A" LA JEUNESSE DES ÉCOLES
Tandis que des écrivains déjà célèbres marchaient, un peu péniblement, dans la voie nouvelle, les jeunes gens, « le peuple naissant » de l'école, écoutaient avec enthousiasme les échos de poésie et d'histoire qui leur venaient parfois du dehors. Guizot (né en 1787) envoyait des vers à l'auteur du Génie du Christianisme, et défendait dans les journaux Yelléda et Cymodocée : dès 1812, il suppléait Lacretelle à la Sorbonne. Ecœurés peut-être des insipides abrégés chronologiques qui demeuraient le fond de l'enseignement classique, Augustin Thierry (né en 1795) et Michelet (né en 1798), répudiant les leçons des maîtres officiels, s'adressaient en secret aux livres de Chateaubriand ou aux pierres des Petits-Augustins.
« En 1810* », raconte Thierry, « j'achevais mes classes au collège de Blois, lorsqu'un exemplaire des Martyrs, apporté du dehors, circula dans le collège. Ce fut un grand événement pour ceux d'entre nous qui ressentaient déjà le goût du beau et l'admiration de la gloire. Nous nous disputions le livre; il fut convenu que chacun l'aurait à son tour, et le mien vint un jour de congé, à l'heure de la promenade. Ce jour-là, je feignis de m'être fait mal au pied et je restai seul à la maison....
« A mesure que se déroulait à mes yeux le contraste si dramatique du guerrier sauvage et du soldat civilisé, j'étais saisi de plus en plus vivement ; l'impression que fit sur moi le chant de guerre des Franks est quelque chose d'électrique. Je quittai la place où j'étais assis, et, marchant d'un bout à l'autre de la salle, je répétai à haute voix et en faisant sonner mes pas sur le pavé :
« Pharamond ! Pharamond ! nous avons combattu avec l'épée!... »