ Irars positions; ce moyen rai réussit. A- là nouvelle de l'in^ eendie de Tiberiade, les Francs tinrent conseil , et iWphipart pnpos^cnt de marcher au secours de laoitadelle. Alorr-le

(!) Ceci doit faire aïïiision à fesprit de mécontentement qui régnait ^ors en Mëfloppta'mie , où Saladin sVtait montre «i acharne contre les princes da sang dé Zengui et de Nonreddin.

W e^JLai ç** jii e,f t^tfj* isy\ ^^.oi\ ^X- JU»

Id9 EXTBAITS D*AUTBUR8 ARABES

comte de Tripoli parla ainsi : «r Tiberiade appartient à mon Jt épouse et à moi ; Saladin y a fiait ce qu'il a voulu. La citadelle 9 seule tient encore et ma femme j est maintenant enfermée 9 avec mes enfans : cependant qu'il prenne , s'il veut , la » citadelle avec ma femme; j'y consens d'avance ; mais, pour » Dieu l retournons sur nos pas. Jamais les musulmans ne j>. se sont pre'sentés avec un i^pareil ausiS nombreux et aussi ff terrible. II sera impossible à Saladin de se maintenir dans 9 Tiberiade; il faudrait qu'il s'y enfermât avec toute son • armée , chose a laquelle ses troupes ne consentiront jamab , 9 par le désir qu'elles ont de revoir leurs foyers ; et alors 9 nous reprendrons sans peine la ville, n Ainsi parla Raymond. Là-dessus Renaud, seigneur de Carac, se leva, et s tournant vers le comte , il lui dit : « Vous cherches à nous >» faire peur des musulmans. Apparemment vous êtes pour 9 eux; sans cela vous ne parleriez pas ainsi. Ûuant à ce que 9 vous dites de leur grand nombre, la quantité de bois ne » nuit pas au feu. — Je serai des vôtres , reprit le comte; si 9 VOUS avancez y j'avancerai; si vous reculez, je reculerai. 9 Vous verrez ce qui en arrivera (1). «Il fut donc décidé qu'on marcherait vers Tiberiade. o

A cette nouvelle, au rapport d'Émad-eddin » Saladin se réjouit et dit : « Nous av6ns atteint notre but; nous Ternir porterons par les armeé. Si nous venons à bout de battre 9 rennemîy ni Tiberiade,. ni aucune des fdaces chretienaes 9 ne pourront nous résister; toutes les forces ennemies se- 9 ront détruites. 9 En effet, continue Émad-eddin, les chrétiens avaient dégarni toutes leurs places pour rassembler plus de monde. Par-là ils étaient parvenus- à former une armée de plus de cinquante mille hommes. Saladin commença par invoquer le .«ecours de Dieu, et alla rejoindre

(l) Le comte avait raison , et tout prouve qu*il ëtait revenu de bonne foi à la cause des chrétiens. A cet égard , la plupart des auteurs latins sont d*accord. Voyez entre autres le témoignage de Raoul de Coggeshale , ,tome I de la Bibliothèque des Croisades, page 354. Cependant Émad-eddin iait tenir en cette occasion à Raymond un tout autre langage; ii prétend que le comte, apprenant rincendie de Tiberiade , s'écria : « "Nous ne pouvons demeurer ptns > long-temps ici ; il faut marcher tout de suite a Fennemi. Si la cita> » delte 4^ Tiberiade est prise , tout est perdu. Je se puis me réiigner » à un tel sacrifice. >

BBUkTIFS AUX CROISADES. 193

son armée. On e'tait alors au jeudi 93 de rébî second [9 juillet 1187 de J. C.]. Les Francs s'étaient dirigés vers Tibériade, semblables à des montagnes en mouvement ou aux flots d'une mer agitée. Le sultan se plaça devant eux, ajant fe lac de Tibériade derrière. En ce moment la cbaleur du jour était brûlante; l'ennemi paraissait accablé; il souffrit de la disette d'eau; car la cavalerie musulmane, répandue sur les deux ailes, lui fermait l'accès au lac. Le sultan veilla toute la nuit et ordonna aux archers de remplir leurs carquois; il en fit distribuer quatre cents charges. Soixantedix archers furent désignés pour aller sur le champ de bataille , et donner des flèches à'ceux qui en manqueraient. Au point du jour, les arcs retentirent , les cordes résonnèrent. Les musulmans montrèrent un courage opiniâtre. En vain les Francs firent les plus grands efforts pour s'ouvrir un passage vers les eaux. Déjà ils étaient tourmentés par la soif et embrasés par la chaleur du jour. Cette première attaque eut lieu un vendredi. Les Francs parurent supporter la soif avec constance et courage. Ils avaient bu toute l'eau des outres; ils avaient mis à sec leurs vases; ils avaient épuisé jusqu'à Veau des larmes , et déjà ils allaient succom^ ber à leurs maux, lorsque la nuit survint. Ils passèrent cette nuit dans leur camp, ne sachant ce qu'ils devaient faire. Cependant ils ne se laissèrent point abattre, et ils se dirent entre eux : « Demain nous trouverons de Peau avec nos 9 epees* ^

Ibn-datir représente au contraire les chrétiens comme tristes et sans courage, et comme disposés à prendre la fdite s'ils avaient trouvé uùe issue. Quant aux musulmans , ajoutet-ii , ils étaient impatiens d'en venir aux mains. Jusque-là ils avaient éprouvé qudque crainte; mais alors ils furent pleins d'espoir. Ils passèrent la nuit à s'exciter les uns les autres. On eut dit que déjà ils sentaient souffler le vent de la victoire. Toutes les fois qu'ils jetaient les yeux sur les Francs, ils les voyaient, contre leur coutume , faibles et abattus. Eux, au contraire, s'animaient mutuellement et brûlaient de combattre. Toute la nuit ils louèrent le Seigneur et le Confièrent.

194 EXTRAITS D'aUTBDRS ARABBS

S xxxvn,

BataïQe de Uitttn ou Tibtfriade. — Destraction de f armée

chrétienne.

Enfin le samedi 95 de rébi second 583 [4 juiflet 1187 de J« C«], les deux armées en vinrent à une action décisire. Ecoutons Ibn-alatir.

« Le samedi matin , les musulmans sortirent de leur camp en ordre de bataille; les Francs s'avançaient aussi , mais de'jà affaiblis par la soif qui les tourmentait De part et d'autre faction commença avec foreur. La première ligne musulmane lança une nue'e de flècbes y sembable à une nuée de sauterelles. Les flèches firent un grand ravage parmi les cavaliers chrétiens. L'infanterie chrétienne s'était ébranlée pour se porter vers le lac et j faire de l'eau. Aussitôt Saladin courut se placer sur son passage, animant les musulmans de la voix et du geste. Tout-è-coup un des jeunes mameioucks du sultan , emporté par son ardeur, s'élança sur les chrétiens, et après des prodiges de bravoure fut tué* Les musulmans sWancèrent pour venger sa mort, et firent un grand carnage des infidèles. Bientôt il n'y eut plus, pour les chrétiens d'espoir de salut. Le comte de Tripoli essaja de se frayer un passage (1) : Taki-eddin, neveu du sultai^, était placéen face; quand il vit le comte s'avancer en désespéré, il fit ouvrir les rangs , et le comfe se sauva avec sa suite. L'armée chrétienne était alors dans une situation horrible. Comme le sol ou die combattait était couvert de bruyères et d'herbes sèches, les musulmans y Auront le feu et aUumèrent un vaste incendie. Ainsi la f umea , la chideur du feu , odle du four et celle du combat, tout se réunit contre les chrétiens. Ils

(l) Abod&rage, àfexemple de qaelqnes antènri chrétiens latins da temps ^ dit dans sa Chronique syriaqne qne cette fnite était concertée; et que les mnsuImaoQS ne laissèrent passer Ka^ond qu*à cause de rinteiligence qni régnait entre eux et lui. La même accusation est répétée dam Y Histoire des patriarches d'Alexandrie, où ie comte est comparé au traître Judas, qui vendit son maître. Ainsi ce sont les auteurs chrétiens qui ont montré le plus d'acharnement contre le comte de '{'ripoli. Au reste, Raymond ne put surviyre au désastre de Tarméé chrétienne et mourut peu de temps après de douleur.

furent si consternes , que peu s'en fallut qu'ils ne demandassent quartier. A la fin , voyant qu'il n'y avait plus de salut , ils fondirent sur les musulmans avec tant d'împetuosite , que sans le secours de Dieu on n'aurait pu leur résister. Cependant, à chaque attaque, ils perdaient du monde et s'affaiblissaient ; enfin ils furent entoure's de toute part et repousses jusqu'à une colline voisine, près du hameau de Hittin. Là ils essayèrent de dresser quelques tentes et de se de'fendre» Tout l'effort du combat se porta de ce côte. Les musulmans s'emparèrent de la grande croix que les chre'tiens appellent la vraie croùp, et dans laquelle se trouve nn morceau de celle sur laquelle ib prétendent que fut attache le messie (l). Là perte de cette croix leur fut plus sensible que tout le reste; dès-lors ils se regardèrent comme perdus. Le roi n'eut bientôt plus autour de lui sur la colline que cent cinquante cavaliers des plus braves. Afdal était alors auprès du sultan son père. « J'étais , disait-il lui-même dans la suite , à cite 9 de mon père quand le roi des Francs se fut retire sur la 9 colline ; les braves qui étaient autour de lui fondirent sur 9 noua et repoussèrent les musulmans jusqu'au bas de la

(i) Les mosnlmans ne veidcnt pu croire que J, C. soit mort gar la croix. Us diient qu'an moment où les Jniff ÂHaient le faire monrîlV Diev envoya un de ses anges pour Tappeler an ciel et mit à sa place un homme dn oommnn qni fnt cmcifië pour Ini* Consnltes notre Deser^frtkn^ du cabinet de M. le due de Blacas, 1. 1, p. i si. Voici comment Emad-eddin, qni se tronyait présent à la bataille , raconte la prise de la vraie croix : « La grande croix fut prise ayant le roi , et beancoap d^impies se firent tner antoar d'elle. Quand on la tenait leyée , lés infidèles fléchissaient le genou et inclinaient la tête. Ifs disent que c'est le yëritable bois où fut attache le Dieu qu'ifs adorent. Hsfayaient enrichie d'or fin et de pierres biilkntefl ; ils la portaient les jours de grande solennité; et lorsque leurs prêtres et leurs évéques la montraient an penpie , tons s'inclinaient ayec respect. Ils regardent comme leur premier deyoir de la défendre ; celai qui Taurait abandonnée ne ponyait plus jouir de la paix de famé. La prise de cette croix leur fnt plus douloureuse que la captiyité de leur roi ; rien ne put les consoler de cette perte. Ils Fadorent; elle est leor Dieu ; ifs se prosternent deyant elle et Fezaftent dans leurs cantiques. En la possédant, ils croient jouir de tous les biens de fa terre; ifs la racbeteraient yolontiers de leur propre sang; ils espéraient par son moyen obtenir la victoire. Ils ont aussi des croix de métaf qu'ifs gardent dans levrs maisons , et derant lesquelles ifs font des prières, n

196 EXTRAITS d'auteurs ARABES

n colline. Je regardai alors mon père et j'aperçus de la trîs- » Cesse sur son visage. Faites mentir le diable: cria-t-il aux n soldats en se prenant la barbe. A ces mots , notre armée se n précipita sur Tennemi et lui fit regagner {e haut de la col* n fine; et moi de m'écrier plein de \ove y Ils fuient, iU fuient! 9> Mais les Francs revinrent à la charge et s'avancèrent de « nouveau jusqu'au pied de la colline , puis furent repousses r> encore une fois; et moi de m'écrier derechef, Ils fuient, p ils fuient! Alors mon père me regarda et me dit : Taisn toi; ils ne seront vraiment défaits que lorsque le papillon » du roi tombera. Or, il finissait à peine dç parler que le fi pavillon tomba. Aussitôt mon père descendit de cheval, J9,se prosterna devant Dieu et lui rendit grâces en versant » des larmes de joie. «

n Voici comment le pavillon du roi tomba. Quand les Francs retirés sur la colline attaquèrent les musulmans avec tant de furie, c'est qu^ils souffraient horriblement de la soif et qu'ils voulaient s'ouvrir un passage. Se voyant repousses , ils descendirent de cheval et s'assirent par terre. Alors les musuhnans montèrent sur la colline et renversèrent la tente du roi. Tous les chrétiens qui s'y trouvaient furent faits prisonniers. On remarquait dans le nombre, outre le roi, le prince Geoffirov son frère, Renaud, seigneur de Carac, le •eigneur de Gebail , le fils de Honfroi , le grand-maître des templiei*s et plusieurs hospitaliers et templiers. En vojant le nombre des morts, on ne croyait pas qu'il y eut des prisonniers ; et en voyant les prisonniers , on ne croyait pas qu'il y eut des morts. Jamais les Francs, depuis leur invasion en Palestine , n'avaient essuyé une telle défaite. Moi-même un an après je passai sur le champ de bataille et j'j vis les ossemens amoncelés. II y en avait aussi d'épars çà et là, sans compter ce que les torrens et les animaux carnassiers avaient emporté sur les montagnes et dans les vallées. «

L'historien Emad-eddin, qui se trouva à cette bataille , remarque avec étonnement que, tant que les cavaliers <4iretîens purent se tenir à cheval, ils restèrent intacts; car ils étaient couverts de la tête aux pieds d'une sorte de cuirasse tissue d'anneaux de fer qui les mettait à l'abri des coups; mais quand le cheval tombait, le cavalier était perdu. « Cette bataille, ajoute l'auteur, se livra un samedi. Les chrétiens étaient des lions au commencement du combat, et ne furent plus à la fin que des brebis dispersées. De tant de milliers

- RBLATIFS AUX CROISADES. 197

â'homlneâ il ne s'eo sauva qu'un petit nombre. Le champ de bataille était couvert de morts et de mourans : je traversai moi-même ie mont Hittin; il m'offirit un horrible spectacle. Je vis tout ce qu'une nation heureuse avait fait à un peuple malheureux. Je vis l'etat de ses chefs : qui pourrait le décrire? Je vis des têtes tranchées , des yeux e'teints ou crevés , des corps couverts de poussière , des membres disloqués , des bras séparés , des os fendus y des cons taillés y des lombes brises, des pieds qui ne tenaient pins à la jambe ^ des corps partagés en deux , des lèvres déchirées , des fronts fracasses. En voyant ces visages attachés à la terre et couverts de sang et de blessures , je me rappelai ces paroles de i'AIcoran r «L'infidèle dira : Que ne suis-je poussière! Quelle odetin 9 suave s'exhalait de cette terrible victoire! n

Après ces réflexions^ qui montrent fe goût arabe, l'auteur pràenie un autre tableau : « Les 1 cordes des tentes , dit-il, ne soflEu^nt pas pour lier les prisonniers. J'ai vu trente a quarante csvîdiers attachéis à la même corde ; j'en ai vu cent ou deux cents mis ensemble et. gardés par un seul homnie^ Ces guerriers qui naguère montraient une force extraordinaire et qui fouissaient de la grandeur et du pouvoir, main^ tenant, le front baissé, le corps nu, n'offraient plus qu'un aspect misérable. Les comtes et les seigneurs chrétiens étaient dcs^enus'la ptoie da chasseur, et les chevaliers celle du lion. Ceux qui avaient humilié les. autres l'étaient à leur tour; l'homme libre était dans les fers;, ceux qui accusaient la vérité de mensonge et qui traitaient l'AIcoran d'imposture étaient tombés an pouvoir des vrais croyans. n

Après la bataille, Saladin se retira dans sa tente et fit venir auprès de lui le roi Guy avec les principaux prisonniers^ U voulut que le roi s'assit à ses cotés; et comme ce prince était pressé par la soif, il lui fit apporter de Teau de neige. Le roi, après avoir bu, présenta ie vase à Renaud; anssitdt Saladin s écria : « Ce n'est pas moi qui ai dit à ce 9 misérable de boire; je ne suis pas lié envers lui. n En efiet, suivant la remarque de Kemal-^eddin , la coutume était chez les Arabes de ne jamais tuer un prisonnier auquel, on avait ofiert à boire et a manger (l). Or, déjà deux Cois Saladin

(l) Voyez sur cette coutume la Bibliothèque orientale de d'Hcrbelot^ aux mots Harmosan et Omar,

19S EXTRAITS D'AUTBURg ARABES

avait fait vœu do taer Renaud , s'il l'avait famafs entre les mains : la première, lorsque celui-ci fit mme d'attaquer h Mecque et Medine; la seconde, quand il enleva la caravtne en pleine paix. Le sultan se tourna donc vers Renaud et loi reprocha d'un air terrible ses attentats ; puis s'avancant vers lui, il lui déchargea un coup d'épee. A son exemple, les emin se jetèrent sur Renaud et lui coupèrent la tète. Le tronc alla tomber aux pieds du roL A cette vue, le roi devint tovt tremblant; mais Saladin se hâta de le rassurer et promit de respecter sa vie (l).

Kemal-eddin rapporte que ce qui avait le plus irrite Saladin contre Renaud , c'est que, lorsque ce dernier enleva injustement la caravane mustJmane , il disait à ces mal* heureux, par forme de raillerie, d'invoquer Mahomet, poar voir s'il viendrait à leur secours, et que le sukan lui dit eo cette occasion : « £h bien I que t'en semble! n'ai-fe pas assez m venge Mahomet de tes outrages! » Ensuite , ajoute Kemaleddin , il proposa à Renaud de se faire musulman \ celui-ci s'y refusa , disant qu'il aimait mieux mourir.

Émad-eddin rapporte de son côte que quand Saladin reprocha à Renaud ses perfidies et sa mauvaise foi , ce seh

(l) émad-eddin explique autrement le vœu de Saladia; etioii récit est ai tingnlier, qu'il mérite d*étre rapporté. « Deux anaanptrtvmnt , à f époque de ù guerre de Saladin contre le prince de Mouaoul, pendant que le sultan était gravement malade et qu*on désespérait de sa vie, ie cadi Fadel lui dit que aana doute Dieu FaTaitTOoIa punir de sa guerre impitoyable contre les musulmans, et qoe le senl moyen de recouvrer la santé était de promettre à Dieu de tonrner désormais tous ses efforts contre les chrétiens. II ajouta que, comme marque de ferme propos, il devait commencer par jurer de tnerde sa main à la première occasion , Renaud , seigneur de Carac, pour son entreprise sacrilège contre la Mecque et Médine , ainsi qne le comte de Tripoli , qui Tannée précédente avait été ie plus feime f«atien de Farmée chrétienne. Dans son opinion, la victoire di^ mosoimans ne pouvait être complète que par la mort de cea deux impies. A ces mots , poursuit Émad-eddin , ie sultan donna la main an cadi en signe d'assentiment, et il recouvra bientôt la santé. Aussi deux ans après , lorsque la guerre commença , le cadi ne manqua pas de fvxt souvenir le sultan de son vœu , lui disant que ce n'était qn*à cette condition que Dieu lui avait rendu ses forces ; ce qui fit que Saladia montra une ardeur extraordinaire. * Cest le cadi Fadel lui-même q«i avait raconté cette anecdote à un ami d'Emad-eddin.

^eor repondit, ptarvoie d'interprète, que telle e'taît la coutame des princes, et qu'il n'avait fait que suivre le sentier battu.

Ensuite le sultan fit conduipe à Damas le roi et les seigneurs qui étalent captifs avec lui. A l'égard des templiers et des hospitaliers, Ibn-alatir rapporte que le prince reunit tous ceux qu'il avait entre les mains et leur fit couper la tète. Il ordonna aussi a tous ceux de sou armée qui avaient de ces religieux entre les mains de les faire mourir; puis, jugeant que les soldats ne seraient pas assez généreux pour faire ce sacrifice , il promit cinquante pièces dW pour chaque templier et hospitalier qu'on lui -céderait. Deux cents de ces guerriers qu'on lui amena furent aussitôt décapités. Ce qui le porta à cette exécution , c'est qtie les templiers et les hospitaliers faisaient comme par état la guerre à l'islamisme, et qa'ib étaient ses plus cruels ennemis. Aussi Aboulfârage, dans sa Chronique syriaque, met-il en cette occasion ces paroles dans la Douche de Saladin : « Puisque l'homicide, 9 quand il peut tourner au bien de leur religion, leur parut 9 une chose si douce, faisons-les mourir a leur tour, n Saladin manda égdement à son lieut^iant a Damas de faire mettre à mort tous les chevaliers qui seraient dans cette ville , qu'ils lui appartinssent ou qu'ils appartinssent à des particuliers ; ce qui fut^ exécuté. »

On lit dans Emad-eddin , témoin oculaire, que, pendant le massacre des chevaliers , Saladin était assis le visage riant, et que les <^evaiiers avaient l'air abattu. L'armée musulmane était rangée en ordre de bataille et les émirs placés sur deux rangs; quelques-uns des exécuteurs, ajoute i'autcur, coupèrent la tête des prisonniers avec une adresse qui leur mérita des éloges; plusieurs cependant se refusèrent à ce ministère; d'autres en chargèrent leurs voisins. Avant de les forger , on leur proposait d'embrasser l'islamisme , ce qui fat accepté par un très-petit nombre.

Telle est la manière dont les auteurs arabes racontent la bataille de Tibériade. Le compilateur des Deux Jardins rapporte plusieurs lettres qui furent écrites en cette occasion. On Usait dans une de ces lettres, envoyée à Bagdad, que sur quarante-cinq mille hommes dont se composait l'armée chrétienne , il en avait échappé à peine mille ; et qu'un pauvre soldat musulman, ayant tin prisonnier entre les mains, I échangea contre une paire de sandales , afin , disait-il , qu'on

900 EXTRAITS d'aUTBURS ARABES

is&t dans la suite que le nombre des prisonniers avait été si gran^ , qu'on les vendait pour une chaussure.

Une autre de ces lettres commençait ainsi : * Quand nous » passerions ie reste de notre vie à remercier Dieu de ce bien- » fait, nous ne pourrions nous acquitter dignement. 0 Une troisième s'exprimait de la sorte :« Non , la victoire que |e j> vous annonce n'a point eu de pareille. Je vais vous en re- » tracer succinctement une petite partie ; car de vouloir voos 9 en dire seulement la moitié, cela serait impossible (l). »

Emad-eddin dit encore que l'islamisme se réjouit de cette victoire , qui fut comme le prélude de la conquête de Jérusalem et la source des plus grands triomphes. Voyons maintenant ce que fit Saladin contre un royaume sans année, sans chef, dont le roi était captif, les places dégarnies, les campagnes ouvertes , les peuples découragés.

S xxxvm.

Sftladin prend Tibérittde , Atcalon et aatres vilies chrëtieniies.

Suite de tannée 583 [H 87]. Suivant Ibn-alatir, Saladhi passa toute la journée du samedi sur le champ de bataiOe. Le lendemain dimanche, il retourna contre la citadelle de

(1) L'auteur de la lettre » ponrsnivaiit son récit , raconte ayec le plus grand sang-froid les détails les pins horribles. Après avoir dit qu'à Damas les prisonniers chrétiens se vendaient an marché à trois pièces d'or Fan , et qne , vu leur trop grand nombre y on avait pris le parti de joindre ensemble les maris, les femmes et les enCuas; H ajoute qa*t7 fi' était pas rare de rencontrer dans les rues des tètes de chrétiens exposées en guise de melons. Cest qn'en Syrie, comme dans certaines villes d'Italie , on est dans f usage d'exposer les melons coupés par le milieu sur des e^èces de chevalets en forme de pyramides , et il' paraît que les dévots musulmans avaient imaginé d'acheter dea prisonniers pour leur couper la tète , et de donner ainsi ces têtes en spectacle. Le fait est qu'il est plus d'une fois fait mention dans Tes auteurs arabes de pyramides de têtes de morts. Ces traits de barbarie nous étonnent ; pour les comprendre , il faut se transporter au pays et an siècle où ils se passèrent II y a une chose qu'il ne hat pas perdre de vue : c'est qu'à cette époque les prisonniers appartenaient aux personnes qui les avaient pris ; c'était une propriété comme une autre; on pouvait les vendre, les tuer; en un mot, es disposer selon son bon plaisir.

RBLATIPS AUX CR0ISADB8. SOI

Tibériade, qui se rendh. La comtesse de Tripoli, qui s*j ti*oaraity se retira à Tripoli avec son fils et sa suite. Après cette conquête (l ), il tourna ses pas du c6të de la yilie d'Acre , et 7 entra sans presque rencontrer de résistance. Les habitans eur^cit la faculté de rester ; mais ils préférèrent quitter la TÎfle, emportant avec eux tout ce qui était d'un transport facile. Les musulmans firent en entrant leur prière aans la principale église, qui, destinée dans l'origine à servir de mosquée, avait été convertie en temple chrétien. Les maisons et les terres furent distribuées aux émirs et aux gens de l'armée. L'auteur arabe fait observer que la ville d'Acre était alors l'entrepAt principal du commerce de FEurope avec f Orient « On j trouvait, dit-il, de l'or, de Fargent, de Fécarlate, des étofifes de Venise,' du sucre et d'autres objets de prix. C'était le rendez-vous des marchands de la Grèce et de tous les pajs des Francs. Les magasins regorgeaient de marchandises. Saladin distribua toutes ces richesses à ses émirs et à ses troupes, n

Quelques jours après, poursuit le même auteur, Saladin se porta con^ les places voisines. Déjà il avait écrit à son frère Malek«adel, alors en Egjpte, pour lui annoncer sa victojre; il lui mandait de s'avancer avec toutes les forces de l'Egypte contre les provinces chrétiennes limitrophes , et de les envahir pendant qu'il attaquerait lui-même celles du nord. Malek-adel accourut et prit Yabna et Jaffa; de son cité , Saladin envoya des détaohemens chargés de piller les campagnes de Nazareth, de Caïfa, de Césarée, de Séforié; tout fat mis à feu et à sang. Les hommes furent faits prisonniers , les femmes et les enfans emmenés en esclavage. Dans ce même temps , un autre détachement alla occuper Sébaste (Fancîenne Samarie) et Naplouse.

Éoiad-eddin remarque que Naplouse et les campagnes du voisinage étaient habitées par des chrétiens et des musulmans qui avaient vécu jusque-là en bonne intelligence. Les mu-

(l) Lef auteurs arabes font observer, au sujet de cette ville et de tontes celles que Saladin prit dans la suite, que ce prince les donna en fief à ses émirs. Cëtait à-la-fois une manière de les récompenser de leur zèfe, et un moyen de les intéresser à la conservation de ses conquêtes. A cette époque , f Egypte et la Syrie étaient k-peu-près • régies par les mêmes lois féodales que certaines contrées de TEorope.

sot BXTBATTS D'aUTBUBS ARàBBS

solmans avaient toujours trouve surete et protection dans le gouvernement; moyennant un tribut annuel, ib }ouiftsaîent du libre exercice de leur rdigion. L^ chrétiens, an contraire , après la bataille de Tiberiade , quand ils virent le triste e'tat de leurs affaires, n'osèrent plus rester dans le pays et prirent la fuite. Alors les musulmans s'emparèrent de leurs maisons et pillèrent leurs biens. Cependant, an rapport dlbn-alatir, les chrétiens qui restèrent furent respectes; mais on les soumit à leur tour à un tribut annud.

A regard de la ville de Jafia, prise par Malek-adel, Ibaidadr raconte que les chrétiens v eurent plus à soufirir que par-tout ailleurs; elle fut saccagée et tous les habitans emmenés de divers câtes. Ibn-alatir cite le trait suivant : « J'avais, dit-il, à Alep pour esclave une femme chrétienne prise à Jaffa, laquelle avait un enfant âge d'un an. Un jour cet enfant étant tombe et s'étant meurtri le visage , la mère se mit à verser de grosses larmes; et comme Ressayais de Is calmer, lui disant que {a blessure de son ennu»t était peu de chose, elle repondit : « Ce n'est pas sur cet enfant q«e je V pleure , mais sur les maux que nous avons éprouves; j avais 9 six frères qui tous ont péri; j'avais un mari et deux sœurs, n et j'ignore ce qu'ils sont devenus. 9 Voilà ce qui concerne une seule personne , ajoute l'auteur. Mais l'infortune de cette femme, beaucoup d'autres l'avaient éprouvée. Un autre jour je vis à Alep une esclave chrétienne qui accompagnait soa maître a une maison voisine; tout-à-coup une autre femme paraît à la porte : la première jette un grand cri; toalies deux s'embrassent d'un air attendri , puis s'asseyent et coaunencenT i s'entretenir ensemble. Or c'étaient deux sœurs qui avaient été réduites en esclavage et amenées sans s'en douter <iaBs la même ville, n

Cependant Saladin avait charge son neveu Takî-eddin du siège du château de Tebnin. Comme cette place opposait une vive résistance, il s'y rendit en personne et elle «capitula. Plusieurs prisonniers musulmans s'y trouvaient enfermés. Saladin les fit venir en sa présence et les renvoya chez eux,

i)ourvus d'argent et de tout ce qui leur était nécessaire. De à il se porta contre Sidon , une des meilleures places de la Phénicîe , qu'il trouva abandonnée. Après en avoir pris possession , il se rendit devant Béryte, ville très-forte et des plus agréablement situées; elle capitula. A l'égard de Gébaîl (l'ancienne Byblos) , le seigneur de cette ville , fait prisonnier à

la bateHIedeTiberiade, offrilde b donner pour ia rançon, ce qui fut accepte.

Il ne restait plus de ce cAte que Tyr à sonmettre. Déjà, à l'approche des musulmans, le comte de Tripoli, oui après la bataille de Tiberiade s'y était réfugie, s'était «nfui précipitamment à Tripoli, où il mourut peu de temps après. Tjr passait cependant pour une ville extrêmement forte. En conaequenoe, Saladin aima mieux commencer par les autres places chrétiennes; il avait sur-tout à cœur de prendre Ascidon , qui interceptait ^es comtnunieations avec l'Egjpte, ainsi que Jérusalem, la capitale de la Palestine. II pensait qu'une fois maître de ces deux villes , toutes les parties de son empire seraient parfaitement liées. De plus, suivant la remarque d'Ibn-alatir, il comptait beaucoup sur la grande gloire, la récompense solide et la bonne renommée que lui procurerait la conquête de la ville sainte. II se porta donc sans délai vers Ascalon ,,où il fut joint par son frère Malekadel et les troupes d'Egypte. Mais avant de commencer f attaque , il fit venir de Damas le roi Guy et le grand^naître des templiers, et leur offrit de les mettre en liberté s'ib engageaient les clirétiens à se rendre. Le roi envoya donc aux nabitans l'ordre d'ouvrir leurs portes; mais loin d'obéir, les chrétiens insultèrent son envoyé et le chargèrent d'outrages. Alors Saladin fit dresser ses machines et le siège commença. Cependant le roi Guy ne cessait de faire de nouvelles instances. 11 disait aux habitans qu'une fois libre il ferait un appel aux chrétiens de tous les pays et viendrait reconquérir les villes perdues. Les premiers jours, les assiégés n écoutèrent aucune proposition. A la fin^ comme leurs forces s'affiûblissaient et qu'ils n'avaient aucun secours à attendre, ils se rendirent d eux-mêmes. Le siège n'avait duré que quatorze jours. Les habitans se retirèrent i Jérusalem.

Saladin s'occupa aussitôt de soumettre toutes les places voisines, Ramla, Hébron, Bethléem. Gaza, Daroum. En même temps, il fit venir une flotte d'Egypte pour donner la chasse aux navires chrétiens. II ne rendit pas pour le moment la liberté au roi Guy et au grand-maître des templiers.

« Tel était alors , suivant Emad-eddin , l'état des anciennes provinces chrédennes. Les musulmans, qui avaient toujours formé la meilleure partie de la population et qui jusoue-Ii avaient été à la merci des chrétiens , sortirent enfin de cet état d'humiliation. Les églises furent dépouillées, les mos^

S04 BXTOAITB b'aIITBUBS AfiABBS

quees furent rouvertes ji'AIooran se requit , le diable fut enmreur ; les cloches furent mises en pièces y les rîtes des chrétiens aholb; les musulipans levèrent la tête. «

Plusieurs lettres furent écrites de divers c6tes pour annoncer les triomphes de Fislamisme. Le compilateur des Deux Jardins ^n rapportfs une où Saladin disait : « On n'entend V plus dans la contrée que la voix de ceux qui crient Dieu 9t est grandi (i) Depuis Crébail, ajoutait-il, jusqu'aux firon- « tières d'Egypte , il ne reste plus sur la côte aux infidèles » que Jerusidem et Tjr. Je vais d'abord prendre la ville j» sainte ; et lorsque le grand Dieu nous l'aura livrée, nous 9 irons à Tyr. «

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