‹ Extraits des historiens arabesChapitre 9 sur 45 · S XXV · texte numérisé non relu

S XXV

Seconde expc'didon cTEgypte. — Commencemeiu <Ie Saladin.

An 562 [1É67], Schircou , suivant la remarque d'Ibualatîr, à son retour en Syrie, ne cessait de penser à i'Ëgjpte et aux moyens d'y retourner. Noureddin s'opposa tant qu'il put à son dessein ; mais comme Schircou faisait toujours de nouvelles instances, il finit par céder, et lui remit une nouvelle armée avec mille hommes de cavalerie. Schircou fut accompagne' dans cette expédition par le jeune Saladin , iils de son frère Ayoub , qui ne tarda pas à se distinguer.

Ibn-aboutaï est celui des auteurs arabes qui est entre sur cette guerre dans de plus longs détails (l).

« Schircou , dit-il , se mit en route au mois de rebi premier [mois de janvier]. Sa marche fut si secrète , que Schaver n'en fut instruit que par l'avis que lui en donnèrent les Francs. Il pria aussitôt le roi Amaury de lui amener du secours aux mêmes conditions que dans l'expe'dition précédente, ce qui fut accorde'. Le roi se mit. donc en marche et suivit les bords de la mer. Schircou, au contraire, avait pris la route du de'sert; son dessein e'tait de se rendre devant Belbe'is : comme i\ fut prévenu par les Francs, auxquels s'étaient unis les Egyptiens, il se porta d'un autre coté; et, prenant le chemin des montagnes , il arriva près d'Atiih ^ sur le Nil , au sud du Caire , d'où il passa jusqu'à Scherouné dans la haute Egypte, toujours poursuivi par les Francs et les Egyptiens. En ce lieu il passa le Nil sur des barques, et redescendit les bords du fleuve jusqu'à Gizé en face du Caire. Alors, effrayé des suites de son entreprise, il écrivit en ces termes au visir : « Je te jure par le Dieu qui n'a point d*égai, n et par tout ce qui lie les musulmans ensemble , que je suis f> prêt à quitter l'Egypte; que je n'y reviendrai plus, et que n je ne souflrirai point que personne y apporte la guerre, n décidé à ra'unir à toi contre quiconque viendra t'attaquer ,

(l) Son récit flcr\'ira à cclaircir celai de Goillaumc de Tyr, un peu obscur dans certaines parties. Voyei ï Histoire de ce dernier, lib. XIX, cap. 12 etsurr.

REtATIPfl AUX CROISADBS. 193

9 poonru' qae tu me promettes de prendre en main la cause 9 de l'islamisme. Maintenant l'ennemi est dans le cœur du f royaume , il est /éloigne de tout secours , il lui sera difficile 9 de s'échapper ; re'unissons nos eflbrts pour l'accabler. L'ocn casîon est favorable ; peut^tre ne se presentera-t-elle plus ; « exterminons donc cette nation. » Mais Schaver communiqua la lettre aux chrétiens et fit mourir celui qui l'avait apportée. A cette nouvelle , Schircoa se mordit les doigts de douleur, a Si Schaver avait voulu me croire , dit-il , il ne 9 serait pas resté un seul chrétien d'Occident. »

n Cependant Schircou dressa ses tentes à Gizé , où il séjourna plus de cinquante jours. Pour les Francs et les Egjp* tiens y ils s'établirent aux environs du Caire : le Nil séparait les deux armées. Le visirfit construire un pont (t) entre l'île voisine et Gizé, et tenta de tourner l'armée de Schircou. Dans ces conjonctures , Schircou vint à bout de mettre dans ses intérêts les habitans d'Alexandrie , qui étaient indignés de voir le visir agir de concert avec les chrétiens et faire un si mauvais usage des trésors de l'islamisme. La situation de Farmée de Noureddin ne laissait pas de devenir toujours plus critique. Je tiens du schérif Edrisi , citoyen d'AIep (S) , qui, en ce moment , se trouvait à Alexandrie, et qui alla, au nom des habitans, annoncer à Schircou l'envoi de prompts secours, que, deux jours après son arrivée à Gizé, Schircou pensa être accablé par les Egyptiens et les Francs : il n'eut que le temps de partir précipitamment, abandonnant ses tentes et ses bagages. L'armée prit de nouveau le chemin de la Hante-Egypte. Une nuit , elle se trouva si vivement pressée , qu'à peine elle s'était arrêtée pour prendre du repos ; il lui fallut se remettre en marche , ce qu'elle fit dans l'obscurité et aux flambeaux : c'est ainsi qu'elle arriva à Dalgé^

(i) L'aateur arabe se sart du oiot^><HOh. Le sens de ce mot est parfoitemeDt déterminé p»r le passade correspoDdant de Goillaiime de Tyr, lib. xix, cap. 31 : « Le roi Amaary, dit-il, fit rassembler > un grand nombre de barques sar lesquelles on e'teodit des troncs • de palmiers, ce qui donna un passage à l'armëe. « Ccst un point Jautant plus essentiel que nous y reviendrons par la suite.

(2) Cest probablement le même Edrisi qui est devenu fameux en Europe par une géographie arabe qui a été' imprimée sous son nom. Ce qui suit était resté ignoré de tous ceux qui ont en à parler de ce personnage. Voyvt, Ut Biographie vmverselle, t. XII , p. 637 et suit.

194 BXTRAITfl d'aCTBUBS ARABES

Déjà l'ennemi avait atteint Aschmounein (1). BientAt les deux armées se trouTerent en présence , et l'on dut en venir aux mains. » .

L'action ent lieu dans les environs de Babéin. Ibn-alatir rapporte que l'armée combinée des Francs et des Egyptiens était fort nombreuse , bien approvisionnée et trè^-impatiente de combattre , ce qui jeta d'abord l'effroi dans l'ame de Scbircou. Ce n'est pas que pour lui il eut refusé le combat ; mais il craignait que ses troupes ne perdissent courage, étant dans une position telle qu'il n'y avait pas d'apparence de succès, tant à cause de leur petit nombre, que parce Qu'elles étaient Ipin de leur patrie. II voulut donc consulter a'abord ses émirs , qui furent d'avis de repasser le Nil et de reprendre lecbemin de Syrie : « Si nous étions vaincus, direntn ils, et c'est la chance la plus probable, où irions-nous , et « qui prendrait notre défense? Il n'y a pas dans ce pays de » paysans ni de soldats qui ne soient contre nous. » Alors un brave mamelouc de Nooreddin se leva et dit : « Celui qui 9 craint la mort ou les fers n'est pas digne de servir les rois ; 9 il ferait mieux de rester dans sa maison avec ses femmes , » ou bien d'aller cultiver soa champ. Pardieu ! si nous re- 9 tournions auprès de Noureddin sans victoire et sans excuse, 9 il nous ôterait les terres qu'il nous a données et tout ce « que nous avons reçu de lui depuis que nous sommes à « son service , et nous dirait avec vérité : Quoi, vous jouis- » sez des biens de l'islamisme , et vous fuyez devant ses enn nemis ? Vous abandonnez aux infidèles un pays tel que n t Egypte? n A ces mots, Schircou s'éoria que l'émir avait raison. Son neveu Saladin parla dans le naénie sens , et il fut décidé qu'on en viendrait aux mains.

Ibn-alatir ajoute que l'armée fut rangée dans l'ordre suivant : les bagages furent placés au centre, ce qui le. faisait paraître plus redoutable qu'il n'était en effet. Saladin feu t le commandement de ce centre , et son oncle lui dit : a II est à 9 présumer que l'ennemi me croira au centre et qu'il se por- 9 tera de ce cdté. Vous opposerez une faible résistance, et n VOUS fuirez devant lui; et lorsqu'il cessera de vous pourn suivre , vous reviendrez sur vos pas. 9 Pour Schircou , il fît choix des soldats les plus vaillans et de ceux dont il connais-

(i) L'ancienne Hermopolis magna^

saie Paodace et le sang-froid , et se plaça avec eux à l'aîl« droite. Au moment de l'action , les Francs , comme il l'avait prevQ, se portèrent contre ie centre : Saladin fit une légère résistance et commença à plier, mais sans rompre ses rangs et toujours poursuivi par l'ennemi. Alors Schircou se précipita sur les troupes qui lui faisaient face et en fit un grand carnage. Les chrétiens, à leur retour, trouvèrent leurs frères tues ou en déroute et prirent aussi la fuite. Une chose bien digne de remarque, c'est que Schircou n'eut besoin que d'un ou deux mille cavaliers pour triompher des Francs et des Égyptiens (l). 9

Ibn-abontaï a décrit un peu autrement cette bataille , d'après Edrisi, témoin oculaire. Il rapporte que Schircou essuya d'abord de grandes pertes. Suivant lui, Saladin avec le corps qu'il commandait avait eu ordre de tourner l'ennemi, et ce fut ce qui occasionna cet échec. Mais a la fin , les Syriens , voyant qu'il n'y avait plus de salut pour eux , firent un der* nier effort : Saladin attaqua en même temps par derrière ; le combat dura jusqu'à la nuit. Enfin les chrétiens et les Egyptiens furent mis en pleine déroute. Peu s'en fidlut que le roi Amaury ne fut fait prisonnier.

a Ensuite , continue Edrisi , Schaver et son armée se retirèrent à Elmonié, ville voisine (3). Pour Schircou, il se rendit à travers la province de Faïoum a Alexandrie , où il déposa ses malades et ses prisonniers. Puis, dans la crainte d'être bientôt assiégé dans cette ville , il y laissa Saladin avec une partie de l'armée, et, après s'être fait prêter serment par les habitans , il retourna dans la Haute-Egypte. II y resta jusqu'à la nouvelle que les Francs et les Egyptiens , après s'être ralliés au Caire, étaient allés faire le siège d'A-

(i) Ces denz mille cavaliers nVtaient pas senis. Guillaume de Tyr fait monter Tarmëe de Schircou à douze mille Turcs , sans compter les Arabes et les gens du pays. On verra ci-dessous que Noureddin donna de nouveau à Schircou deux mille cavaliers et six mille Turcomansf îT y avait donc une diiFërence entre ces deux sortes de troupes. Sans doute il faut entendre par les cavaliers , des troupes ré^ée» et entretenues sur les revenus des fiefs et des be'ncfices militaires , au lieu que les Turcomans étaient des mercenaires qui ne s'engageaient que pour une campagne,

(s) Ce doit être la ville que Guillaume de Tyr appelle Ltumonia , et qu*îl place k dix milles du champ de bataille.

136 EXTRAITS d'aUTBCRS ARABES

lexandrie et étaient à la veiile de s'en rendre mahres. Alors il partît de Coos, sur les bords du Nil, dans la Haute-Egypte, emmenant à sa^uite un grand nombre d'Arabes et de gens du peuple qui avaient pris parti pour lui. Sur ces entrefaites, {e visir et les Francs proposèrent ia paix. Elle se fit par l'entremise du roi Amaurj. II fut convenu que Schircou garderait l'argent qu'il avait levé sur les provinces. De son câte , Schaver promit trente mille pièces d'or aux Francs pour les dédommager des fatigues de cette guerre, et chacun s'engagea a retourner chez soi. n

Le siège d'Alexandrie avait duré trois mois. On lit dans Ibn-alatir que les habitans montrèrent en cette occasion beaucoup de zèle pour la cause de Schircou, et se résignèrent courageusement à toutes les horreurs de la famine.

Ainsi se termina cette expédition. Il est dit dans Ibnaboutaï que Saladin , avant d'évacuer Alexandrie , exigea de Schaver une amnistie complète en faveur des habitans et de tous ceux qui avaient pris parti pour lui, et que comme le visir, malgré ses promesses, cherchait à les inquiéter, Amaury s'interposa dans la querelle et fit donner satisfaction à Saladin. Amaury consentit même à fournir des vaisseaux à Saladin pour transporter ses malades en Syrie : Édrisi fut du nombre. A l'arrivée des malades à Acre , le commandant les fit arrêter pour les occuper dans un pressoir à sucre ; mais le roi Amaury s'en montra courroucé et ordonna de renvoyer les musulmans chez eux.

5 XXVÎ.

Troisième expédition d'Egypte. — Les chrétiens chassés dn pays.

An 564 [H 68-69], Il avait été convenu, dans l'expédition précédente, que les chrétiens et les musulmans rentreraient chacun chez eux et que l'Egypte jouirait d'une entière indépendance. Cependant, suivant la remarque d'Ibn-alatîr, il était resté au Caire un corps d'élite de troupes chrétiennes pour la garde des portes (l)« C'était afin d'ôter à Noureddin toute

(i) L'antenr dit de' pins qne les chrétiens entretenaieift au Caire un tchahna |j^ on commissaire. Cétait probablement un magistrat chargé de vider les différens qui s'éleveraie&t parmi les Francs éta-

HBLATIPS AUX CROISADES. ISIT

idée de faire une nouvelle invasion en Egjpte. De plus , Scharer s'était oblige à remettre tous les ans au roi Amaurj cent mille pièces d'or. Tous ces arrangemens s'étaient faits àTinsu du calife : ce prince avait ete dépouille de son autorite' ; il vivait enferme dans son palais et avait perdu toute communication au dehors. On le nommait Aded-liditHiUah , et il n'était âge que d'environ vingt ans.

La vérité est qu'Amaury et Schircou avaient un égal désir de retourner en Egjpte. Ibn-aboutaï rapporte que Schircou avait prévu y par une sorte d'inspiration, que les Francs essaieraient tôt on tard de conquérir TÉgypte; c'est pourquoi il écrivit ces mots au roi Amaurj : « Les Egyptiens 9 exigent de vous la promesse que vous n'envahirez pas leurs 9 terres et que vous ne leur ferez aucun mal. n Le roi s^j refusa d'abord; mais craignant que Schircou et le visir ne finissent par se tourner contre lui, il s'engagea par serment , loi et ses officiers , à ne plus reprendre les armes. 'Quant à Schircou , il était sans cesse occupé de l'Egypte; il songeait à ia fertilité de son territoire et à la facilite de s'en emparer. Nonreddin seul avait sincèrement renoncé à cette conquête : aussi Schaver, qui avait en d'abord l'idée de lui offrir , pour le gagner, un tribut annuel , lui écrivit à ce sujet une lettre flatteuse, ou il le remerciait de ses bons sentimens.

Telle était la disposition des esprits , lorsque les chrétiens reprirent injustement les armes et commencèrent une guerre qui leur devînt funeste.

« Les Francs, dit Ibn-alatir, jaloux d'étendre leur domination en Egjpte, voulurent s'y rendre entièrement maîtres. Dans cette vue, ils s'adressèrent au roi Amaury , et lui représentèrent la facilité de cette conquête. Les chevaliers surtout montrèrent une grande ardeur. En vain Amaury leur dit que ce pays était maintenant à leur discrétion ; que ses richesses et ses ressources. leur étaient d'une grande utilité, ^que, si l'on y entrait en ennemi, le maître du pays , l'armée,

bfis en Egypte. En ce cas ce mot reviendrait à ce que nona appelons iBuntenant eonsni. L*uiage ëtait déjà, ches lea rëpnbiiqnea cominer- ^tet, dfentretenir dea ftgena dans les places de commerce mosnllatnes. Voyex an reste éxk Congé , Ghssaire de la basse loiinité, an inot Consul, 'lï^ 4. On trouvera aussi des détails sur cette question ^aat la Chrestomathie arabe de H. Silvestre de Sacy, t. II , p. 40 etmiT.

le peuple, les paysans ^ tous se lèveraient contre eux; que peut-être les Egyptiens se remettraie^jt entre les mains de Noureddin, qui iJors accablerait sans peine les colonies chrétiennes. Ds ne goûtèrent pas ces raisons , et répondirent : a Personne n'est en état de prendre la défense de l'Egypte. 9 Avant que Noureddin ait pu seulement rassembler ses 9 troupes , nous en serons maîtres , et alors le salut de Nour- 9 eddin sera dans nos mains. » Amaury ce'da donc, quoique à regret, à ces raisons (l) , et l'on fit aussitôt les pre'paratifs. Les chrétiens, pour donner le change, firent répandre le bruit qu'ib allaient faire une irruption du câté d'Emesse, et, pendant que les m^usulmans se dirigeaient de ce câte, ils marchèrent vers l'Egypte. »

Ibn-aboutaï raconte que lorsque les chrétiens furent arrives à Daroum, sur les frontières d'Egypte, le visir se hâta d'envoyer un de ses émirs pour demander le motif de cette invasion*, u Le roi, poursuit -il, hésita un moment à répondre; puis il chercha à corrompre le députe, et lui promit treize villages, s'il parvenait à abuser le visir et à lui faire croire ique cette guerre n'était pas sérieuse. Schaver se douta de la ruse et confia la négociation à l'émir Schems* elkhelafé (3). Le roi et cet émir se connaissaient depuis long* temps. Lorsque le roi le vit entrer dans sa tente , il lui dit : a Salut à Schems-elkhelafé. — Salut au roi perfide ! répondit 9 l'émir. Oui, ajouta-t-il, si vos intentions étaient droites, 9 comment auriez-vous fait une invasion si subite ? 9 A cela

(i) Ibn-aboutaî a au contraire représenté le roi Amaury comme

e premier auteur de cette guerre. « Du moment, dit-ii, qu Amaury connut les immenses ressources de TEgypte et la faiblesse de son gouvernement , il ne cessa d'être tourmente du désir de 8*en emparer. Dans cette vue , ii assembla les princes et les grands de son royaume , ainsi que les hospitaliers , et leur demanda oonaail : tons furent d'avis d'entreprendre cette guerre. Alors , continue i'aoiear arabe , Amaury fit Tenir son intendant, et le chargea de distribuer d'avance aux chevaliers et aux guerriers les villages et les terres de rÉgypte. En effet, dans l'expe'dition précédente , ie roi avait fait fiûre le relevé de tous les bourgs et villages, avec un état de leurs revenus. * Le récit d'Ibn-aboutal est confirmé par les monamens

du temps. Voyez le Codice dtplomattco deW ordine di Mufim, par

Sebastiano Paoli, 1. 1 , p. 48 etsuiv.

(s) Ces deux mots signifient soleil du califat; c'est probablement

le titre de quelque charge de la cour du calife.

RBIATIFS AUX CROISADES. 1S9

Amaoïj repondît qu'il était instruit que le fib du visîr arait épouse la sœur de Baladin , et qu'il avait du regarder cet incident comme une rupture. « Ce bruit est faux, reprit 9 l'embr; mais quand il serait vrai , ce ne serait pas une in- 9 fraction aux traités. — La vérité est , répliqua ie roi , que les 9 chrétiens d'outre-mer m'ont pressé de subjuguer l'Egypte. 9 Je viens ici pour servir de médiateur entre eux et vous. 9 — Que vecdent-ils donc ? demanda l'émir. -— Deux millions 9 de pièces d'or, répartit le roi. — Eh bien ! répliqua l'émir y 9 je vais en instruire le visir : attendes ici sa réponse. »

« Quelques-uns y continue l'auteur arabe , prétendent, au contraire 9 que le roi, dès qu'il fut arrivé à Daroum, avait écrit à Schaver une lettre conçue en ces termes : « Je viens 9 pour réclamer la somme que vous devez me remettre tous 9 les ans. j» A quoi le visir répondit : 0 Je me sub engagé à 9 TOUS payer cette somme tout le temps que j'aurais besoin 9 de vous; mais à présent je n'ai aucun ennemi sur les bras 9 et je pub me passer de vos secours, f On ajoute que le roi répliqua : u Rien ne pourra m'eloigner d'ici que vous ne 9 m'ayez donné ce que je demande. » Quoi qu'il en soit, le TÎsir cooaprit que le roi se jouait de sa parole et qu'il en voulait à l'Egypte. II rassembla donc les troupes et les milices et en envoya une pai*tie au secours de Belbéis.

« Cependant le roi était arrivé devant cette ville' et en avait commencé le siège. Plusieurs Egyptiens s'étaient enraies dans son armée. On était dors au commencement de safar { novembre 1 1 6B de J. C. ]. Sur ces entrefaites, Amaury écrivit ces mots au petit-fils du visir qui commandait dans la place :.« Où camperona-nous T — Sur la pointe de nos lances, 9 répondit le jeune bomme. Croyez-vous donc, ajouta4-il, 9 que Belbéb soit un fromage bon à manger ?— -Sans doute, 9 reprit le roi, et le Caire en est lacr^me. » La résistance <Ie Belbéb ne fut pas longue. Les chrétiens y entrèrent de force et mirent le feu.à la ville. Après quoi , Amaury réunit les prisonniers hors des murs , au miiieu d'une vaste plaine , et, se faisant un passage avec s'a lance , il les sépara en d^ux parts : îl prît pour lui cdlequi était 'à sa droite et abandonna l'autre à ses soldats. Tous ceux qui lui échurent en partage îorent renvoyés libres, u Je vous donne la liberté , leur dit^ 9 il , en reconnaissancq de la faveur que Dieu vient de ip^e 9 faire; car à prései^t, c'est comme si j'étab maître de l'E- 9 gypte. » A l'égard des autres, les soldati se les partagèrent :

130 EZTRAFTS d'âUTBURS ARABES

ils restèrent esclaves jusqu'à ce que plus tard Saladin les racheta, n

La nouvelle des malheurs de Belbe'is jeta Peffroî dans Pâme du visir; il comprit que le roi visait à la conquête de l'Egypte, et il désespéra de loi résister* Aussitôt il demanda une audience au calife , et lui dit les iai*mes aux jeux : ce Voilà que 9 l'ennemi est dans le cœur de FÉgypte. Nous n'avons plus n d'espoir que dans Noureddin. 9 En conséquence , le calife écrivit une lettre à ce prince , et le visir en ajouta une autre de lui. Ibn-alatir rapporte que le calife , pour intéresser davantage Noureddin, joignit a sa lettre des cheveux des femmes de son palais : « Ce sont , lui dît-il , les cheveux de mes' femmes : 19 elles te conjurent de venir les dérober aux outrages des o Francs (i). « En même temps, il promit a Noureddin le tiers de TËgjpte.

Sur ces entrefaites, reprend Ibn-aboutaï, les chrétiens s'e'taient avances sur le Caire et en avaient comm€ncé le siège. A leur approche, le visir, craignant de ne pouvoir défendre le vieux Caire (ville située sur le Nil, à quelque dis* tance du Caire actuel), la fit évacuer et ordonna d'y metti^e le feu. L'incendie se prolongea pendant cinquante -quatre jours. Les Francs avaient dressé leurs tentes sur les bords de l'étang de Habesch , non loin du Caire. Tout^à coup l'émir Scbems-elkheiafé se présenta à la tente du roi Amaury , et, le faisant venir à la porte , il lui dit : u Voyez - vous cette n flamme qui monte jusqu'aux cieux? — ' Oui , dit le roi. — j» Eh bien! reprit l'émir, c'est le vieux Caire qui brvle. J'ai » fait répandre vingt mille fioles de naphte et allaraer dix » mille mèobes. J'ai voulu que tout périt sans retour. -Main- » tenant il n'est ptus^ temps : il fttutv«us retirer. -^ Vous «avez raison ,* répondit le roi; mais je ne suis pas libre. 9 II faut absolument que je prenne le Caire; les Francs V d'Occident qui sont dans mon armée ne me pardonneraient » pas de m'^e reCiféi n Là-dessus Amaury se rapprocha de / •- '

/l) C'était la plus grande marque de douleur que purent donner tes femmes du calife. En Orient, la chevelure ^ts femmes et la barbe des hommes pass/ent pour sacrées. D après le témoignage de Mahomet^ les anges chanteiit da'nsfe ciei, entre autres paroles, celies-ci : XHoirt h celui qui a donné la harbt aux homtnts pour ornement et tes cheveux mLxfemme±Jfofje% ie Tukièùu: ttt /'«m^iV« «firoiKoif •/ par Moif radgeft|i*Obmoitvt.'Vl„p..tai. , r^i; •-: '"^.* '• .'. • : ; . ^

UtATIFS ACrx rROISADBS. 131

k capitale et dresia son camp devant la porte de Barftîe'. La distance était « petite ^ que ies flèches parties de ia riiie arrivaient jusque dans sa 4ente. Alors Schaver reitolut d'user iTartifice et de gagner du temps jusqu'à f arriree des secours promis par Noureddin. II renvoya au roi l'emir Schems-elkhelafe' avec une longue lettre dans laquelle il cherchait a Ftbuser ; il lui disait que le Caire e'tait une ville d'une immense étendue ; que les habitans ne consentiraient jamais à capituler , et que si l'on prenait la ville ^ ce serait par la mort d'un nombre infini de guerriers. « Ni vous ni moi , ajoutait- 9 il, ne savons à qui restera la victoire; il vaudrait mieux » épargner le sane^ et accepter ce que je vous offre, n II lui proposa en conséquence une somme de quatre cent mille pièces d'or; d'autres disent un million. Le roi Amaory sous* criait à ces conditions , d'autant plus qu'il éprouvait une vive résistance (1). II reçut à divers intervalles cent mille pièces d'or et accorda un délai pour le reste, n

Cependant Noureddin avait reçu les lettres du calife et du yisir. A la nouvelle du danger qui menaçait i'Ëgjpte , il fut très-emu. U était idors à Alep. Son premier soin ^ au rapport d'Ibn-alatir , fut de repondre qu'il allait faire partir toutes ses troupes. En même temps, il dépécha un courrier à Emesse, auprès de Schircou, qui possédait cette Ville en fief, poor qu'il hâtât sa marche : mais le courrier rencontra Scbircou à ia porte même d'AIep. C'est que cet émir- avait des correspondances particulières avec PÉgypte , et qu'ayant appris ce qui se passait, il était veni^ précipitamment. Noureddin, quiPignorait, fut surpris de sa prompte arrivée, et regarda cette circonstance comme d'un bon augure. H &t aussitôt mettre Schîreou en marche avec une armée et le pourvut abondamment d'argent et de provisions (9).

(<) IbiMdatiT attribne le courage dont les habitans da Caire firent alors prenTe , an désespoir que leur avaient inspiré les malheurs de Belbéis. Ils craignirent d*aYoir à sabir nu sort semblable , et cette idée rrfera leurs forces abattues. « Si les Francs » ajoute Fantenr, sVtaieat

* montrés hnmarns envers Belbe'is, nul dpate que le Caire et ie vieux

• Caire ne se fassent rendus sans résistance. Mais en cela Dieu voulait ' faccomplissement de ses desseins. •

(t) L'autenr arabe dit que Schircon emmena avec lai deux miTTe ctTdiers d*élitc et six mille Tnrcomans. Noureddin raccompagna Nqa'à Rassdma ; et en le quittant , il donna à chaque cayalfer vingt

139 BXTRAITB d'auteurs ÀRABBS

tt A l'approche de Schircou, reprend Ibn-abootal, iei Francs se retirèrent à Beibeîs , et de la à Pacous. Alors le visir envoya eotore une fois l'emir Scheros-elLhelafe an roi Amaurj, pour lui demander la remise de la moitié de la somme qu'il s'e'tait oblige' à payer. Le roi ayant répondu qu'il l'accordut, l'emir reprit : a En vérité, |e n'ai jamais vu de prince comme 9 VOUS. Vous êtes le maître de nos vies, et vous vous monn, trez généreux. — Je me doute bien, dit le roi, que vous 0 ne me parleriez pas de la sorte , s'il n'était survenu quelle que événement extraordinaire. -* Vous 'avez raison , reprit » l'émir; Schircou vient d'arriver sur nos frontières, et voas » ne pouvez plus rester ici en sûreté. Le visir vous conseille » de partir. Nous respecterons le traité. Avec Pargent qui » nous reste , nous tacherons de satisfaire Schircou , et noas ff nous acquitterons envers vous quand nous pourrons. — » Je le veux bien , dit le roi ; et même si je puis vous être de 9 quelque utilité, je suis à votre disposition. » Là-dessos^ Amaury reprit le chemin de ses états , triste et déçu dans ses espérances. «

Ibn-alatir rapporte qu'à son retour , il fit des reproches a ceux qui lui avaient conseillé cette expédition. Suivant cet auteur, le roi n'avait agi que dans des vues coupables, et, s'il avait accepté les offires du visir, ce n'était que par h crainte qu'il avait de Noureddin ; au fond du cœur, il espérait revenir. Ibn-alatir lui fait dire à ce sujet : « Prenons ton- » jours cet argent : il nous servira contre Noureddin ; pim « nous verrons. » Ainsi, ajoute l'auteur, les Francs agissaient avec ruse : mais Dieu les trompa ; car Dieu est pios fort que les gens rusM. «

Pendant ce temps, Noureddin était dans la joie, et faisait publier dans tous ses états la nouvelle de la retraite des chrétiens.

pièces d'or comme rappltfment de solde : de pins , ii avait remit • Scliircoa , outre les objets d'équipement , une somme de deux cent mifle pièces d'or pour les cas imprévus. Aucun prince mofolmii avant Noureddin, depuis le commencement des croisades lU'eàt et les moyens de faire une telle dépense.

IBLATIFfl AUX CROISADES. . 133

i xxvu.

Mte des gnerrei précédentes. — Rérolutions d*£gypte.

Schircoa arriva au Caire le 7 de rebi second [ 4 janvier 1169]. Aussitôt il songea aux grands desseins qu'il avait formes. En vain le visir , au rapport dibn-aboutaï , lui proposa de se mettre à la poursuite de l'année chrétienne : il répondit que les Francs étaient à une trop grande distance, qne d'ailleurs il était fatigue et qu'il voulait prendre quelque repos. II commença par faire sa cour au calife , qui Faccueillit très-bien et lui fit de riches pre'sens.

Ibn-datir fait observer que le peuple égyptien , par haine contre les chrétiens , avait en geneVal vu avec plaisir la retraite des Francs ; Schaver seul n'était pas content. Ce n'est pas que le visir osât rien refuser aux Syriens ; car ils e'taieni campes sous les murs de» la capitale , et le cidife les traitait avec beaucoup d'amitié ; mais il usait d'artifice, et s'excusait sous divers pre'textes de remplir ses promesses (l). Il alia, continue Ibn-alatir , jusqu'à former le dessein de donner un grand dîner a Schircou et a ses émirs , et de les faire arrêter an milieu dii repas. Son projet était de séduire une partie des troupes de Syrie , de chasser l'autre , et de se deTendre à-Iat;

(0 Les auteurs arabe^ disent qu*il sVtait engagé à remettre à Nonreddin \e tiers de TÉgypte et à pourvoir son armée de jtout c« qui loi était nécessaire. Mais en quoi consistait ce tiers de TËgypte ? Il ne peat guère être question ici que du tiers des revenus de FÉgypte ; car pour le tertitoire , fiÉgypte et les provinces de Noureddin n'étanî pu limitrophes , ii eÂt été impossible de procéder à no tel partage : àmoinfl qu*on ne voulût entendre par ce tiers defÉgypte, les terres destinées à être distribiiées en fiefs aux officiera de. f armée de Syrie. H est certain que ploa tard Schircou et Sidadin distribnèrent dea terres considérables à leurs familles et aux compagnons de leurs TÎctoires. Ce qu'il y a de remarquable , c'est que ces partages eurent •or-tout lieu aux dépens des chrétiens du pays. Les chrétiens dTgypte avaient été en général traités avec douceur sous les califes fatimides» et les couvens s'étaient enrichis sous leur règne. Saladin les dépouilla d'âne grande partie de ienn biens.. Voyea à cet égêrd 1^9, Mémoires iéograpkiques et hùttoriques sur l'Egypte, par M. Etienne Qua* tremère, tom. l^p. 119, 1S6 et 1S4.

134 EXTRAITS o'aUTBORB ARABBS

fois contre Noureddin et contre les Francs. Son fib chercha à l'en dissuader, lui disant : « Par Dieui si tu étais capable n d'une telle perfidie, je le dirais à Schircou. — Mais, si je n ne le fais , reprit le père, nous sommes perdus. — J'en conn viens, dit le fils; mais mourir pour mourir, il vaut encore 9 mieux mourir musulmans et laisser le pajs à des musul- 9 mans , que d'attirer les chre'tiens ici et de mourir ensuite. 9 Les Francs n'auraient pas plutôt appris cet événement 9 qu'ils accourraient avec toutes leurs forces ; et si alors le 9 calife implorait de nouveau le secours de. Noureddin , il 9 nous refuserait tout appui, n Scliaver ne renonça qu'avec peine à son dessein.

De son cdté, Schircou n'e'tait pas mieux disposé pour le visir. Ibn- A boutai* rapporte qu'il n attendait qu'une occasion pour s'en défaire, et qu'il jr était excité par le calife lui-même. Telle était l'impatience du prince, que, contre sa dû;nitey il sortait pendant la nuit de son palais et allait trouvçi:.Scbircou dans sa tente , où ils se concertaient ensemble. « Au reste , poursuit Fauteur, les troupes de Sjrie n'avaient pu voir sans étonnement la fertilité de l'Égjpte et l'immensité de ses ressources. Ainsi, tout concourait a exciter l'ambition de Schircou. Un jour il convoqua ses émirs, et leur dit :. u Vous savez 9 quel est mon désir d'être maître de ce pays , sur-tout depuis 9 que je sais que les Francs nourrissent la même envie. Ils 9 se sont attachés à connaître l'intérieur de l'Egypte et tous les 9 chemins qui y mènent Je suis sur, que si nous nous reti- 9 rions , ils reviendraient aussitôt L'Egypte est la plus belle 9 des provinces musulmanes ; c'est une source inépuisable de 9 richesses. Tâchons de prévenir les chrétiens ; mais il faut 9 avant tout nous deliarrasser de Schaver : il se joi^ d'eux 9 et de naus; il cherche à les abuser coiome il nous abuse 9 nous-mêmes; il flotte entre las deux partis. En attendant, 9 il disssipe mal à propos les trésors de T^ypte et les Hh 9 servir à armer les Fraties contre nous. 9 A ces mots , les émirs applaudirent, et la mort du visir fut résolue, n

Pendant ce temps , Schaver croyait son autorité plus ferme que jamais. Ce n'est pas qu'on ne l'eut averti de ce qui se tramait; mais il se faisait illusion. Au rapport d'IE>n-aboutaï, il parais wt en public avec une pompe toute royale; suivant la prérogative des visirs, il ne se Montrût qu'au bruit des tymbales el des clairons. Il sortait cependant le moins qu'il pouvait. ^

La mort de Schater est ainsi. k*«owi4«e pat* Ibii*idatir : <• Les emirs , voy^int la ibaavtfise. votonié de S^baver» rwèrenC «a perte^ SaiadÎB-Q^it uq de oeux lyoi montraient le plus d'impatience. Les .émirs €oauxiuniquèk«ent leur dessein à Schircou, qui s'y oppasa* Atai$, dinent^ik, fani que est Àûtmme restera, nous ne eçmme» sûrs ds nUn. Scbûreou demeura. inflexible. Alors I^ 4n^»ê attendirent une; oecasion favorable : elle ne tarda {M-i 4e présenter. Un iour que Sekireou était allé p|kr dérotien'ifiûter.ie tombftattdeScbaféi, célèbre daotenr musulman , enterré dans ie yeÂsinags y le visir fie pré^ senta à sa tente ; âaladio et ttn aiiAre éourallèrent le reoeroir et lui proposèrent de. se rendra ensemble aufNrès de Sohiiv cou : le ▼iôryo^NMeatit (<mais en. route fialadin et son oom^ p^Çn^n sç iel^Qejy.sur lui et le.chargèrent de chaimes/Le calife eovpyit4^«Aiti6t:d^diander satête^Un^euniMpie du palais e'tait porteur de. l!DQdre;(l} ; il était, chargé en même temps des patentes dé la dignité dé viair^pour Sdûrcou. La téta de Sobaver fut.surAerehamp remiae;À.rettQttque (S); ensuite Sçhirçoa Jfit a<»ilf.efrtiWe daas la .vilie.^ s'aehemiqalit vers le p4u5 du oaiiCH}firi «vanyantfiliieniGontrasur ses pas une fouie ioMVianse.- plein de.frayetWy il permit au. peuple djailer piller le paiaif» defiahaver , et la.foule'se dissipa. Le oalifalui fit un bel accueil; il le revêtit» d'un habit .d'honoeuk* et lui donna le/comp^abdemefit snpréine des troupes,: avec le titre de MaleL-miansonrf/QU généra/- tnviiictiÂr. Scbiraou prît doa« lea r^ncs-d^ iVampiae; il doiana iesichargeft'eties gouvernemens de l'Egypte à ses créatures ^ «t partagea Us tefcives

et les domaines à Aosttiroupes. - » j ;

(l) « 11 faut, àeé q|ntl Idi'falt dire Remàl-eddin , il faut que je me

• mette eiLrè^e.'Jé neipuift retonmipr Hacn^la tête. En crffet, contbue

• KemÉl-edclin^'tél -Ahit ViMéàge «ti'Bg^ptfr; ««an^ «n VTMr perdait «M piaoe^.eB perdyDMla phce H pertfaii la vie. •*

(i) II parait if|ipe-ç est Saiadm luaaiiaac.qai 'tna la ^isir. Vasci ias propres expreanaiM» d*Abi|-abaataî : ^ S^Mv/eRt <dit-ii, fptarr^^é ^t « coaànii h pied 4Bm lane tante mago^fiifue. Saladio auraitjiiçn v^ulu « fui cônper sar-le^cliainp la téte^ mBÙs }\ jaowut contre; veai r. i^ux » ordres de son oncle. Tout-a-^oup , Tordre arriva de tuer Scliaver;

• aiusiiAt Saladfn fui coupa la tété ctfënvoya au calife. » Ibn-aboutaï a|oiite que le calife ,~en Recevant la tète de Schaver , envoya en retoar à Sckiroov lea téUa dm fils d« viair^et de^seï neveux étalées sur un plat tfergeac. Voafaz sur eat usage ba^liaiv le Takiemt de- V'tm/rin ottommm , par Mourad|fea ^bssefi*, t; Vf; p« 166.

9 Ce&t/çelut,qu'ii faUÉIi<«|irobfc -Fouir (Mrlltt4îs'ii;£enkce que ff nous .vou<IriO0s : nou» pnépps^cMP^ à f armée des gens 4)111 » nous soient deVaues; nous nous mettrons «h état de de- 9 feose, ep alqrs noâs verK6nis. de . nous saisir de Jos^fa ou »,diç lobiùuiir 4e T^ypCe (i)i» . ' . ; MaisySUTOut.U remai^e^defhisèorien.deitatabebs^/^tVs en açait décidé auH^9ment[\%):^et lecélife devait trouver sa^ ruine Jà.oujl fondait ses tispoRanefis. •0AJl<restBy oontimie ieméôi/e a||téiiPy>SaIadin:'&ayb«rédeiai^sfl du haut rang où on voulait Pelever , ii se fit pressUi de tontes les manières, semblable a ces êtres dont il est dit, quV/ faudra les tirer avec des chaînes pour les faire entrer au paradis (3). Enfin ii se décida à se rendre au palais^ et ie calife le revêtit de ia robe;^ .^^^ .i^^mift et des autres marques de la dignité de visir (4).

'■- "l -• " } . *j >*['• ^ '- -^ - A .tt2i-> \

.(«) ^)).ijén,deces p«r^«f ,^a.)it,49n»ietetit»«fSiajoi8C4

?étopiré'\Jes'cafî?fé«. Vojez iïotfc''l>escn]pft'(pn iUs rhpnumens musut-

Ces paroles ' font alTusioQ à quefqpe fai^ que dqqs ,u.è coj;iiiu8soiis pas!' * '"'... ,. ., ,

(4) Voici,, àa rapport d'Ibb^oiioiiitaF , en quoi ' conefstftieat les marqaes de cette dignité : un turban bIaBO<<r«iie'45f6ffi¥ftrodbe'e ^«r, et iuie:robè avec nue tnaiqnc éawbile d*4fearfafeV^'>^V(^^vi (fnne étoffe! âràt-fine ^ et un eoilier taimèt ^ M seuIlite'tftlHe j>lèees ^or; iÉne^Ke.cBinrcbie de prernerte» dcritt vilear ée etnqriliile pièces dTtnr; une'0«vaIeaIoauMït'lR^'defpropretf*¥earieB <« calKeVWféfflfas agile

BUàTIFS AUX CftOUABBS. 139

Le jour oh il porh poesession defiidtd dn visirat fàt oonme «n foiur de £âte. Ikinaboutaï rapporte que tous les greads de Petat et les emàrs d'Égjpte et de Syrie se pressèrent «utour de sa persoDoe. On lut à l'assemUee les patentes d« fisirat , et chacun des assistans reçut de Saiadni qneique riobe présent. Tout h peuple prît part à la Mte; de tout cÂte on en* .tendait des cris de joie et des aodaaaisons.

Sidadin ne pensa piua qu'à se sMUtrer digne du baut peste qu'il occupait Jusque-là il s'étaît fait remarquer pair un caractère impetueutf et léger. « II s'interdit srrèrement , dit Abottife'dâf le Tin et les amusemens frivoles; tous ses soins se portèrent sur les devoirs qui lui étaient imposes-, et il ne démentit plus fusqu'À sa mort la sage* résolution qu'il venait de prenne, il cherciia constamnent à s'attàeher les cœurs par sea manières; il distribua en largesses an peuple et aux soldats Taq^ent amasse par son oncle , et se fit cberir de tout le monde. »

Au reste I Saladin était toujours eensé^le lieutenant de Nottraddiuy et 'à seasbiait agir d^après/ses ordres. Dans ses lettres à Noureddin , il se diNiît son 'uiameiouc ou* esdave ; et Noureddin, en lui écrivant, ne iuî donnait que le titre SeêffkêAlar ou gip'ndral en chef. Les 'lettres étaient adresse'es, non à Saladîja en partioulieri^n^spû à limir Saladin et au corps des émi/ts de fartnée d^jÉgvvte^

Quand Saladin fut bien etabte en Egypte, il songea à y attirer toute sa famille. JuaqauJà, son père et ses frères étaient restés à Damas, on ilsipopsédaient de grands biens. U demanda à Noureddin la permission de les Aûm venir, voolunty suivantreapression de Bob4-eddin, avoir nti nouveau rapport de plus avec le patriarobcf Joseph, dont il portait le nom, et qni^ étaut>dans une situation semblable a la sienne, avait appelé auprès de lui ses frères et son père Jacob.

Noureddi» ne tarda pas à voir aveô peine uneteHeélévar. tioo. Si fou enorotftlbiyAboutalfy » aut^t il aviait eu de fùie^ de la conquête de TÉgypte, autant il en eut plus tard de regret B avait d'abord remeroié Dieu d'avoir permis qu'un* si graad événement arrivât seuv'son règne et par ses -eon*

i|a*oa eèt pa ftronVer dans toute TEgypie : elle ëtait estimée huit mille pièces dT or; ie coIHsi} de Is eavale, la seile' et Iti bride , étaient enrichis (for et de psfics ; les capsrsçsus éoûttit #or, (ke«

iéOi BXTBAm o'autsors ababbs

seik; ii en avait fait annoncer' dans ses etnU la novrelle an son des instrumens de musique; on iBunina par-tout ^ et H reçut à ce sujet des félicitations publiques. Ensuite , quand ii sut que Scbircou, et après lui Saladin , s'étaient constitues visirs du calife , et qu'ib reconnatssatent tenir leur autorite' de lui y il en parut consterné : le désordre qui régnait sur sa figure , et quelques mots qui lui échappèrent, furent pour tout le monde un signe .non équivoque du déplaisir que cette nouvelle lui avait causé. Pendant trois jours ii refusa d^ voir personne; et si ce n'eût été tjue la conquête de rÉgjpte s'était faite en son nom , et qu'il en uvait pour ainsi dire tout l'honneur , il n'aurait pu contenir son ressentiment. Ah ! s'il eut suffi d'un mot pour tout dâinre, ce mot eut été bientot dit. Combien de fois, dansses iettres.au calife, nevoît-on pas revenir ces paroles : « Votre serviteur vous prie de lai renj» vojer Schircou ; sa présence est pour nous un gage assuré 39 de bonheur. Voilà que la multitude des infidèles profite « de son absence pour attaquer les musulmans. C'cftait lui » jusqu'ici f lui seul qui foudrojait les démons de l'erreur de 9 ses feux dévorans , et .qui accablait l'impiété de ses traits » perçans et inévitables. »

. Ce passée , qui montre à découvert la. passion de Noureddin , a scandalisé le compilateur des Deus Jardins. Après avoir rapporte' le passage tout au long , il s'arrête pour faire cette réflexion : « Je ne sais si tout ce qui vient d'être dit au sujet de Nourcddin a quelque fondement. Peut-être serait-il plus vrai de dire que ce prince vit avec douleur les succès de son armée par pur inte'rêt pour la religion et pour le salut de ses troupes. Le calife d'Egypte et se» sujets suivaient Une doctrine héte'rodoxe , et il était a craindre que Farmée ne cédât aux suggestions pernicieuses des Égyptiens. Mais Dieu sait ce qui en est. n

Ibn-aboutal reprend ainsi : « On assure que Noureddin confessa en mourant que 9a plus grande faute était d'avonr envoyé, une troisième fois Schircou en Egypte, sur-tout lorsqu'il connaissait Fambition démesurée de cet émir. Il avoua aussi qu'il avait peur de Saladin, et qu'il craignaie beaucoup pour son fils, u Quand je serai mort , dit-il a ceux «qui l'entouraient, prenez mon fils Ismaël avec vous, et • menez -le dans Alep : c'est la seule ville qui lui restera de 9 toutes mes provinces, n II ne se ti*ompa pas.

« Saladin n ignorait aucun des propos tenus contre lui; il

RBLATIPS AUX CROI8ADB8. 141

s'eo aflîgeftit; mais H les prenait en patience, n'en ayant pas ^ur cela la poitrine moins à l'aise. Toujours il conserva la même égalité «Famé. »

Telle est la manière dont les auteurs orientaux racontent la soite des eVénemens qui faTorisèrent l'élévation de Sdadin. Ils ont tous remarqué avec étonnement que ce prince était loin de s'attendre à une si haute fortune ; et ib citent une conversation qu'il tint plus tard, et ou il disait qu'il avait été si rebuté par les fatigues des expéditions précédentes, qa'il était Me à cette guerre comme un homme qu'on mène à la mort. Cette hésitation de Saladin à prendre part à une entreprise qui devait lui être si heureuse, et l'ardeur de Nonreddin pour une guerre qui devait renverser sa propre famille, ont donné lieu à Ibn-datir de rappeler cette sentence de l'Alcoran, que « telle est la faiblesse de l'esprit 9 humain , qu'il repousse quelquefois ce qui lui est le plus • utile, et qu'il recherche ce qui doit le ruiner (1). »

Cet auteur fait de plus une remarque fort juste sur les barbaries qni se commirent en cette occasion et sur les cooféquences qui suivirent. Les auteurs arabes sont si sob^s de réflexions de ce genre , que nous ne pouvons nous dispenser de rapporter celles-ci. Voici ce que dit Ibn-alatir : «Schircott avait un fib, et ce ne fut pas ce fils qui lui suoce'da, mais le fib de son frère. La même chose arriva plus tard à Saladin, dont les enfans furent dépouillés par son frère Malek-adel. Si l'on étudie Fhistonre, on verra quil en a été presque toujours de même des conquérans et des princes qui ont été les premiers de leur race. La raison en est que cdui qui se fraie le chemin à la royauté est obligé de répandre beaucoup de sang, et que Dieu, irrité, rejette ordinairement ses enfans, le punissant ainsi lui-même en la personne de sa postérité (9). »

On nous reprochera peut-être de nous être trop étendus <ur ces év«nemens ; mais ils ne sont pas étrangers aux orol^

(i) Veyex VAleeran, tonr. it, vers. fit. ^■^^^ *i^ O^O* Vy»J "^' '^^ J=*" ->*^ *4j^

I4§ EXTRAITS D'aCTBURS ABABfiS

sadesy et ils eurent de l'infltteoce sur les eVénement poste rieurs. Il faliaît les faire oouniûtre pour donner uneWritabie ide'e des mœurs de ces temps éloignes. Le mojen le plus simple n'etait-il pas de présenter un extrait fidèle de ce qui a e'te rapporte par les auteurs musulmans contemporains?

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