S XIV
Prsmières entr^rises de Zengui.
An £23 [1129], Zengui coramença d'abord par chercher à se fortifier en Sjrie. II fit cette année racquisition d'un homme qui lui fut plus tard très-ntile. On lit dans Kemaleddin qu'un émir extrêmement brave , nommé Savar ou Asvar, quitta cette année le service du prince de Damas pour entrer dans celui de Zengui. Ce prince lui confia le gouremement d'AIep j et bientât cet émir devint formidable uix chrétiens.
Zengui n'était pas scrupuleux dans les moyens qu'il employait pour s'agrandir. Kemal-^ddin rapporte le trait suivant : « La même année , Zengui vint cle Moussoul en Syrie, et envoya demander du secours à Bouri, prince de Damas y comme pour faire la gaenre aux chrétiens. Bouri lai envoya son fils Sonneg, qui commandait dans Hamah. Zengui le reçut très-bien ; mais tandis qu'ils faisaient route ensemble y il le fit arrêter ainsi que ses émirs, et désarma son escorte. En même temps il s'avança sur Hamah, qui se rendit sans résistance. A celte nouvelle, Rircan, prince d'Emesse , Tint lui ofiBrir une somme d'argent pour se faire céder Hamah. Zengui parut y consentir; il prit l'argent, et remit la ville à Kircan, un vendredi au matin. La prise de possession de Kircan fut annoncée au son des trompettes ; à nûdi, la prière fut faite en son nom , et , dès que le soir fut venu, Zengni se saisît de lui, et marcha contre Emesse. II œ cessa, pendant quarante jours, d'attaque^ cette place SUIS pouvoir la prendre. De temps en temps , pour effraver les assiégés, il faisait étendre Kircan sur un sac de paille, et le fusait battre de verges , on lui infligeait quelque autre peine du même genre. Voilà comment Kircan fut puni dès cette vie d'une partie de ses crimes ; car c'est lui qui avait
porté Zengni à cette injustice, et voilà comment Dieu lui fit
eipicr sa faute. »
Notre auteur a négligé de dire ce qu'aurait mérité Zen-
$4 EXTRAITS d'auteurs ARABES
gui pour expier la sienne. Ibn-Giouzi est le seul qui fasse observer qu'à la nouvelle de la manière d'agir de Zengui avec le fils de Bouri, les princes voisins éclatèrent en injures et en malédictions contre lui , et le prirent en horreur.
An 524 [HSOj. Cette année, au rapport d'AbooIfeda, Zengui alla attaquer Atareb, dont la garnison chrétienne inquiétait les habitans d' Alep , et faisait des courses jusqu'à leurs portes. L'armée chrétienne étant venue au secours de la pla^e, Zengui interrompit le siège et mît les Francs en fuite. Un grand nombre de chrétiens furent faits prisonniers 9 et le nombre des morts fut considérable. Zengui retourna ensuite devant Alareb i et , y entrant de force y fit raser la citadelle, qui ne se.releva plus de ses ruines.
Zengui était favorisé dans ses entreprises par les divisions qui s'élevèrent alors parmi l'es chrétiens. Boemond, qui ré-
5 naît sur Antioche , était encore fort jeune, et sa mère , fiile u roi Baudouin , avait toute l'autorité. Cette princesse , au rapport de Kemal-eddin, tenta de s'emparer de Fautorité, au préjudice de son fils. Heureusement le roi Baudouin , en qualité de protecteur d'Antioche , accourut avec ses troupes et rétablit le bon ordre.
An 525 [H3i], Cette année et les années suivantes ne furent marquées par aucun événement important. On se borna de part et d'autre ^à se surprendre et a se piller. C'était Josselin, comte d'Edesse, qui attaquait Savar, et Savar qui attaquait Josselin ; ou bien les Torcomans qui venaient du fond de la Mésopotamie sur les terres de Tripoli, pour y commettre des déprédations. Ils battirent même dans une rencontre le comte de Tripoli , et l'assiégèrent dans fe château de Barin. D'un, autre câté, les chrétiens du royaume de Jéru&alem venaient ravager les terres do Damas , et les guerriers de Damas envahissaient les campagnes de Tibériade, d*Acre et de Nazareth. Ces derniers s'emparèrent de Panéas, et s'en retournèrent à Damas, menant leurs prisonniers liés avec des cordes, et portant les têtes des morts au bout de leurs piques.
Ibn-alatir rapporte encore, sous la date de Tan 5S0, ou 1135 de J. C. , que les garnisons musulmanes d'Alep et de Hamah allèrent ravager les terres de Loodicée, et en emmenèrent neuf mille personnes, hommes, femmes et enfans. Ils enlevèrent de plus cent mille pièces de bétail , telles que chevaux, mulets, Dœufri moutons, ânes, &c. La Syrie
MUATIFS AUX CROiSADSS. ê6
fut remplie de prisonniers chrétiens et de bestiaux , ce qui, ajoute Tauteur , causa une joie genérde. II dit aussi y ea parlant des dévastations commises sur le terriroire d*Acre et de Tibériade, que les Francs en eurent comme le$ bras cassés. An SS/ [1i37]. Ibn-alatir continue ainsi : « Zengui attaqua cette année Barin , située dans le voisinage de Hamali , et Tane des plus fortes places chrétiennes; et comme les Francs s^avançaient pour la secourir, d marcha à leur. rencontre et en ftt un grand carnaçe. Après la bataille , les débris de Parmée chrétienne se réfugièrent dans Barin , où il ies tint assiégés, en leur coupant toute communication au dehors (i). Ce fut au point qu'ils ne purent recevoir aucune nouvelle de leur pays, tant la garae tly faisait avec exadtitade (S).
« Cependant les . prêtres et les moines parcouraient Iqs villes et les campagnes peur appeler les chrétiens aux armes^ lis dirent que si Barin se rendait, Zengui s'emparerait aisément des autres places chrétiennes ^ et irait attaquer Jérusalem, entreprise que les musulmans avaient plus à cœur qu aucune autre. Les Francs se rassemblèrent donc , et il arriva ce que nous allons raconter. Les guerriers qui défendaient Barin, avaient d -abord montré de la résolution ; mais comme ils ne s'étaient pas attendus à soutenir un siège , ils manquèrent bientôt de vivres , et oflSrirent de capituler. 2engni rejeta d'abord leur demande. Apprenant ensuite que ies Francs avaient assemblé de nouvelles forces, et venaient à lui, il se contenta de cinquante mille pièces d'or, et laissa sortir les assiégés. Les chrétiens étaient à peine dehors, qu'ils connurent rapproche de leurs frères : ils eurent alors du regret d'avoir livre Barin ; mais leur repentir venait vu peu tard. Les habitans des environs , a}Oute Fauteur^
Mitfa
(i) Ao nombre de ceux qui se rëfngièrent dans Barin , était le roi de Jëmsmlem , Foulques » comte d'Angers, lequel est nomimë par
Kemal-eddiu j^^t (xUi\ par corruption du mot comte et Angers, Cest sans doute la même personne que Thistorien arménien Mathieu ^esae appelle Qmttu^a, Voyex les Notices et Extraits des ma" écrits de la Bibliothèque d» Roi, tom. ix » p. flSS.
(t) En effet , si Ton en croit Tautenr de \ Histoire des Atohees, 2cDgai avait établi une discipline très-sévère parmi ses troupes , et Mie qu'on n*«B connaissait pas d^exem^s avant loi.
66 EXTRAITS D'ADTBUftS ARMES
avfient beaucoup à souffrir du voisinage de Barln ^ mais dès ce moment y ils purent vivre tranquilles^ les cites se repeu* filèrent et les revenus s'accrurent.
r» Zengui prit aussi Cafartab et Marra aux Francs. Un des plus beaux traits de sa vie, c'est sa conduite envers Marra, liorsque les Francs s'emparèrent de. cette ville (en 49t ), ils s'approprièrent les biens des habitant. Cette année les anciens ppoprietairet?, ou ceux qui avident hérite de leurs droits, se présentèrent à Zengui, et demandèrent à rentrer dans leurs propriétés* Zengui leur dit de montrer leurs :litries. «rNous n'en avons porat, repondirent-^iis; quand les Francs n vinrent ici , ils prirent nos biens et détruisirent nos titres. « Alors ii envoya chercher les registres d-^lepj et tous ceux qui y étaient mentionnes comme imposes pour, un bien quelconque , furent remis en possession de ce bien. C'est là un trait vraiment digne d'un roil •
L'empértaf de Coattantinople, Jean Conmène , vient an secoai» des
chrëtiens de Sfrié* *— Sa retiaite.
Cependant les Francs avaient envoyé demander du secours à l'empereur de Constantinople (l) , le pressant de venir en Syrie, et de ne pas attendre que Zengui eut sab-
I'ugue toutes les places chre'tiennes , afin que son arrivée ne eur fut pas inutile. L'empereur fit done diligence, et, se mettant en mer, il commença par soumettre quelques places de la petite Arménie qui s étaient soustrahes à son obéissance, n se fit également rendre hornihage par: le prince d'Antioche, qui lavait offensé; après quoi il tourna ses efforts contre les musulmans.
An 532 [1137]. Ibn-alatir reprend en ces termes : « L'em-
f>ereur entra cette années en Syrie , et spn apparition jeta 'épouvante d^ns les esprits. Il assiégea d'abord Bccaga, ville assez belle, située a six parasanges d'Alep, dont il se
. (i) Kemal-eddia nomme ce pnnce p^r son samoni de Celojan
i^UKI Voyez , sar c# samom , Gibbon , Bistoire de la décadence ex de la chute de Vempin romain, éâàu de Paris, laia, taai. iz, p. lat .
RBULTiro AUX CROISADES. 67
rendit maître. Le cadi de la yiile et envlroii quatre oents personnes des plus considérables embrassèrent le christianisme. Les Chrecs s'arrêtèrent à Bezaga pendant dix jours. Sur la nouTelle que beaucoup d'habitans s'étaient retire's dans des cavernes ^ ils idlumèrent des feux à Feutrée, et les étouffèrent. De là ils se portèrent vers Âlep, conjoitotement avec les Frands de Syrie. Tous tes princes chrétiens étaient Tenus se joindre à l'empereur. On y- distinguait entrcautres Boémond, prince d'Antioche» et Josselîn (l), comte d'Edesse. L'armée chrétienne assiégea Alep pendaDt trois jours, puis se porta contre Atareb, qu'elle trouva évacuée, et de là se rendit vers Schaizar sur i'Oronte. Cette ville i^ipartenait à Aboo-assaker , qui implora le secours de Zeagui. Ce prince commença par envoyer ses bagage^ de l'autre oAté (fe PEupbrkte, pour être plus libre dmns sa marche; ensuite il vint camper sur I'Oronte, à peu. de distance de' l'armée chrétienne. Tous les jours il ipontait à cheval avec ses troupes , et s'avançait en présence des Grèce. Un jonr il envoya un député a l'empereur avec ces mots : « Vous voua n tenez loin de moi sur ces montagnes; que ne descendez- 9 vous dans la plaine, et nous nous mesurerons ensemble. 9 Si je triomphe de vous, les musulmans seront hors de 9 péril ; et si vous êtes vainqueur , vous respirerez plus à • Faise; tous soumettrez Schaizar et toute la Syrie/» Zengui âah trèa-inférieur en forces. Ce discours ne laissa pas dlnspirer de l'inquiétude à l'empereur; et comme les Franos conseillaient au prince d'en venir aux mains, disant que la TÎcloîre serait facile, il s'v refusa, et dit : « Croyez-^vous qu'il 9 n'y ait pas d'autre armée que ceHe que vous voyez.? Zengui «ne demanderait pas mieux que d'engager le combat; et « alors vous verriez parutre une autre armée pour soutenir « la première. 9 Zengui écrivit encore à l'empereur pour lui faire entendre que les Francs se défiaient de lui, et que, s'il s éloignait, ces perfides abandonneraient sa cause, if écrivit également aux Francs 'pour réveiller leur défiance contre Penperenr ; il leur disait : » Si Fenpereur parvient seulement : • à occuper une de vos places , il voudra les avoir toutes. » J^ngui les brouilla ainsi les uns avec les autres , et l'empereur se retira de devant ScbiMzar, après vingt-qiiatre jours
(i) Ctêi Josselia II.
68 EXTRAITS d'aUTBCRS ARABES
de sSege ,. abandonnant ses travaux et ses machines de guerre. «
Ainsi cette expédition fut sans re'sultat. Une circonstance qui y au rapport de Kemal-eddin , dut beaucoup contribuer à la retraite des Grecs , ce fut la nouvelle qu'on reçut alors de l'approche de Cara-arsian , prince de Hisn-caïfa| en Mésopotamie, avec une armée de plus de cinquante mille hommes. Un tei renfort eut donné la supériorité aux musulmans. Dès que l'empereur fut parti , Zengui manda à Cara-arsian de repasser l'Ëuphrate et de s'en retourner chez lui , attendu que son secours était devenu inutile.
On lit dans FHistoire des Atabecs^ qu'à la nouvelle de la marche des Grecs sur Schaizar , le frère du maître de cette ville, occupé alors à transcrire l'Alcoran, s'était interrompu, et, levant le livre en l'air, s'écria : « O mon Dieu! par celui 9 à qui tu as révélé ce livre (Mahomet) , s'il entre dans tes m desseins de soumettre ce pajs aux Grecs » appelle-moi tout 9. de suite & toi! 9 En effet, a|o|ite l'auteur, ce musulman mourut quelques jours après , et n'eut pas la .douleur de voir les chrétiens sous les murs de la ville. . L'historien des Atabecs crte encore un trait qui mérite d'être rapporté : « Pendant le siège d'Alep (t) par les Grecs, Zeoffui avait envoyé un député à Bagdad , auprès de Massoud, sultan de Perse, pour réclamer son assistance. Il fit choix pour ce dessein du cadi Kemal*eddin , et c'est ce même cadi qui a fait à mon père le récit suivant : « Lorsque Zen- «gui, dit^il , m'eut ordonné d'aller exposer au sultan l'état « déplorable de la Syrie , le nombre aes ennemis de Fisla- 9 misme., et le besoin qu'on avait d'aide , je lui dis : // est à 9 craindre que les chrétiens ne veuillent s'emparer de tout 9 le pays , et que le sultan ne se serve de ce prétexte pour 9 envoyer ses troupes en Syrie et la remettre sous le joug, n D'un autre côté, reprit Zengui , si les chrétiens en veulent n àla Syrie, et qu'ils prennent Alep , c'en est fait de fisUi'n misme dans ces contrées; et, dans tous les cas, il vaut 9 encore mieux que la Syrie soii entre les mains des musul-
(i) Cest 'ssns doute une faute ; il Irnnt lire Schaizar et non Alqf, puisque le siège de cette dernière viiïe n*ayint dure' que trois jours, ii eût été impossible y dans nn anssi court intenralle de temps, d'envoyer un député à Bagdad et de recevoir la réponse.
lUStATIFS AUX CR0I8ADBS. 69
9 wtans qu0 des infidèles^ J'allai d^no à Bagdad j poursaivaft 9 le cadi, et je m'acquittai de ma commission. Mais le sultan 9 me fit d'abord les plus belles promesses, et n'envoya au- 9 cnne troupe. Cependant Zengui ne cessait de ra'ecrire • pour presser le départ d'une armée; et f avais beau solliciter 9 le sultan , je n'en tirais que des promesses. Quand je vis le 9 peu de zèle du sultan pour cette affaire , j'appelai l'homme 9 qui m'avait accompagné dans ce voyage , et je lui dis : 9 Tiens , prends cet argent et va le distribuer aux vagabonds » de la ville; tu te trouveras vendredi prochain avec tout ce 9 monde à la mosquée du palais; et au moment que le pridi- 9 eateur montera en chaire, vous vous lèverez tous, et vous 9 appellerez les musulmans aux armes par les mots, A isla- 9 misme! A religion! A Mahomet! Après cela, vous sortirez 9 de la mosquée et vous viendrez au palais du sultan pour y n ameuter le peuple. Moi, je me charge, au moyen d'une 9 autre personne , d^ en faire autant dans la mosquée du sul- 9 /on. Lors donc que le vendredi fut venu , au montent où le 9 prédicateur prenait la parole , mon compagnon se leva , 9 déchira ses habits , jeta son turban à terre, et Sé mit à crier 9 de toute sa force. A ce signal , la foule attroupée commença 9 à fondre en larmes et poussa des cris horrîUes) les assis- 9 tans n'y purent tenir ; tous se levèrent, et la mosquée reten- 9 tit de gémissemens et de plaintes. La prière fut interrom- 9 pue; le peuple se porta en tumulte au palais du sultan , et 9 Pon vit à-Ia-fois le peuple et les soldats, ramassés autour du 9 palais, pleurant, sanglottant et demandant a grands cris la 9 guerre. Le désordre devint bientAt général. Le sultan , tout 9 tremblant, demanda ce qu'on voulait. Cest le peuple, lui 9 dit-on , qui se soulève , parce que vous n'envoyez pas vos 9 armées à la guerre sacrée. Faites venir le cadi, reprit-il. 9 Aussitôt je parus devant lui , non sans quelque crainte , 9 mais bien résolu d'être sincère et de dire la vérité. Du plus 9 loin qu'il me vit, il me dit : Cadi, pourquoi ce tumulte? 9 Cest le peuple , répondis-je , qui a peur d'être exterminé 9 ou d'être obligé de se faire chrétien» Sans doute, ajoutai-je, 9 le sultan ignore le peu de distance qui est entre lui et 9 l'ennemi? C'est t affaire iune semaine de marche. Si les 9 chrétiens prennent Alep , ils envahiront ion empire et 9 viendront à Bagdad par l'Euphrate et par terre, sans qu'il 9 y ait de barrières assez fortes pour les arrêter. En un mot, 9 je lui fis voir le danger de sa position , et le lui rendis si
fQ BXTBAIT8 d'àUTSUBS ARABES
If présent y q|u'il voyait , pour aipsi dire, rennemi de ses 9 yeux. EA oien ! me repondit-il , débarrasse'mot Je cetu n populace, ft prends les troupes que tu voudras $ tu partiras V avec elles , et le reste te suivra sans délai. Je retournai « donc vers la multitude , et lui fis part de la repense du » sultan ; en même temps , î'en|oignis à la foule de se séparer, 9 ce qu'elle fit sur-le-champ. Après quoi je choisis dans n Tarmee vingt mille hommes de cavalerie, et mandai cette 9 nouvelle à Zengui , en lui disant ou'il ne me fallait plus 9 Que le temps d'arriver. Le sultan m avait permis de partir; 9 il me pressait même de le faire le plus tât possible. Je 9 passai avec mes troupes sur le bord occidenUd du Tigre ; 9 mais, au moment de nous mettre en marche , je reçus de 9 Zengui la nouvelle de la retraite des Grecs, avec ordre de 9 remercier le sultan ainsi que ses troupes. Je me rendis 9 donc chez le sultan ; alors ii insista sur la ue'eessite d'en- 9 voyer une armée en Syrie, afin, disait-il, d'anéantir les 9 Francs et de les chasser du pays ; mais, en effet, pour ouvrir 9 à ses guerriers l'enlre'e de la Syrie, et la replacer sous son 9 autorite'. Je fus obligé d'agir avec instance auprès du visir 9 et des ministres ; et j'obtins enfin le rappel des troupes sur 9 la rive orientale; après quoi je revins auprès de Zengui. n
Ce passage est remarquable , en ce qu'il peint bien la terreur qu'avait causée l'invasion de l'empereur de Constantinople ; il montre également de quelle manière s'y prenaient alors les peuples musulmans quand ils voulaient arracher une volonté à leur souverain. On y voit encore quelle était la poUtique des sultans de Perse et des princes leurs feudataires.
An 534 [1139]» Ibn-alatir reprend ensuite pour dire que depuis long-temps Zengui desirait s'emparer de Damas et se rendre maître de toute la Syrie. Il avait employé successi* vement la ruse, l'artifice, la force; rien ne lui réussit Elnfin, à la mort de Gemid-eddin , prince de cette cité, Zengui vint l'attaquer avec toutes ses forces, espérant la prendre an dépourvu ; mais il échoua dans ses desseins. Le visir Moyneddin-anar , qui commandait dans la ville, appela les Francs à son secours, et, pour les décider, leur promit de les aider à reprendre Panéas , une de leurs forteresses , qui alors éuit au pouvoir de Zengui. Les Francs sentirent sans peine que si Zeagui prenait Damas , il lui serait facile de les subjuguer eux-mêmes. Us accoururent en armes et forcèrent Zengui à
EBtATlFS AUX CBOI0ADIUL 71
la retndte ; aprif quoi , de concert avec Moyn-eddin , ib rentrèrent dans faneius.
Dans les années qui suivent ,, nouvelles irruptions réciproques, nouveaux pillages. L'empereur de Constantinople vint de nouveau en Syrie et pe'nétra jusqu'à TripolL Pendant ce temps , Zeogui ne restait pas dans l'inaction : il avait à se défendre contre les princes musulmans du voisinage, que son ambition, avait armés contre lui; il avait d'ailleurs un grand dessain à remplir»
f XVL
Zengai prend Édesse ans chréûenê»
An 639 [1f44], u Edesse , comme le remarqué Ibn-fda« tir, avait acquis, sous fa domination des Francs, une grande puissance. Les chrétiens avaient envahi presque tout le nord de la Mésopotamie , portant leurs courses danis les lieux éloignés comme dans les lieux proches. Leurs troupes pénétraient jusqu'à Nisibe, Amide et Racca sur l'Euphrate, et jusqu'aux portes de Maridin. Leur autorité s'exerçait sur tout le voisinage, y compris .Sarou g, Elbiré et autres lieux à Toccident et à l'orient de l'Euphrate. Tout ce pays appartenait à Josselin. C'est par ses conseils que les Francs se dirigeaient; ils l'avaient choisi pour chef de leurs armées, à cause de son courage et de son adresse (l).
n Depuis long-temps Zengui aurait voulu prendre Edesse ; mais il pensait que s'il l'attaquait à force ouverte , il éprouverait une vire résistance. Il savait qu'au premier mouvement Josselin accourrait avec ses braves , et que la conquête de la ville deviendrait impossible. Il feignit donc de se porter d'un autre câté; et comme Josselin quitta la ville pour se rendre dans ses possessions à l'occident de l'Euphrate, Zengui fit aussitdt ses dispositions. Il assembla ses émirs, et faisant apporter des mets : « Personne , dit-il , ne s'asseoira avec 9 moi à cette table , s'il n'est digne de me suivre et d'enfon- 9 cer demain matin l'ennemi a la porte d'Édesse. n A ces mots , un jeune homme , dont on ne connaissait pas encore
(i) Les aatenr» chrétiens représentent ce Josselin comme indigne de son père et eomme adonné à rivrognerie et k d'antres vices ; mais ik hii accordent de Tbabileté dans la gneire.
79 EXTRAITS d'auteurs ARABES
l'impétuosité et l'andacei s'approcha du prince. « Ce n'est n pas là ta place, lui dit un émir, » A quoi Zengui repondit : a Laisse ce jeune homme tranquille. Par Dieu! je vois à son n air qu'il ne se séparera pas de moi. 9 On marcha donc vers la vîlie. Zeng^i fondit le premier sur les Francs , toujours accompagne' du jeune musulman; et comme un cavalier chrétien venait sur lui , ie jeune homme tua le cavalier et sauva la vie au prince. Zengui dressa son camp sous les murailles d'Ëdesse , et Tassiegea pendant vingt-huit jours. II était très-impatient de s'en rendre maître, pour ne pas laisser à l'armée chrétienne le temps d'arriver.
II j avait, selon Kemal-eddin , des sapeurs idepins (l) à ce siège; ils ouvrirent la terre en plusieurs endroits, et, pénétrant jusqu'aux fondemens des remparts , ils placèrent par^essous du bois pour les soutenir, et les tinrent comme suspendus en Tair; ensuite ils demandèrent à Zengui la permission d'y mettre le feu. Le prince descendit dans la mine pour juger par lui-même de i'etat des travaux. Au signal donne , le bois s'enflamma , les murs s'écroulèrent , et les musulmans, animés par ce spectacle, se précipitèrent dans la ville et la prirent de force., La citadelle se soumit aussi après quelque résistance.
Edesse, selon Ibn-alatîr, fut d'abord livrée au pillage. Les hommes furent passés au fil de l'épée , les femmes et les
(t) Ojf:^^ On voit par ce qai suit quelle est la signification précise du mot Alepm, qui ne se trouve dans aucun dictionnaire. II parait que ces sapeurs alepins étaient réellement d*AIep. La preuve en est dans ce que dit Kemal-eddin à Tan ôlS de son Histoire d*AIep , sur fe siège d'Atareb , passage qui correspond à un endroit de Gantier ie chancelier dans Bongars , p. 459. Kemal-eddin dit qnllgazi fit venir au siège d*Atareb des jeunes gens ou plutôt des milices
d'AIep, qui minèrent la citadelle (^>«u^ \^^^^ o^ ^ oî J^^l
çt Gauthier dit sur ce même sujet : « Ilgaai cum suorum assultu *> castrum capere nequeat, in diversis partibus facta specu subterra-
• nea infodientes mittit bomines, igniferosque parât currus aiccis vlignis insitos, ut cum ad turres pervenerint sub podiato postibns
• eisdem immissis ignibus corruant. • Ces Alepins e'taient fameux par leur habileté à miner les places , et se faisaient rechercher par tous les princes musulmans de cette époque. On verra même plus tard le roi Richard Cœur-de-Lion eii prendre à son serrrce. Voyez la Vie de SalatUn, par Boha-eddin, p. tt7.
RBIATIFS AUX CR0ISADB8.
enfans rédahs en servitude. Mais quand Zengut eut examine ia vifle en détail, il en fut dans l'admiration ; et jugeant convenable de ne pas la détruire , il rétablit les babitans dans leurs maisons , il fit remettre les femmes et les enfans en liberté y et rendit aux chrétiens jusqu'au dernier ustensile.
Noos donnerons maintenant le récit du même événement d'après un auteur chrétien ; c'est celui d'Abouifarage dans sa Chronique syriaque.
« Zengui parut devant Edesse un mardi 98 de tisrin second ou novembre. Son camp fut dressé près de Iviporte des Heures, vers réglise des Confesseurs. Sept machines furent élevées contre la ville. Dans ce danger, les babitans grands et petits, sans excepter les moineau , accoururent sur les ramparts et combattirent avec courage; les femmes mêmes s y rendirent y apportant aux guerriers des pierres, de l'eau et des vivres. Cependant l'ennemi avait creusé sous terre jusqu'à la ville; les assiégés creusèrent aussi de leur câté, et, pénétrant dans la mine opposée , j tuèrent les travailleurs. Mais déjà deux tours étaient entièrement minées. Comme elles étaient près de s'écrouler, Zengui le fit savoir aux assiégés, en disant : • Prenez deux hommes d'entre nous en otage ; vous 9 enverrez deux des vdtres , et ils se convaincront par eux- 9 mêmes de l'état des choses. Il vaut mieux vous rendre , et 9 ne pus attendre d'être soumis de force et d'être extermio^nés. ff Cet avis fut méprisé. Celui qui commandait dans Edesse pour les Francs (l) , attendant d'un moment à l'autre l'arrirée de Josselin et du roi de Jérusalem, rejeta avec dédain la proposition de Zengui. Alors l'ennemi mit le feu a|ix poutres qui soutenaient les tours , et cHes s'écroulèrent.
(i) Aboidfarage ne l'appelle jamais que par son titre syriaque de papias, on ^3 Aa&A* ^^ ^ beaucoup dispute sur le sens de ce mot. On ie retrouve dans les auteurs arméniens ; car Mathieu d'Édesse , ayant à pao^er de celui qui commandait dans cette ville au nom des Francs, f appelle babios, (Voyex les Notices des manuscrits de la bibliothèque du Roi, tom. ix, p. 316.) Nous sommes portés à croire qn*il s*agit ici de larchevéque du ritiadn , d'autant plus i|ue Guillaume de Tyr dit à-pen-près de Hugues , archevêque latin d'Édesse, ce que mconte Aboulfarage sur le personnage qu'il appelle papias. En ce cas, le mot papias reviendrait à-pen-prcs à notre terme de métropolitain. Voyez au reste Touvrage allemand du savant Lorsbach , intitulé Arthiçefiir die morgenlandische literatur, t. i , p. soi .
téur , alla ensuite soumettre Saroug et les autres places dependant d'Ëdesse à l'orient de FEuphrate. li ne restait plus aux chrétiens qu'EIbire, ville très-forte , située sur ce fleuve. Zengui vint aussi en faire le siège; déjà même elle était épuisée de vivres et à la veille de se rendre, lorsque ce prince fut obligé de se retirer pour aller à Moussoul, où il était survenu quelques troubles. Après son départ, Timurtasch y prince de Maridin , s'avança contre la place avec son armée , et les chrétiens se rendirent à lui , de peur d'être attaqués de nouveau par 21engui et de ne pouvoir résister plus long-temps à ses armes.
Passons maintenant au tableau de l'effet que fit sur les musulmans la prise d'Ëdesse, « Après cette conquête , dit l'auteur de lUistoire des, Atabecs , l'islamisme upanea ses cornes dans la contrée; il déploya sa force et les signes de sa victoire, conformément à ces paroles de l'Alcoran : « Dieu a n promis à ceux qui croient en lui et qui font le bien , de les n laisser sur la terre pour qu'ils la gardent jusqu'au jour du n trépas. 9 Cette conquête était en effet importante, et telle, que les musulmans n'en avaient jamais fait de semblable. La nouvelle s'en répandit dans le monde; la sensation en fut agréable ; elle se communiqua de bouche en bouche et devint le sujet de l'entretien de toutes les assemblées de la terre. Une foule de gens de bien et d'amis de Dieu furent témoins de cet événement, et les justes et les favoris de Dieu en furent dans la joie. Je tiens ce qui suit de plusieurs personnes dignes de foi. Le jour même de la prise d'Ëdesse, le schéikh (supérieur de couvent) Abou-Abd-allah , homme savant, pieux, détaché du jnonde et devenu fameux par des actes qui tiennent do prodige , était renfermé dains sa cellule; tout -à-coup il se présente aux personnes de qui je tiens ce fait, le visage rayonnant de joie et de plaisir, en un mot tel qu'on ne l'avait jamais vu ; il s'assied auprès de ces personnes , et s'écrie : « Un de nos frères vient ,de me n dire que Zengui est entré aujourd'hui même dans Edesse, n ajoutant qu'il a été témoin de cet événement, n Ensuite il se mit à dire : « Va, ê. Zengui! une telle action ne te nuira » pas; n et il répéta plusieurs fois ces paroles. Ces personnes marquèrent le jour, et il se trouva que c'était celui de la prise d'Ëdesse. II arriva même peu de temps après que des soldats venus de l'armée dirent, en s'adressant au «cheikh : « Du moment que nous t'avons vu monter sur les remparts
n dTkiesse, aux cris de Dieu est grand! Dieu est grand (l) ! n nous n'ayons plus douté du succès de nos armes. 9 Le schéikh eut beau protester qu'il n'avait pas quitté sa cellule; ils attestèrent qu'ils l'avaient vu , et vu de leurs jeux.
» Voici un second trait que je tiens d'un homme savant en histoire : «r A l'époque de la prise d'Edesse, il 7 avait auprès du roi de Sicile (9) un musulman d'Afrique , homme pieux et d'une grande science. Le roi l'aimait beaucoup et prenait plaisir à le voir et à l'entendre; il en faisait plus de cas que des prêtres et des moines de sa cour. Quelque temps auparavant , ce prince avait envoyé une flotte sur les cÂtes d'Afrique. Tout-à-coop on reçoit la nouvelle que cette flotte avait fait beaucoup de prisonniers et un riche butin. Le roi était alors au milieu de sa cour, ajant le savant d'Afrique à ses cètés. Cet homme avait l'air de sommeiller ; on eut dit qu'il dormait. Le roi le réveille et lui dit : ti Docteur , as- • tu entendu comment nous avons traité les musulmans? Que « faisait donc ton Mahomet, pour ne pas venir à leur secours ? n n voulait assister à la prise d'Édesse , répondit le savant. « A ces mots, ceux qui étaient présens se mirent à rire. * Mais^ 9 reprit le roi, il n'j a pas sujet de rire. Par Dieu! ce que cet >« homme dit, il le sait bien, n Le prince fut donc très-affecté de ce discours ; et comme on apprit bientât après l'entrée de Z^ngni dans Edesse,. il demeura insensible au succès de sa flotte , tant les cfaràiens mettaient de prix a la conservation de cette ville.
9 Plusieurs personnes dignes de foi, continue l'auteur arabe , m'ont assuré avoir vu Zengui en songe , vers le temps de sa mort, dans l'état le plus brillant ; elles lui demandèrent quel accueil il avait reçu de Dieu : a Le meilleur possible , n répondit-il. «— Et pour ouel sujet? lui dirent ces personnes. 9 — Pour avoir pris Édesse , répliqua-t-il. n Nous avons rapporte ces traits singuliers , moins pour leur importance en eux-mêmes , que parce qu'ils servent à nous montrer quel e^ prodigieux fit la prise d'Édesse chez les nations musulmanes. Cette conquête fut grande sans doute, puisqu'au
(1) ^U \iAj} ^jj^ jyJ\ J» dUjtj ÔJU Ces mots tftfttent
ie cri d*unne on de guerre des mnsalmans , comme on le verra par la mite. CTëtait ponr lot gnenriera le signal de Tassant. (a) Cest ie roi Roger.
•80 BZniAITS D'aUTBURB ARABBfl
« A regard de sa fustice, j'ai ouï dire à mon père qu'an hiver que le prince vint chez noas à Greziré»ben-Omar (1) , un des émirs de sa suite étant aHé loger chez un Juif et ayant mis dehors le maître de la maison , Zengui , pour donner a ses troupes une leçon de discipline , leur fit évacuer la ville avec ordre de s'établir en rase campagne. On était dans ce moment en hiver, et il fallut que les soldats dressassent leurs tentes sur un sol couvert d'eau et de boue.
» Il ne voulait pas que ses émirs achetassent des terres , et il leur disait à ce sujet :• Tant que je serai maître da pays» ff quel besoin avez-vous de propriétés! les terres et les oéne- « nces militaires que je vous donne doivent vous en tenir 9 lieu. N'est-il pas vrai que si je perdais mes états vous per- » driez aussi vos biens? Et d'ailleurs, quand les terres sont « entre les mains des officiers du prince , c'est une occasion n pour eux d'abuser de leur crédit au préjudice du peuple.
» Nui doute que la prospérité d'un état ne soit le fruit d'une bonne justice et d'une grand# attention à repousser toute agression étrangère* Or, quiconque a connu la principauté de Moussoui telle qu'elle étnit avant Zengui , peut juger par lui-même combien elle a gagné sous le gouvernement de ce prince. Mon père me disait : « Je me souviens de l'état » où se trouvait Moussoui, cette mère ou reine des cilés , au « commencement du règne de Zengui. La plus grande par- « tie de la ville était en ruine. Mais à mesure que l'autorité » de ce prince s'affermit, le pays commença à jouir de la 9 paix ; les méchans furent contenus , et les musulmans 9 accoururent en foule. On vit alors Moussoui s'embellir » d'édifices superbes : Zengui y fit construire plusieurs palais; 9 il fit rehausser les murailles de la ville et donner plus de n profondeur aux fossés ; il ouvrit même une nouvelle porte « qu'on appela Emadié, de son nom Emad-.eddin. Il fit aussi 0 planter des jardins autour de la ville. Avant lui les fruits n y étaient rares ; on vendait le raisin a la livre ; et quand le p marchand voulait couper une grappe, il se servait de la n serpette, prenant bien garde de laisser tomber un grain à «terre; mais sous Zengui, on eut autant de fruits qu'on n voulut. «
(t-) Cest le nom d*vne ville litn^e sur le Tigre, et patrie de Tantear.
RBLATIFB Ai)X CROISADES. 81 *
« Un des grands mérites deZengtti , e^est le soin qu'il avait de se tenir au courant de tx>ut li saraît tout ce que faisaient les princes ses voisins et les rëis étrttng^ers; il les faisait épier jusque dans ieur intérieur. Son attention se portait principalement sur la «our du suitatf : il sacrifiait à cet objet des sommes considérables; mais aussrîietart instruit des provetÀ que méditait ie sultan ^ de ses vues 'hostiles et pacifiques. Il ne se passait pas de jour que Zengui ne reçut quelque message particnlier (l)« Nonobstant ces soins' continuel , il avait le temps de s'occuper des plus petites* choses. Il avait coutume de dire à ce sujet i « La chose la plus légère, si fou n'j • prend gordcy peut devenir sérieuse. >» Mon père me racontait qu'étant «Ue m jour ou camp de Zengui, peu dé temps avant sa nort^ pendant qu'il faisait ie siège du château de Giabar, il se rendit, en 'arrivant, à la tente du visir Gemafeddio. Pendant qu'ils s'entretenaient ensemble, un mameluek turc, envoyé par Zeng^i, entra tout-à-coup, et dît au visir quelques mots dans une langue que mon père n'entendait pas (S); après quoi Gemal-eddin,' se tournant vers mon père y lui diti-^ Depnis quand es-tu ici? Il répondit : J'arrive n à l'instant mémcr C'est bien singulier , reprit le visir 9 Quoi ! tu ne fais que d'arriver, et Zenguî sait déjà que tu 9 es ici ! Apparemment qu'il était prévenu de ton voyage. II 9 m'ordonne de te demander telle et telle chose. « Or, remarquez cette grande sollicitudo de Zengui a s'informer de tout. Eu voici un nouvel exenvpif . lltfpprend que quelques paysans de la principauté de Moussoui s'étaient retirés à Maridin ; aussitât il envoie réclamer ces paysans auprès de Timurtasch , prince de cette ville. Timurtasch lui répondit : u Pour 9 nous, nou^ en usons bien avec nos paysans; qous ne les « surchargeons pai , nous n'exigeons d'eux pour notre part n des denrées que le dixième. Que ne faites-vous de mémé> et
(t) Aboulfarage* qui rapporte «qoelipie chose de semblable dans sa Chroni<|ae syriaque, dit de plus que, quand 2^ngai reccfvait une dépatation de quelque pays e'tranger, il ne permetuit pas aux députés de communiquer avec ses soldats ni aucun de ses sujets. . .
(s) Cëtait probaBIèVnent ia laiigne' turque. En effet, Z^ngui,.8jnsi que les antres dcscendans de ceux' qui passèrent TOxus avec les enfanft de Selgiouk, continuèrent à faire usage de leur langue natio- ■aie. jCest à leor imilatioii que pUw^tard les Turcs ottom&ns firent triompher !a langue turque dan» les contrées où ils sVtabiirent.
Se EXTRAITS» u'AiUffiCRg AB^OIES
n VOS paj^ftns .nq vo|iç gnîtlei^iit pas, o 2^iiçoi iui dit dans sa repQDse : « Quand tii tW^. prendrais qu'un pour çtni de tes ff paysan?, ce serait enopre beaucoup pour un.- homme comme r9 toi , qui ii'a^ à t'pçQMper quç(4p Afaridin; mais mot, dtMsé-je 0 exigea, les dei|^ tiers,| çfi, ipt^^ .ferait pas assez , vu Ja- peine 9 que je me donne d'attiVl^e>> I^^ chrétiens el«deileur faire ia 9 guerre. Ah! si ce^n'^tnit mpi, U f.A hitn Iong«tenifs que 9 tu serais réduit à b<Hre.tr|inqaiiIement de l'ean dans Mari- 9; (lin (l)^ et que. c.et(e ville serait au powroir des Fvanca. 0 Ranas-moi m.espaj.sftnsy^siiion j!irai t'enlever les tiena, » . . 9 Zengui vivait faniiliài^menjtavec ses €^fl«;iers, et aimak a les éprouver lui-mâm^^^atiW fie lui .arriv|i->'il fiimais d'élever quelqu'un au-dessus de son;jnerite on de ne pas i'âe^er »$sez. II marquait à chacun de- ift confiance à proportion de sa capacité. U avait un serviteur nommé Saileiou, auquel il remit qn jour quelque dragées (2) avec ordre de les garder. Cet ^omme prit ces dragées, et, -les enveloppant dans une serviette , les mit dans son sein. Il les portait toujours sur lui j pour les rendre quand on les demanderait. Slles y restèrent toute une année. Enfin, l'année d'après, le prince lui dit: « Où sont mes dragées î 9 Les voici, répondit-il, en les tirant de son .sei».> Cette action plut beaucoup à i^engiii. , « Voilà un homme., dit-il , en état de gouverner 9 une ville, p £n effet, il lui donna le commandement d'un château que celui-ci conserva jusqu'à la mort du prince.
9 Une de ses maximes était, quun prince ne: doit jamais laisser sortir de ses états Un' homme qui a été à son service.
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(i) Zcngui veut sans doute dire que sans loi les Francs auraient de jà pris Maridîn, et y auraient enferm<^ le prince, en ie réduisant au pain et k Veau. Il est question , dans le texte arabe , des hauteurs de Maridin. On sait en effet que cette ville est bfltie sur le haut d'une montagne. Dans ce même passage , Zengui est dësignë par le titre de schahid ou martyr, non qn il fût mort les armes à la main pour la défense de ia r^gioa' mnsvimsne , mais à cause de son grand aèle à faire la guerre aux chre'tiens. Son fils Nonreddin reçut le même titre pour U même raison ; car d'aiUeurs il mourut de mort naturelle.
(2] a£b\XXm^ en arabe. Ce mot ne se trqiive dans aneon dictionnaire arabe , persan ni turc. Nous le traduisons ainsi par con|ectnre. Aboulfarage , qui rapporte le même fait dans sa Chronique
syriaque , a rendu le ""t^ ivffi il i f^ï t par ceint de A^^âk^Ai qw • en syriaque», veut dire </n^ée#»ynaiu/i4M ^^^ ^
AlUrnFB AVX CHOWAVMBd 8S
Il diatâÉi^aTon: royainbe est comme. un jardin entimre àe bues i.ÈMkt qae.peraoïme nfa- francbl la barrière , Fetrangef neèe paar^pprociler;'maia sllvort da jardin un homme qui en £me connakiellnterieur/il donné- envie à l'étranger de* forcep le {NUtsaffe^ les meckans adoourent en fouie ^ et'icr* jacdin est au pillage* £n conséquence , une année que ¥nn*' de ses enùrs vveÂt prisia fuite et s^était réfugie dans Maridtn / ie nrinée l'envoya. réclamer^ et n!éut pas de repos quil ne" Peutteotru lés ^mainis ; apirèsi quoîH'lè ûi enfermer dans un"
iiettdé.sûrcte'.. - . .•!': ;• .
•Mt.UAe des akesures squi fokit le plus d'honneur à'Zërï^, c'esS la tvanslation qu'il fit d'iune* tribu' de -Tureotnénk/'aiVè^'* leur cbef Yaroc^ en - Sytïe , : et leur étabOsseinetfit ' dànk • fa" principauté d'Alej». Ils furent chargés de harceler les FtAMAy" et eurent pour récompense tout le butin qu^iis faisàitettl. Ils ne laissaient point de repos aux chrétiens, ni de j^sût'-hi 'déH nuit. On les vit donc à-ia-fois s'enrichir de butin , et former ie plus solide boulevart de cette partie dés frontières musuU ■ mânes (l).
« 2ieBgni avait la coutume de disséminer ses tréisors dans les principales villes de ses états. Il en tenait une partie à Monssoui, une autre à Singar, à Alêp. « SHI survient, di*''
V sait-il à ce sujet, quelque malheur imprévu dans une dé 9 mes provinces, et que jeue puisse m'y rendre en personne,
V au moins on aura les inoyens de remédier au mal. 9
n Poorxe qui regarde sa bravoure et son audace, il 'suffit de dire qu'eUe< était comme passée en proverbe. On n'a qu^à' coasidcfer la situation^ ou il se trouva», le nombre de ses ennemis, les dangers qui l'environnaient «Te toute part, sa constance, ses victoires. Je tiens ceci de mon père : a Zengur, 9 me disait-il, était .entouré d'ennen^is. D'un cAté, était len calife de Bagdad , commandeur des croyans, qui lui portât ' • une haine si forte , qu'il vint même une fuis l'assiéger dari!/ ' <• Moussoul. D'un autre c6té, était Massoud, sultan de la 9 Perse; ses états et ceux de Zengui se touchaient : c'était sans n ccHfttredit le prince le plus puissant de son temps, celui qui « avait les plus nombreuses armées , et qui haïssait le plus
(1} Ainsi, ces Turcomans étaient à-peu-près comme ces hordc4 de bftrlnurefl auxquelles ies Komaiiis; daii^ leur faiMesse , ^stribiièreat ies fvotttièr^s du 1ihfii'et«dn Dîmiibc , k i^ charge de Repousser (fan très barbares. . .. •• /'>.•• »
84'. BmAiTs D'AUTEcnfi Aimras
V Zengufi. D'autr« part , était le prince deda .6rande*Aniienie , )r;pay» vaste et défendu par de» forces considérables. Tous >f,fips princes- étaient contraires^ a Zengur. Gn> en peut drre ff autant des princes de 3laridin et de Hisn^caifa , dans la n l^lesopotamie. Eh bieni maigne ces desavantages , il prit a ff.ses VQÛins plusieurs provinces. Et leé F-nincs, quelle pois»'
V sfince n'avaient-ils pas acquise! et pourtant il leur enleva «^pIusieurs villes , il les défit* en diverses rencontres. Jusqu'à «Ji|i. les cbretieos dominaient pai^tout; ils envahissaient les n provinces- musulman es ; la terreur qu'ils inspiraient éfkût si 9 grande, qu'à leur approche les babitans afaandoMisnetit x*)ears foyers. C'est Zenguî qui fit cesser cet ^t d'inqoie- >9,tu4c;.çt:9'eia(-ilfait que prendre Ëdesse^ ce serait encure 9 nne conqti4te immense, n . ^ - ' .
^(Pi|i$q«l'ii est question des relations de Zeogni et du sultan , nçr^si rapiMârterons ici un passage du même auteur qui, dans le ouinusçrit ara[>e| est placé sous la date de l'an 538^ de l'hégire, mais que nous avons renvoyé ici, faute d'une place plus convenable.
u Le sultan Massoud n'avait cessé, tout le temps de son règne, d'être inquiété par des rebellions. A chaque entreprise de 'ce genre , il en attribuait la cause aZengui. il connaissait la 'finesse de ce prince, sa puissance, ses ressources, son crédit sur l'esprit des émirs et des gouverneurs des provinces. âes soupçons étaient fondés. Zengni fomentait le désordre, aQn qu'on ne songeât pas à lui. Enfin le sultan , se voyant libre de toute autre inquiétude, manifesta l'intention d'aller r^uire Zengui* A cette nouvelle , Zengui se hâta de faire de grandes^ soumissions , et obtint d'être maintenu -dans Mousse^, moyennant la somme de cent mille pièces d'or. Le sultan aurait voulu de plus qu'il vint lui rendre hommage en personne : il s'y refusa^ donnant pour excuse la proximité des Francs , et la nécessité où il était de leur faire la guerre. Ce qui décida sur-tout le sultan à laisser Zengui tranquille , c'est qu'on lui dit: « I>ans la Syrie et la Mésopotamie, il n'y 9 a que. Zengui qui puisse prendre la défense des musul- 9 mans. Bien des émirs ont déjà gouverné Moussoul , tels 9 que Giavaii, Maudoud., fiorsaki et autres; ils recevaient du 9 sultan des armées. nombreuses : mais aucun ne pouvait 9 protéger le pays contre les Francs; cet état a duré jusqu'à 9 Zengui. Pour lui, il n'a reçu ni soldats ,;,ni argeuJt^.et 9 cependant il a enlevé aux chrétiens quantité de places et
HBLATIFS ADX C^KOISADBS. '85
1^ de prorhlceÉ; file» a vaincus plusieurs fois, H tes a réduits • à UDtf grande faiblesse. Cet homftie-Ià fkit honneur a l*isla- 9 misne. n
9 Une autre raison qui adoucit le suttan , c'est la manière adroite dont Zeng^oi en usait enrer» lui. Zengui avait mis auprès de la personne du sultan son fils tune Saif-eddinr; le sultan chérissait ce jeune homme et lut marquait la plus grande confiance. Un jour Zengui niandaà son fils de s^eniuir secrètement et de venir à Moussoul ; en même temps il lui fit fermer les portes de la ville , et le renvoya au priiice avec ces -mots : u J'ai appris que mon fils avait quitte votre n serrîce sans votre permission ; j'ai refuse de le voir , et jç 9 le renvoie à voire porte, t Cette action plut beaucoup aii sultan; dès ce' moment il ne refusa plus rien à Zengui. « -
Zengui mettait ie mén»e artifice dans toute sa conduite politique. En voici un nourel exemple que nous rapportons d'après quelques phrases <»>arses du même auteur. Zenguf ^ malgré sa puissance et fe dteeliu rapide des sultans Selgioukides qui dominaient depuis près d'un siècle en Perse , voyait les peuples conserver par habitude une certaine considération pour ces princes. Craignant d'evéiller l'envie, il jugea qu'il était de la prudence de régner à l'ombre de leur autorite'. Il aima mieux n'être qu'au second rang et avoir tout le cre'dit do premier. Ainsi donc, non content de se ménager le sultan et le calife de Bagdad , il mit en scène une espèce de fantdme de prince, nommé Alp-arslan, de la maison des Sefgiqukides, qu'il combla d'honneurs et de titres, se réservant seulement l'exercice de l^autorité. II poussa l'artifice jusqu'à entretenir a dessein Alp-arslan dans le vin et la débauche'. (Jetait cet Alp-arslan qui était censé le prince de Moussoul; Zengui n'était que son atabec, c'est-à-dire, son visir et son lieutenant; car ces trois mots signifient à-peu-près la même chose; et c'est de là que Zengui est ordinairement désigné dans les auteurs arabes par son titre d'atabec. Ce n'est pas qu'Alp-arslan n'essayât de temps en temps de s'affranchir de cette dure tutelle , et de s'emparer du pouvoir. C'est lui qui y en 539, après la prise d'Ëdesse et pendant que Zengui assiégeait la forteresse d'EIbiré sur l'Euph rate , tenta de faire une révolution à Moussoul. On a vuque Zengui fut contraint de renoncer à son entreprise pour courir à Moussoul; mais il se contenta de rétablir la tranquillité, se gardant bien de changer de maître, de peur de se créer un rival plus dangereux.
86 BXT^AITS, .i:t'AtJTBUR& AIUlBBS
Après sa mort, ses eofaosimitire&t sa oobil^Uei VioBà pour» quoi l'auteur, que nous cîtonSy ajant à tetraoer rUstoire de Zengui et des princes de sa maison , a intitule' son Msvrage Histoire des A tabacs.
Ici nous reprendrons la suite du portrait de Zengui : « Pour ce qui est de sa Bienfaisance, il (distribuait tons les ve^ndredis cent pièces d'or aux pauvres i sans compter ce qu'il donnait en particulier les autres {Ours de ia- seinaine par la main d'un homme de confianoe» On rapporte qu'un jour, étant sorti a oheval, ie cheval broncha et pensa le renverser a terre ; aussitôt il appela • un des émirs de sa saite nommé Béliman , et lui dit quelques ^ mots; l'émir ne l'entendit pas, et il n'osait le faire répeter. Làrdessus il prit l'alarme, et, s'en allant droit à sa maisoa, il commença à faire ses adieux à sa fefnme et a ses enfaas, bien décidé a se retirer dans quelque région étrafigère, Sa femme,. étonnée, I^i demanda ce qu'il avait fait et quel critoe il avait commis^ Beliman lui conta la chose» Alora die reprit : .« Nasair- 9 eddin (l) a de l'amitié pour toif va le trouvier^ et fais ce 9 qu'il te dira. Je crains bien, répiondit Béliman, qu'H ae J9 S oppose à ma fuite ; en ce cas , je suis un homme perdu. » Sa femme insista, et, a force de représentations, le décida a aller chez Nassir»eddin. Quand celui-ci eut entendu l'afiaire, il se mit à rire, et dit à Béliman : « Tiens, prends cette 9 bourse de pièces d'or et va la pcNrter au prince ; c'est cela 9 qu'il te demandait. Allah! Allah! [ah! mon Dieu, mon • Dieu ! ] s'écria Béliman , je reprends mes esprits , je reviens » à la vie. Va, n'aie pas peur, reprit Nassir-eddin , il ne te 9 demandait pas autre chose. » Béliman porta donc cet argent à 2Lengui , qui lui dit de le distribuer aux pauvres. Quand il eut fini, il retourna auprès de Nassir-eddin , et lui dit : <f Mais comment savais-tu qu'il demandait cette 9 bourse? 9 Nassir-^ddin répondit : u C'est qu'il a coutume, 9 un jour comme aujourd'hui , de distribuer une pareille 9 somme aux pauvres ; ordinairement, il me l'envoie deman- 9 dér la veille ; cette fois-ci il l'avait oublié. J'ai appris depuis 9 que son cheval avait fart un faux pas et avait manqué le n taire tomber (9). Je savais de plus qu'il t'avait dit de venir
(l) CcBt le même qni aTait contribué à r<^iëvatioii de Zengut. (s) Il semble , d*i^près le récit de Tautenr arabe , qae ce fat surtout cet accident qai fit souvenir Zengui de son awmdne. Il entrait donc
MUATIF8 AUX CftOiSAMUI. 87
» me trouver ; fd éA penser qii'H s'était souvenu de IVumftne. « Yoili pourquoi je f mi dit de loi porter oette bourse, n AdniîroEy GODciut fauteur -tt*abe| le bonheur de Zengui, d'avoii' reçu de Dieu un - confident si ebaritable et si intelligent. Remarquez aussi cette peur sittgttliè]t*e qui empêcha Beliman de faire la moindre question. Cest par un effet dé là même" craiute que , sous ce règne , le puissant q'osait pas maltraiter le faible.
« A -propos de la crainte qu'inspiraît Zengui, voîtii un trait encore plus terrible -que je tiens de mon père. Un jour que Zengui , étant a Gétiré ^ sortit avec me petite suite péùr faire use promenade sur le Tigre, il trouva le batelier endormi. Quelqu'un le réveilla et lui diti «Allons, à ton poste. » Quand ie batelier aperçot Zengat, il tomba roide mort. Eh vain oo essaya de la secouer, il était bien mort (1). '
V A Fégard do son activité, de l'élévation de son esprit, j'ai oui dire à mon père qu'il était prompt et hardîàent^prendre. Il était constant daus se» affections \ quand il avait donne a quelqu'un sa confiance, il la lui retirait difficilementk II eut, tout le temps de son règne, les mêmes ministres» Pour qu'un émir perdit sa confiance, il fidlait qu'il eût commis quelque faute bien grave : aussi étaient-ils tous dévoués au prince; ils auraient donné volontiers leur vie pour lui. Mon père me disait à ce sujet: « Tant que vécut vZengui, je remarquai dans le visir Gemal-eddin une 9 grande habileté et beaucoup d'exactitude , même dans les 9 plus petites choses; mais quand le prince fut mort, ce 9 même Gemal-eddin se départit de sa louable conduite , et j» montra parfois de la négligence, Un jour je lui dis: ÈhJ 9 queêt dévoue cette habileté dont tu as donné sous Zengui ntani de preuves? On ne te reconnaît plus à présent, n II répondit : « Tu es vraiment .comme un enfant sans expé- 9 rience» Il ne faut pas croire que le mot habileté signifie tou-
dans cette habitude nn sentiment taperstitieux. Zengui croyait ton bonhear attaché à cette bonne pratique. Heureux les hommes , s'ils ne péchaient jamais que de cette manière !
(i) 11 n*est pas inatile de dire que ce fut peut-être cette terreur qn inspirait ZLengni qui fut cause de sa mort. ]i a^ait fait , la veille de M mort, des menaces à quelques-uns de ses mamelucks , qui , pour le prévenir, fassassinèreat. Cest du moins Ce que racontent quelques anteivs*
sa. BXTRAIT8 o'AUTBCRS ARÀBB8
ff jours la même chose. L' habileté consiste à se condnire se^ JÊ Ion les temps. Quand noue* avions un maure ferme et puis^ n sont, on n'écoutait que lui, et personne neût osé contre- » venir à ses volontés ; aussi nous conformions-nous à ses j» décisions, et il y avait en cela de f habileté. Maintenant , n au contraire, nous avcfns un maitre faible, se laiseakt n dominer par ceux qui l'entourent: en faisant comme je fais, n c'est encore de T habileté (i). n
9 Zeogui avait pris à son servioe un corps de soldats du Corassan, et leur donnait une solde très-forte. If s recevaient leur paie sur les revenus des terres et fermes afllèctées à cet objet (S). C'étaient des employés du divan qui étaient charges d'aller recueillir cet argent et qui' le leur distribuaient tous les trois mois. Une année, il j eut un petit retard dans Tarrivée de cet argent : aussitôt ces soldats s'assemblent en tumulte , et viennent se placer à la vue du prince. 2^gui s'informa de ce qu'ils vovUent. Quand if sut de quoi il s'agissait, il leur demanda s'ils étaient allés se présenta au divan : ils répondirent que non. Il demanda encore s'ils avaient réclamé auprès de Sidah-eddin, émtrhageb , ou grand chambellan : ils dirent également que non. Alors il repartit ; « A quoi sert-il donc que je donne chaque
jiP ^lUJt Ul3 (^Vl Utj îLiUi» «JUit û (^t(^ oUkki
iLjUXUt y> U»5l fjfy}\ ft^Ai *xU fj^ y>j c:)0^
(s) A cette ëpoque, comme presque toujours en Orient, la solde été troupes et les ëmolumens des gens en place se tiraient des revenus des biens-fonds destinés à cet uMige. Cette coutume est toat-à-fait dans Fesprit des institutions fe'odales. Ne sait-on pas qu'en Occident il en a été long-temps à-peu-près de même , c*est-^-dire que les 80U« veraîns et les seigneurs des gimnds fiefs Tivaient et 8*entretenaien(, eux et leurs troupes , du rcTcnn de leurs domaines; Le mot ^^Ift^-y que nous avons traduit par terres ei fermes , ne se tronre pas aWc cette acception dans les dictionnaires; mais.ii est ainsi rendu par Mouradgea d^Ohsson, Tableau de l'empire ottoman, t. II , p. ft44«
SBIATIFS AUX CSOIgADB». • 99
0 amiTO cent HiiDe pièce&d'or «u érr&n et ane famine encore 9 plus forte à Salab-eddia, pour ifu'îls puissent faire face aux 9 de'penses imprévues? 11 eut fidlu d'abord aller vous faire 9 payer au divan ; s*ii eutrefuse de vous satisfaire, vous vous 9 seriez adressé k Salah-eddin ; et si celui-ci vous l'eut en- » core refuse , vous seriez venus à moi j et je les au rais 'châtiés 9 de leur nég^ligence. Jusqu'ici tout ie tort est de voire oâte. « Cette affiûre chagrina beauconp Zengui , et , pour punir les CorassaiiienSyil les cassa. Mais comrtie <|^elques émtrs'intercédèreat pour eux, il leur pardonna* Faisant ensuivie' venir ion divan et Salah-eddin , Û leur dit : « Pourquor néglrgez- » vooa ainsi de satisfaire ceux qui sont toujours à mon Strier, « et qai m'accompagnent dans tous mes voyages? Ne savez- 9 VOUS pas qu'ils ont de grandes dépenses à faire?- et si vous 9 en osez ainsi envers ceux qui sont près de moi, quel doit 9ttre le sort de ceux qui en sont loin? 9 En conséquence, ie divan et Salab-eddin payèrent sur-le-champ oette milice. On voit par-là que le divan était chargé de veiller au bien- ^e des soldats : aussi étaient-ils traites avec beaocoup de soin, en un mot cenime on l'est dans sa propre famiHel -
9 Zengni était terrible sur les égards que l'on doit ailx femmes. Faire insulte à une femme, sur-tout à unefetrfme de soldat, était de ces fautes qu'il ne pardonnait pas. Il avait coutume de dire à ce sujet : « Mes soldats ne me quittent 9 pas dans mes guerres ; je suis cause qu'ils vivent hors de 9 leur famille : si nous n'avons pas soin de prévenir toute "atteinte portée à l'honneur de leurs épouses, elles sont 9 perdues; elles s'abandonneront au vice. » Voici un trait qui prouve quelle horreur il avait 'pour ces sortes de crimes et combien il les détestait. Il avait donné le gouvernement de Géziré a un de ses émirs nommé Barbati, homme- qui jouissait de tonte sa confiance. Il apprend que cet émir menait une vie peu louable, et faisait le galant auprès des femmes : aussitôt il appelle Salah-eddin , et le fait partir tout de suite avec ordre d'entrer dans Géziré à'I'improviste, de se saisir de Barbati , de le mutiler et de lui arracher les yeux, pour qu'il fut puni aux deux endroits par oii il avait péché; enfin de le faire mettre en croix. Salah-eddin partit sur-lechamp et se rendit à Géziré. D'abord il fit un bon accutîil à Barbati, et lui dit : <• Notre maître te salue; il veut t'élever « en honneur et en dignité, et te nomme au gouvernement • d'Alep. Prépare-toi à partir; tu descendras IcTigvc.îivec tes
M BXTBAITO.il'AUTBlJRS AUàamÛ
n effbUi • el IvhTtendras «MouBsourpour iiU filtre tiR>ooiir« « Ce misérable (4) crutees paroies ; il en fut encimoté, II fit «umtôt charger se» effets, grands et petits , sur aniB barqiMi. Mais , au moment qu'il se préparait à partir, on se saisit de lui , et il subit le> châtiment qu'on lui destinait. TcniS'Ses biens furent confisques, sans qu'il y manquât la. plus pelitediose. Dès ce moment les émirs -n'eurent garde d'imiter sa conduite. Oi*, admirez la sagease-deZenguif i^emurquez à quel point ses mesures étaient bieapcises. Il choisit pour cette exécution le principal de ses émirs; il voulut qu'on nsatkl^arcîfice, de peur que le gouverneur ne £ut assez insensé pour' se révolter et ne donnât -lieu à. quelque désordre: ' Reinai^ez encore lA grande prudence de .Stflab«ddiii : il commença par abuser ce misérable; il lui'promit un gouvernement magnifique; il lui fit mettre au jour tontes ses richesses; et quand il vit qu'il n'y mannnait rien, il s'en empara. N'est-ii pas évident, que, s'il s'y fut pris d'une autre manière, une bonne partie . des biens de Barbati aurait' été soustraite â toute recherche? 9
On voit que l'auteur arabe était décidé à tout admirer dans Zeogui. II finit là son tableau, sans faire mention des mauvaises qualités de son héros , de ses perfidies , &c. Apparemment qu'il ^'entrait pas dans son plan de tout dire. Ce qui est encore plus singulier , c'est qu'AbouUarage , qui était chrétien , et qui , dans sa Chronique syriaque , a rapporté quelques-uns des traits qu'on vient de lire, n'a pas dit un mot des dé&uts de Zengui; car d'ailleurs ce prince fut constamment heureux dans ses entreprises; il établit le bon ordre dans ses provinces ; il y fit régner la tranquillité. Est-il étonnant qu'il se soit trouvé un musulman de ses sujets qui se soit plu à relever exclusivement de si grands avantages î
S xvin.
AYénement de Noureddin. — Ruine d'Edesse.
On lit dans Aboulfarage que Zengui avait kdssé en mourant plusieurs enfans, entre autres Saif-eddin-Gazi et
(i) (jJw^ Ce«t le mot mtsqum, qui nous ynitui de TOrient.
«BIATIffl AUX ca<i»Am8.i 9^
étals. Saif-eddin s'empara de Monssoul, et NoiirMldifn' de la TÎited^AIepuCScpcttdant ifa seik'fiaîenti^Mi dei'a»ilre;-Noureddtt '«TWÉ ijpeur que aiMi frères qni était Ti^né*, ne veultit le dépouiller. « Enfin , remarque l'autcttr de l'HiiMoîre des Aubecs, comme A était à craindre qae les Francs* ne pro^ fitasaeDt da désordre pour reçonquorir leurs «iféiénnes prô-^ TÎuees, les detax frères convinrent que dracuti igttl*dërftît ce qall possédait, et qu'ils «nraient «ne entrevue: 'S*)&eddin s'nraiiç» donc vers laSj^ie, él NoùreddfU dHtl^à'fi^ ren^ contre.. Du plus loin que NoureddinVit son frift^ f H des^ cendit doiohevaly et baisa la terre par respect:; SiiiiP-J<îddin mit aussi pied à terre et Us* s'embrassèrent : ils étaîenv l'uH et Pnutre attendris jusqu'aux lai-més; SaiF-eddin dit k son Crère : « Poorqnai n es-tu ,pa8 Tenu d'abord ? Avai»tii peuf »de moi? Non^ mon 'frère; ce qae tu crai^iiftis né m'est jifamais venu en pensée. De quoi me servirait la' vie, «de quoi mé servirait le monde entier ; si j^this capable • de vouloir du mal à mon frère! n Hs se donnèrétit réciproquement de grandes marques ' d'attachement , après quoi ils retournèrent' chacun dans leurs états. Cette réconciliation, ajoute l'auteur I fit une grande impression sur les Francs. »
On lit en effet dans Remal-eddin que les Francs, apprenant la mort de Zengui, avaient été dans la joie; mais cette joie ne fut pas de longue durée. Ils avaient espéré* reprendre sans peine les provinces qu'ils avaient perdues : quand ils virent le zèle et l'ardeur de Noureddin , ils se trouvèrent bien loin de leurs espérances.
Ibn-alatîr va nous en fournir la preuve : «La même année, dit cet auteur, eut lieu la ruine d'Ëdesse. Jcsselin, depuis la perte de cette cité, avait établi son séjour k Tell-Bascher , à I occident de TEuphrate. Quand il sut la mort de Zengoi, il écrivit aux habitans d'Ëdesse, dont la plupart étaient Arméniens, pour les exciter à la révolte et les engager à lui livrer la ville. Les habitans le lui promirent , et ils convinrent ensemble du jour de son arrivée. II vint donc avec ses troupes, et rentra dans son ancienne capitaje, La citadelle seule fît de la résistance. Mais tandis qu'il on foriuait le siège , Noureddin accourut d'AIep avec son armée , et for^a le prince chrétien de regagner ses provinces, ensuite il saccagea Édesse et réduisit les habitans en servitude. La
9i . . EXTEAIT» 'U'aDTEURS ABABBS
plupart s'expatrièrent, et il n'y resta plus qu'an petit «ombre decbrétiens (l).J9
Ce même eve'nement est ainsi décrit par nn aurteor chrétien, Aboulfaroge, dans sa Chronique ^syriaque; -Suivant cet auteur, Josselin était rentre dans Edesse au mois de tisrîn premier, ou octobre. Haïs à peine six jours s'étaient écoules, que Noureddin .sq présenta aux portes avec dix inillc hommes* Josselin eVacua Édesse vers le -raîlieu de ia nuit, emmenant de force les malbeureux habitens, hommes, femmes, gainons et filles. Quand- le jour panitj< les Turcs (soldats de Noureddin) se mirent à leur poursuite et firent pleuvoir sur eux une grêle de traits. « O anage de colère! 9 s'ecrie Aiboufarage, & jour de fureur! d nuit de la mort! n& aurore de l'enfer! ^ iournee de. désolation pour les «infortunes habitans d'Edesse, pour unecit^ naguère ^ digne d'envie! 9. Les cavahers francs, ne pouvant tenir tête aux Turcs, prirent ia fuite : les fantassins ne pouvant fuir, se réfugièrent dans le château de Kaukab. La fouie éperdue r^M^ délaissée, et le glaive des Turcs extermina ces infortupes comme: le feu dévore la paille. Quand les Turcs furent laç de tuer, ils dépouillèrent ceux qui restaient, et les garrottant avec des cordes , ils se firent suivre à cheval de leurs prisonniers, hommes et femmes, à^pied. Trente mille personnes périrent dans (es deux sacs d'Edesse. Seize mille furent emmenées en captivité, et mille seulement parvinrent à se sauver avec les Francs dans la forteresse de Kaukab. On ne laissa la liberté ni aux femmes ni aux enfans; tous ceux
(1) Noureddin distribua, sniTant la coutume-, une partie du butin k ses ëmirs et à ses amis. L*auteur arabe cite à ce sujet une aTentnre qui montre fesprit de liberté familier aux écrivains orientaux , et que nous rapporterons en latiil seulement. II y est question du commandant de Moussoul , à qui Noureddin avait envoyé sa part du bulin : • Inter munera qute ad eum misit Noureddinus , emt anciiia, quam « cùm vidissetille , statim eara subegit; iavitse posteà , dizitque suis : » Nostisue quid mihi hâc die accident? Dixenint non. Dizit : Cùm » Edessam cepimus régnante Zcngui, inter res raptas in manus meas » incidit anciïla pulchra, èjusquc pulcbritudo mihi adraodum placuit;
• at intérim inciamatum est jussu Zengui : Reddantur servi optsqut
• raptœ. Hic princcps porrô metuendus erat ac rcverendus. Anciflam
• reddidi ; ei verô semper adhesit cor. meum. Denuo autem miiit •• mibi dona Noureddinus, ctiamque ancillas plnres^ inter qns* » eamdem anciiiam. Statim eam subegi, ne adhnc mibi toUstBr; •
KBLATIFS AUX CROlflADES. * 93
qui iMùent échappe au diirn». furent faits esieHrts. LaTtlIe resta de'solee, enivrée au «atrg de ses enfant, et couverte de leurs membres épars^ La baît; les bétes siAtvages (l) ve^ oaient s'y repaître de «adavres , et^Edesse dtsv^mt'ia retrliîté des bétes des. champs. Le maudit Josselin s^étatt sattvëà S«^ mostte. 'Notre évéque Basilte s'échappa* aussi par itf fuite; oasis févéque des Anneinens, et 'd'autres -avec iui^ furent pris par iea Turcs. *y .
Tel' est ie récit iameotaUe que fait Abouffarage 'des mal* heors qui (mppmsirt Edesse. Pendant ce temfps , les chrétiens d'Occident étaient en* marcfaeipottirveair au secours de leurs frares d'Oxient.
i XIX.
Seconde croisade. — Marcbe de Fempereur Cpnradjet de Louis VI|,« roi de France. — lis assiègent Damas. — Leur retraite.
Nous alticMis laisser de oouveau parler Aboulfarage dans 5a Chronique syriaque. C'est (e seul auteur oriental quî ait dit quelques mots du passage de Conrad et de Louis VU à travers l^Asie Mineure. Lés auteurs musulmans ne com* mencent a parler de cette nouvelle armée de croiseV qu*après qu'elle fut arrivée en Syrie, Sans Aboulfarage, et, sur-tout sans les auteurs chrétiens , grecs et latins , tout souvenir des malheurs. qtiVjprouvërent les croisées dans l'Asie Mineure serait perd^ .... .
An 543 lff48j, u Les Francs d'occident, di^ Aboulfarage, à la- nouvelle de la prise d'Édesse parZengiii^ furent transportés de colère. Un grand, n.ombre d'eiftre.eux résolurent de se rendre dans la Syrie. L^cmpereur: d'Allemagne partit avec, quatre-vingt-dix mille hommes à cheyal, et le roi de France avec cinquante mille (3). Pour les fantassins , ijs étaient en nombre iofini. Les Francs . dans, leujf marche.
(i) Littëraicmenf Ics^sirèn^^^ Ces paroles sontiUMi imitation d'un puiage de Je'r<fnile, ch. L^^ers. 39. . . , f
{ij ADoulfarage, aTexempIe de quelques auteurs arabes , appelle le roi àt Vrixïf*^' Alphonse, le confondant apparemiftent avec un cmnte 4è Tottlonse de ce nom qui fit*psrtie de la croisade et dont '\i >naqttescie»<pMresss«s( ■ ' * ' '
94 EXTRAITS d'à UTBUmi ARABB8
eonQii4.it.s^. plaindre de la inaiiTAÎse foi des -Greos. lis les n^^imitèFt9t,f' i^t dès. ce mofjstenif l'empereur Mâouéi, mt ju^quf^Ijî' «y«it'.CMt^;<de Igramisr. iaevifices eii>ii»veiir« des FiriH^çs (einv W^r^ottiis dfi leur doonbr des guides- fidèles pour lefi fnpuwrÀ Itmi^lsrs.f Asie.Miaeiuey liwchiuia>Ieiir perte. II init'à jiV té^ fie eeite ranititiide dbs;]Cônducte«rs 4|iiî l'entrainpreul (Wi^s des nHiiitftgne» esmorféasirt arides, ou, «iprèi avoir erre çà et là pendant cinq jours , abandonnée 4le ses g|)idjeSï!?Hi& pt»riit:en.partte;.do aÂ&ljie«:Tanos>vna0Mitiatta- ^liet^ U'!iv]^e»r:C!tiien fireiuthvui JiorriUe lanoMiore. Im: butin fut s2 e^^nsideeabk^ ^Wà 'MahliarlWgent sç^Tendahr Mmme le plomb. Les Francs qui parvinrent à s'échapper gagèrent les bords de la mer : là , les Grecs leur fournirent du pain mêle de chaux , qui en fit périr plusieurs. L'empereur d'Allemagne ne se sauva qu'aveè quelques troupes. Eu arrivant à Jérusalem, il alla faire sa prière à l'e'glise du Saîot-Sépulcre,'et V implora les b.ëne'dictîohs de Dieu. Il se reposa quelques joii'rs ; après quoi il alla former le sie'ge de Damas, avec vingt mille cavaliers et soixante mille hommes de pied. Les Francs attaquèrent hardi ment. cette vitfe, et Rétablirent près des eaux; dans les jardins qUr entourcht lès murailles. Dans ce danger, M oyn-eddin , qui comVnandait dans Damas, envoya secrètement . des députes ' axi roi de JeV^isaleni ( qui était aussi au siège avec ses trotipes), et obtint dé lui, à force d'argent et de prièresVqu'tlse tecirât. Il dohnaau roi, en cette oliîcasion, deux cent mille pièces de cuivre, légèretti^nt recouvertes d'or. Il en donna cinquante^ iVijile autres de la même espèce au comte de Tibériade,^e^Jf4 çh^'tiens né s'aperçVit'eni? de la finaude qà'âprè^,qu'ils eurent levé le iîége. Quahd l'empereur cTAIIemagne^fut instruit de cette trahison , iletf'fùt indîgixe etVçn retourna daii s ses états; et Voità à qtioiabcrutîf tout ce^ahd rassemblement dlionîmes.9 Voici maintenant de quelle manière les auteurs musulmans racontent le siège de Damas :
« L'empereur d'AUemagtie, dit Ibn-alatir ,*àitîvâ en Syrie aveç une armée nombreuse. II espértût envahir facilement les provinces musulmanes, vu la quantité de ses soldats et ses grandes ressowfrces. Dès qu'il fut ainivé, Içià. pVancs du pajs se mirent sous ses ordrek , et tl^ allèrent "tous ensemble fkire Je siège de Damas. L'attaque commença Ie.6^de.rébi premier [^'6 de jiiillet]. La !v il Iç,.qc;. Pâmas, citait (aloi««>«s le commandement du visir Moyn-^ddin-Aaav:,.bonAa»e- pieux,
HBBIATJPS AUX CROiSABSB/ •< ^'
faabSe et d'unci beUe coiiJiiîte.«PIei<i.du'8ê9Îi.dé Mdref 4» ville ^ il fit une sortie -de concert avec les habitaM', et Uvéà. combat aux obrétiens; tnàis il fîti bai^^ etremperenr, s'ap-» proobftnt de^tràs^rèsy vint éamper sur Im placer V^erte^Mei* dan alhadhar^'{\i)\ D*nsoette •sortie ,( on remaa^qufty au nombre des ciombatiâi^s, /ùnt'vîeiflaiidiorîginamd'Amque, 'nomme Voi^Aênfj bèmhie^ti«&-pieoxy quî^aliait^ à'^pied. Dès^^que le yistrletiirit^ sil eounutâ lai, et, ie-'iSâlnant avec riespeet^ lui dit: «>Q Acbetkbi] vousn'étespas pUigeàfaire^Ia^^âtrej • volviiè grand âge vous en dispensé; Rans,seronk*asM^'foi«§ 9 sans VOUS.' n Le schéikbrepondit^a Jkû^vendu 6t4I*A^flob6te: 9 par Dieu) je ne. veux pas roinpreitiëiniavdhë'^ û$ îe-ltàster 9 rompre. 9 II voulait pariét dejfa:patol6>de:Dieu, fpvk la» quelle tout musuSman a fait àiDieak^sttciôfice desli^Èottttne et de ;ia vie, et a droit au parhdist^2);>I| .s'avança donieivrec les autres,. et fut tue : Dieu lui fasse miserioorde! On assure que ce schéiUi apparut^ fia -nuit de sa-oDart, à. un iinani;très^ savant , pour lui d&re qu'il avatctréte admis aux jardff>s d'Ëden^ dans la compagnie de ceux qui' Voient Dieu face è^faoei'» » • Cependant, on . cnmmençait ;à idesesperer dn salât >de la ville. Dehebi raconte a que. Farmée.ofaretienne était com'* posée de dix mille cavaliers et de Soixante mille hommes) de pied. Les habitans,'reroplis de frayeur, oiierciièrentleui' salut dans la bonté de Dieu. On exposa TAloorandu calife Otmao (3) dans: là grande mosquée et les lieux attenans., et le peuple s*y porta. en foule. Les- femmes et les ei^fansVy rassemblaient, la tête nue-, poussant dbs sanglots «et itnplo^ rant la piiié divine..: Le Seigneur entendii leur>voix* H y avait, dan» Tarmee- chrétienne,. un prêtre portait' an é croix au cou et une à dbaqueinaia..IiVev;allaitj mont^surun
■ Ij U<— — . I 1.——.— ■■■■■.!
(i) Cest nne espèce de prairie; îe !oDg du Baradi/nvJère qîii donne de Teaa à ia tilfo. '• . . ^ .
(s) Voyez rAicoran , soiir. ix, vert, i 19. .
(a) H parait que cet Aicoran est le même que le calife Otman tenait dans les maiÀs lorsqu'il fut assassine', et qui fut teint de son smng.Toyèt botre Description des Mônumens musulmans du cabinet de M. le duc de Blacas, 1. 1 ,'p. 3ft6< On^ïonserve encore cet Atcoran a Daaiés« Voyez Yltéiéraire de CoHS9tentin&fle à la Mecqne, ouvrage tradait du tare pu* M. Bianehi, p. 57: Cèr Aicoran se conservait plus anmeonenHal à J^ruaiem , d*où , sa • laMMmt de 9éiftv^é des- «roU éé danv ia viHe sainte» il fiit transporta k^Tib($riade.' Voy^kles Afinatéè d'Aboulfëda>iM»tesdsiUiske,n. III;p. ftt^^ • . • ...
90^ BXTMIITS'D'aCTECJRS arabbs
âiid-y disant : Tm ia promesse. du-Mêssie ^u» n^s- prendrons DfOîMê^ Lttrdessus, lesFraiics se pressèrent autour de lui, et «iharofaèrent coQtre«ia ▼iiié : inais les- musuUnaos , faisant un^tt nouvelle sortie, • se tournèrent tom •eonrtre le préti^e, Ie.llMDent lui et «on an», et bi*ulèrent*aes oroixi '..'«. .Pendant. ice temps.^ .reprend KiHaiatir^ Anar avait demande du. secours ao>>prittce de MonteouL- Ge prinpe se concerta avec son foèrè Nouveddin et «e mit en marche. Mais.d'abofd, VôuIaJé<i<ppofiter de eette ôôofttion pour s'empiMrâr <U.. Damas, il e'crivit ces mots an visir :•« J'arrive 9 ao<iQinp4gne de toù^*.les;lliommts en état de porter les n esmts^ et brâIaDt«dW ▼«(nir aux mains avec les Francs; «.mw.ie veux airani.toi}t<.^u^ Damas me soit remis. Si je ii.'Siiis.defaitf mon. armée sé:rétirei*a dans la- ville et j'y rai- « lierai {«mes soldats ;l et si je .triomphe, \e m'engagea vous • la rendue', bien résolu à ne Id garder qu'autant de temps •'quelles chrétiens seront arrêtés devant ses murailles » Le yisir de« Damas (l) écrivit dé son câté ces .mots à l'empereur : « Une*ai!Kbée noùS'vieQt:diB l'Orient (l'armée de Monssoul } ; v:re6rea«>voiis; ainoti fe.Iui livrerai la ville, et vous en aurez n du regret; n II écrivit aussi aux Franos.de Syrie : u A quoi 9 songec-vous , leur disait- il, de soutenir les chrétiens d'Oc* 9 cident? Ne savez^vous pas que s'ils s'emparent de Damas, f)i\ voudront conquérir toutes vos places^ Pour moi, si je ne 9.viens«à bout de sauver Damas, je l'abandonni^aî au prince « doM<Missoul ; et si une fois il en est maître, il vous chassera » itans peine de- toute la* Syrie. » li promit: en même temps aux Firaocs de leur rendre Panéas, s'ils décidaient l'empereur'à ^'éloigner. Ils'aiièrent en- oonsdquence trouver l'empereur,* et lui dépeignnrént le prince de3iousso«d comme un homme très-redoutahIe.par le nombre de ses soldats et par la quantité de ses ressources, o S'il pr^nd Damas, ajouy> ièrent-ils, nous ne pourrons plus lui .tenir tâte. n Us engagèrent donc l'empereur à se retirer (9) , et obtinrent Panéas
(l) L*suteiir de V Histoire des Aêabecs rapporte qa*il négligea de r^poo(dre au prince de Moussoni» attendant Içs «ve'ntmens.
. .(s) H paraît qu'il rëgna de tout temps un vif «entimeat de falonsie entre les Francs établi» en Sjrie et cens qui Tisiiaient ikouveilemeni dIOccideat. LMftAlfemandsrsairrtantyiktiettt r«adiis.x>dieax ana cokk nies^firétiennes. Voyez. à.QC'siiift.un passage! 0iagidicr.d*OthoM de Saint-Biaise, an tome I d«ria Bi^Uothéque des Cmsmdes.
REIATIFS AUX CROISADES. 97
en récompense. Le siège de Damas n'avait dure que six jours.
Il est dît , dans la compilation des Deux Jardins ou récit de la TÎe de Noureddin et de Saladin , que, pendant le siège , le visir Anar avait promis une recompense pour chaque téie de chrétien qu'on lai apporterait , et que les jeunes gens et les paysans des environs , pousses par l'appat du gain , surprirent plusieurs Francs sans défense et leur coupèrent la tête.
Aboidfeda dit de plus qu'A joub , père du telèbre Saladin , se trouvait à Damas penclant le siège , et qu'il y perdit un de ses fils.
C'est là tout ce que nous avons trouve dans les écrivains orientaux , sur le fameux siège de Damas. On voit que les aateurs musulmans n'ont pas dit un seul mot du roi de France. En gênerai, on fera bien de recourir pour ce siège ta récit de GuHlaume de Tyr. Ce récit est clair et précis , et jette du jour sur celui des Orientaux. Quant à ce qui regarde la cession de Paneas aux chrétiens , il n'est pas inutile d'avertir qae cette place était fa plus avancée du royaume de Jérusalein, du cote de Damas, et qu'elle servait alternativement de défense à celui des deux états qui en avait la possession , ce
Iû explique la grande importance qu'on mettait de part et autre à en être les maîtres. Les auteurs latins sont remplis de détails des sièges et des combats auxquels Paneas donna Kcu.
î XX.
Saite des guerres de Noureddin contre les chrétiens.
Suite de tannée 543 [1148]. « Après la levée du siège (leDamas, dit Ibn-alatir, un seigneur franc, nommé le Jils ^Alphonse (l), venu avec l'empereur d'Allemagne, et qui descendait de Raymond de Saint-Gilles, voulut à ce titre s^emparer de Tripoli. Le comte de Tripoli, à cette nouvelle , envoya demander du secours à Noureddin. Les musulmans tenant donc attaquer le seigneur franc dans un château nommé ^rrma^ où il s'était fortifié, prirent le château et le rasèrent La même année, Noureddin surprit les Francs <ians un lieu nommé Yagra. Il en prit et tua plusieurs , et
(i) Cest ce même Alphonse qu'Abonlfarage a confpndn avec fc roi de France.
08 EXTRAITS d'auteurs ABABSS
envaya une partie du butin et des prisonniers en présent a son frère le prince de Moussoul, au calife de Bagdad, an sultan Massond et autres.
Pendant que ces éve'nemens se passaient en Syrie, une flotte de deux cent ci«t|uante voiles, au rapport d'AbouIféda, partit des ports de la Sicile, sous la conduite d'un officier nommé Georges, et aborda à Mahadia (1; , sur les cotes d'Afrique* Depuis six ans cette ville était en proie à la plus horrible famine , et une partie des habitans , forcés de s'expatrier, avaient cherché un refuge dans les contrées voisines. A la première apparition de la flotte, Hassan, qui régnait sur la contrée , prit la fuite avec ce qu'il put emporter, et la ville se soumit sans résistance. Georges traita les habitans avec humanité, et rappela, par ses bons traitemens, la plu paît de ceux qui avaient été chassra par la misère.
An 544 [1449], Noureddin, selon Ibn-alatir, pénétra cette année sur les terres d'Antioche, et vint faire le siège du château de Harem. Ce château défendait la principauté d'Antioche, du cAté d'Alep. Noureddin détruisit ses fabourgs et dévasta les campagnes voisines. De là, il se porta contre la forteresse d'Anab , où il exerça les mêmes ravages. Raymond , prince d'Antioche, étant venu l'y attaquer, fut battu et resta même parmi les morts.
lbn*alatir rapporte de ce Raymond , en preuve de sa force prodigieuse, qu'il ployait un étrier de fer en deux, et qu'un jour, passant à cheval sous une voûte à laquelle pendait une chaîne , il se prit avec les mains à la chaîne , et serra en même temps les flancs du chevid d'une telle force, qu'il l'empêcha de bouger. Il ne laissait qu'un fils en bas âge, nommé Bohémond, Sa veuve Constance se remaria, pour avoir quelqu'un en état de tenir le timon des affaires et de marcher à la tête des troupes, en attendant que le jeune prince put gouverner par lui-même. Ce second mari s'établit à Antioche, et prit les rênes du gouvernement. II se nommait Renaud de Châtillon, qui devint plus tard seigneur de Carac et d'autres lieux. Il en sera parlé plusieurs fois dans la suite (S).
(l) Mahadia est la ville que les antenra chrétien» da temps appellent Africa,
(s) Aboaifëda fait observer que ce mariage lai valut Taiitorilé et le titre de|»rtnce, (j*V^ oo ^j»*^! .
EEIATIFS AUX CROISADES. 99
An S46 [H51 ]. Cette année, les colonies chrétiennes (TOrient éprouvèrent un nouvel e'chec. Déjà Zengui avait chassse les Francs de toute la Mésopotamie : son fils Nou* redilin les de'pouilla de toutes les places qu'ils occupaient encore vers le nord de la Syrie. Ces places faisaient partie de Fancien comte J'Edesse,'qui par-là tut entièrement réduit au pouvoir des musulmans.
« Josselin, ancien comte d'Édesse, dit Kemal-eddin, sVtait fait remarquer entre tous ies seigneurs chrétiens par sa générosité et son courage. Un jour il remporta une victoire sur Noureddin, et s'empara de son ecuyer et de ses armes. Après le combat, il envoya les armes à Massoud, prince dlcone, et beau-père de Noureddin, avec ces mots : « VoUà les armes du mari de votre Jille; sous peu je vous «»- 9 verrai quelque chose de mieux, n Noureddm fut très-sensible à cette insulte et n'eut pas de repos qu'il ne se fut vengé, n aima mieux recourir à la ruse , sachant bien que , s'il attaquait Josselin à force ouverte, ii rencontrerait de grands obstacles. S'adressant donc aux Turcomans , il leur promît une grande récompense s'ils le lui amenaient mort ou vif. Les Turcomans enlevèrent Josselin à la chasse et le remirent àNoureddin (l)..Ce coup de main valait une victoire , et les effets s'en firent sentir dans toutes les provinces chrétiennes. Noureddin entra sur les terres de Josselin et lui prit en quelques années toutes les villes qui lui restaient , telles que Tdl-Bascher , Aintab, Ezaz , Ravendan, Maras et autres. En vain les Francs essayèrent de le traverser dans ses conquêtes* Dans on combat livré près de Dalpuc (S) , ils furent mis en déroate. «
Voici le portrait que fait de Josselin l'auteur de VHisioire det^Atabecs : u C'était un diable enragé et l'ennemi mortel de l'islanûsme. C'est lui qui menait les Francs sa combat, tant il avait de prudence et de braroure, tant il était ennemi de la religion musulmane et barbare envers ses disciples. Tonte la chrétienté se ressentit de sa ruine ; tous les chrétiens eurent à gémir de sa captivité. Ses provinces se trouvèrent, sans défense y ses frontières sans protecteur, et les oiQsnlraaBs les prirent sans résistance. C'était on homme
(i) Vojei sur cet événement le récit de Guiiiaume dv T^r. (t) Dslooc est la vUlc que GuiUanme de Tyr appeiic Tulnpa.
iOO EXTRAITS d'âUTEORS ARABES
ruse et perfide, se jouant de la sainteté des sermens et de la foi des traités. Autant de fois que Noureddin traita avec lui , et qu'il se fia à ses promesses , cet impie les viola. Maïs ses artifices et sa perfidie retombèrent sur lui; car la perfidie est une arme funeste pour ceux qui s'en sei*vent. «
Voilà plusieurs années qu'il n a été question de l'Egjpte : ce pays était toujours en proie aux divisions et à l'anarchie , et trop malheureux pour songer à inquiéter les chrétiens. Ceux-Ksi^ de leur côte, avaient trop à craindre de Zengui et de Noureddin pour s'attirer ce nouvel ennemi sur les bras. Cependant comme , vers ce temps , les Francs firent une irruption sur les cÂtes d'Egypte , le visir égyptien , au rapport d'Ibn-Moïassar, envoya sur les câtes de Syrie une grande flotte qui exerça les plus grands ravages , tuant ou enlevant tous les chrétiens qui se trouvaient sur son passage. »