‹ Extraits des historiens arabesChapitre 3 sur 45 · AUX GUERRES DES CROISAI · texte numérisé non relu

AUX GUERRES DES CROISAI

Il Sic

Au moment où les croises pararent sur la scène ^ POrient

trésentait ie spectacle du aésordre. L'empire fonde par s premiers successeurs de Mahomet était dissous, et des peuples venus du fond de la Tartarie occupaient la plus oelie partie des contrées soumises par les Arabes. Les Turcs , * autrement appelés Turcùtnafu, passant FOxus sons la conduite des enfans de Self iouk ^ s'étaient successivement em* parés de la Perse , de la Mésopotamie y de la Syrie et de lAsie mineure; en ce moment , ils menaçaient à-la-fois FÉgjTpte et Constantinople.

Il ne restait aux empereurs grecs que de faibles del>ris de leurs anciens domaines. Presque tous les pajs situéis au-delà do Bosphore reconnaissaient les lois de Mahomet; il en était de même des anciennes possessions . des princes chrétiens d'Arménie et de Géorgie; les pays montagneux seuls avaient conservé leur indépendance. Cependant la population des dtés subjuguées par les musulmans était en grande partie chrétienne ; les villes étaient habitées pl¥sque en entier par des chrétiens d'origine grecque, syrienne, armcmienne et géorgienne. Les vainqueurs, habitués à la vie nomade, préféraient ie séjour des campagnes , et y partaceaient Hhee certaines tribus d^origine arabe la cultore des bft«ttiam.

t BXTBAITS d'aDTBURS ARABB8

D'an autre câte , la domination arabe se bornait presque à rÉgypte , à l'Afrique et à une partie de TEspagne. Environ deux siècles avant les croisades, un aventurier, se disant issu de Mahomet par sa fille Fatime , était parvenu à mettre dans ses intérêts les musulmans d'Afrique , et un de ses descendans régnait encore sur les côtes d'Afrique, sur l'Egypte et une partie de la Syrie. A l'égard du calife de Bagdad, qui appai*tenait également, par Abbas, oncle de Manomet, au sang du prophète, et dont les ancêtres avaient lii long-temps régné sur les nations musulmanes , il était réduit à la seule puissance spirituelle, et les Turcs le fai< •aient trembler jusque dans sa capitale.

Aux divisions politiques s'étaient jointes les divisions religieuses. Les califes de Bagdad et ceux d'Egypte, se prétendant également seuls et légitimes pontifes, se traitaient réciproquement d'intrus et d'hérétiques , et les peuples s'étaient partagés entre les deux compétiteurs. Les califes d'Egypte avaient en leur faveur les peuples qtii reconnaissaient leur autorité temporelle. Les califes de Bagdad triomphaient par-tout où avaient pénétré les armes turques. Les Tutcs qui étaient partis de ia Tartarie sans connaître aucune religion positive, trouvant la doctrine des pontifes de Bagdad établie .en Perse, l'adoptèrent sans hésiter, et leurs conquêtes «ttccessives lui donnèrent un nouveau crédit.

Au milieu de ces controverses, il s'était formé diverses sectes dont il reste encore des traces. La principale était celle des ismaiiens, autrement appelés baténtens, d un mot arabe

Îui signifie secret, etaseasêinê, d'un autre mot arabe qui ésigne une boisson enivrante. En effets ces sectaires faisaient profession d'une doctrine indépendante de tout culte extérieur, et avaient recours à l'ivresse pour se mettre en étal de commettre les actions les plus horribles. Les ismaiiens qui plus tard s'établirent dans les montagnes voisines de Tortose et de Tripoli, et dont le nom a servi depuis à' désigner les plus grands attentats, étaient alors répandus dans Conte la Syrie et dans les contrées voisines. D'abord attachés a la doctrine dea califes d'Egypte , et ne pouvant se manifester an dehors , ils s'Aaient crée une religion qui n'admettait pas de devoirs, et Ub étendaient par- tout le trouble et i'efiiroi. D'aiOeorsy l'esprit de faction était devenu général. Cest §Mê le anitao Mâlffk*schaii , trente ans seulement avant les croiiadas^ que la ipoiisance dee Sè^;youkides avah acquis

ULATIFg AUX CBOUABIt. $

saâ phu grand développement C'est sous le règne de ee prince qoe les Turcs àyaîeni enrahi la Sjrie et l'Aaîe miaeare» Mais à sa mort, ses enfans se disputèrent l'autorité y <et Pesprit d'indépendance s'empara des commandans de proTÎuce.

A l'arrivée des croisés, Nieée, Icône et la meilleure partie de PAsîe mineure i ne reconnaissaient pas d'autres lois que celles dn 6Is d'un cousin de Maiek*scbali , à savpir, Kitig* arsian , fils de Soliman. Une autre partie de FAsie mineure, an nord de la Sjrie, obéissait à un émir appelé Keme» schtekin.

Le désordre s'était communiquai la Mésopotamie, pajs limitrophe du centre de la puissance des Selgioukides. Ker* boga, nommé par le sultan de Perse gouverneur ie Mous» souI, s'était rendu presque indépendant; il en était de même de la plupart des émirs du pajs.

Mais nulle part Pesprit de licence n'avait fait plus depro* grès qu'en Sjrie. Dans céitte contrée, il j avait presque autant de principautés que de vilfes, et chaque principauté était en guerre avec celle qui ravoisij;iait. Redouan et Deccapt fils de Toutouscb, frère de Malek-scbâh, dominaient. 4iir Aiep et Damas. Bagni-sian commandait dans Antiocbe»

Les provinces égyptiennes n'étaient pas plu5 tranouil^. Le calife du Caire vivait enfermé duM son palais, et le visir exerçait toute l'autorité. Les ÉgyptiçQS citaient alors maitrff deTfr, de Sidon, d'Ascalon et des autres villes marjtioies de Pbénicie et de Palestine; ils éti^îent même parvenus, 'i Paide du désordre, a rentrer dans jeriisalem. Mais le g-ou* vernement avait perdu toute considération, (et les villes frontières étaient pour ainsi dire abandonnées à ^sttfismêmes» ...

Les auteurs arabes ne parlent p^. des différentes trnupfs de croisés qui arrivèrent les premières à Constantinople. et trouvèrent la mort dans les provinces qui avoîsinent Niçée. A Pégard de Parmée conduite par Goj^froi et ses compm* gnons, ils se contentent de dire en quelques mots qu'elle

frit Nicée^ qu^elIe remporta, dans son passage jui travem de Akie mineure , plusieurs avants^es sur le sultan ICilig-ar^lf n» fils de Soliman , et qu'elle pénatra ^en Sjrie par les défijés de la Cilicie. Ce n'est que dès ce moment qu'ils commencent à entrer dans quelques détails sur les guerres que se firent les musulmans et M dirétîiiés 4nH4dént ib n^sppeDent

4, EXTRAITS d'aUTEURB ARABB8

jamais ceux-ci que du nom de Francs. La gloire et les conquêtes de Chariemagne avaient éievé ce nom au-dessus de tous les autres; il se repandit dans l'Orient et s'y conserve encore. II suffira donc d'avertir qu'on entend par cette dénomination les Français , les Italiens , les Anglais , les Allemands, les Danois et les peuples chrétiens d'Espagne ; en un mot, que toutes les nations de l'Europe s'y trouvent comprises, à la reserve des musulmans d'EIspagne , des Grecs de Constantinople et des peuples sauvages du Nord, qui ne prirent jamais part aux croisades.

Arrivée dei croisés en Syrie. — Prise «TAntioche.

An 490 de thiffire [1097 de J. C,]. Kemal-eddin , auteur de f Histoire d'AÏep , après avctir parle des divisions nui régnaient à cette époque entre les divers princes des villes de Sjrie, ajoute qu'ils avaient fait trêve à leurs querelles particulières, et qu'ils s'étaient tous tournés contre Genaheddaulé, prince d'Emesse, lorsque l'on commença à entendre parler de l'approche des Francs. A cette nouvelle, Bagui- BÎan, prince d'Antiocbe, dit : a Je ferai mieux de retourner • à Antiocfae et d'y attendre les Francs. » Là-dessus les confédérés se séparèrent.

Kemal-eddin continue ainsi : a A peine Bagui-sîan fut-il de retour à Antioche, qu'il apprit que les Francs étaient entrés dans Belané, à peu de distance d'Antioche, et avaient mis cette ville au pillage. II envoya aussitôt ses deux fils appeler du secours de toute part. L'un alla à Damas , à Ëmesse et auprès des tribus arabes qui occupaient les cam-

Sagnes voisines ; le second s'adressa aux Turcomans , à Lerboga, prince de Moussoul, et aux maîtres des régions situées à l'orient de la Syrie. Tous les musulmans furent invités à prendre la défense de l'islamisme.

9 Tout*à-coup une flotte chrétienne de vingt-deux vaisseaux (l), venant de llle de Chypre, aborda à Laôdicée, saccagea cette ville et se remit en mer. •• Les Francs étaient entrés en Syrie du cdté du septen-

{ t) Cetta flotte était composée de pirates flttsuuids.

MMULTtPB AVX CBOI8ADB8; 6

trioB. On estimiût leur Dombre à trois cent vingt mille bomnies'« Dès le S du mois de schou^ [mois de septembre], ils attaquèrent Bagras et étendirent leurs courses sur le territoire d'Antioche. Cette vilie fut bientôt menacée ellemême. Aussitôt les forteresses et les places voisioes, habitées en grande partie par des chre'tiens , se soulevèrent et egor* gèrent les garnisons musulmanes. C'était l'efTet de la mauvaise conduite de Bagui-sian et de son gouvernement tyrannique. Les chreuens arrivèrent devant Antioche le 38 du mois. «

An 49f [4098 de J. C.]. C'est toujours Kemal-eddiu qui parle. <r Au commencement de cette année , les Francs enTojrèrent un détachement de trente mille hommes pour ravager la principauté d'Aiep. En ce moment, Deccac, prince de Damas, s'avançait avec le fils de Bagui-sian et les troupes deSjrie au secours d'Antîoche. Il prit avec lui une partie de l'armée, et, tombant sur les Francs, il en tua un grand nombre. Quant au fils de Bagui-sian , il avait quitte l'armée et était aile implorer le secours de Redouan , prince d'Alep. Redouan lui fournit quelques troupes; Socman,fi!s d'Ortok, ancien maître de' Jérusalem , y joignit les siennes. Le fils de Bagui-sian retournait avec ces renforts vers Antioche , lorsqu'il renconti*a un corps de chrétiens qui , bien qu'inférieurs en nombre , le mirent en fuite et le poursuivirent jusqu'aux portes d'Al^P*

» Les Arméniens qni habitaient Harem, entre Alep et Antioche, crurent Poccasion favorable pour secouer le joug des musulmans. Ils vinrent même faire des courses sur le territoire d'Alep \ mais, ayant été surpris par les troupes du pays, on les conduisit à Alep, ou ils furent tous massacrés au nombre de plus de quinze cents.

n Les Francs , que Dieu maudisse ! étant arrivés devant Antioche , avaient creusé un fossé entre eux et la ville : leur dessein était de se garantir des attaques de la garnison , qui faisait de fréquentes sorties. Bagui-sian envoya demander du secours de tous c4tés. Déjà Kerboga avait rassemblé des forces considérables et venait de passer J'Euphrate (1). Tous les princes de Syrie , si l'on excepte Redouan , allèrent le

(i) n avait «vee loi, selon Aboalfani|^/ cent aifle honmes ^dt cavalerie.

« BXflAtti ifAXffÊXmB ABASE8

Ksdre, Dans le nombre, on remarquait DeootCi prince de mit} Genth^eddafeA^ y prinee d^Émessé ; (^man, fib d'Ortok, et Vatâb, fils de Mabiuondy chef de quelques "escadrons d^Arabes nomades. L'armée musaiman« se trouva rassemblée à la fin de gîoumadi second [mois ^e mai] danfe les énTîretts d'AIep, et se mit aussitôt en marche vers Anliocbe»

1» n y avait dans cette vilte un homme connu sous le nom de Z€rrad, ou faiseur de cuirasses; on Pavait préposé & la garde de l'une des tours. Cet homme , voulant se venger de Bagtti*stan , qui lui avait enlevé ses richesses , écrivit è un des chefs de i'armée ehrétteone appelé Boémond ces paroles ; « Je suis dans telle tour; |e té livrerai Autioche, si tu 0 me promets avec la vie telle et telle chose. » Boémond souscrivit à tout; mais il se garda bien de parler de cette correspondance auK autres chefs. L'armée chrétienne était commandée par neuf chefs , à savoir : Godefroi » le comte Baudouin son frère, Boémond, Tancrède fils de la sœur de Boémond , Raymond de Saint-Gilles et autres. Boémond les fit assembler et leur dit : « Si nous prenons Antioche, qui 9 en aura la souveraineté ? » La^dessus il s'éleva un vif débat, et chacun voulut être maître de la ville. Alors il reprit : « Que chacun de nous commande le siège pendant n une semaine, et que la viHe soit au pouvoir de celui sous » le commandement de qui elle aura été prise. » Tous se rangèrent de cet avis. Quand le tour de Boémond fut venu , le fiiiseur de cuirasses, que Dieu maudisse ! jeta une corde aux soldats de ce prince. On était alors dans la nuit du

ieudf l^de regeb [commencement de juin]. Ils escaladèrent es murs ; ceux qui arrivèrent les premiers aidèrent aux autres ; et dès qu'ils furent en nombre suffisant , ils atta-

Îuèrent les sentinelles et les massacrèrent. Voilà comment ioémond prit Antioche. Quand le jour parut, les Francs se disposèrent à se répandre dans la ville. An bruit qui s'éleva, Bagui-sian s'imagina que la citadelle aussi était au pouvoir des chrétiens; il sortit aussitôt de la ville avec quelques fuyards, et courut quelque temps n'ayant plus qu'un de ses gens avec lui. Il tomba de cheval; cet homihe le releva; il tomba encore, cet homme l'abandonna; un moment après un bûcheron arménien passa près de Bagui-sian , lui coupa la 4lle et la porta à Antioche.

« On ne saurait décrire le nombre des musulmttis qui

BBIATZrf AUX CROISASSf. f

MvflHrent an oe jour le martyre. Les Franes pillèrent la viBè et redakirent les mmalmans qai Thraieot eneore ea serri^ Iode. »

Tel efl le récit de Kemal-eddin. Un antre écrivain, appelé Ibn-gioozt, noQB apprend de pla6 que Bagaî-f ian , à la non- Telle de l'approche de l'armée musulmane, avait fait sortir tous les chrétiens d'Antioche. A en croire cet auteur, ce fut par une fenêtre çrMée que les croisés s'introduisirent dans la TîUe; et celui qui la leur ouvrit se nommait Pirouz. Baguî» sîan, a|oote-t-il , s'enfuit précipitamment, abandonnant sa famille et ses biens ; mais à peine fut-il à une certaine dis* tance, qnll eut du regret d'être parti si vite. H descendit de cheval , se jeta de la poussière sur la tête , versa des larmeê et se frappa la poitrine; pois il fut tué par nn bûcheron arménien.

Enfin un auteur cité par Ibn-gtouzi, et nommé Abon-yalf, prétend que ce furent quelques habitans d'Antioche qui, pour se venger des mauvais traitemens de leur prince, lîvrèreat une tour aux Francs à prix d'argent. Le même antenr ajoute qu'environ trois mille musulmans se retirèrent dana (a citadelie et se préparèrent à s'j défendre.

jn.

Combat auprès d'Antiocbe. — Débits des Masnfansos.

Nous allons de nouveau laisser parler Remal-eddin. « Ce* pendant les chefs de l'armée musulmane étaient déjà arrivé* à Artab. Un de leurs détachemeos surprit les Francs an pont de fer qui est sur J'Oronte, et les tailla en pièces. -Ils s'approchèrent ensuite d'Antioche; et apprenant que la citadelle tenait encore; ils reprirent courage; ils arriyèreilt devant cette ville un mardi 6 de regeb (l). Les Francs s'y trouvèrent assiégés. En même tenips, Kerboga se mit len communication avec la citadelie, et j fil entrer un de ses lieutenans pour la commander; mais la division ne larda pu» i se mettre dans l'armée musulmane. Une haine implacable existait entre Deccac, prince de Damas, et son frère Redonan , prince d'Alep. C'est pour cela que ce dernier n'avait

(l) Citait qaelqaes fooin acaioaunt ^pnèa «foe Iss ehiéliens j entres.

f S^TBACre D'AQTBUftS ARABBS

JMB prit part à cette ex|>e4l|tioD. Decoac ajant deconverl qM Xerooga et Redouan s'envoyaient de frequens messages » craignit pour lui-même et se mit sur ses gardes. Dans le même temps une partie des Turcs et des Arabes se prirent de querelle ; plusieurs Turcomans même se débandèrent à Tinstigation de Redouan (l). On finit pourtant par se mettre ^'accord , et il fut résolÀi qu'on viendrait s'établir dans la plaine auprès d'Antioche. Les musulmans se déployèrent îlevant Importe de la mer, et creusèrent un fosse entre eux et la ville. Pendant ce temps , les Francs , en proie à la ilisette, e'taient réduits à se nourrir de cadavres et des animaux qu'ils pouvaient se procurer. Le 96 de regeb, ils sortirent en armes. Les uns étaient d'avis de les faire rentrer ; les autres proposaient de n'en laisser sortir qu'un petit 'nombre à-Ia*foiS| afin de les tuer les uns après les autres (9). Comme on se croyait sur de vaincre, on négligea de s'arrêter à aucune mesure. Au moment où l'armée s'ébranla , les Turcomans y mirent le désordre y de manière qu'elle s'enfuit sans combattre. Les Francs crurent d'abord que c'était une rose; ils s'abstinrent de poursuivre les musulmans , et cette erreur fut le salut de tolis ceux à qui Dieu voulait conserver la vie. Kerboga se voyant seul avec une partie des troupes , abattit ses tentes et se dirigea du cête d'AIep. II n'avait péri aucun homme de marque; le carnage ne tomba que sur des volontaires, des valets et des ^goujats de l'armée. Mais les effets , les provisions de bouche et les bagages qu'on abandonna aux chrétiens , se montaient à des sommes immenses. Tous ceux qui dans la vetraite s'écartèrent du gros de Farmée , furent dépouillés par les Arméniens du pays.

» Après cette victoire , les Francs attaquèrent la citadelle et la reçurent à composition. Le commandant fut retenn dans la ville , et la garnison escortée Jusqu'aux confins de la principauté d'AIep, où elle fut attaquée par les Arméniens du pays et détruite en partie. Quant à Kerboga, à son arrivée près d'AIep, il reçut de Redooan les secours qui lui étaient nécessaires et continua sa marche vers Moussoul,

(t) Abonlfëda fait mention dTnne nonvelle circonstance : il dit qne Kerboga en usa mal avec lei ëmîrs , et les traita avec hantenr, ce qnî les indisposa contre loi.

(i) dnivant Abonlfarage , , Kerboga les laissa tons sortir» afin « dîsait-il, qn*i! n*en pAt ^cnapper aucun «

nSLkttPB AVX CROItADBg.* 9

Les troupes de Damas et des autres riHes de Sjrie rentrèrent aussi dans leurs provinces , et toute l'armée musulmane se trouva dispersée. »

Ecoatoos maintenant le récit dlbn-giouzi : » Les princes musulmans» dit-il , unirent leurs forces et vinrent tous ensemble assiéger les Francs dans Antioche. A IVgard d'Afdal, premier ministre du calife d'Egypte (l) , il n'envoja aucune troupe. J'ignore pourquoi, ajoute-t-il, car il avait de l'argent et des hommes en abondance. Les Francs se trouvant pressés dans Antioche et réduits à se nourrir de feuilles darbre^^ le comte de Saint-Gilles, homme adroit et plein d'artifice , imagina la ruse suivante, de concert avec un moine. Le moine enfouit une lance dans un certain lieu ; après quoi il dit aux Francs : « J'ai vu en songe Jésus-Christ, qui m'a dit : »Ily a dans tel endroit une lance sous terre; cherehez'la; » si vous la trouvez, vous serez vainqueurs; car c'est la » lance dont j'ai été percé. En conséquence, jeûnez pendant «trois jours, adressez à Dieu vos prières et faites des' au- 9 mdnes. 9 Au troisième jour, les Francs se rendent avec le moine au lieu désigné : ils se mettent à creuser et trouvent la lance. A cette vue , ils crient au miracle, ils jeûnent , font des aumônes, sortent contre les musulmans et les mettent , en déroute. «

Ibn-giouzi cite encore le témoignage d'Abou-jalî , qui ne peut s'empêcher de s'étonner que des hommes réduits à la dernière extrémité eussent défait les musulmans, réunis en nombre infini, et soutenus de toutes les ressources possibles.

Aboulfarage a également dit quelques mots sur l'eltonnante victoire remportée par les croisés , avec cette différence

JvTA l'attribue, non à la découverte d'une lance, mais à celle n bâton qui servait à l'apdtre S. Pierre (9).

f 1) L'aotenr donne à AfcTa! le titre d*^îr algioiouseh (J^y^ J^^s •n chef AtB armées; c'est le titre qa' Albert d* Aiz a écrit par cormption mèrauis,

(s) Telle est la yeriion d*AboQlfarage dans sa Chronîqne arabe ; dans sa Chronique syriaque, au contraire , il n*est plua question de bâton, mais des clous qui servirent à cruciGer Jésus-Christ. Ces deux versions peuvent être également vraies. Les auteurs latins rapportent qu'aprèa ie succès prodigieux de ia déeouverte de la lance, il y eut ■ne fouie d'autresi'découvertes du même genre.

10 BXTBAIT8 D'aUTBUBB AKABB8

ÉTénem«iii qui famrcnt fa prise d*Aiitioehe. —-Entrée des croisés dans Jémsaiem. — Bataille d'Asealon.

Les croises , profitant de leurs succès , ne tardèrent pas à se re'pandre dans les contrées voisines d'Antioche.

Kemal-eddin fait mention d'un certain Omar, commandant de ia ville d'Ezaz (l), dans la principauté d'Alep, lequel se révolta contre Redouan et appela les Francs à son secours. Le comte de Saint-Giiies accourut avec quelques troupes et prit la de'fense d'Omar. En s'en retournant^ il emmena le fils d'Omar en otage à Antioche. Cet enfant 7 mourut quelqae temps après. Quant au père, il fut pris plus tard par Redouan et mis à mort.

Le même auteur parle ensuite de la prise de la ville de Bare' ou d'EIbarie par le comte de Saint-Gilles , qui , ajoutet-ily sans égard pour sa parole, livra cette ville au pillage; après quoi il continue ainsi : a Le comte de Saint-Gilles prit avec lui le reste de l'armée, aussi bien que les Arméniens et les autres chrétiens du pays, et alla assiéger Marra. L'ar<mee chrétienne e'tait de cent mille hommes; elle coupa les arbres dans la campagne 1 et construisit une tour assez baute

Eour dominer les remparts de la place. Les habitans sVtaîent atés d'appeler à leur secours Redousn , prince d'Alep , et Genab-eddaulé , prince d'Emesse; mais ni l'un ni l'autre ne voulurent les de'fendre. A la suite d'un assaut terrible , qui dura depuis le matin jusqu'à la prière du soir, les chrétiens entrèrent dans ia ville. Ils promirent d'abord sûreté aux habitans , et reçurent pour cela un tribut qui fut levé sor chaque famille : mais le lendemain, dès que le jour parut, ils remirent l'épée a la main et massacrèrent les hommes en état de porter les armes, réservant les femmes et les enfans pour l'esclavage. II périt ainsi vingt mille personnes, hommes, femmes et enfans; il n'y eut en général de sauvé que le petit nombre de ceux qui auparavant avaient cherche leur salut dans les places voisines. Plusieurs périrent dans les supplices,

I>our n'avoir pas voulu découvrir le lieu où Ils avaient caché eurs richesses; d'autres moururent de soif, parce qu'Us

f I.IM. M ■■ M ■ I ■ I I II I II I I ■ M M , . I Ml . ■■ I ■ ■ ■ I ^ ■

(1) Cest la ville que lesaiitears chrétiens appellent Hasar.

MBIATIM AUX CROIgiUDBfl. 11

n'ttvaieDt pas de quoi pajer f eau qu'on voulait leur vendre. Les Francs s'arrêtèrent pendant trente-trois |ours dans la vâie, et ne se retirèrent qu'après avoir rase les fortifications et brûle les maisons et les mosquées. 9

Ibn-gionzi re'pète en partie les mêmes de'tails. il parie ensuite de la marche des Francs vers Jérusalem.

An 492 [1099], « Les Francs ^ dit Ibn-giouzi, lors-

3u1b partirent d'Antioche, étaient au nombre d'un million liommes, dont cinq cent mille en état de combattre (1}. Le reste se composait d'ouvriers et d'employés aux pierriers et ans autres machines de guerre. Ils suivirent le bord de la mer. Jérusalem appartenait alors aux Egyptiens. Celui qui eu avait le commandement s'appelait Iftikhar-eddaulé, ou h Gloire de Vempire. Le siège dura quarante jours. Les Francs élevèrent deux tours pour dominer les murs de la place : l'une du cdté de la porte de Sion , l'autre du côté des portes d'Asbat et d'Amoud , ou portes des Tribus et de' la Colonne. Les assiéçés parvinrent à brûler la tour de la porte de Sion ; a Tégard de la seconde , elle fut approchée des murs. Alors les Francs firent jouer toutes leurs machines àla-fois ; puis , attaquant comme un seul homme , ils mirent les musulmans en fuite et entrèrent de force dans la ville. La foule se réfugia dans la mosquée Alacsa et ses dépendances (%). Les Francs, les j poursuivant, tuèrent, dit-on, cent mille personnes , et firent autant de prisonniers. Ils n'épargnèrent pas même les vieillards des deux sexes (3). En ce lieu étaient rassemblées d'immenses richesses. Us 7

(1) n n'est pas besoin de dire qa« ce nombre eft fort exagéré. Kenai-eddin t'est tena plus près de la vérité^ en ne le faisant monter qn*à trois cent vingt mille hommes.

(s) Cest la mosqoëe bâtie par Oraar snr remplacement dn temple de Salomon , et qui porte encore ie nom d*Omar. Cette roosqnée » •otre le temple proprement ék, renferme un parvia et plosieurs cfaapellea , entre lesquelles est ceHe de la Sacra ou de la Rocbe , ainsi appelée parce que , dans roprnion d# srasnlmrins, on y conserve k pierre sur laquelle le patriarche Jacob appuya la tête la nuit oà il vit féclidle nyslërïease qui condnisaft de la terre au ciel. Voyez fa description de la mosquée et de ses dépendances, dans le Voyage JTAhf'Bey, t. IJf , et utlas.

(s) Se Ton en croyait le cadi Mogir-eddin , auteur d*nne Histoire de Mroiiem et dVébron , la mort de tant de personnes serait en partie vcBue de ce i|u*«n avait accordé aux «usirimans un ddai de trois

a BXTBAIT8 d'auteurs ARABB8

trouvèrent soixante-dix lampes , dont TÎngt en or (1) et les autres en argent (S). Ils enlevèrent aussi un tennour on grande lampe d'argent, du poids de «inarante rotts ou livres de Syrie (3). Quant aux Juifs, on les enferma dans leur synagogue et on les y brûla. Je'rusalem n'avait pas cessé d'être au pouvoir de Tislamisme depuis le règne du calife Omar, l'an 16 de i'hegire [638 de J. C.]. 9

Un auteur musulman appelé Ibn-zoulak, croyant sans doute donner plus de solennité à cet événement, prétend qu'au moment de l'entrée des chrétiens dans la ville sainte, le soleil s'éclipsa, la terre se couvrit de ténèbres, et les étoiles apparurent en plein jour.

Cependant le visir égyptien Afdal accourait d'Egypte en Syrie, accompagné, selon Ibn-giouzi , de vingt mille hommes. Étant arrivé deux jours après la perte de Jérusalem, il se porta vers Ascalon. Ibn-moyassar nous apprend qu'il envoya un député aux chefs des chrétiens , pour leur reprocher les cruautés qu'ils avaient commises; mais les chrétiens, s'avançant avec toutes leurs forces , l'obligèrent à prendre la fuite. Plusieurs des musulmans s'étaient cachés dans les branches des sycomores qui couvrent le pays : les Francs mirent le feu aux arbres et firent périr ces musulmans dans les flammes.

Ensuite les Francs entreprirent le siège d'Ascalon. Déjà, suivant Ibn*giouzi, ils avaient forcé les habitans à leur pro-

joiirs pour sortir de la ville , et que U presse fat si grande anx portes de la mosquée , que piasiears y périrent, f ^e nombre des morts est sans doute* exagéré; mais ia manière dont s'opéra ce carnage n'est que trop constatée. On peut recourir au témoignage des auteurs chrétiens eux-mêmes.

(l) Chacune était du poids de mille mitscab, ou de dix livres de douze onces.

(s) Celles-ci pesaient chacune trois mille six cents dirhems de Syrie, on environ vingt-quatre livres de douxe onces.

(s) Ces richesses étaienlflie fruit de ia piété des Mnsalmana; Mahomet a promis de grandes récompenses à tous ceux qui feraient quelques offrandes à cette mosquée. Voyez à ce sujet ie témoignage d*an auteur musulman. Mines de l'Orient, t. Il, p. SSS. Encore aujourd'hui, les Musulmans se font un devoir de montrer la même piété. Le P. Roger, qui, il y a quelques siècles, trouva le moyen d'entrer dans la mosquée , y compta jusqu'à sept mille lampes. Voyez V Itinéraire de Paris à Jérusalem, par Mtde ChAteaabriant, t. II.

«BLATIFS- AUX CROI8ADB8. 1 3

nettre un trîbat de vingt mille pièces d'or; mais au moment d'en faire ia levée , ii survint une querelle parmi les chefs , qui furent contraints de se retirer.

Tel est le court re'cit de la bataille d'Ascalon, qui occupe une si grande place dans l'histoire et la poe'sie chrétiennes. On attribue tout l'honneur de cette victoire à Raymond de Saint-Gilles. Le cadi Mogir-eddin nous apprend qu'un poëte musulman , voulant faire sa cour a Raymond , lui adressa ces mots singuliers : a Tu as vaincu par i'epee du Messie. 9 O Dieu! quel homme que ce Saint-Gilles? ia terre n'avait 9 pas vu de déroute semblable à celle d'Afdal ; n et que le visir, pour se venger, fit assassiner le poète.

Après ces evenemens, beaucoup de musulmans n'osèrent pins demeurer en Syrie. Ibn-giouzi rapporte qu'un cadi et d'autres personnes de la ville de Damas se retirèrent à Bagdad , et se pre'sentèrent au divan ou conseil d'e'tat du soltaii y en s'arrachant les cheveux et fondant en larmes. LfO cadi se leva en présence de l'assemblée , et fit un discours

Iui tira des larmes de tous les yeux. \^ divan envoya un e'pnte au sultan, qui était alors avec son arme'e dans le Kboraasan , |iu nord de la Perse , pour iui exposer les malheurs de l'islamisme : mais la discorde s'était introduite dans ia maison des princes selgioukides ; ils avaient tous pris les armes, et se disputaient 1 autorité les uns aux autres. Dieu permit , ajoute l'historien , pour des vues qui nous sont cachées y que la démarche du divan restât inutile.

Suivant Abouiféda, ce fut par les fuyards que l'on apprit à Bagdad la nouvelle de la prise de la ville sainte. On était alors au mois de ramadan ou mois du jeune j la douleur devint générale, et le peuple se répandit dans les mosquées pour implorer la miséricorde divine. Les esprits furent si troublés, qu'on oublia d'observer le jeune. Dans ces circonstances, le poète Abivardi composa des- vers dont voici le sens :

ft Nous avons mêlé le sang à l'abondance de nos larmes, n ne nous reste pas d'abri contre les malheurs qui nous menacent !

n Les tristes armes , pour un homme , de répandre des pleurs , lorsque la guerre embrase tout de ses épées étincelantes!

9 O enfans de Fislamisme, bien des combats vous restent à soutenir y daot lesquels vos tète» rouleront à vos pieds !

14 EXTJUira ]>'AOTBUBa ARAMS \

» Comment dormir et fermer les paupières^ lorsqu'on est atteint par des commotions qui réveilleraient Ffaomme le plus profondement endormi?

«Vos frères dans ia Syrie n'ont pour se reposer que le dos de leurs chameaux ou les entrailles des vautours.

« I^s Romains (i) les couvrent d'opprobre; et vous, vous laissez traîner votre robe dans la mollesse, comme quelqu'un qui n'a rien à craindre!

J9 Que de sang a ete répandu ! que de femmes à qui on n'a laissé pour couvrir leur beauté que leurs mains !

n Entre les coups de lance et d'épée le choc est si épouvantable , que la tête des enfans en blanchirait de frajfsur.

» Telle est cette guerre, que ceux mêmes qui s'éloignent de ses fureurs dans Tespoir de s'en préserver, grincent bientôt les dents de regret.

« II me semble voir celui qui repose à Médine ( Mahomet ) se lever pour crier de toute sa force : O enfans de Haschem !

n Quoi ! mon peuple ne vole pas a l'ennemi la lance a la main, lorsque la religion croule par ses fondemens!

9 II n'ose pas approcher du feu, crainte de la mort, et il ne voit pas que le déshonneur est une blessure qui reste!

« Est ce donc que les chefs des Arabes se résigneront à de tels maux , et que les guerriers de la Perse se soumettront à un tel avilissement?

9 Plut à Dieu , puisqu'ils ne se battent plus par zèle pour la religion , qu'ils résistassent pour le salut de leurs proches !

» S'ils renoncent aux récompenses célestes , lorsque le danger les appelle, ne seront-ils pas du moins attires par l'espoir du butin? n

En effet, remarque le cadi Mogtr-eddin, de qui nous empruntons ces vers vraiment remarquables , il ne pouvait paa arriver de plus grand malheur i l'islamisme : les rois de la terre n'étaient pas assez forts pour chasser lés Francs de leurs conquêtes; il fallait attendre la volonté du Dieu suprême ^

Îui enfin reprit Jérusalem par les mains de son élu Saladin. our moi, ajoute Itf ogir-eddin , telle est ma pensée; je n'ai

(i) Le poSte se sert du moi Rommn on plutôt du mot Grtc, pour désigner les guerriers «TOccident. L^s musulmans eurent d'aboni des guerres si terribles k soutenir contre les Grecs de Constantinopte , éeiaten restes de Fempire romsài , qn*ib n*enrent pfais d'antre laoc pour indM|a«r «n génënd les eaaenis de risfamisme»

BBLATIPS AUX eBOISADB|. 15

pas d'autre eiperance que Dieu; c'est en iulque je mets ma confiance ; il me suffit O quel excellent maître et quel bon protecteor!

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