XLV
MoaTemeot géhërd en Occident — Troisième croisade*
Ans 583 , 584 et 585 [ 1187, 1188 et 1189 de J. C.]. Nous laisserons parler Ibn alatir : « Après la bataîQe de Tibériade, qaand les chrétiens de la Palestine sévirent sans ressources, ils écrivirent à leurs frères d'Occident, en Espagne (l), en Sicile, &c. Aussitôt il se fit uiie prédication générale : des moines , des prêtres , des chevaliers et autres personnes de marque, parcoururent les pays d'Occident, habilles dé noir en signe de deuil , à cause de la perte de Jérusalem , et ayant à leur tété le patriarche de la viAe sainte ; ils exhortaient les chre'tiens à prendre les armes et a marcher à la dâivrance
(i) Par le mot Espagne , ^tvjVI» les Arabes entendent non^-sen-
lement fEspftgne , mais ntatie et laFnuace^ Voyez on exemple du même genre dans les Annales d" Aboulfe'da , t. V, p. 14S.
«49 Bjmunv i/Aonoftt ababsb
de JérttHaletn. Pbnr les toucher davantage, Hs avaient représente sur un tableau le Chrât flagelle par un Arabe et ajaat ia figure ensanglantée, et fis s'en attûent montrant par-tout ce tableau , et disant : « Voila le Christ que Mahomet , prophète » des mustdmans y a fra)>n^, blesse et tue. 0 A ce spectufei tous les Francs s'assemblèrent en armes; les femmes mêmes prirent part à ce mouvement; car, dans ^tte guerre, les femmes se battirent comme ies hommes. Ceux qui ne purent quitter leurs fojers , enyo jurent des mercenaires à leur pitce, ou du moins s'imposèrent à eux-mêmes une taxe, cfatean selon ses mojens. Bientôt on vit arriver en Sjrie un nombre infini de guerriers. Je tiens d'un musulman qui avait pris du service chez les Francs , que courant la mer à cette même époque sur un navire chrétien, de compagnie avec trois autres batimens de fa mârtie nation , il était idié jusqu'à Rome ia Grande , et qu'à sdri départ les quatre navires se trouirèrent remplis de pèlerins. Je tlèh^ aussi d'un prisonnier chrétien que, lorsqu'il quitta son pays, sa mère n'avait pas d'antre enfant que lui , et qu'elle avait vendu sa maison , formant son unique bien , pour le mettre en état de marcher à la délivrance de Jérusalem. Ainsi les Francs faisaient le sacrifice de leurs biens pour la défense de leur foi et le salut de leur ame. »
Boha-eddin fait mention d'une nouvelle circonstance. D dit (1) que le marquis de Tjr, voulant frapper l'imagination des chrétiens d'Occident, avait fait faire un plan de Jérasalem , au milieu duquel dominait l'église du Saint-Sépulcre. Il choisit, ajoute l'auteur, cette église, parce que là, à ce que disent les chrétiens , est le tombeau du Messie , et qn*il y fut enterré après son crucifiement. Cest ce lieu qae les chrétiens viennent vbiter en pèlerinage; c'est là qu'ils prétendent que se manifeste tous les ans le feu du ciel (9). Le marquis, fit représenter au-dessus du sépulcre du Messie un cheval monté par un cavalier musulman , lequel couvrait le tombeau d'ordures. Ce tableau fut porté en Occident et exposé à tous ies regards ,• dans les marchés et dans les lieux publics : les prêtres le promenaient par-tout , marchant la tête découverte, revêtus du cilice, et criant : Malheur I malheur
(1) Voyez la page 135 da texte imprima. (1) Aa samedi saint.
niAim AUX CROnADBB. S4S
è mms / A €• tpectaele , une multitade innoinbrmUe de peQ|d« prit les aniieft(l).
Ce fat an point qoè Sdadin se cmt oblige d'écrire une lettre an calife de Bagdad. Cette lettre nous a ete consenrée par le compilateur des Deux Jardins. Il j est dit que les chré* tiens qui abandonnaient ainsi leurs foyers, n'étaient pas des gens isolés, maïs fermaient la presque totalité des Francs dWtre>mer et des pierriers dé l'infidélité; qu'il Wy avait pas en Occident de cité, de ville, dlle, de hameau, grand ou petit, qui n'eut contribué pour sa part à l'armement de quelque vaisseau. On Kt encore dans la lettre que ce n'était pas seidement le peuple qui avait pris les armes ; que les evé« qaes et les patriarches avaient suivi le mouvement général : tout cela, j est-il dit, parce qu'on leur avait fait accroire que leurs frères de la Palestine étaient victimes de la tjran» oie des musulmans, et que, pour obtenir la rémission de leurs péchés et de toute espèce de fautes, il n'j avait pas de pins sur moyen que de tout quitter pour aller combattre fislamisme.
Ibn-alatir reprend ainsi : « Les chrétiens d'Occident se mirent donc en marche des régions les plus éloignées, et se rendirent à Tyr par mer et par terre; ils vinrent par les chemins faciles comme par les chemins difficiles. Les Allemands mêmes prirent part à cette guerre; et si Dieu, par un effet de sa bonté pour nous, n'eut fait périr l'empereur des Aile- Biands an moment où il allait pénétrer en Syrie, on eut pu dire plus tard , de la Syrie et de l'Égynte : Ici régnirent jadiê les muiubnans ! n
Tel est le tableau de l'effet extraordinaire que fa perte de Jerasalenri produisit sur les chrétiens d'Europe; si on le com« pire au récit des auteurs latins , on verra qu'il n'est pas ex»» ge'ré. Ibn-datir reprend ensuite : « Quand cette multitude fut UTivée à Tyr, la ville ne fut pas assez grande pour la contenir ; les flots de cette mer furieuse s'y choquaient avec un horrjble Incas. Les chrétiens , résolus à prendre Foffensive , essayèrent d'abord de marcher sur Sidon, et furent repoussés; mais
(0 Boha-eddin remarqae à ce svfet que rien ne fait plus iTtw^ prtfgion sur f esprit des chrëtieni que U vne des inuiges. II n*est pas ^mant qne ce fait Tait beancoiip frappe, lui qui, comme mmal- ■"t^Qf ne devait voir qu'arec horreur tonte représentation humaine.
S44 RXTBAITS o'aCTSUBS ABABBfl
leur noitibre augmentant toufours ^ ib allèrent attaqoer Acre. Dans ce dessein, ils partirent, cavalerie et inCanterie, grands et petits y en saîvant les bords de la mer, afin d'être ton jours à portée de leur flotte. A cette nonreUe , Saladin , qni était tou|oars devant SchaLif , se hâta d'assembler ses émirs pour savoir ce qu'il fallait faire (1). Les émirs furent d'avb de laisser passer les chrétiens, et d'aller les attentdre par un autre chemin^ devant Acre, persuadés qu'ils les attaqueraient alors avec plus d'avantage. A cet avis Saladin reconnut que ses émirs étaient lassés de combattre. Pour lui , il eut préféré harceler les Francs dans leur marche » persuadé qu'une fois
S s'ils seraient établis devant Acre, rien ne pourrait les en oigner. Ses émirs s'j refusant, il condescendit à leur désir et prit une route détournée (S); mais lès Francs arrivèrent avant lui. En chemin ils n'avaient rencontré que quelques troupes musulmanes en petit nombre , et pourtant ils n'osèrent se mesurer avec elles. N'est-il pas évident que si Ton avait suivi le conseil de Saladin , on les eut mis dans Fimpossibilité d'avancer? Mab quand Dieu veut une chose, il en prépare les causes. «
Les Francs, au rapport de Boha-eddin, témoin oculaire, « arrivèrent devant Acre le 1 9 de régeb [dans le mois d'août], et Saladin arriva quelques jours après. L'armée chrétienne était encore assez faible , et elle ne put occuper tout le circuit de la ville. Saladin profita de ce moment pour introduire dans la place des troupes et des provisions. II avait pris position sur la colline de Kisan , en face de la ville , appuyant sa gauche au fleuve qui baigne la campage (3) , et sa droite a la colline d'Aïadia , de manière à entourer l'arma chrétienne. De leur cAté, les Francs environnaient la ville et avaient dressé le pavillon de leur roi sur la colline des MosêoUim
(i).SaiTant Bohsreddin, Saladin ne pouvant croire aux force» inouïes des chrétiens , s'imagina qne fattaqne, d*Acre n*ëtait qu'une feinte pour Tobliger à leTer le siège de Schakif.
(2) li ne laissa devant Schakif qn'ane division de son arme'e pour bloquer cette forteresse ; elle résista encore quelque temps , puis te rendit , et Renaud fut mis en liberté.
{i) Cast le Béfus des anciens ^ rivière autrefois Cuneuse par It propriété qu'avaient ses sables de se convertir en verre. Boba-cddia et ie compilateur des Deux Jardins l'appellent* Nahr-mlkmiou on rivière d*eau douce.
RSLATIFS AUK CROISâMS. 945
oa des Prians (l) , en face de la porte d^Acre. lis D-'e'taient encore que deax mille eavaliers et trente niiUe fantassins; mats sans cesse il leat* venait des secours par mer. Il ne se passait pas de j^wr satttl (jiieiqne petit combat, et iesmusuU mans ooaraîent à faction oomme Us papillons voltigent autour de la lamUrê/Le ffultan crut devoir modérer leur zèle, attendant qn'ik.fassent en nombre suffisant pour frapper un grand coup. Les troupe»» musulmanes arrivaient successive^' ment des provinces^. Il en Vernit de la- Mésopotamie et de tous les pays. Le preinier prinbe qui arriva fut 'Modaffer-eddiii , sooYcrain de Haran et' d-'Ëdesse ; vint > ensuite Taki - eddin v prince de Hamah -et neveu du sultan. Déjà la ville était cer-. oe'e du côté de la mer parla flotte chrétienne qui avait pris' position à Pentiréo^du'port, et qui, suivant ^expression d'Emad^eddîn /'présentait par son aspect Papparende d^une vaste torét. E ne roitait: plus qu'à oemei? \A ville du c6té -de terre*) cette entreprise > eût Jieo vers la -fi a du mois de régeb,
et ce. fttf alors qcrr oomliiença véi*ilabl,eiive'tule siège d'Acre'.
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Comnicncefflent du lii^gè de SaxntnJean-d'Àc'rc oa Ptolëmats. ,
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Suite de l'annçc 505 [ septembre U $9 àf J.C.Jl, Le sîe'g^e. delà virie de Saint-Jean-aiVcre, ou d*Accè, cônîitie l'appellent les Arabes , est sans contredit un des ptùs i^rands éveneraens uu moyen âge. Les Arabes sont entres à cet^ égard dans des iletails sans nombre: hpfîs, nous sommés attachés de prefé-' rence à ce qui méritait cintre coriôv,' faisant observer avec Ibn-àfatir qu il « se passa a ce siège un grand nombre d^évenemens , les uns plus grands, les autres plus petits ; qu'il y eut des journées très-dignes de mémoire. ^, d'autres qui le furent ■noiusç et, qu'il était pjpi; s#gf de se borner aux affaire^ ^^' cipales, »..,....
On lit dans Emad^eddin que, lorsque le siège commença, ^es musulmans travaillaient depuis- deux* ans ù fortifie? la place. «Deux ans auparavant, dit-il, lorsque Saladin s'em-
(0 Etaad-cddfn nomVnV reftr rodîne Màssnlfaha; c'est la m^m^ ^tte les anteurt chrctieni appellent colline de Thurmi.
§46 EXTRAITS d'âUTEDM ABABftS
para d'Acre , plusieurs émirs lui conseSIèrent de raser cette Tille et d'en effacer jusqu'au moindre vestige , prétendant que , tant qu'elle serait debout , les chrétiens seraient tentés de venir la reprendre. Saladin inclina un moment à cet mvîs : mais d'autres pensèrent qu'il serait fâcheux de détruire une ville si grande et si belle , et qu'il suffirait de l'entourer de bonnes fortifications. Saladin fit venir d'Egypte l'émir Bpfaaeddin Caracousch, qui avait construit les murs du Caire, et qui passait pour très-expert dans la bâtisse. Caracousck eut à sa disposition un grand nombre de prisonniers chrétiens; il fit venir d'Egypte les machines dont il avait besoin. Les murs furent répares , les tours relevées et la ville entourée de fortifications redoutables. Lorsque le siège commença, Carar eouscfa était encore dans la ville et il j resta jusqu'à la fin. »
Les chrétiens étant parvenus àcefner tonte. la ville, Saladin, au rapport de Boha-eddin , se mit en .devoir de rétaUir ses communications. «L'attaque fut fiiée an. lendemain vendredi, l**^ de schaban , à l'heure de la prière publique. Les émirs voulurent que ce fut un jour de vendredi , pendant que les katibs ou prédicateurs seraient en chaire, persuadés qn'nne heure si sainte leur porterait bonheur ; mais tous les efforts des musulmans furent vains (1). La nuit sépara les combattans : les deux armées passèrent cette nuit sous les armes , et le combat recommença le lendemain. On se battît jusqu'à midi sans que la victoire se décidât. Enfin l'aile droite musulmane , commandée par Taki-eddin , Itiisant un dernier eflort, se précipita sur les chrétiens vers le nord de la ville, près du bord de la mer : c'était Tendroit que Tes Francs avaient occupé en dernier lieu, et ou ils n avaient pas encore eu le temps de se retrancher. Taki-eddiii les enfonça et s'ouvrit un passage jusqu'à la ville'. Dès ce moment, les communications
(i) Émad-eddin observe que Tes émhn aVîtient choisi k dessein rinstant où les masulmans prient Dieu à 'U mosqaëe , dans Tespoir qn*en attaquant (es chrétiens à une henre si sainte, et ttndîs que toutes ies boncbcs mnsnlmanes étaient occupées à loner Diea, iU ne pouvaient manquer «f avoir le Seigneur pour enx. Cependant, ajoute-Cril, les musulmans émonsaèrent leurs épées- sans poavoir rompre les rangs ennemis. L'armée chrétienne était si serrée , qn*on ne put jamais l'entamer. On eût pris les chrétiens poiu* un roc escarpé, que rien ne peut abattre. Quand il en tombait un, on antre prenait sa place.
forent rétablies. Le sultan se b&ta /d'introduire de nouvelles forces dans la ville. II v entra lui-ni^me et courut sur les remparts pour considérer Tarmée chrétienne. J'y montai aussi , ajoute l'auteur^ et feus le bontiew de lancer quelques traits aux chrétiens* La ffarnison avait de son cdte fait une sortie, et chasse les chrétiens devant elle. Cette |ournee eut àé décisive» si nos guerriers avaient continué le combat ; mat heureusement, lorsqu'ils virent les communications rétablies, ib crurent avoir assez fait et ib allèrent se reposer. L'attaque fut renvoyée au lendemain ; mais dans l'intervalle les chrétiens reprirent courage, et il devint impossible de Jps éloigner. A regard du sultan , il montra toujours la même arjoieur : semblable à une lionne qui a perdu ses petits, il était dans une agitation continuelle. Je tiens de son médecin qu'il passa tout Fintervalle du vendre<li au. dimanche sans presque prendre de nourriture.)» ...
£niad<«ddin raconte aussi que, saHs la retraite de l'armée musulmane, les chrétiens étaient perdus. * Leur position , dit> il, était désespérée, et ils se seraient retôrés s'ils avaient pu. Nos émirs disaient : « Ah ! sans doute nous en aurons bon 9 marché ; voilà que leur feu s'est éteint Nous les prendrons • quand nous voudrons; allons d'abord faire boire nos che- 9 vaux; nous reviendrons ensuite pour les détruire entière* 9 ment. » Ils- se retirèrent dans cette espérance, comptant se réunir bientôt, et ils envoyèrent les chameaux aux pâturages. Sur ces entrefaites , l'ennemi reprit courage : menacé devant et derrière , il ne vit plus de salut que dans sa bravoure; il s'entoura de nouveaux fossés; il rassembla ce qui était dispersé ; il réunit êtê guerriers armés de l'arc et de la lance; tons se rangèrent autour du camp, fermes comme un mur et se couvrant de leurs boucliers. Aussi le lendemain , afoute l'auteur, quand l'armée musulmane s'avança pour re«nouTcler le coiiibat, elle trouva les chrétiens dans une situation inexpugnable.
Dans le temps qui suivit, on se borna à des surprises et à des escarmouches, Cest ainsi qu'un four quelques Arabes au service de Saladin, s'étant mis en embuscade, surprirent un détachement chrétien qui était allé foire du bois et le laillèrent en pièces : ces Arabes ayant porté les têtes des morts a Saladin,- ce prince, pour les encourager, leur donna des chevaux et les honora de riches présens. Il ne se pa^ût pas de jour sans quelque petit combat ; les chrétiens avaient
948 BXTBMl«'t>*A0lrEUR8 ARABES
à se defendi^e^ a-Ia-foid contre la garnison et cootrè f armée masulmane. Emad-eddin- rapporte que d'ordinaire Saladin dirigeait en personne cesnentreprises. « La veifle ^ dît-îl , il se préparait pour le lendemain , et son zèle ne se raientissaît pas; car tœil vigilant devient joyeux dan$ le eerviee deDiem , et le travail d'un seul jour est un trésor pour le dernier jour. »
C'est vers cette époque qu'eut Hèu un fait rapporté par Bohareddin , lequel le cite comme une chose fort étrange : u Comme, dit-il, on s'attaquait sans cesée de part et d'antre, les chrétiens et les musulmans avaient fini par se nqpprocher, par se connaître^ «t par lier conversation entre eux: quand en était fatigué, on quittait ses armes et l'on se mêlait ensemble; on chantait, on dansait, on ^se livrait à la joie ; en un mot, les -deux partis devenaient amis , jusqu'à ce qu'un moment après la guerre se renouvelât. Un jour qu'après avoir iong-temps combattu, les deux pwrtis cher> chaient ^ se distraire de leur» fatigues , un chrétien dit aux soldats de la garnison : « Jusqnes a quand fes grands se batn tront-fis? que ne (abons^nous battre aus6i les petits? Allons , 9 mettons vos enfans -aux mains avec les* nôtres, n La-dessus, il sortit de la ville plusieurs enfans musulmans; les chrétiens amenèrent les leurs, et le combat commen^. Ceaenfims se battirent avec le plus grand courage. Un enfant musulmaD entre autres , su sissant son antagoniste de toutes ses forces , l'enleva déterre et le terrassa. Or , chose singulière, k vaincu jFut considéré comme prisonnier , et ses parens donnèrent deux pièces d'or pour le racheter. En vain le vainuneor faisait des difficultés pour les recevoir; on lui dit que le vaincu étfût son prisonnier, et il prit l'argent. «
De son eôté, Émad*eddin raconte qu'un cheval de prix qui était sur un navire chrétien venu d'Oceident, fut à peine arrivé à )a vue d'Acre , qu^ sauta dans Ja mer et entra à la nage dans le port, d'où il fut envoyé à Saladin. Emad-eddin cite ce trait comme un événement de très-bon augure.
Mais un fait plus intéressant, et qui nous montre à quel degré d'exsJtation étaient parvenus le courage et le zèle religieux des musulmans, c'est ce que rapporte le même Émad* eddin : « Vers ce temps-Ia, dit-il, un brave éimir de Tarmée, appelé Téman, et prince de Racca sur l'Bupbrate, étant tombé midade , ce qui Paffligea le plus , ce fut de ne pouvoir plus servir l'islamisme; eeVUR idée lui causa une tristesse mortelle , et il regretta de n'être pas mort martjr. Dans sa
. BStATIPg AtX CBOMADBg. 949
dooleur, il dit à ceux qui l'entourùent : «Qu'on m'amèae mon » cheval de bataille; que je prenne enoore une fois part à i'acn tion y et que je meure martyr; je Tefix combattre jusqu'à la^ 9 mort Que mon sort est à plaindre! que je suis maUieuretix «de mourir dans mon lit, moi qui al toujours etémaocea^ 9 sibie à la crainte , moi dont ie courage était oonnu dé toui:h> L'auteur arabe ajoute que Teman mourut quelques jour» «près y et que Dieu le reçut au paradis;^ mais H ne dit pa» i'à mourut de mort naturelle ou 4ie lardai» des ohrettens/ •
î XLvn.
Saite dn iiëga^dfllSàiiit-Je«iiKrAcrt.«- «AetîoD g^némUieaice
. les deux arq^^es»
Suite de Fanmie 585 [1189]* Cependant, au rapport dlbn-alatir , les chrétiens se dirent entre eux : :« 8i ai preseut «queSaladin nVi; pair enoore r^useatroupead'Ëgjrptey^VNis s n'osons en yenir aux mains atep kii^.que sera-ce. ifna&d il 9 aura rassemble' toutes ses forces ? Il faut Fattaquor (dàa jdë» 9 main ; peut^étreenr triompbecoiur'noils. ■» LaTemitif est ,-ce-» prend Êauteur^ que dans oe moment fesiroupès jufiisuliiiaUes étaient disperMes.:Une partie était. près :d'Antioche , dôdnpeia â protéger les terres d'AIep; une autre ^ dans le voisinage de Tripoli, pour de'fendre les terres d^Emesse; une autre devant Tyr. Enfin les troupes d^Egypte étaient eparpîHees dans Alexandrie} Damiette et les autres villes marîtiiicies menacées par les Francs. AjouteiF à cela que . plusieurs mosoimans y /rar ennui de cett^ gueprp (l), avaient nel^ge jusque-là de se readre à Tarmee. Telles (uren^lçs rusons qui deoidèrent les Francs à livrer combat-Xie. lendemain, 91 de sohaban [fin de septembre], ib sontirettt :^ urnes. Les soldats de Saladin étaiept alors épara çà et la : dans Parmee musulmane, il n'y en avait babitueUement qn'uûe partie sous les armes; le reste demeurait sous la tente ou
(i) j^jLCu J^isi. Les dictionnaires arabes ne font paipt mention de cette expression ; mais d'après vn grand nombre de panages, on ne peut pas la rendre autrement qae nous, ne FaTon8.'faBt.>Voy«& ^treautres lesitfffna^j d'Abonifédti7't. IV, p. 113.
95S EXTRAIT8 D*AUTEUR8 ARABBS
» que ia terre trembla et que Tair fut obscurci. Je me trou- 9t vais alors sur ia colline avec quelques pieux imisidmans, ff regardant les deux armées* Nous étions loin de croire que » Fenoemi viendrait jusqu'à nous. Quand nous vîmes les cbe- 9 tiens approcher -et sur le point de nous envelopper , nous 9 qui étions sur nos mules, sans défense , nous dûmes songer 9 à notre salut. Nous nous retirâmes crainte d'accident, et 0 nous courûmes sans nous arrêter jusqu'à Tibériade, où n nous passâmes le Jourdain ; et comme tous les pays qoe « nous traversions étaient en proie à la terreur, nous conti- 9 nuâmes de courir, touîouiii à* POrient, le corar brise' de 9 la défaite de l^armée musulmane: Aucun de neus ne pen- 9 sait à manger ; aucun n'était ti^nté de s'arrêter. Nous tenions » d'unemein ferme la bride de nos chevaux, respirant à peine, 9 et «jnmt-i'ame oppressée^ 'plusieurs même s'enfuirent jos- 9 quVi Damas. Pour nous , nous essajunes enfin de prendre 9 du repod', le* cœur plein d'efiroi et adressais des'vœui à 9 Dira. Cependant certains bruits commençaient à se rë- 9 pandre;:oo disait : Le cùwngm^ est revenu nmx muinlmans; 9 l'isîamUme. est f^engé;lee -infidèles ont ité rtm^us; failf V muehe a tenu bon ; les^màtiieé&têch du êultuntmr repoussé » renhemil Ges/diacours s* rapéfàreait ', dès courriers les €on* 9 firmèrent sicnfin , ie lendéipain' matin fentendia-ton^à-coup 9 la voix d^un'roainéloiiek qui criait •: Oà e»t\Émué*eddin? k 9 vieteirejquil désirait s'est réalisée: A ces miats^ nous cov- 9 rumes'su! mamcIouck;'nMis lui* 'fîmes qucstt<ui surques- 9 lion V Comment cette victoire' nous est-éUe arrivée? Corn- 9 ment le sultan t-a-t-il emporJé ? Gemment U'déûrdt de Dieu 9 a»t^il\prAfaiu? 'Alors nos esprits' se calmèrent, 'et aws 9 eûmes du regret de nous être enfuis si vite. 9
II résulte de ces divers récits, confiimés par celui des chrétiens , ' qnci Giette f oui^née taur na i au idé9avantegei de i'amée chrétienne» Aussi Ibnndatir fàit-il^servtBr que (peu> s'en fallut que les FraUcs ne fussent anéantis; car les batMltons musnimans qui tinrent bon, montrèrent une telle ardeur, qu'ils poursuivirent les chrétiens jusqfu'u leur cam][); uMélhenren-
combat, les soldats musulmans n eurent rien do •plu» -presse que d'aller à la recherche de leurs ètfèts; et quand lésaltan voulut les ramener à la charge, il ne trouva plus personne
fi
KBLàTlFS AUX CROISADES. 9A3
Alors il fit jpuUier que iesTalete eussent à rendre ce quils avaient pris : cet ordre fut eatecute; chacun recouvra ce qu'il avait perds; mais l'occasion était manquee. »
ËmadHBddin rapporte qu'après la bataille , Saladin paria ainsi aux émirs : «Nous avons abattu les forces des infidèles; 9 nous avons écrasé leur puissance , ralenti leur impétuosité, 9 éteint leur ardeur, tué leurs plus vaillans guerriers. Si nous 0 les laissions maintenant tranquilles, ils reprendr^ent cou* 9 rage. Attaquon»-les donc sans relâche, et dès demain ache- 9 Yons leur défaite, n Mais , ajoute l'auteur , ce discours resta sans effet, à cause de la dispersion de l'armée musulmane. Pendant ce temps, les Francs réparèrent leurs pertes; et comme ils reçurent par mer de nouveaux secours d'Occident, ils se trouvèrent bient^ aussi forts qu'auparayant.
J XLVm.
Abattement die Faranfe musulmane. — Saladin ièye son camp et
s'ëloîgne de Saint-Jean-<f Acre.
Suite de tannée 585 [1189]. Ibn-alatir remarque que le nombre des chrétiens tués dans le dernier combat avait été si grand , et les exhalaisons des cadavres si pernicieuses , que Tair fut infecté, et l'état de Saladin devint inquiétant. Ce prince était alors attaqué d'une colique à laquelle il était sujet; il était à craindre que sa vie ne fut en danger : cependant il montrait toujours la même ardeur.
Boha-eddin cite une délibération qu'il eut avec ses émirs et les membres de son conseil. On était alors à l'entrée de Iluver, au moment que la mer cessait d'être praticable. « Je me trouvai à ce conseil , ajoute l'auteur : le sultan , après avoir invoqué le nom de Dieu et fait des vœux pour notre prophète, parla ainsi : « Vous savez que les ennemis de Dieu * et de nous se sont établis dans notre pays ;. ils foulent le sol de » l'islamisme . mais déjà , grâces à Dieu , l'étendard de la vie-
0 toire s'est déployé contre eux; les voilà réduits à un assez
1 petit nombre. Chassons-les de nos terres; Dieu nous en fait A un devoir. Vous n'ignorez pas que nous avons ici toutes f> nos forces , et qu'à l'exception des troupes d'Egypte qui vont 'i arriver, il ne nous reste aucun renfort à attendre : eux , au
§64 BxnAm d'adtbubs arabbs
9 contrure, receTronti «a priotenipt proclnin, de grands se» n cours d'Occident. Profitons de l'occasion ; prenons garde J9 de laisser l'ennemi en repos. Si nons diffisrions, et qoe h 9 mer devint libre , nous aurions à nous en repentir: mon 9 opinion ! oui, le but constant de toutes mes pensées est de 9 leur livrer combat. Que chacun de t^us dise son aria. 9
9 Là-dessus les émirs délibérèrent un moment; mais comme ils étaient fatigués de cette guerre, et que la plupart d'entre eux soupiraient après l%moment de revoir leurs foyers , ils furent d'avis de s'éloigner et de se retirer à Karouba, colline située à quelques lieues d'A^e. Ils dirent qu'en attendant, les hommes et les chevaux prendraient du repos; Malek* adel arriverait avec les troupes d'Égjpte ; le sultan, respirant un air plus pur, se remettrait de sa maladie, et la belle saison venue, on combattrait avec plus d'ardeur qu'auparavant, m
L'historien Emad-eddin , qui assista à ce conseil, se montra d'un autre avis que les émirs. « On commença, dit- il, a mettre en délibération si l'on continuerait la guerre , ou si l'on s'éloignerait; et les opinions émises à ce sujet forent agitées comme on agite le lait pour en faire sortir le leurre. Les émirs représentèrent avec force que les courages étaient épuisés; que depuis plus de cinquante jours on se battait sans relâche ; qu'il vidait mieux laire un appel général aux musulmans, pour qu'ils prissent part à la défense de {'islamisme, et en attendant se reposer. Cet avis ne me plat pas et je dis : « Par ma vie , la décision que vous prenez n est 9 pas bonne. Jusqu'ici les Francs n'ont pas fait de grands 9 progrès ; ils n'ont pu occuper tout le circuit de la^Ie. Si 9 nous nous éloignons, leur extermination sera retardée; ils 9 auront le champ libre et s'étendront à leur gré. Dans ce 9 moment, la porte d'Acre, du câté de la mer, vers le nord de 9 la Tille , nous est ouverte ; le chemin qui j mène est libre ; 9 on peut de ce cftté introduire des secours dans la ville : si 9 nous nous retirons, les Francs occuperont ce passage, et 9 nous leur aurons rendu facile ce qui était [usque-là dif- 9 ficile. 9 A cela les émirs répondirent : «r Notre avis est évi- 9 demment le meilleur : nous ne demandons pas mieux que 9 de voir le^ chrétiens étendre leurs Ugnes et quitter leurs 9 retranchemens pour se répandre dans la plaine ; quand ils 9 y seront établis, nous viendrons à eux à l'improviste , et nous 9 fondrons sur eux comme l'épervier sur la timide colombe. »
H fut donc décidé qu'on se retirerait. Ibn-alatîr rapporte
HBULTIF8 AUX CK0IBAOE8» - f 55
qne les erairf Mperarent qu'en laissant les ohrétîeas tran* qniiies, ik s'en iraient cFeax-mémes. u Nous les avons telle* 9 ment pressés , dirent-ils an suftan , que l'eossent-ib touIu , n ils n'anraient pu se retirer ; éloîgnons-nons et iaissons-Ienr 9 le chemin fibre. S'ils partent, nous avons atteint notre but;
* nous serons délivrés du mal qu'ils nous causent, et ib le
• seront de celui que nous leur faisons. S'ils demeurent, eh » bien! nous reviendrons pour les combattre, et nous serons 9 comme nous sommes à présent. » Les médecins parlèrent comme les émirs, et le sultan céda à leurs raisons. Dieu le voulait ainsi , remarque l'auteur arabe ; quand Dieu vent vous affliger, le mieux est de se soumettre. Comment l'empêcher? Dieu seul eut pu prévenir une décision si mauvaise.
Une partie de l'armée musulmane se retira donc sur le mont Karouba; le reste s'en retourna en Mésopotamie et dans ses autres cantonnemens. On était alors au 14 de ramadan [dans le mois d'octobre]. Il ne resta sous les murs d'Acre que quelques troupes, chargées de servir de sentinelles avancées , et d'avertir Saladin de tous les mouvemens des chrétiens. Alors , reprit Ibn-alatir, on s'aperçut de la faute qu'on avait faite. Dès que l'armée se fut éloignée, les chrétiens occupèrent tout le circuit de la ville. Non contons de s'étendre, ils creusèrent des fossés autour de leur camp; et de la terre qu'ib en tirèrent ils se firent un rempart inexpugnable; en peu de temps ce travail fut porté à un degré de perfection qu'on n'aurait pas cru possible (1). En vain les avantpostes musulmans ne cessaient de les harceler; ils restaient
(l) L'historien des patriarches cT Alexandrie dit que les chrétiens eoBJtraisirent sar les bords du fossé da camp , du cdttf qui faisait face à rarmëe de Saladin » nn mur de briques derrière lequel ils placèrent ua raac de;Boldats qni lançaient le nenb&urek, II afonte que le aenboorek , ^J^*^ » était une flèche de f épaissear dn pouce ^ de la longueur d*mne coudée, qui avait quatre faces; la pointe de la flèche était en fer , et des plumes en rendaient le vol pins rapide. Plsr-tout oè ce trait tombait, il transperçait; il traversait quelquefois da même conp deux hommes placés f nn derrière f antre , perçant àia-fôis la cnirasse et Thabillement du soldat; il dllait ensuite se planter en terre ; il pénétrait même dans la pierre des murailles. Diaprés cette description , le zenbourek paraît à-peu-près répondre k Tarme lerribie connue dans le moyen âge sons le nom de qtutdreffus , tùreihis, mots expliqués par du Cange dans son Glossaire de ia basse
d6€ • BXTAAITB D'iOmURS AMàM3
inebraaMbler, aniquemement occupés de.ieara fessés et d« kurs retraDcbemens. lis fortifièrent sur-tout le eâté du nord, ui |u5qae-là était rcft^ Mbre, et. par lequel, on introduisait es: provisions ifo^a Âcrt, Chaque* jour ils faisaient de nonyeaux progrès. Pendant ce. temps, Saiadin était malade et hors d'état de rien entreprendre. Quelqu'un lui ayant conseillé d'envoyer au moins soo armée pour troubler Jes travaux des chrétiens y il répondit; «Je connais mon armée; si |e ne sois n avec elle , elle ne fera .rien , ou plutât le jnal qu'elle fora sert 9 cfsnt fois plus grand que le bien qu'on en peut attendre. »
II paraît que celui qui donna ce dernier conseil à Saltdin, n'est autre que l'historien Emad*eddia. « Un jour , dît-il, jfes' 9 sajai d'engager le sultan à permettre àses soldats de prendre 9 les armes; à quoi il répendit : Mon armée ne fera rie» que
latmiié, et dont il reste encore TexpreeKon. carreaux de la foudre. Les Grecs paraissent avoir conna quelque chose d'analogue an zenbourek sous le mot T^oLyy^, Voyez ce mot dans le Glosseire de la basse grécité de du Cange. Si l'on admet que les mots comMS, TÇctyy^ et zenbourek expriment la même arme, il fandra conclure que les chre'tiens en ayaient fait usage dès la première croisade. On pent voir a ce snfet dn Cange ans endroits cités, et VAlexiedt d'Anne Comnène, p. 991. Mais ensuite cette arme était tombée en désnétiide. Les papes, par an sentiment bien iooable d'hnmsotté, ia profaibèrent entre chrétiens; il ne -commence mèant à être question du zenbonrek dans les auteuni arabes qn*aa siège de Tjr par Saiadin en 683. L'usage continua au siège de Sain t-J[ean-d Acre , comme le prouye le passage de rhistorien àt% patriarches d'Alexandrie. Richard Cœur-de-Lion adopta le zenbourek pour sestroupei, comme on fe yerra ci-dessous; et à son retour en Europe, an grand scandale des chrétiens , il le maintint dans ses armées , d*oà il se répandit de nnuyeau dans le reste de TEurepe. Ricbard périt f ui-méme d'un coup de carreau , et sa mort fut regardée par les contemporains comme une juste punition de Dieu. Il est remarquable que les musulmans ne firent qu'assez tard usage da seafionrek. Gémal-eddin est le premier auteur arabe qui , sans ia date de Tan S «5 de i'hégire , cite cette arme comme servant aux guerriers mnsnlmanf. Mais bientôt f usage en deyint commun en Orient; et dans la raite les Turcs ottomans eurent dans leurs armées un corps de soldats appelés zenbourekgi» Maintenant, depuis la découyerie des armes à feu , ce mot a tout-à-fait changé d'acception , et Ton donne en Vtrm le nom de penbourek à une petite pièce d*artiHeffe légère. Voyci le Voyage de M. Jaubert , p. S 80» Voyez également ci-dessoos à loin 643.
SBIATIFS AUX CROISADES. 95*7
0 lorsque je monterai à cheval pour me mettre à $a tête, II n disait vrai , continue Emadtedoin : il connaissait ses soldats]; » arec loi ib se sacrifiaient et se précipitaient an milieu des « rangs des infidèles, n
En attendant, les Francs continuèrent leurs travaux , repoussant à-Ia-fois les attaques des ayant-postes musulmans et les sorties de la garnison. Bientôt le camp des chrétiens se trouva fortifié comme une ville. L'historien des patriarches d'Alexandrie remarque avec étonnement qu'on j avait pratiqué des églises pour prier Dieu, des écuries pour loger les chevaux, &c.
Sur ces entrefaites, Malek-adel arriva avec les troupes d'Egypte, et remplit le vide occasionné par le départ des troupf» de la Mésopotamie ; ce renfort releva le courage des musulmans. Peu de temps après , on vit entrer dans le port d'Acre la flotte égyptienne , commandée par l'émir Loulou , homme brave et marin habile. Loulou s'empara en chemin d'uD navire chrétien chargé de provisions. En ce moment,
la flotte chrétienne , dans les ports de i'Occideot. Saladin profita de l'occasion pour introduire des secours dans la ville. Pour lui , il était toujours à Karouba. Les hrouillards et les pluies rendaient la saison fort incommode : les chemins étaient couverts de boue , et l'on avait de la peine à marcher; tout était dans le repos. Cependant un jour que Sâladin était allé à la chasse aux faucons , les chrétiens attaquèrent vers le soir les avant-postes musulmans et les mirent en désordre; il n'j eut que les troupes de Malekadel qui tinrent bon : la nuit sépara tes combattans. Saladin , à son retour, se hâta d'envoyer du renfort aux siens; mais il était trop tard , et les Francs venaient de rentrer dans leurs retranchemens.
Les chrétiens, midgré la mauvaise saison et les tenipétes, recevaient de temps en temps des secours d'Occident Emadeddin fait mention d'une dame chrétienne qui se mit en mer >vec un vaisseau équipé à ses frais, et portant cinq cents hommes. A la hauteur d'Alexandrie , le vaisseau fut attaqué ^ tomba au pouvoir des musulmans ; on le trouva plein d'argent et de provisions destinés à Farmée chrétienne.
A propos de cette dame, Émad-eddin fait quelques ré- Bexions sur les femmes chrétiennes qui avaient endossé la i^uirasse et qui se battaient comme les hommes. « Celles ,
Sô8 EXTRAITS d'auteurs ARABES
S'oate-t-il , qui n'étaient plus en état de supporter le fardeau îs armes , on les chargeait d'exciter ou de calmer l'ardeur des guerriers , de les pousser ou de les arrêter y d'enflammer leur enthousiasme ou de le modeVer. N'est-ce pas, conclutil y une .chose bien singulière que ce concours d'Iiommeset de femmes pour une pareille entreprise (1) ? »
Saladin était en proie aux plus vives inquiétudes. Il etsit instruit de l'armement de l'empereur d'Allemagne et du départ de ce prince pour venir l'attaquer. Il craignit de ne pouvoir résister à tant de forces reunies , et se hâta d'écrire au calife de Bagdad et à tous les princes musulmans. Le corn-
fnlateur des Deux Jardins nous a conserve sa lettre au caife; la voici:
u Espérons de la bonté de Dieu que le danger où nous ,9 sommes réveillera le zèle des musulmans , et qu'ils s'efToi^ 9 ceront d'éteindre Pardeur de nos ennemis , d'abattre l'édifice J9 que les Francs ont élevé. Dans l'état actuel des choses , 9 tandis que nos ennemis accourent par mer et par terre, 9 notre pays est menacé des plus grands malheurs ; nos coeurs 9 sont frappés d'une blessure qu'aucun remède ne pourra 9 guérir. Que sont donc devenus l'ardeur des musulmans,
(l) Emad-eddin fait encore mention d'un fait d*na« nature bien différente. Une troupe de trois cents femmes, dit-il, poussées par le libertinage, vinrent an milieu de ce rassemblement de célibataires et d'hommes séparés de leors épouses. Mogir-eddin a aussi parié de ce fait. Nous emprunterons à ce su jef les expressions dont s'est serri M. de Hammer dans la traduction française qu*il a donnée de ce passage , Mines de l'Orient, t. III , p. s 1 8 : • Trois cents jolies femmes » fraoques, ramassées dans les iles (les pays d*Occident), arnrèrcDt » dans un vaisseau ponr ie soulagement des soldats francs , anxqnels » elles se déTouèrent entièrement; car les sofdats francs ne vont » point au combat s'ils sont privés de femmes; Les musulouns ayant 9 appris cala , un grand^ nombre de mameloucks et ^ignorams soi- « Tirent cet exemple. « Émad-eddin ajoute que, panni les chrétiens, le commerce entre personnes libres était reganié comme licite, et que les prêtres n'imposaient ponr cela aucune pénitence» Il est probable qu*Émad-eddin se sera mépris ; une chose assez présomable, c'est que, puisque à Farrivée de ces trois cents femmes les mameloucks musulmans étaient allés an camp des cbrétiens , les courtisanes nVtaient pas tolérées dans leur propre camp. On verra pius tard na exemple de la mémo 'kévérité de mesura dans les armées du snloa Bibars.
BBtATIFB AUX GROI8ADB8. i59
l'oi^aeil des gens pieux « le sèle des amis de la vérité'? Ce
Jiainoas étonne, o'est de voir l'émulation des infidèles et indifférence des Trais crojans. Y a-l-il an seul musulman qui re'ponde a Pinvitation , qui vienne quand on l'appeHe ? Vojez cependant les chrétiens ^ voyez comme ils viennent en foule , comme ib se pressent à Fenvi , comme ils se soutiennent mutuellement y comme ils font le sacrifice de leurs richesses y comme ils se cotisent ensemble ^ comme ils se re'signent aux plus grandes privations ! C%ez eux y pas de roi , pas de seigneur , pas d'île ou de cite , pas d'homme tant soit peu marquant, qui n'envoie à cette guerre ses paysans et ses sujets , qui ne les fasse paraître sur ce théâtre de la bravoure; pas d'homme puissant qui ne prenne^iart à cette expédition : tous veulent se rendre utiles à l'objet impur de leur attachement. Ils le font dans l'idée qi|e par-là ils servent leor religion ; voilà pourquoi ils consacrent à cette guerre leur vie et leurs richesses. Dans tout cela ils n'ont en vue que la cause de celui qu'ils adorent, la gloire de celui en qui ils ont foi ; il ne leur vient pas seulement en pensée que peut-être toute la Palestine sera subjuguée, que le voile de Phonneur des chrétiens sera déchire , qu'ils perdront leurs domaines, et les verront passer en d autres mains. Les musulmans, au contraire, sont mous, décourages, apathiques, ennuyés, frappes de stupeur, sans zèle pour la religion : c'est au point que si, ce qu'à Dieu ne plaise ! les rênes de l'islamisme venaient à prendre une mauvaise direction, on ne trouverait ni en Orient, ni en Occident, ni loin d'ici, ni auprès, un seul homme qui voulut se de'-* vouer à la cause de la religion de Dieu, qui entreprit de deïendre la vérité contre l'erreur. Nous voilà cependant au moment où la temporisation n'est plus de saison , où nous ayons besoin du concours de tous les amis de la religion ,^ des pays éloignes comme des lieux proches. Espérons que Dieu voudra bien nous accorder son appui; que les infidèles, par la grâce de Dieu, seront extermines; que les vrab croyans seront sauvés et mis hors de péril, n Non content de cette lettre pressante , Saladin fit partir un homme de confiance pour hâter l'envoi des secours qu'il demandait, a- C'est moi , dit Boha-eddin , qu'il choisit pour » cette mission. Je me rendis sur-le-champ auprès des princes <> de Singar , de Géziré, de Moussoul et d'autres villes de Mé* * sopotamie, et j'exhortai tous les musulmans à venir prendre
SOO EXTRAITS d'aUTBURS ARABES
n part à la guerre sacrée. J'aiiaî aussi a Bagdad pour m'acn quitter de la même commission. Dieu fayorisa mon voyage; n je vis tous ces princes ^ et tous promirent de faire ce que 9 |e demandais. *