‹ Extraits des historiens français du XIXe siècleChapitre 10 sur 246 · Cf. ici, p. 3. 1 2. Cf. ici, p. 1, n · texte numérisé non relu

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INTRODUCTION. ix

1806 au moins, les élèves de l'atelier de David exposaient au Salon les grandes scènes de l'histoire de France.

Plus obscurément, les archéologues et les historiens reprenaient le travail suspendu par la Révolution, et renouaient la tradition des bénédictins du siècle passé. C'était l'Institut de France qui donnait une suite à l'œuvre de la pieuse congrégation* : dom Brial continuait les Historiens des Gaules (depuis 1806), Pastoret, les Ordonnances des rois de France (depuis 1811); d'autres préparaient de nouveaux volumes de l'Histoire littéraire de la France.

Millin s'associait volontiers à cette tâche. Il faisait l'exploration archéologique du midi de la France; et, si les monuments romains l'attiraient tout d'abord, il n'épargnait point ses soins pour les autres*. A Lyon, Revoil formait une admirable collection d'objets d'art, qui, acquise par l'Etat en 1828-50, formera au Louvre le département du moyen âge et de la Renaissance. L'excellent Lenoir multipliait les catalogues de son musée, en. faisait connaître, par de beaux livres et de belles gravures, les principaux chefs-d'œuvre.

La publication des poésies ossianesques réveillait en même temps un passé plus lointain : un renouveau gaulois point en archéologie comme en poésie'. Use fonde en 1804 une Académie Celtique, origine de la Société des Antiquaires de France, et, dès le début, à côté d'un peu de fantaisie, elle fait de bonne besogne. Quant à la Gaule poétique de Marchangy (1813), c'est un fatras de romantisme « archéographique ».

Les historiens narrateurs ou philosophes s'étaient remis au travail, regardant peut-être trop volontiers au delà de 1789. Dans son traité de la Monai'chie française (1814), Montlosier agita encore les questions ressassées depuis Boulainvilliers, Dubos et Mably, et défendit, avec a une amertume de sauvages regrels* », les droits historiques de la noblesse. — Ch. Lacretelle écrivit un Précis historique de la Révolution (1801-6), qui n'en était qu'une habile satire.

Ce petit livre a pourtant son importance dans notre littérature : ce fut la première narration suivie de l'iiistoire de la Révolution ; il en fixa pour longtemps les traits traditionnels :

1. Cf. ici, p. 39 et 97. i 3. Sur la « celtomanie », cf. Rei-

2. \SOi.yoy âge dan.1 les départe- nach, Revue Celtique, 1898, n" 2. mcnts du midi'de la France, \,\^{)1 . \ 4. Cf. Thierry, loco citato.

INTRODUCTION

Thiers s'en inspirera souvent*. — V Histoire de France pendant le xvHi* siècle (1808), du même Lacretelle, est meilleure : elle offre du jugement, de la gravité, un effort de sobriété. C'est de l'histoire académique, noble et froide, un peu à la manière qu'affectionnera plus tard Mignet. — Au reste, Lacretelle mérite, à d'autres égards, mieux qu'une simple mention. Professeur d'histoire à la Sorbonne, il y eut de réels succès : le premier, il en fit connaître l'antique chemin à la population parisienne. Il a été pour beaucoup dans cette vogue incroyable dont jouira l'enseignement historique en 1820 : il l'a commencée et justifiée*.

A côté de lui, Lemontey faillit être l'historien officiel de Napoléon. Pensionné par l'empereur depuis 1808, en réalité il travailla pour son propre compte, et rédigea, pour ne le publier qu'en 1818, son Essai sur V établissenieyit monarchique de Louis XIV. Ce livre a pour lui, d'abord, d'avoir été le premier bon livre d'histoire de ce siècle ; il précède ceux de Guizot, Thierry et les autres. Puis il est fait sur les documents originaux, inédits et alors fort peu accessibles. Enfin, Lemontey a pensé par lui-même : son travail a fait la première brèche dans l'histoire traditionnelle de la monarchie absolue ; Louis XIV, selon lui, est le premier agent de la révolution : c'est un novateur et un niveleur; il a rendu 89 possible. C'est presque la théorie que développera plus tard Tocqueville : Lemontey l'a très intelligemment entrevue. Comme Michaud, dont nous allons parler, comme Lacretelle, que nous venons de citer, c'est un précurseur, et supérieur aux deux autres'.

Enfin Anquetil se décida à publier son Histoire de France (1805).

A celui-là, la Révolution n'avait rien appris ni ri-cn fait oublier. C'est l'héritier direct de Velly, et souvent son compilateur. La nairation est aisée, claire, sérieuse, un peu lente ; mais la critique est nulle, et la notion des documents originaux paraît manquer à Anquetil. Il y a entre Yclly et lui de très

i. Cf. Aulard, Études et leçons sur la Révolution française, 1893, p. 32. Lacretelle complétera et développera plus tard son pré«is (à partir de 1821, Histoire de l'Assemblée Constituante, etc.). Son précis servait de suite à VAlmanacfi fiistorique de la Révolution

française (1791), public par Rabaut Saint-Etienne, et dont Mignet semble s'être inspiré.

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