XXIV
Preoûère cxpëdilioD ées chrétiens en Egypte. «— Léon revers
en Syrie.
Jusqu'ici les guerres des chrétiens n'ont guère eu d'autre théâtre que la Syrie et la Palestine. S'ils sont sortis cpieiquefois de ces limites, c'était seulement pour de'fendre Edesse et les villes qu'ils possédaient en Mésopotamie. Lorsque le comté d'Édesse tomba au pouvoir des musulmans, Fambition des chrétiens se borna à prendre Ascalon. Dès ce moment ils occupèrent sans partage toute l'étendue de pays qui a pour confins vers le nord la Cilîcie et les terres d'Alep; A rorient, Damas et le désert; au sud, la Mer Rouge et les sables qui l'entourent; et à Foccident, l'Egypte et la Mer Me'diterranée. II est vrai qu'il s'était forme contre eux un eooemi redoutable : déjà Noureddin s'était emparé d'une partie de la principauté d'Antioche, et avait à sa disposition tontes les forces musulmanes de la Syne et de la Mésopotamie. Malgré ces inconvéniens , la situation des chrétiens sembla être devenue plus sure , et ils crurent pouvoir s'étendre aunlehors.
Désormais les auteurs arabes seront plus riches en détails. Presque tous ceux que nous mettrons à contribution seront contemporains des événemens ; quelques-uns même y auront pris part : leur récit en aura plus d'intérêt et les faits seront mieux connus. Pour ce qui concerne les guerres qui vont «nîvre, l'auteur que notis citerons de préférence, outre Ibnalatir, est Ibn-aboutaY, natif d'Ale|^ , qui vivait dans ce temps. Son récit est clair et précis, et tout porte à croire qu'il est en général véridique.
An ÔÔ9 [1164]. La première origine des invasions des chrétiens en Egypte fut due aux divisions qui déchiraient. cette contrée. Ibn-aboutaï est entré à cet égard dans de
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longé dëtaHs. Plusieurs émîrs prétendaient & la dignité de visîr ou premier ministre. Dargam finit par chasser son compétiteur Schayer et se rendit maître de l'autorité ; mais une partie des émirs ayant conspiré contre lui , ils furent tous égorgés dans un repas, au nombre de pins de soixante* dix. Uauteur arabe fait observer que ce massacre fut trèsfuneste à l'Egypte et la principale cause de la chute des califes ; car l'armée se trouva très-affaiblie par la mort d*un si grand nombre d'émirs.
Cependant Schaver, ne pouvant plus se maintenir en Egypte , passa en Syrie pour implorer l'assistance de Noureddin (1).
Schaver demanda à Noureddin une armée pour rentrer en Egypte , et lui offrit le tiers des revenus de ce royaunae ,
(l) Voici en quels termes Ibn-aboutaî rend compte de la première entrevae du visir et de Noureddin. Ce passage donnera une idée de la politesse des Orientaux à cette époque :
Au moment où Schaver se rendit en Syrie, Noureddin ^tait établi à Damas. Dès qu'il fut instruit de rapproche du visir, il Tenvoya complimenter et lui assigna pour logement un palais à la place Verte (prairie à peu de distance de la ville). Sept jours après, il appela quelques-uns des principaux de la ville , et leur dit : « Aflez » trouver cet homme ; saluez-Ie de notre part, et faites-lui nos excnses V de ce que nous ne le recevons pas comme il le mt^rite. Demandez-
* lui pourquoi il est venu ici, et s'il a besoin de quelque chose. Si
• c'est de plein gre et pour se fixer dans nos états , assurea-ie que » nous ferons notre possible pour lui faire oublier ses malheuis. Si « c'est pour autre chose , qu'il s'explique. • Les députés s'étant donc présentés à Schaver, il se répandit en remerciemens sur Faccucil que lui faisait Noureddin ; mais il évita de s'expliquer davantage , disant qu'un dessein qui n'a pas au moins passe' la nuit n'est pas encore assez mùr. Les députés s'en retournèrent avec cette réponse. Le lendemain ils revinrent par ordre de Noureddin , et Schaver refusa encore de s'expliquer; puis il ajouta : « Ah! si Noureddin voulait s'aboucher n avec moi ; il a tant de prudence ! » Les députés ayant rapporté ces paroles à leur maître , Noureddin comprit ce que voulait le viair ; en conséquence , il lui fit proposer pour le lendemain une entrevue à la place Verte. A l'heure convenue , il monta à cheval avec les grands de sa cour , dans le costiime le plus magnifique et avec une pompe très-grande. Schaver, en le voyant, monta aussi à cheval, et ifs se rencontrèrent au milieu de la place. Ni fnn ni Vautre ne descendK de cheval; ils se salu6i:ent très-poliment, et, après s'être promenés quelque temps, ils se sépérèrebt. •
ABLATIFS AUX CB0ISADB5. 115
se cbargeant de plus de Tentretiea des troupes , et s'enga- ^eant à les laisser agir d'après les ordres et les désirs de Noureddin. a Ce prince , remarque Ibn-alatir, tantôt penchait pour les offres du visir , et tantôt il j répugnait ; il desirait par-dessus tout e'tendre, sa domination et "Se faire de nouvelles ressources contre la puissance des chrétiens ; mais il était efiîraj^e' du danger auquel son armée s'exposait en se portant en Egypte ^ les chemins étant alors occupés* par les Francs (l) ; Noureddin craignait aussi que Schaver, une fois ra6ferim dans son autorité, ne tint pas ses promesses. Cependant H se décida à cette expédition , et fit choix, pour la commander, de Schircou (9), le plus puissant et le plus brave de ses émirs. C'était, dit Ibn-alatir, un homme plein d'audace et inaccessible à la crainte. II se mit en marche au mois de gioumadi [avril], et arriva sans accident àBelbéis sur la branche la plus orientale du Nil. f>
Darçam, à la première nouvelle du danger qui le menaçait, s'était hâté de rassembler une armée. Au rapport dlbnaboutaî, un de ses émirs lui proposa d'aller au-devant de f armée de Syrie et de l'attaquer au sortir du désert, persuade que les Syriens ne pourraient pas tenir après une marche si pénible ; car telle est la disette d'eau dans le désert, que ceux qui font cette route sont obligés de se charger, à Ela, sur les extrémités de la Mer Rouge, de Teau nécessaire pour plusieurs jours. Mais cet avis fut rejeté.
Cependant , lorsque les armées se trouvèrent en présence , Schircoa commença à s'effrayer. « Vous nous assuriez, dit-il 'i Schav^, que l'Egypte n'avait point de soldats, et nous » voilà en butte à une armée formidable. — Ne vous épou- ' vantez pas de cette multitude , répondit Schaver ; la plus « grande partie se compose d'artisans et de paysans que le » tambour rassemble et que le bâton disperse, n En effet , àuDs l'action qui eut lieu , Schaver fit attaquer les Egyptiens aa moment de la plus grande chaleur, pendant que la plupart
(i) En effet, les proYinces chrétiennes , par leur position entre Dimas et TBgypte , fermaient le passage ; et les Syriens qui voulaient te rendre dans cette dernière contrée , étaient obligés de s^engager dans les sables de FArabie Pétrée , ronte dangereuse et interceptée pv iea tnmpea chrétiennes.
(2) Goiiiavme de Tyr Fappelle toujours Siraconus ponr Siracouus} c'est sans doute une erreur de copiste.
il6 EXTRAITS DOCTEURS ARABES
d'entre eux avaient quitte leurs arnies et s'étaient assit «k l'ombre. Heureux ceux qui purent remonter à cheval et prendre la fuite! tous les autres furent tue's ou faits prisonniers. Dargam pe'rit peu de temps après, chargé des midédictions du peuple , et aussitôt Schaver fut rétabli dans ia dignité de visir.
Ibn-alatir reprend ici en ces termes : « Après ces succès , l'armée de Syrie campa sous les murs du Caire. Mais bientât Schaver oublia ses promesses et négligea de remplir ses engageméus. II voulut même forcer Schircou d'évacuer le pays et de s'en retourner en Syrie ; et Schircou , indigne , s'empara de force de Belbéis. Dans ces conjonctures , Schaver eut recours aux chrétiens ; il leur représenta le danger qui les menaçait si Noureddin occupait à-la-fois l'Egypte et la Syrie et entourait de toute part les provinces chrétiennes. Pour achever de les séduire , il offrit de les défrayer sur toute la route (l). Les chrétiens se laissèrent persuader. En vain Noureddin fit irruption sur leurs terres pour les retenir chez eux; les Francs comprirent qu'il valait mieux s'exposer à la perte de quelques villages que de laisser pren<Ire l'Egypte par Nourcddm. Ils se contentèrent donc de laisser des garnisons dans les places menacées, et allèrent en Egypte, ayant leur roi à leur tête; ce prince s'appelait Amauri. Aucun des rois de Jérusalem, clepuis l'invasion des chrétiens en Palestine , n'avait montre autant d'adresse et de courage. Comme, à cette époque, il était venu un grand nombre de chrétiens d'Occident, dans le but de visiter la ville sainte , Amauri les engagea à prendre part à cette guerre : les uns se rendirent avec lui en Egypte ; les autres demeurèrent en Syrie à la garde des forteresses.
9 A l'approche de Farmée chrétienne, Schircou s'enferma dans Belbéis ; les Egyptiens et les Francs l'y assignèrent pendant trois mois : mais comme sur ces entrefaites les chrétiens de Syrie avaient essuyé de grands revers , ils propo* sèrent la paix à Schircou , à condition qu'il sortirait de l'Egypte , et celui-ci y consentit , parce qu il commençait s manquer de vivres. «
(i) Suivant Ibn-abontaî, il leur offrit mille pièces d*or par joarnë^ de marche , et promit de nourrir les bétes de somme et de fairvj quelque ayantage aux chevaliers de rH6pital, qui formaient ie ncff des armées chrétiennes.
BBLATIFS AUX CROISADES. til
Ibn-aboutait rapporte que Noureddin , après aToir envahi les proYinces chrétiennes et pousse au loin ses ravages , avait recaeîUî les drapeaux' et la chevelure des chrétiens tues duns les combats y. et que, les mettant dans un sac , il avait charge' UD de ses gens d'idler les remettre à Schircou, dans Belbeis même, lai disant : a Tu donneras cela à Schircou ; il l'expo- V sera sur les remparts , et ce spectacle remplira d'effroi les 9 infidèles. 9 En effet, les Francs demandèrent à Schaver la permission de se retirer; mais le visir craignit que ce départ ne ruinât ses affaires ^ et fit tant par ses prières , qu'ils consentirent à rester encore quelques jours. Pendant ce temps , il tint conseil avec ses émirs et se décida à traiter avec Sbireou. It écrivit à Schircou ces paroles : « Sache que je n'ai n rien néglige pour te sauver la vie ; à quoi jVLété porte' par 9 deux raisons : l'une , parce que. c'eût été ùqe honte pour » Firiamisoie que les chFétiens triomphassent ; l'autre , parce 9 que s^îU avaient pris Belbeis , ils auraient voulu la garder , n SOUS prétexte qu'ils l'ayaient conquise à la pointe de leur n épée. Il ne- se passait pas de jour que je ne fisse quelque 9 largesse aux seigneurs chrétiens pour les détourner de 9 vous attaquer, n L'accord ayant donc été fait , Schircou ie mit en devoir de reprendre le ctiemin de la Syrie. ».
Qn lit à ce sujet dans Ibn^alatir une anecdote que l'auteur déclare tenir d'un témoin oculaire , et qui montre la haute idée que Schircou avait inspirée aux chrétiens. « Pendant l'évacuation de Belbeis, dit-il, Schircou se plaça à l'aiTièregarde, tenant une massue de fer à la main , et étant l'objet de l'attention générale. Tout- à-coup un des chrétiens nouvellement arrivés d'Occident^ s'approche de lui et lui dit : ft N'as-tu pas peur que les Egyptien^ et les Francs , sans 9 égard à leurs promesses, ne se jettent sur toi, à présent 9 qu'ils t'entourent de toute part? — Plut à Dieu qu'ils le 9 fissent, répondit Schircou ; tu verrais comme je les rece^ «vrais. Pardieu! pour un des miens qu'ils tueraient, mon « épée en ferait périr un grand nombre. Pendant ce temps , « Noureddin attaquerait leurs provinces ; ils sont déjà affai- 9 blis , leurs braves sont morts ; nous prendrions leurs places 9 et nous exterminerions ceux qui restent encore. Ah ! si 9 mes soldats m'avaient voulu croire, j'aurais fait une sortie » pour m'ouvrir un passage de force ; mais ils s'y sont refu- 9 ses. n A ces mots, le Franc fit un signe de croix et dit : « Nous nous étonnions de ce quç les Francs de Syrie
118 BXtRÀITS d'acteurs ARABES
n racontent de toi el; de la peor que tu leur fab. A présent n je ne m'en étonne plus, n En disant cela il se retira. «
Les chrétiens et les troupes de Noureddin retournèrent chacun dans leur pays. Les Francs suivirent les bords de la mer et rentrèrent chez eux par les plaines de Gaza. Schircou , au contraire , prit la route du désert et longea les bords de la Mer Morte. Ibn-aboutaï rapporte à ce sujet un fait qui , s'il était vrai ^ ne tournerait pas à l'honneur des chrétiens. Après avoir dît que les deux nations avaient promis de ne pas s'in-
Suiéter dans leur marche, il ajoute que Renaud, seigneur e Carao, qui, suivant lui, avait pris part à cette guerre, interpréta ainsi son serment : a J'ai promis , se dit-il à lui- » même , de ne pas inquiéter Shircou ni son armée par terre; » maïs rien n'empêche que j'aille l'attaquer par mer. 9 En conséquence , à son départ d'Egypte , il s'embarqua pour Ascfdon , d'où il se rendit à son château de Carac , où il attendit Schircou au passage. L'auteur arabe ajoute que Schircou n'échappa à ce piège que parce qu'il s'était douté de la ruse et qu'il avait pris un autre chemin. Mais ce qui
«rouve qu'il 7 a erreur, au moins dans. les noms, c'est que lenaud, seigneur de Carac, était encore à cette époque retenu prisonnier à Alep , et qu'il ne recouvra sa liberté que long-temps après (l).
Passons maintenant aux succès remportés pendant ce temps-là par Noureddin en Syrie. En vain l'armée chrétienne s'était hâtée d'évacuer l'Egypte pour venir au secours de son propre territoire : elle ne put arriver à temps. Noureddin avait fait une première invasion sur les terres chrétiennes , au moment que Schircou se mit en route pour l'Egypte , afin d'empêcher les Francs de troubler la marche de son lieutenant. Il en fit une seconde , lorsqu'il apprit que l'armée chrétienne se disposait ù entrer aussi en Egypte. Enfin, voyant que les circonstances devenaient toujours plus critiques, il se prépara a une attaque terrible. En conséquence, au rapport dlbn-alatir , il rassembla toutes ses forces , et réclama l'appui de son frère Kotb-eddin , prince de Moussoui, de Fakr^ddin , prince de Hisn-caïfa , de Negm-eddin ,
(1) Voyci Gnillamne deTyr, lib. xviii, cap. as, et lib. xxi, cap. 1 1) et Kemal-eddin , Histoire d'Akp, aux années 556 et s? a de rhégire.
prince de Maridin , et des autres princes musulmans de la Mésopotamie. Son frère fit aussitôt partir ^es troup^. A l'égard de Fakr-eddin , il refusa d'abord de prendra part à cette expédition. Les gens de son conseil et ses jBourtisajia lui ayant demande ce qu'il coœptajt faire : « Rastar tran-^ n quille, repondit-il; voilà queNoureddin s'exténue déjeunes n et de prières : il se perdra lui et les siens. » A ces mots^ tous applaudirent. Cependant le lendemain. PaLr*eddin ordonna à ses émirs de se préparer à marcher. « ûnoi, lui 9 dirent alors ses courtisans , hier vous étiez d'un avis et «aujourd'hui vous êtes d'un autre? n Le prince répondit: tt Les choses entre Noureddin et moi en sont venues au point 9 que si je ne lui envoie pas mes troupes, je perdrai mes » états , et axes vassaux se soustrairont à mon .obéissance. n Voilà que Noureddin a écrit aux dévots et aux^pçrsonii^es «retirées du monde; il leur a f^it connaîtra k^ rfiva^es » commis par lies Francs, le nombre d^s m9su];na}fig ;ti|és ou « faits prisonniers; il a réclanxé ie secours de leup6 prières, n et veut qu'ils excitent les musulmans à prendre le$. armes. <» Tous sont accourus : ib lisent la lettre de Noureddin ^ ils 9 versent des larmes, ils me miAidissent , ils font des impr^ «cations contre moi. Je ne puis me dispenser d'aller le 9 joindre. » Il se mit dono en marche, et les autres princes saivit^nt son exemple.
tt Quand Noureddin eut réuni son armée, il sç porta contre Harem, dans la principauté d'AntiQche,.et i'assié-
(i) Cest à propos de ce siège que les autciars arabes font pour la première fois mention du jeune Saladin , qui se rendit si fameux par la suite. Voici oe-qu on lit à ce sujet dans ï Histoire des Atabecs} c'est un certain Ahmed , fils de Massoud» qui parle : « Me trouvant, dit-il, ' an siège de Harem, faUai m*asseoir par hasard sous un arbre avec 9 onde mes amÎ9, et j'y trouvai i'e'mir Megd-eddin Ibn-daië et Sala-
> din qui s entretenaient ensemble. Plût à Dieu, disait Megd-eddin,
> que jDoas prissions Harem , et que Noureddin m'en fît présent. — >Ét moi, dit Saladin, plat à Dieu que Noureddin fût maître de ' ^^I7pte et qu il m*en donnât le gouvernement. Puis , se tournant ■ ven moi : £t toi , me dit-il , n as'-^tu pas de demande à faire 1 — Mais ,
* répondis-fc , quand tu auras TÉgjpte et Megd<cddin Harem , il ne
* restera plus rien. Comme il insistait, je repris : Puisqu'il en eni ' aiiui, je me reserve le château de Amm. Voilà comment nous par- V lîpai pour psfluer le tofnf s. Cependant le Dieu très-baut n'en allait
190 EXTRAITS D^AUTBCRS ARABES
gea (1). La principale des armées chrétiennes était alors en Egypte; il n'était resté en Syrie que quelques troupes , ainsi que les farces de la principauté d'Antioche et du comté de Tripoli. A cette nouvelle , tous les chrétiens qui étaient disponibles se rassemblèrent avec leurs princes , leurs chevaliers, leurs prêtres et leurs moines. On y remarquait Boemond, prince d'Antioche, le comte de Tripoli, le fils de Josselin, ie fils de Léon, prince de ia petite Arménie, et ie Grec Ducas. Noureddin, feignant d'avoir peur, fit d'abord semblant de se retirer et se laissa poursuivre quelque temps. Faisant ensuite volte-face, îl poursuivit les chrétiens à son tour et leur livra bataille. L'aile droite musulmane plia d'abord. On rapporte que cette fuite était concertée pour attirer ia cavalerie chrétienne hors des rangs (l). Quoi qu'il en soit , les musulmans profitèrent de l'instant ou l'infanterie chrétienne était sans défense pour l'attaquer et en faire un horrible carnage. Le combat ne finit que par la ruine entière des chrétiens. Le nombre des prisonniers fut considérable ; on remarqua parmi eux le prince d'Antioche, le comte de Tripoli Satan des chrétiens et l'ennemi le plus acharné des musulmans, ie général grec Ducas et le fils de Josselin. Le nombre des morts fut estimé à plus de dix miDe. Noureddin idla ensuite s'emparer de Harem ; après quoi il envoya quelques détachemens ravager les terres d'Antioche. Quelqu'un lui ayant alors conseille de marcher sur Antioche même , qu'il aurait trouvée sans dé-
» pas moins k ses fins; il décida dans sa sagesse qne les Francs seraient » battus , que Hare'm ouvrirait ses portes et serait donné k Blegdm eddin , que l'aurais Amm pour ma part , et que Saladin ne ferah
* qu'un empire de fEgypte , de la Syrie , de i' Arabie-Heureuse et
> d'une partie de Ta Mésopotamie. »
(i) Il paraîtrait, d'après un passage de YHistotre desAtahecs, que cette fuite n'était rien moins que concertée , et que Noureddin se crut un moment perdu. « Quand le prince , dit Tauteur arabe , vit son arfe en déroute , il descendit de cheval , se découvrit fa tête , et , se prosternant devant le Dieu suprême , dit assez hant pour qu'on l'entendit : a O mon seigneur et mon Dieu , à mon souverain maître ! fe suis
• Mahmoud ton serviteur, fils de Zengui, fils d'Acsancar; ne Taban- » donne pas. En prenant sa défense, c'est ta religion qne tudéfends, » cette religion que tu as révélée k ton prophète. Accorde-moi nu » prière ; donne-moi une bonne fin , et ne fais pas la joie de mes
> ennemis. » Il ne cessa de s'hnmilier, il pleura, il se ronla la face
HBLATIPS AUX CROISADES. 191
fense, il repondît : u La rHIe est facile à prendre, mais la » citadelle est bien fortifie'e. Les chrétiens se remettraient 9 entre les mains de l'empereur de Constantinople ; car le 9 prince d'Antioche est fils de sa sœur , et j'aime mieux le 9 Toisinage de Boemond que celui de l'empereur, n Noureddin se contenta donc 8e ces avantages , et rendit plus tard la liberté à Boemond moyennant nne grande somme d'argent et la liberté de plusieurs prisonniers musulmans.
Ejasnitc Nonreddin se porta contre Tibériade , puis alla attaquer Panéas y qui se rendit Dans une des attaques livrées contre la place, son frère Nasseret-eddin , qui était rentré en grâce auprès de lui, ayant eu* l'œil crevé d'une flèche j il lui dit : « Ah ! si tu savais quelle belle récompensé n t'est préparée dans le ciel , comme tu serais impatient de «passer a l'autre vie! n C'est Moyn-eddin-anar, visir de Damas, qui avait livré Panéas aux chrétiens (l) , ce qui avait fort scandalisé les musulmans et leur avait paru un grand péché. Son fils se trouvant a la conquête que les musulmans firent cette année de cette ville, quelqu'un lui dît : « Cet événement nous cause de la joie ; mais à toi il en doit «causer davantage. -—Et comment? demanda le fils de 9 Mojn-eddin. — P'est qu'aujourd'hui , reprit le musulman , » Dieu a retiré du feu de l'enfer la peau de ton père. «
contre terre et ses fones s*arrosèrent de larmes , jusqu'à ca qu'enfin Oiéa exauça ses voux et mit ses ennemis en faite. »
A regard de ce mot Mahmoud, il faut observer qne les musahnans de distinction de cette époque, antre le nom proprement dit, avaient encore on surnom et de plus un titre honorifique ; ainsi le mot Nourtdidm n'était qu'un surnom qui signifie lumière de religion j le nom du prince était Mahmoud, ce qui revient à-peu-près à notre nom de baptême, et il portait encore le titre honorifique deMalek-adelou rot juste» Ces noms , titres et surnoms , se mettaient dans les actes du prince aussi bien que sur ses monnaies , ainsi qu'on le voit par les médailles de Noareddin qui nous sont parvenues , et dont plusieurs se trouvent dans le cabinet de M. le duc de Blacas : mais en particulier, on n'appe- Uit le prince que du nom de Mabmoud ; et c'est dans un sens d'humilité, on si Fou veut de respectueuse familiarité, que Nonreddin se désigne ainsi en s'adressant à Dieu. On verra ci-dessous d'autres exemples du même genre.
(t) Voyei ci-dessus pag. 96.
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