IX
Dëiaiu et mort de Aofvr, prinee d'Aatieekeé
An SéS [é1é9]^ Ici ncos tradoirons le récit de Kemat eddin. « C^ette année , Ilgau repassa en Mésopotamie paor en amener de nouvdles forces ^ et appela les mnsulmans et tes Tnrcomans aux armes. Les guerriers acoouroreni en foule. Ilgazi se vit bientôt à la tête de quarante mille hommes y et reprk le chemin de la Sjrie. A son arrirée près de TeII-bas(^er, les habitans d'Alep vinrent se plaindre è lui des maux mie leur causait ia garaison chrétienne d'Ata* reb. Aussitôt il se dirigea contre cette place.
» Cependant Roger avait rassemUé les Francs ^ les Arméniens et toutes les troupes de ses états. II se porta en toute hâte vers Belat, près des gorges de Sarmeda, au nord d'Atareb. Les émirs et les chefs de Tarméi musulmane demandèrent à grands oris le combat llgazi était d'avis d'attendre Farrivee de Togdekin y prince de Damas, afin de se concerter avec lui sur le parti à prendre ; mais les émirs ne voulurent souffrir aucun délai , et proposèrent d'attaquer les chrétiens sar4e-champ. Alors llgazi leur fit promettre de combattre les chrétiens à outrance, de leur résister de pied ferme , et de donner I s'il le fallait, leur vie pour la gloire de Dieu : tous le jurèrent avec entliousiasme. Laissant donc les tontes et les bagages i Kenesrin , ils partirent incontinent, et arri-* vèrent sur le soir à une petite distance de l'armée chrétienne. On était au vendredi 1 6 de rébi premier [ fin de juin ]. Les Francs étaient en ce moment occupés à rebâtir un château qui dcmiine sur la tour des Scorpions, et croyaient l'armée musulmane arrêtée devant Atareb ou quelque autre place voisine. Les musulmans passèrent la nuit sans se faire voir; Dès que le jour parut, iU dêplojèrent leurs étendards, et entourèrent l'ennemi de tout coté. Un cadi d'AIcp , nommé AbouI-fadI , parcourait les rangs pour animer les guerriers au combat; il était monté sur une cavale , et tenait une lance à la main. Qudques soldats , en le voyant , confurent du mé-
40 EXntÂiraD'AUTBURB ARABB8
pris pour lui : « Est*ce cfonc , se dirent-ils , pour cet homme « à bonnet que nous sommes venus si loin (l)! * Le cadi s'avança à ia tête des bataillons et fit aux guerriers un discours énergique qui anima leur cœur et enflamma leur courage. Ses parole eurent un effet surprenant , et tirèrent des larmes de tous les yeux. Déjà un corps de musulmans tour» nait l'ennemi et s'emparait de ses bagages; Dieu se déclara pour Fislamisme : les chrétiens ^ forces de plier, retournèrent vers leurs tentes et furent massacres. Les Turcs chargèrent tous àJa*fois et comme un seul homme, et montrèrent une grande bravoure. La multitude des traits tombait comme une nuée de^auterelles. Les cavidiers francs en furent accables; les fantassins et les valets de l'armée en furent meurtris et moulus; tous les chre'tiens furent tues ou faits prieonniers. Roger périt en combattant L'armée mosnlniane ne perdit
3ue vingt hommes , et à peine ii se sauva vingt chrétiens du esastre. . Quelques chefs seulement s'échappèrent par la fuite ; quinze mille chrétiens furent tues sur le champ de bataille. L'action avait commence un samedi vers l'heure de midi ; tout-à-coup , et à la même heure , la nouvelle se repandit dans Alep d'une victoire éclatante ; un grand bruit se faisait entendre du c&ii d'Occident; mais ce ne lîit que vers le soir qu'on vit arriver des guerriers qui avaient pris part à l'action.
» Les paysans de la contrée recueillirent les cadavres et les brûlèrent. Dans les cendres d'un seul cavalier chre'tien on trouva les fers de quarante lances.
» Cependant Ilgazi s'e'tablit dans la tente de Roger; il y fit apporta le butin et le partagea à ses' troupes , ne se reservant que les armes pour les envoyer en présens aux princes des contrées musulmanes. Parmi les prisonniers était lin homme d'une haute stature et fameux par la vigueur de son bras; celui qui le conduisait était un petit homme, tout débile, et dont les armes n'étaient pas plus grandes que lui.' Dès que le prisonnier parut, les Turcomans se mirent à rire. « N'as-tu pas honte, lui dirent-ils, de t'étre laisse 9 prendre par ce nain, étant armé comme tu l'étais? Devant 9 Dieu, répondit le géant, ce n'est pas lui. qui m'a pris, ce
(i) Les gens de iei, dans le Levant, ont an grand bonnet, et ce mot, dans la hoache de ces soldats» était un terme de mépris.
REULTIPS AUX GRÛ18Aa>BB. 41
9 n'est pts là mon muitre : o^est un homme très-graad , pins «grand que moi, et d'une force étonnante , qui m'a remis » à celai que Vous voyez. II e'tatt ^abilie de vert , et son 9 cheval était de la même couleur (l). «
V Ensuite l'armée musulmane se répandit dans les terres de la principauté d'Antioche et y fit de grands ravages, La nouvelle du malheur. arrivé à l'armée chrétienne n^ était pas encore connue, et tout le mond» était dans la sécurité. Le butin fut immense ; il n'y eut pas de Turc qui ne revînt de cette expédition les mains pleines,
B Les chrétiens essuyèrent, peu de temps après, un nouvel échec : un corps de troupes turques surprit le roi Baudouin, ainsi que le comte deJTripoii , qui venaient au secours d'Antioche, et les battit. Les- Francs se sauvèrent dans les montagnes. Mais pendant que les Musulmans allaient attaquer Artab, Baudouin s'introduisit dans Antioche et en prit possession. II se fit livrer par sa sœur, veuve de Roger, les trésors et les richesses qui lui restaient encore; il s'em* para des biens de ceux qui avaient péri dans la bataille^ il maria leurs veuves, leva de nouvelles troupes*, et appela tous les guerriers aux armes. Si Ugazi était arrivé avant loi auprès d'Antioche, nul doute qu'il ne l'eut prise sans peine.
9 Pendant ce temps , Ilgazi fit sa jonction avec Togdekin , et ils allèrent de. concert assiéger Atareb, qui ouvrit ses portes. Zerdena se rendit pareillement. Mais, tandis que la garnison se retirait à Antioche, ainsi que le portait la capitulation , elle fut surprise dans sa marche par les Turcomans, massacrée en partie, et entièrement dépouillée.
9 A la première nouvelle du danger qui menaçait Zerdena, le roi Baudouin s'était mis en marche pour venir à son secours : il rencontra l'armée d'IIgazi près de Danit, ignorant
(l) L*aateur veut dire que le guerrier chrétien avait e'ié pris, non pir un mortel , mais par un ange yenu exprès du ciel. Les auteurs musulmans font souyent mention d*apparitions de ce genre , et racontent d*nne manière tont-à-fait semblable la prise d*AbbaSy oncle de Mahomet, par les troupes de son neveu , an combat de Bedr. Voyez la Vie de Mahomet, par Gagnier, t. ii, p. 40; ce qui prouve (|ne le trait rapporté ici n*est que la copie de Tancien. A l'égard do ia conienr verte du cavalier céleste, c'est en général «elle que les musulmans attribuent aux milices du ciel.
4S BmiAm d'aittbijrs asllws
encore ia prise de Zerdena. Son armée se composait d'âne nombreuse infanterie et de quatre cents caraliers , formant en tout deux cents tentes. Dans Faction qui s'engagea, le seigneur de^ Zerdena commença par battre les' troupes de Damas et d'Émesse qui lui étaient opposées y et courut du câté de Zerdena pour y introduire quelques secours. Trouvant cette yiile au pouvoir des musulmans , il retourna au champ de bataille et n'y vit plus personne. L'armée chrétienne avait été mise en fuite , et les musnfanans l'avaient poursuivie jusqu'aux portes de Hab.
9 A leur retour, il s'engagea un nouveau combat , ou le seigneur de Zerdena fut aussi mis en déroute. Ce seigneur, autrement dit le comte Lipr^^x , s'appelait Robert En fuyant, il tomba de cheval, et fut conduit par les gens du pays à Ilgazi, aux portes d'Alep. Ilgazî le renvoya àTogde* kin , qui le massacra de sang-froid. Ensuite Hgazi se fit ame* ner les prisonniers : il mit à part les seigneurs de villes , les chefs, le député de l'empereur des Grecs, et le petit nombre de ceux qui étaient en état de racheter leur vie; ils payèrent leur rançon et furent mis en liberté. Restait encore une trentaine de prisonniers; comme ils n'avaient pas le moyen d'offrir une rançon, «n leur coupa la tête. L'expédition étant ainsi terminée , Ilgazi repartit pour Maridin , afin d'en amener de nouveUes forces, n
Abouiféda n'a rien dit de particulier sur cette guerre, sinon que les poètes oé{e1>rèrent dans leurs vers la victoire dllgazi. Le distique suivant fut composé à cette occasion. Le poète s'adresse à Ilgazi :
tt Ordonne ce qu'il te plaira, et ta volonté sera faîte; tu 9 partages avec le créateur nôtre confiance.
f> L'AIcoran a triomphé par ton appui , et l'Evangile pleure 9 la mort de ses enfans. «
Ainsi se termina cette expédition, qui devint funeste a toutes les colonies chrétiennes d'Orient. La principauté d'Antioche ne s'en releva pas. Pendant long-temps on verra les rois de Jérusalem être sans cesse obliges de s'y transporter pour la protéger contre les incursions des musulmans d'Alep et de la Mésopotamie. Plus tard , quand Antiocbe aura des princes en état de combattre , ou ils seront malheureux dans toutes les guerres, ou bien ils n'y prendront aucune part. Il est évident qu'avec Roger étaient morts les meilleurs soldats d'Aptioche, et quil ne fut^pius possible de
BMiATÏPB AUX CEOUADB8. 43
les rein|iiacer. Les auteafs arabes n'ont fait nulle part cette remarque, et nous la fusons ici pour rintellîgence de leur
récit (1).
SX.
Soite de la même guerre.
An 514 [4120]. Rcmal-eddîn reprend en ces termes : • Après la de'faite de Roger, plusieurs princes musulmans àt Syrie , tels que le maître de Schaizar et autres , croyant Foccasion favorable, s'étaient empares de quelques places de la principauté d'Antioche. Le roi de Jérusalem reconquit les villes perdues et poussa ses -courses fort avant dans les terres (PAIep. Dans le même temps, Josselin, qui était seigneur (fEdesse et de Tell-bascher , attaqua la principauté d'Alep, da cite du nord et de f orient Les troupes d'Alep usèrent tiissî de représailles; et, se jetant sur les terres d'Antiocbe, eHes y mirent tout à feu et à sang.
«De son cdté, llgazi passa de nouveau l'Euphrate, et rerint en Sjrie avec de grandes forces. D'abord, il entreprit le siège de Tell-bascher et d'Ezaz , sans permettre à ses Tnrcomans de se répandre dans les campagnes. Ensuite il s'avança contre Antiocfae, puis se retira sans avoir rien (ait Lies Turcomans firent alors éclater leur mécontentement : ils avaient espéré , dans cette campagne , comme Tannée précédente , de faire un riche butin , et ils se trouvaient à la fin de l'expédition sans avoir soumis de place, ni trouvé a piller. En voici la raison : c'est que les prisonniers francs qui s'étaient rachetés l'année précédente, avaient bien recommandé à leurs frères de se tenir sur leurs gardes. Ilgazi, irrité contre ses Turcomans, et voulant les couvrir (Tignominie, leur fit couper la barbe (t}. Aussitôt Farmée se
(i) On fera bien «Taineim de lire la relation écrite par Gantier , duncelier de Roger, qui se tronvait à cette expédition, et qni fut lut prisonnier (tome i,^ de \a Bibliothèque des Croisades, p. lOS et mhr.). Gautier •*esC beaucoup étendu. sur les atrocités exercées cBTen les Taincna. Noos reuToyons k ce qn*il en a dh.
(t) (Tétait le plus grand châtiment qn*il pàt leur infliger. Voycx iea AmiaUi d'Aboulféda , tome I , p. ass , avec la note de Reiske.
44 EXTRAITS d'aUTBURS ARÀBBS
débanda, et Ilgazî, hors d'état de poursuivre la guerre , fut force de convenir avec' les chrétiens d'une trêve qui devait durer jusqu'à ia fin de l'année^ Par ce traite, llgazi céda quelques petites villes aux chrétiens , après quoi il retourna en Mésopotamie (1).
<» Cependant ies campagnes se repeuplaient à la faveur de la paix , et les cœurs pouvaient se livrer à la sécurité , lorsque le maudit Josselin vint ravager de nouveau les campagnes d'AIep. On était en pleine paix; il disait pour pre'texte qu'on lui avait enlevé' un de ses gens et qu'on lui refusait satisfaction. II prit jusqu'aux vieillards des deux sexes et aux malades , et les laissa nus sur les chemins , où ils pe'rii*ent tous de froid; Le commandant d'AIep écrivit à ce sujet à Baudouin : 6 Ilgazi, lui disait-il, a laisse ce pajs sans deTense, n parce qu'il se fiait à votre parole, n Baudouin fit réponse qu'il n'avait pas d'ordres à donner à Josselin ; et les ravages continuèrent comme auparavant. Ensuite les Francs d'Antioche prirent aussi les armes ; et après avoir dévasté le territoire de Schaizar, ils demandèrent au maître de cette place le tribut qu'ils en recevaient tous les ans. Lie prince j oonsentit , s'ils voulaient rendre le butin qu'ils venaient de faire; mais les chrétiens s'y refusèrent, et le maître de Schaizar leur livra la somme qu'ils demandaient, pour obtenir uue trese qui devait durer jusqu'à la fin de l'année.
n Pendant ce temps, Ilgazi ne s'occupait guère de la prîn-
(l) Kemal-eddin fait mention an m^me endroit d*unc particularité qui' pourra donner une id^e de Tc'tat des revenus d*AIep : > Les « habitans , dit-il , sVtant plaints à ligazi du r<ftabli8sement de plu- V sienrs charges imposées par Redouan et innsitëes sous les gouver- « nemens prc^cëdens, le prince se lit présenter un ëtat des taxes • payées par Alep , et il fat reconnu qu'elles se montaient annuelle» » ment k la somme de douze mille pièces d*or. II commanda de les » réduire , et Tordoonance expédiée dans cette occasion fut transcrite » sur une table quon cloua « la porte de ia grande mosquée. »
II est probable que ces douze mille pièces d*or étaient levées sur la ville d*AIcp seulement et indépendamment de son territoire; sans cela , comment les princes d'AIep auraient-ils pu payer, en de certains temps, é.<^ tributs annuels de dix mille pièces cfor et même de vingt mille , comme nous les avons vus faire envers Tancrède, régent flTAntioche? La principauté toute entière n'anniit pas sniS à cette charge.
BBLATIFS AUX CROI9ADB0. .45
cipaate cTAIep.Le pays se couyrit de ruines ^ et left Francs en subjuguèrent ia meilleure partie. «
An 515 [4121]» a Cette année , Baudouin s'avança jusqu'aux portes d'Alcp, et enleva les bestiaux répandus aux environs. Alep était alors sous le gouvernement de Soliman , fils d'Ilgazi : son père lui ayant mande de renouveler le traité avec les Francs , à quelque prix que ce fut , il abandonna aux chre'tiens la partie septentrionale de la principauté d'Alep, aussi bien que la moitié des terres situées autour de la ville. Les chrétiens avaient aussi demandé qu'on leur cédât Atareb ; Ilgazi y consentit; mais la garnison refusa de livrer cette place , qui resta aux musulmans.
9 Ce fut vers ce même temps que Thogril , sultan de la Perse , alla faire la guerre aux Géorgiens et à leur roi David, llgazi fit partie de cette expédition , ainsi que Dobais , fils de Sadaka,. prince de Hilla sur le Tigre. Les Géorgiens, ayant attiré l'armée musulmane dans leurs montagnes ^ en firent un grand carnage (l).
n Sur ces entrefaites , Soliman , fils d'Ilgazi , qui gouvernait Alep, se révolta contre son père. Les Francs profitèrent de ce désordre pour étendre leurs conquêtes. Le roi Baudouin s'avança même vers Alep ; et comme Soliman lui fit demander la paix, il y mit pour condition la cession d'Atareb, dont il convoitait depuis long- temps la prise. « Vous ne n pouvez ignorer, dit-il au député, que Soliman n'est pas en 9 état de défendre Atareb contre moi , sur-tout à présent que 9 j'ai construit dans ses alentours des châteaux qui l'envi- 9 ronnent de toute part. On peut dire que cette ville re&- 9 semble en ce moment à un cheval qui a perdu l'usage de » ses pieds de devant, et qu'on nourrit d'orge, dans l'espoir « de le guérir et de le vendre avec avantage : l'orge finit par 9 manquer, le cheval meurt, et le maître n'a pluK ni orge 9 ni cheval, n Baudouin attaqua donc Atareb , mais sans succès.
9 Peu de temps après , ligazi réduisit son fils à l'obéissance, et donna le gouvernement d'AIep à un de ses neveux, nommé aussi Soliman ; puis , renouvelant le traité avec les
(i) Gftutier le chancelier a parle de cette ezpi^drtioii; et il paraît, d'après ion récit , que le roi David avait des guerriors d'Occident à son service.
46 Bmurrs D'AtrrBuRs arases
Francs ) pour nn an seulement, il repassa en Mésopotamie, et revint l'année suivante avec de nouvelles forces , accompagné d'un autre de ses neveux nommé Balac (t), maître d'un grand nombre de châteaux du càté de Malatia, au nord de la Syrie.
» Sur ces entrefaîtes , il mangea un jour avec excès de la viande , de la cbair de brebis , du meion et autres fruits ; son ventre s'enfla; il se sentit la poitrine oppressée, et se décida à aller à Alep pour s'j faire traiter. Dès qu'il se trouva mieux, il se mit en route pour Maridin , et mourut en chemin (3). Son fils Soliman lui succéda dans Miafarekin ; son second fils, Timurtach, dans Maridin; et son neveu Soliman , dans la ville d'Alep. Togdekin s'était aussi trouvé à cette expédition avec Balac. Le premier retourna à Damas , et l'autre dans les terres de sa dépendance. «
5 Xï.
Soite da même sujet. -« Prise de Tjrr par les ehrtfiieiM.
« Quelque temps après , continue toujours Kemal-eddin , Balac enleva par suprise le maudit Josselin , avec Galeran , son cousin, et le neveu de Tancrède. Cet événement eut lieu aux environs de Saroug , près d'Édesse. Balac demanda à Josselin et à son cousin de lui céder les places de leur domaine; ils s'y refusèrent , et dirent : « Nous et nos châteaux , 9 nous sommes comme le chameau et son bât : quand le « chameau meurt, son bat sert à un autre. Ainsi donc , il est « à croire que nos provinces auront déjà passé entre les mains » d'un des nôtres. 9
An 517 [11^3]. Le roi Baudouin, à la nouvefle de la mort dllgazi, s'était emparé de quelques places de la principauté d'Alep. Cette année, Soliman, maître de cette cité-, fit la paix avec lui, et lui abandonna Atareb. Cette forteresse fut rendue à son ancien se^neur, nommé sire Alan, qui la garda jusqu'à sa mort
(i) Oa BaUtd, comme rappellent ies Latins, (s) Veyes ce que Gautier le cliaiieelier a dit de oette mort, tome I.«r de la Bibliothèque des Croisades, page iss.
BBIATIFS hV% GBOlflànM. 41
m Vefs ce même temps , le roi marcha contre Balao, du cote de l'Euphrate » pour délivrer Josseiin et ses coinpagnoos; mais il fut battu, et lui-même fait prisonnier. Balac Penferma avec JosseUn et Galerao dans le château de Kharlbert en Mésopotamie. Ensuite , profitant de i'e'tat de faiblesse on se trouvait la Syrie, il repassa rEuplirate, et prit Alep à Soliman , «{u'il accusait d'agir trop mollement contre les Francs. Il sub|Bgaa aussi quelques places de la principauté d'Antioche, *
• Siu* ces entrefaites , le roi Baudouin et les autres prisonniers chrétiens, au moyen des intelligences qu'ils s'étaient ménagées dans KJbartbert, rompirent leurs chaînes et parvinrent à s'évader. Quand ils se virent libres , Josseiin prit la parole et dit : « Puisque nous voilà hors de danger, je suis » d'avis de nous en aller avec ce que nous pourrons emn porter. » Baudouin n'approuva pas cet avis, et prâera demeurer, afin de garder Khartbert; mais il permit à Josseii* de sertir, en lui uûsant jurer de ne pas changer d'habits , de ne pas manger de viande, et de ne pas boire (l) autre part qu'à la messe (9) , uu'il ne fut venu les dâivrer. Dès que Balac apprit cette nouvelle, il retourna en toute hâte à Khartbert , tua tous les Francs et ceux qui avaient eu part à l'évasion des prisonniers, et n'épargna que le roi Baudouin , ainsi que le neveu ifi Tanorède et Galeran, qu'il fit enfermer dans Haraa. Pendant ce temps , Josseiin s'était rendu à Jérusalem pour appeler les chrétiens aux armes. Défà il avait levé une armée et il était parvenu jusqu'à Tell-bascher, lorsqu'il apprit le malheur arrivé à ses eolnpaf^ons de captivité. Changeant alors de dessein, ii vint dévéster les terres vnnines d'Aiep, et détruisit jusqi&'aux. chapeUea des environs ; ses soldats n'épargnèrent même pas les tembeaux. En paaition de cet attentat y le cadi Aboui-fadl (8), de. concert avec les princi*panx d'Alep, fit oonvettif en jnàiqnées plmsienni églises de la ville; on abattit les autels, et. les portes furent dispesées de façon qu'e» y faisant. la prière les mnsnfaa.ans fussent tournés jdn c^' de la Mecque. Trois églises changèrent ainsi de destination. Les chrétiens d'Alep n'eurent plus que deux
(i) Be vin» sans doiit«# • •
(t) Oncqaunuiiait^IorsMnsicstfeiixsspècM.
(3) Le même qui avait damé i«s musfdiaaai pontrc Rog9«
48 BZniAfTS d'aUTBCIRB AJRABBS
églises à fear usage. Tout cela s'est maintenu jusqu'à nos jours (t).
n Quelques mois après ( vers le mois de novembre) , Josselin envahit de nouveau les terres d'AIep , et ènkva pbis de cinq cents chevaux qui paissaient dans le voisinage ; il emmena le gros et le menu bétail , de'truisit les maisons, &c. Dans le même temps , le seigneur d'Atareb s'avança da cAle' du sud, avec les troupes d'Antioche, et enleva trois cents chevaux dans les pâturages. Ainsi la cavalerie d'Alep se trouva sans chevaux (9). Josseiin passa en Mésopotamie, et, tombant sur les Turcomans et les Cnrdes, il leur prit dix mille chevaux, brebis^ âcc. 11 ouvrit même les tombeaux et dépouilla les morts de ce qui avait servi à leur sépulture. ^
An 5iS [ii24], u Cette annee^ Balac essaja de s'emparer de la ville de Manbeg (l'ancienne HieVopoliif), quoique appartenant aux nousuImaiM. Déjà, celui qui y comoiiuadait, ■ommé Hassan, s'e'tait laissé enlever par surprise, lorsque son frère prit la défense de la place, et appela les chrétiens à son secours. Josseiin arriva bientdt avec une arfftéè de àix mille hommes , et livra eombat h Balac. Les chrétieils furent battus. On assure que Balac chargea lui-même dans cette
I'ournée jusqu'à oinquante fois, frappant de Pépée et de la ance , sans recevoir la moindre blessure. Ensuite , il retourna devant Manbeg, tout occupé de Dieu, et ne cesstf la nuit suivante de lui rendre graees de sa Victoire.- Le lendemain , il fit massacrer tous les chrétiens qui étalent tombés en son pouvoir , et s'occupa ^ossitât de cherche!* un lieu convenable pour y dressev sesm^hinesde* siège. Il marchait le casque en tiéte et tenant vd^boWeltiSr àlninàin. il avait eu' un moment la pensée de-iiister i6 som du isiégd à un autre, et d'aller lui*4iiéuie* au secours *de la ville dé^yr, aiei^s vivement pressée par le» Francs: 6P6iidàiir'qi/ir>^ttft Rempli de ces idées,, donnant des.«9rdr«s en ebiiséqueiiée;tune flèche partit des remparts qui le frappa à^lar clàvî^euleguuelie; il n'eut que le temps d'arracher le fer de ses maim^, «de cracher dessus et de s'écrier : a Voilà un coup qui' tue tous lés mUâuW
(l) Kemal-eddin écrÎTaxi dans le xui.^ siècle. de notre ère. - (s) A* Alep, il est d*usage d'abandonner les chcyauz dans la campagne pendant une partie de l'année. llÉrrCvnt pas dVtatrë mAirritare <]ttc fberbe des chainfks. Vo^ le Và^Ugéét J«ttl'l4évetio( atilic^mtf-» t.'tn,p. 150 del'édhin&iii-lt. < "
BBIATIF8 AUX CROI8AIIB8. 49
» maas! • Ses cbnstes §e partAgèrent ses étato, Soliman , fib dllj^azi , qtà «Tait déjà entre les mains Mîafarekin , devint maître des chateanx de MÀopotanrie, an nombre de plus de cinqnante; et Timnrtach, défà maître de Maridin, eut en partage Alep. «
C'est dans ce même temps qne Tjr tomba an pouvoir des ciirétîeas. On lit dans la ofaroni^e dlbn-Moyassar, sons la date de Tannée précédente, que les princes de Damas et de Monssoul, se vojant hors d'état de sauver cette viHe, avaient envojé une - députatîon an calife d'Egypte pour rinstraîre des progrès des Francs en Sjricy et Ini demander du secours. Les députés , arrivés à la porte du Caire dite la porte F^iûuh ou dêê ConqUites , ndrtut pied à terre et baisèrent fai porte. De là ils s'avancèrent , toujours à pied y jus* Ia'à la porte du pdâis, et la baisèrent aussi. Ils s'arrêtèrent e même à la porte du FUuPê ; après quoi on les présenta •n calife. Les troupes égyptiennes reçurent aussitôt l'ordce de se préparer à la guerre. On équipa une flotte de auarante vaisseaux , et il partit en même temps une armée de terre , qai s'arrêta à Jaffa, et y attendît pendant six jours les troapes de Damas , de Moussoul et d'AJep; n'en recevant pas de nouvelles y elle reprenait le chemin de l'Egypte , lorsqu'elle fut attaquée par les chrétiens et défaite sans combattre. A Fégwrd de la flotte, elle aborda avec des munitions àTyr.
n Cette ville , comme le remarque Ibn-giouzi , obéissait à-. la*fois à deux chefs : l'un y commandait au nom du calife d'Egypte ; l'autre, et c'était Massbud , y commandait au nom da prince de Damas. Ces deux chefs étaient en dissension. Le commandant égyptien profita de Tarrivée de la flotte pour faire arrêter liassoud et I envoyer en Egypte. Il ne vit pas que Tyr n'avait plus d'autre espoir que dans le prince de Damas, et que l'insulter ainsi dans la personne de son lieutenant , c'était s'êter à soi*même sa dernière ressource.
«Les Francs, instruits de ces troubles, vinrent l'année suivante mettre de nouveau le siège devant Tyr. Le commandant recourut alors au gouvernement égyptien, mais en vain ; on lui fit réponse qu'il s'adressât au prince de Damas. Le visir déclara qu'il abandonnait Tyr àTogdekin, et envoya même à ce dernier un acte en bonne forme, par lequel il lui cédait la possession de la ville. Déjà les vivres commençaient à manquer dans la place, et les habitans, n'espérant plus d'être secourus, se rendirent, obtenant sûreté pour leurs
50 EzrftAiT» D^AirrouRS nBfOKa
personnes et leurs richesses ^ 4iit Ja liberté. de ifoltter ia THIe ou de rester. To^dekin s^avança arec ses troupes en faoe des Francs. Les deux armées.. étaient. tous les armes, laissant entre elles un espace yide, :Les Habitans franchirent cet espace avec tout ce qu'ils purent emporter , sans être troublés dans leur marche , et allèrent s'étiMîr à Damas et dans le reste de la contrée. lia^étak demeuré dans Tjr que iès malades et les gens hors d'ét^ de s'expatrier. «
Pendant ce temps ^ le roi Baudouin avait été tiré de sa prison de Haran, pour être transttpé à Alep. Kenal«ddin n^porte. qne « ce prâiee 4»btint sa liberté de TimurCaoh, moyennant la cession d'Atareb,-2^deqà, CafiiTtab^ Eaas, toutes places voisinescTAlep ,-et if une somme dé ^[uatre^ngt mi(!e pièces d?or^ dont vingt mille payables d'avance. JLe roi |nra aêtre fidèle à sa parole et sortit de prison. Une des conditions du traité portait qu'il serait d'abord remis à l'émir Abou-assaker , prince de Schaizar. Avant de se mettre en route^ il parut devant Timurtach : ils mangèrent et burent ensemble, et Timurtach lui fit présent de la tunique royale , du bonnet d'or et des brodeauin& On lui rendit même le f^eval qu'il montait le four ou il fut fait prisonnier. Le tw monta dessus et fut conduit à Sohaizar, ou il attendit l'arrivée des otages qui devaient servir de garans à ses promesses. C'étaient sa fille, le fils de Josselin, et autres personnes, en tout au nombre de douze. Enfin il livra à {'émir les otages avec les vingt mille pièces d'or et fut mis en liberté. II s'en alla, t|ue Dieu le maudisse! et oublia aussitôt ses promesses. Il manda ces paroles à Timurtach : « Le patriarche , sans qui • je ne pois rien , a voulu savoir quelles étaient les conditions j» du traité. Quand il a su qu^ je m'étais engagé i rendre » Ezaz, il s'y est opposé, et m'a commandé de n'en rien n faire, disant qu^ prenait le péché sur lui. Je ne puis aller 9 contre ses volontés (l). i» Des députés furent envoyés de part et d'autre pour arranger cette affiûre , mais inutilement.
^ (J^jSiXm\ fjôJ\ [aj c^iXJ l^ vivlt* <9^ Kù^^ iSài\
BBLATIVS ADX CROIBAOB8. 51
t xn.
Siégç d^AIep par les Chrétiens.
Suite de tannée 518 [il 24 et H25J. Nous idions donner sur ce siège la suite cm récit de Kemal-eddin , tuteur de Filistoire d'Alep, et natif de cette ville.
a Le roi Baudouin, en recouvrant la liberté' , avait promis âTimnrtach de n'entretenir aucune relation avec Dobais, lequel , de'possede par le calife de Bagdad de ses domaines sur le Tigre , cheFcbalt a s'emparer d'AIep et était en guerre arec Timnrtach. Comme Baudouin refusa de satisfaire à ses engagemens , et que les négociations entamées à ce sujet avaient ete vaines , Dobais en profita pour se lier djinterét avec ce prince et avec Josselin , comte aÉdesse. Ils sfmirent ensemble d'une amitié véritable (t). II fut convenu entre eux (|ae la ville d'Alep, si l'on parvenait à s'en rendre maître, s^ rait remise à Dobais , et que les Francs auraient son territoirei Quand Timurtach vit lia mauvaise foi de Baudouin et les forces redoutables auxquelles il allait avoir affaire ^ il se rendit dans ses états de Mésopotamie pour y lever de nouvelles troupes. Le roi de tarda pas à arriva devant Alep. Dans le même temps, Dobais et Josselin partirent de Tell-basoher et Tinrent se joindre a Baudouin en ravageant le eoton ^ le millet et tout ce qui se trouvait sur leur passage. Us avaient avec eux Snitan-schah, fils de Redouan, ancien prince de la contrée. Baudouin Rétablit du càté du couchant» dans le lieu o« se font les courses de chevaux ; Jossdin se plaça sur le ohch nin d'£zaz et dans les campagnes qui le bordent à droite et à gauche. Pour Dobais et Sultaa-schah , ils se déployèrent un peu à l'est des quartiers de Josselin. Les assiégeans for^ maient en tout trois cents tentes , dont deux cents apparie- Baient aux Pranos , et les cent antres aux musulmans leurs sUiës* Ils coupèrent les arbres , ils détruisirent les chapelles ,, Hs ouvrirent les tombeaux, dépouillèrent les morts, et se ser^ virent des cercueils pour renfermer leurs vivres. A Tegard des cadavres qui n'étaient pas encore tombés ea pourriture,,
(i) L*aiiteitr arabe est tont étonné que dq% «aasaimans se soîsiA aillés avec des chrétiens.
5f EXTRAITS d'auteurs ARABES
ils leur liaient les pieds avec des cordes ; puis , les traînant jusque sous les yeux des musulmans , ils disaient : Voilà votre prophète Mahomet j ou tel autre nom semblable. Les chrétiens ayant découvert un exemplaire de l'AIcoran dans une des chapelles aux environs de la ville (l), montrèrent ce livre d'un air de triomphe ; Tun d'eux imagina d*en arracher quelques feuillets et de les attacher sous la queue de son cheval. De temps en temps le cheval les couvrait d'ordures, et alors le chrétien de battre des mains et d'éclater de rire en dérision de l'islamisme. S'il tombait un musulman entre les mains des chrétiens , il était renvoyé' à la ville , les mains coupées , et prive des marques de sa virilité. Les assièges traitaient leurs prisonniers de la même manière, ou bien ils les pendaient; car ib faisaient de fre'quentes sorties, et, s'avaMant par la porte de Ferac, ils enlevaient les Francs sur les chAnins et jusque dans leurs tentes. On ne laissait pas de parler de paix, mais sans venir à un arrangement. La ville avait pour toute défense cinq cents hommes, commandes par le cadi Aboul-fadf , et se trouvait dans un état déplorable. On se décida, continue Kemal-eddin , ^ députer à Timurtach , mon bisaïeul Abou-ganem-mohammed , cadi de la ville, avec d'autres personnes de marque, pour lui demander des secours. Les Francs firent courir après eux sans pouvoir les atteindre. Ils ne laissèrent pas le lendemain de crier aux habitans qu'ils tenaient les députes entre leurs mains. A ces paroles , les assièges perdirent tout courage , et les appréhensions ne cessèrent qu'à la réception d'une lettre des députés qui annonçait leur heureuse arrivée. Ifs n'avaient pas trouve Timurtach a Maridin : ce prince était alors à Miafarekin, occupé à prendre possession des états de son frère, qui venait de mourir. Les députés s'étant rendus
(l) h» mot mesched, que nous tradaisons par ehapelie, est pro* prement un oratoire b4ti sur la tombe de queiqae musolman vénéré. On trouve de ces chapelles dans le voisinage de tontes les viiies, en Perse et en Turquie ; on a soin d*y tenir des Aicorans à f oaage de ceux qui viennent visiter ce lien , et qui ne manquent pas d'en lire quelques passages à Tintention du mort. Quelquefois ii sy trouve des personnes gagées pour en réciter tous. les jours un ou plusieurs chapitres. On sait de pins qu*il n*est permis qu'aux musulmans de toucher ce livre ^ et qu'ils ont pour lui un respect dont rien n*approche.
BBLATIP8 AUX CROISADES. 53
auprès de lai , il tacha de les amuser et de gagner du temps. « Mais, lui disaient-ils , nous n'avons besoin que 9 de Yotre présence; nous sommes en état de repousser » Fennemi. n Sur ces entrefaites , arrira a mon bisaïeul une lettre de mon g^nd-père, annonçant que les habitans <rÂlep en étaient réduits à se nourrit de chiens et de corps morts ; qu'ils étaient sans ressources et en proie à d'horribles maladies ; qu'on voyait souvent des malades à Textrémite, qui , au premier son de la trompette, se levaient pour courir a l'assaut, comme des prisonniers à qui on aurait âte' leurs chaînes, et qui, après avoir repousse l'ennemi, revenaient se mettre au lit. Cette lettre mit Timurtach dans noe étrange colère : «Voyez c>es gens-ià, dit-il, comme ils 0 se jouent de moi ! ils disent qu'ils n'ont besoin que de ma 9 personne , et qu'ils ont assez de leurs propres forces ; c'est «vouloir ma ruine, c'est vouloir me faire partager leur 9 misère , en m'^ngageant dans cette guerre avec aussi pei| 9 de monde! » Là-dessus, il fit arrêter les députés et les mit en prison. En cet état, Hs n'avaient plus d'autre espoir qoe dans Borsaki , prince de Moussoul. Ils parvinrent a sVvader et se rendirent auprès de lui. Borsaki était alors grièvement midade. La nouvelle en étant arrivée à I>obais , il la fit annoncer à son de trompe à ses troupes, et des cris s'élevèrent de toute part pour rendre grâce à Dieu de cet eVenement. On cria mén>e aux assiégés : Celui en qui vous fnettez votre confiance, vient de mourir. A ces roots, les hsbitans frémirent, et pensèrent être suffoqués de douleur. Cependant les députés se présentèrent à Borsaki et lui exposèrent le malheureux état des habitans d'AIep. Le prince en fot touché ( puisse le Seigneur lui avoir fait miséricorde ! ) , et répondit : « Helas ! vous voyez l'état où je suis ; mais si Dieu «me rend la santé, je fais vœu d'aller au secours' d'AIep , '' d'attaquer vos ennemis et de les repousser de vos terres. « Ed moins de ti-ois jours, ajoutait mon bisaïeul, Borsaki n'eut plus de fièvre; il sortit de sa chambre, et ordonna a ses troupes de se disposer à partir. Les préparatifs ne furent pas longs. Il se mit en marche (Dieu ait pitié de lui ! ) avec une armée formidable. Arrivé sur les bords de TEuphrate, il manda aux princes de Damas et d'Emesse de venir le joindre. A son approche , Dobais fit déployer ses étendards blancs , et se retira avec l'armée chrétienne. Aussitôt les habitans sortirent tous de la ville : les uns vinrent piller le camp des
54 EXTRAITS d'AUTSURS ARABES
assieg^ans ; les autres dttèrent à la rencontre de Borsaki on se mirent à la poursuite de i'ennemî. Borsaki poursaivit les chrétiens lentement, et, dès qu'ils furent à mie certaine distance , ii donna ordre i ses troupes de revenir. Alors le cadi Ab^ul^fadi lui dit : « O notre maître ! si nos troupes se » mettaient a leur poursuite, elles les prendraient sans peine, n à présent qu'ils sont en desordre et entourés de toute part, « Le prince repondit : « O cadi ! tu sais bien qu'il reste encore f> assez d'ennemis dans le pays pour yenir à bout de vos «troupes et des miennes, si par malheur Dieu noas avait » préparé une défaite. J'en doute, reprit le cadi. Mais, répar- 9 tit le prince, où nous sauver maintenant, s'ils faisaient tout 9 à coup volte-face et qu'ils nous missent en déroute , tenant » répée levée sur la tête des musulmans ? an lieu qu'en les « laissant s'éloigner, nous ne courons plus de risque. Entrons 9 d'abord dans la ville ; mettons-la à l'abri de toute insidte ; 0 nous y rétablirons le bon ordre et la tranquillité ; après «cela, s'il plaît à Dieu, nous rassemblerons tout notre 9 inonde, et nous irons à eux. » Il entra donc dans Aiep et l'occupa avec sa citadelle. II en répara les muraîUes , fit cesser les exactions , diminua les charges, établit une bonne police , veilla au maintien de la justice , en un mot ne négligea rien pour faire le bonheur aes habitans (l). »
Ibn«-giouzi a aussi parlé du siège d'AIep ; mais il ne nous apprend rien de particulier , sinon que les Francs s'étaient bâti des maisons et des hôtelleries devant Alep, comme
Kur j demeurer hiver et été. Il ajoute, sous la, date de nnée suivante , que le roi Baudouin fit faire des courses
(i) Kemal-eddin remarque ensuite que, pour cette année, les semailles à Alep ne commencèrent qii*aa 1 9 dn mois de sabat. Le i f dn mois de sabat répond k la fin de janvier ou au commencement de février; ce mois appartient an calendrier des Juifs, qui était aussi en usage chez les Chaidéens, et Test encore chez les chi^tiens orienlanx. Comme Tannée musulmane est lunaire et seulement de trois cent cinquante-quatre jours et qu'elle n*a pas de mois intercalaires , elle commence chaque année à une époque différente, par rapport à nous , qui suivons Tannée solaire. Voilà pourquoi les paysans des contrées musulmanes, dont les travaux sont nécessairement en rapport avec Tordre des saisons et le cours annuel dn soleil , ont été obligés d'adbpter Tannée solaire dans tout ce qui concerne Tagriculture. En Syrie, ils se servent de Tannée Juive, et en Egypte, de Tannée cophte , qui était celle des anciens Egyptiens,
jiuqii'saz porte» de Damas, et battit Tog^deUn^ noiiloifi de cette vîHe. Il pénétra aussi en Arabie , dans* la contrée appelée ia vallée de ifûUe,
An Ô49 [H25]* Renml-eddin reprend uinfî : a Borsaki ren^t la liberté aax otages chrétiens qui étaient restés dans Scfaaizar 9 moyennant la semme de quatre-vingt mille pièces d'or. Puis , se joignant à Togdekin, prince de Damas , il Tint mettre le siège devant Cafartab, qui ouvrit ses portes. De là il se porta vers Euia ; mais , pendant qu'il était devant ses moraiHes , il fut attaqué par les Francs et mis en dérevte. Alors Borsaki fit la paix avec les chrétiens et reprit leehenûn de MoQSSoul, ou il arriva à la fin de l'année 530«Le ven» ih*edi qui suivit son arrivée, il se rendit à la mosquée pour y faire la prière; mais, an moment qu'il s'avançait veut la chaire, au milieu d'une grande foule, il fut assaini 'par huit baténiens déguîséi en derviches, et, malgré sa cotte de maille et ses (gardes , fut percé de pjfusiéurs coups de couteau. On le transporta chez îai, et il expira le même four. Les baténîens furent tui^ sur la place , hormis un seul ,, qui l'échappa par la fuite. Ce bateaien était originaire d'Ezaz« Quand sa mère apprit que Bonalû était mort, et que les OMurtriers «raient péri, elle crut que son fib* était im nombre ; et voilà que se livrant à la joie , elle se frotta les j!«ttz de coQyre (l), et se laissa mer publiquéi^ient aux transports de la ^us vive alégrésac Tout à coup y elle vol H arriver son fik plein de santé. Alors sa ^o\t se- change eW tristesse, elle s'arrache les cheveux et se ajoârcit le visage {%),
n BcNTsaki avait vu dans son soaameil ; la mntpréoéaentev aae troupe de chiens qui s'étaient fêtés sur. Iui.> li en avait
(i) Ceit «ne poudre noire dont les femmes en Orient %ti teignent ics Mmrcîts et les paopièfef. ' . ., >. •
(9) li paraît que cette fcnme partageais les affreux, prinoipes, de b eecte des baténiens. Sa {oie venait de i'opinipn oè. eÛç t^fl^ qna 100 fils, par cet assassinat, avait dû aller tout droit au pa^dis, dans on iiea de délices. Anesi, quand elle eut ctc détrompée, elle dut être an désespoir. On pourrait comparer cette doofeur a celle dq la femme Spartiate qui pleura en voyant arrNcr son iiu sain et sauf do combat; aVec cette difiVretice pourtant que , dons la femme Spartiate, U résignation maternelle était produite par Tamour de- la patrie, am Iiea que, 4aas i^aatre, il vty avait qoe ^hi.iknaaismeet d&l?csprit 4csactt. ••• : '. - r
56 BXTBAITa d'aDTBURB ASABB8
tué pluirieurs sans cependant pouvoir se garantir toutrà-fait de leurs morsures. Le lendemain il raconta sa vision à ses familiers y qui, tous, lui conseillèrent de ne pas sortir de quelques jours. » Mais, repondit*iI, pour rien au monde « je ne me dispenserais d'assister à la prière du vendredi, a En effet, ce prince (Dieu ait pitié de lui ! ) étai^t dans l'usage d'assister le vendredi à la prière avec le peuple. «
Le même auteur rapporte le trait suivant dans ses Vies des hommes illustres : « Borsaki était un homme juste et craignant Dieu, d'une grande douceur de caractère , et très-bon pour les gens qui l'entouraient. On tient d'un de ses serviteurs , qu'il consacrait une jiartie de la nuit a la prière , et Îu'il s'acquittait de l'ablution sans avoir besoin du ministère 'un autre. Une nuit d'hiver, pendant que nous étions à Moussoul, ajoutait ce serviteur, je le vis sortir de sa chambre, en caleçon et avec un simple manteau; il tenait à la main an vase de cuivre, et s'acheminait vers le Tigre pour y puiser de l'eau c^t y faire son ablution. En le voyant, je courus à lui pour lui prendre le vase des mains ; il me repoussa et me dit : « Va, mon ami , retourne dans ta chambre , de peui* d'avoir » froid, n Je tins bon , et voulus lui arracher le vase des mains : vains efforts \ il se défendit et me fit retourner à ma demeure, n
An â^ [H 28]^ Cette année mourut Toffdekio , prince de Damas ; c'estiui qui avait défendu jusque-là cette cité contre les chrétiens. H eut pour successeur son fils Tag-el-moloocbouri. La confusion ne tarda pas à se mettre dans cepajs, et le désordre fut sur-tout fomenté par les ismaeliens ou bâténiens et leurs adhérens. On lit dans Abouiféda que ces sectaires étaient protégés par le visîr de Bouri , et qu'un de leurs chefs , appelé Aboulouf a , en vint jusqu'à proposer aux Francs de leur livrer Damas , s'ils voulaient lui donner Tjrr en échange. Les Francs j consentirent, et promirent de se trouvpr un certain vendredi devant Damas. Mais, dans Fintervàlle, Bouri fut instruit du complot ; il fit venh* le visir chez lui , et le tua de sa main. Il ordonna en même temps ie nfiassaclre de tous les ismaeliens de la ville ; et le peuple , qui les avait en horreur, en tua plus de six niille. Cependant les Fr^ancs. arrivèrent au rendez -vous et formèrent le siège de la ville :.on était alors au milieu de l'hiver; comme Us rencontrèrent de la résistance, ils se retirèrent. Dans le même temps , un autre ismaélien , qui commandait dans
BBIATIFft AVX. CROISADES. 57
PanéttSy Orra cette place aux clirëtiens, et s'établit dans leurs provinces (1).
Pendant ce temps , Alep n'était guère plus tranquille. On lit dans Kemal-eddin que Borsaki avait laisse deux fils , Massoud et un 'autre. Massoud prit possession d'Aiep ainsi qne de Moussoul^ et se rendit auprès du sultan à Bagdad pour s'en faire donner l'investiture. Le sultan lui délivra à cet effet un diplôme avec lequel il reprit le chemin de la Sjrie. Mais peu de temps après, on le trouva mort dans son lit : quelques-uns disent qu'il avait e'té empoisonne'. Quoi qu'il en soit , Alep se trouva de nouveau dans la confusion, et un certain Koâog profita du desordre pour s'emparer de raotorite. On rapporte que l'usurpateur eut soin , avant de monter à la citadelle , de s'informer de l'heure propice mar-
Iuée par les astres. La suite fit voir qu'il s'e'tait trompé 'heure ; car s'étant mis à tyranniser tout le monde, le peuplé prit les armes et l'assiégea dans la citadelle. En vain Josselin vint sur ces entrefaites; on lui remit une somme d'argent pour rengager à se retirer. Les habitans d'Alep tenaient toujours Koâog assiégé : déjà ils avaient appelé les musulmans des environs àjeur secours, lorsque Zengui, qui venait d'être investi par le sultan de la principauté de Moussoul , fit mettre ses troupes en marche et devint souverain d'Alep.
$ Xffl.
De Zengui et de sa pnissance.
n'a vu jusqu'ici que troubles et anarchie parmi les aces musulmanes de Syrie , d'Egypte et de Mésopota-
On
puissances
mie. Le calife de Bagdad en était réduit à ses seules prières. L'empire des sultans de la Perse était divisé et sur le penchant de sa ruine. Depuis la mort de Malek-schah , les princes Selgioukides avaient été presque continuellement en guerre, soit pour se disputer la couronne, soit pour étouffer des rebellions sans cesse renaissantes. Le même désordre régnait en Egypte. Par-tout les Francs dominaient. Tout-àcoup apparut un homme habile à la guerre, grand politique.
(i) Voyez, sur cette expëdition» Guillaame de Tyr, lib. xiii» f«p. ts.
fis BXTBlXrS D\dTEURS ALASX8
séyire et exact à rendre ift pstioe à ses peuples; ami de l'ordre dans ses états y prompt à entreprendre sur ceux des autres. Cet homme est Z^nfui, Il s'éleva en peu de temps à une grande puissance. Ce qui l'aida sur-tout dans son élévation et le rendit supérieur a sea voisins, c'est que, malgré ses crimes et ses perfidies, il eut l'art d'intéresser les musulmans à sa cause. li fut regardé comme le défenseur de l'islamisme contre les chrétiens. Il fut le premier qui resserra les Francs dans leurs domaines, et leur prit même une partie de leurs conquêtes. U fut fameux par ses exploits, fameux encore par son fils Noureddin. Zen gui est celui que nos vieilles chroniques appellent Sanguinus,
Suite de r année 522 [1128], Il est dit dans l'Histoire des Atabecs que Zengui était fils d'Aesancar, ancien maure d'Alep , et qu'il n'avait que dix ans lors de la mort de son père, trois ans avant l'entrée des chrétiens en Sjrie. Il fit ses premières armes sous Kerboga et GeLermisch, princes de MoussottI ; il servit plus tard sous Maudond et Borûki; en un mot, se trouva à presque tontes les guerres qui furent faites contre les chrétiens. H fut ensuite élevé an commandement de Vaset et de Bassora sur le Tigre, et enfin arriva par degrés à la principauté de Moussonl et d'Alep.
L'atfteur de l'Histoire des Atabecs, près d'entrer dans le détail du règne de Zengui, s'exprime ainsi (l) :
u Avant de présenter l'histoire du règne de Zengui, nous retracerons d'abord l'état de fublesse et de misère des musulmans, et la puissance des infidèles. Au moment où Zengui prit possession des provinces, les Francs avaient étendu leurs conquêtes, multiplié leurs armées, répandu la crainte, établi la tjrrannie, manifesté leur malice, dévoilé leur méchanceté, excité leur convoitise, et porté leurs invasions dans les terres de l'islamisme. Enhardis par la faiblesse des musulmans, ils ne cessaient de les attaquer , les persécutaient de toutes les manières, les inquiétaient, les tourmentaient, les exterminaient. Les étincelles de leur cruauté s'étaient répandues dans les contrées, et les peuples étaient environnés de leurs violences et en proie à leurs ravages. Les étoiles du bonheur de Tislamisrae s'étaient abaissées
(t) Ce passage, «Uns roriginal, est ea prose rimée, et dans le style que nous poorrions appeler poétique.
ftSLATIFS AUX CROISADES. 59
SOUS llicirfaeoQ, et le ciel de sa gloire iféitàt fendu; le soleil de ses destinées se cachait dans les nnages; les drapeaux de Pinfidelfté se de'fdoyaient sur les provinces musulmanes , et les victoires de Timpie'té accablaient les disciples de la foi. « L'empire des Francs s'étendait, a cette époque, depuis Maridin et Schaiketan en Mésopotamie , jusqu à Elarisch , sur les frontières d'Egjpte; et de toutes les provinces de Sjrie, Alep, Émesse, Hamali et Damas, avaient pu seules se soustraire à leur joug. Leurs troupes s'avançaient dans le Diarbecr jusqu'à Amide, sans laisser en vie ni adorateurs de Dieu, ni ennemis de l'erreur; et dans le Créziré jusqu'à Rassain et Nisibe , sans laisser aux habitans ni effets ni argent. A l'égard des musulmans de Racca et de Haran , ib étaient exposés à l'oppression et à la faiblesse , victimes de la barbarie et de la violence. Chaque jour les infidèles machinaient leur perte, troublaient leur repos, les jetaient dans la misère. Enfin , ils les réduisirent à invoquer la mort et le trépas, et à envier le sort de ceux qui reposent dans les tombeaux. Hormis Rahaba et le désert , les chemins qui mènent à Damas étaient infestés de leurs brigandages. Les marchands et les voyageurs étaient obligés de s'enfoncer dans les précipices et les solitudes , en proie à la lassitude, à la fatigue, à la douleur, ou bien de mettre leur fortune et leur vie à la merci des Arabes. Le mal s'accrut, et la chose en vint au point que les infidèles imposèrent un tribut et des taxes à toutes les villes voisines , à quoi celles-ci se soumirent pour se préserver de leurs dévastations. Non contens de cda , ils envoyaient à Damas visiter les esdaves exposés au marché. S'il s'en trouvait de Grecs, d'Arméniens, en un mot, de chrétiens d'origine, ils leur donnaient le choix de rester esclaves oik de retourner dans leur patrie, au sein de leur famille , au milieu de leurs frères. Ceux donc qui voulaient rester, en étaient les maîtres; et ceux qui voulaient s'en aller, les Francs les prenaient avec eux. En faut-il davantage pour donner une idée de la faiblesse et de l'abaissement des musulmans, de la puissance et de l'orgueil des infidèles? Quant à Alep, ils avaient leur part des revenus de son territoire, jusqu'au moulin situé à la porte des Jardins , à vingt pas seulement de la ville. Pour le reste de la Syrie , la situation des habitans était encore plus déplorable. Lors donc qne le Dieu très-haut eut jeté les yeux sur les princes musulmans , et
60 EXTRAITS d'âCTEURS ARABBS
qu'il eut vu Petat de mépris où était tombée la religion yéritable ; lorsqu'il eut reconnu les chefs hors d'état de prendre la défense de sa religion et trop faibles pour protéger ses adorateurs, lorsqu'il eut considéré la barbarie de ses ennemis, leur inhumanité, les calamités et les désastres qui affligeaient tes fidèles, il s'attendrit sur l'islamisme et ses disciples, et résolut de faire cesser Fétat d'avilissement, l'esclavage et le deuil où ils étaient plongés. Il résolut de susciter contre les chrétiens un homme capable de les punir de leurs attentats et d'en tirer une juste vengeance. II voulut foudroyer les démons de la croix , comme il avait foudroyé ses anges rebelles (1) , déterminé à les détruire et à les anéantir. Aussitôt ii chercha de l'œil dans sa chère troupe de braves et dans l'élite de ses guerriers aussi sages qu'ardens,. et il n'en vit pas de plus propre à ses desseins que le martyr Emad-eddin Zengui; il n'en vit point qui eut un cœur plus inébranlable , une volonté plus ferme, une lance plus irrésistible et plus pénétrante; ainsi donc, il lui remit la porte des forteresses et le gouvernement de son peuple.»
Rien ne prouve mieux que ce passage à quel point la puissance des chrétiens d'Orient s'était accrue, et combien ils s'étaient rendus redoutables aux nations musulmanes (S).
Le même auteur raconte ensuite l'élévation de Zengui i la principauté de Moussoul :
« Massoud, fils de Borsaki, n'ayant laissé en mourant u'un frère en bas âge , celui qui était chargé de la conduite u jeune prince, envoya deux députés à Bagdad pour demander au sultan l'investiture de la principauté de Moussoul en faveur de cet enfant. Les députés étaient le cadi Boha^ddin et un nommé Salah-eddin. Etant à Bagdad , ils firent la connaissance d'un certain Nassir-eddîn , ami de Zengui, lequel les engagea à demander Zengui pour prince. Les députés allant
(i) Sur le dernier point, on peut consulter notre Descriptùm des Monumens musulmans du cabinet de M, le duc de Blacas, 1. 1 , p. 1 35.
(s) Ce passage , si on le considère sous fe point de vue littéraire , a encore un intérêt de plus ; on y trouve plusieurs ide'es qui n*ont pas ëtë dédaignées par le Tasse. On n*a qu*à lire le premier chant de U Jérusalem délivrée, à Tendroit où le poëte nous représente Dieu abaissant ses regards sur Tamiée chrétienne , et cherchant de rœil le chef illustre qui devait arracher la ville sainte au joag des infidèles.
BSIATIFS AUX CROISADB8. . 61
trouver ie visir du snltan , lui dirent : « Tu sais que la Me'so- 3» potamie et la Syrie sont en proie aux ravages des Francs. « Depuis ia mort de Borsaki, l'audace âm cbre'tiens n'a plus ff de bornes. Celui qui nous gouverne est un enfant; ii nous « faut de nécessite un homme ferme et habile à la guerre , 1 qui puisse repousser l'ennemi. Nous te faisons connaître » Fétat des choses , afin qu'il n'arrive rien de fâcheux à l'islan misme et aux musulmans ; car c'est nous qui" serions cou- » pabies aux yeux de Dieu , et qui encourrions les reproches n du sultan. » Le visir ayant rapporté ces paroles au sultan , le prince demanda quel était l'émir qu'on jugeait ie plus propre a la défense des musulmans. Les députés indiquèrent Zengui. Le sultan approuva ce choix , d'autant plus qu'il connaissait Zengui, sa bravoure, ses talens et sa prudence. Aussitôt il fit venir les députés , et régla avec eux le tribut (1) que lui paierait Zengui; il fit ses conditions. Après quoi on rédigea le diplôme d'institution , et Zengui fut déclare prince de Moussoul. »
L'auteur arabe continue en ces termes :
«A cette époque, les Francs^ que Dieu maudisse, étaient maîtres d'Ëdease, de Saroug, et autres places en Mésopotamie. Les habitans de Haran avaient beaucoup à souffrir de leur voisinage, faute de troupes suffisantes et de maître en état de les défendre. Quand ils apprirent l'élévation de Zengui, l'établissement de son autorité dans la principauté de Moussoul, et l'amour de ses sujets pour lui, ils prirent conrage, et, se souvenant des paroles de l'Alcoran, ils reconnurent guil leur venait du secours de Dieu, et que la victoire était proche» Ils envoyèrent donc offrir à Zengui de se soumettre a lui, et le supplièrent d'honorer leur ville de sa présence. Ce prince le fit avec empressement, assurant les habitans de sa protection, et flattant leurs espérances. Ensuite il écrivit à Josselin, comte d'Édesse, et lui demanda une trêve de courte durée, voulant, avant tout, achever de soumettre les états dépendant de la principauté de Moussoul , en Syrie et en Mésopotamie ; voulant aussi réparer les maux qui , depuis long-temps , alHigeaient ses
(l) Cëtaît le droit de yasselage. Mais en qnoi consistait ce droit? éCait-il en argent , on de tonte antre natnre ? Cest ce que Tanteur •nbe ne dit pas.
M BZTBAITB d'auteurs 4B«B8
sujetây ei pourvoir , d'une manière stable , à la subsistance de ses troupes, en leur assignant des terres particulières (des bénéfices mifitaires) , enfin mettre d'abord ses guerriers à l'épreuve pour jug^r de leur sèle et de leur bravoure. Il était sur-tout impatient de passer i'Euphrate, et de subjuguer Alep et le reste de ia Syrie; il ût donc son arrangement avec Josseiin , comme il l'avait désiré, et se trouva en peu de temps au terme de ses souhaits.
« Les Francs, que Dieu confonde, avaient réduit à la dernière faiblesse les musulmans de Sjrie : ils ne cessaient de faire des courses sur leurs terres, et tenaient le pays comme assiégé, sans rencontrer ni opposition ni obstacle. Leurs prétentions s'accrurent , et ils n'aspiraient à rien moins qu'à l'entière conquête de la Syrie, bien éloignés de penser a ce que le Dieu très-haut avait décidé dans les décrets de sa providence, à ia vengeance qu'il était près de tirer de leurs attentats, au triomphe qu'il idlait donner à l'islamisme, aux consolations qu'il devait verser dans le cœur des fidèlcKS , et à la sécurité qui allait succéder à l'état d'angoisse.
«Dès que les habitans d'Alep entendirent parler de Zengui, ils lui envoyèrent des députés pour le toucher de compassion et implorer son appui. Zengui passa donc l'Euphrate et se porta sur Alep. Les habitans vinrent au-devant de lui , et firent éclater en le voyant une joie et un plaisir dont Dieu seul peut se faire une idée. Avouons que si Dieu n'avait fait aux musulmans la grâce de leur donner Zengui pour maître , c'en était fait de la Syrie. Jusque là, les Francs avaient trouvé dans Togdekin un obstacle à l'entier succès de leurs entreprises. C'est lui qui , an siège d'Alep, et en d'autres occasions , leur avait opposé de la résistance et les avait forcés à la retraite. Comme Dieu permit cette année qu'il mourut , le pays était à la veille de se trouver sans défense. On vit idors se vérifier cette parole de notre prophète : Monpuys ne demeurera jamais sans ami de Dieu et sans protectemr dé Is religion. Le Seigneur n'abandonna pas les musulmans; il mit à leur tète Zengui , que Dieu sanctifie son aine. Lors donc aue ce prince fut maître d'Alep , il y fit quelque séjour. Il y établit une bonne police, et s efforça de réparer les maux causés par les invasions continuelles des chi*étiens. n
L'année suivante , selon Kemal-eddin , Zengui aHa faire sa cour au sultan , et se fit donner Tinvestiture de toutes les provinces occidentales (la Syrie). Le sultan aurait mieux
RBIATIPS AUX CROIAAmS. 63
iBuo remettre la Sjrie à Dobûs; mm le cafife s'y oppoMiy \n que Dobais s'était rendu indigne de cette faveur par son aliiaace avec ies ohréàeos* Ainsi Ziengui régna à-la-fois sur Noossonl et Alep.