‹ Extraits des historiens français du XIXe siècleChapitre 11 sur 246 · Desjardins, Biogr. Didot · texte numérisé non relu

Desjardins, Biogr. Didot

3. On doit rappeler encore l Histoire des Républiques italiennes deSismondi (1807-1818), si souvent pillée de nos jours. Cf. p. xxiv.

INTRODUCTION. x'

nombreux points de ressemblance. Nous avons vu le Childéric de l'abbé ; voici celui du vieil historiographe :

« La première année de Ghildéric sur le trône fut celle d'un libertin audacieux qui, se jouant avec une égale indépendance et de l'honneur du sexe et du mécontentement des grands, souleva contre lui l'indignation générale, et se lit chasser du trône. »

Le tendre galant de Velly a fait place au tyran licencieux : au fond, c'est la même manière d'habiller le passé à la mode contemporaine.

Les romans de Chateaubriand étaient presque plus vrais que l'histoire d'Anquetil. Mécontent de la politique, brouillé avec Napoléon, l'auteur du Génie écrivit ses Martyrs, qu'il publia, à son retour d'Orient, en 1809. Il y a là un peu moins d'histoire que dans le Génie : c'est une épopée en prose où tous les siècles sont amalgamés et où Velléda, devenue prétresse gauloise, est contemporaine de Clodion le Franc. Mais peu importe : ces peintures sont d'une telle fraîcheur et ces héros d'une telle vigueur, tel est le charme varié du récif, l'apparente vérité des épisodes, que ces Romains de la décadence, ces martyrs de l'Évangile et ces Francs de l'invasion prennent à nos yeux l'attitude historique de personnages célèbres et semblent parfois les héros symboliques des civilisations disparues. Nul livre n'est plus de nature à plaire aux esprits jeunes, à réveiller les vocations encore endormies.

De l'influence de Chateaubriand naquit alors une œuvre qui doit être mise à un assez bon rang parmi les travaux historiques de ce temps, l'Histoire des Croisades de Michaud (1808 et s.). Jusque-là journaliste et poète, Michaud devint historien par amour pour le moyen âge ; il eut l'enthousiasme des croisades ; les raconter fut pour lui une tâche de réhabilitation. La philosophie du xvni* siècle n'avait vu en elles qu'une sanglante folie : Michaud expliqua les sentiments qui les avaient produites, la foi qui les lit durer, l'héroïsme qu'elles engendrèrent. Son récit est assez exact, du moins quand il eut corrigé les grosses inadvertances de la première édition : il suit pas à pas les chroniques des croisés, et il reproduit assez élégamment « la couleur poétique des vieux siècles ». Peu de profondeur ; trop peu de curiosité des institutions et des faits sociaux : une narration doucement intéressante.

xn liSTRODUCTION.

Ce qui achève de rendre Michaud tout à fait sympathique, c'est que, toute sa vie, il relut, refit, réforma son livre. Trente ans plus tard, il l'améliorait encore. A soixante ans, il faisait vers les Lieux-Saints un pèlerinage de chrétien et d'historien, pour y chercher une inspiration et une force nouvelles. Quand il mourut, en 1840, on put dire qu' « il ne s'était jamais séparé de ces héros de son livre, dont une longue et douce hahitude avait fait en quelque sorte les compagnons de sa vie* ».

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