‹ Extraits des historiens français du XIXe siècleChapitre 129 sur 246 · ESPRIT INDIVIDUEL ET PERSISTANCE DES MŒURS · texte numérisé non relu

ESPRIT INDIVIDUEL ET PERSISTANCE DES MŒURS

Deux traits caractéristiques éclatent dans la féodalité. L'un est la sauvage et bizarre énergie du développement des caractères individuels : non seulement ils sont brutaux, féroces, cruels : mais ils le sont d'une façon singulière, étrange, comme il arrive à l'individu qui vit seul, livré à lui-même, à l'originalité de sa nature et aux caprices de son imagination*. Le second trait qui frappe également dans la société féodale, c'est l'obstination des mœurs, leur longue résistance au changement, au progrès. Dans aucune autre société, les idées, les mœurs nouvelles n'ont eu autant de peine à pénétrer. La civilisation a été dans l'Europe moderne plus lente et plus pénible que partout ailleurs ; elle est arrivée au xvi" siècle avant d'avoir véritablement pris pied et fait la conquête du territoire. Nulle part il n'y a eu, pendant si longtemps, si peu de progrès avec tant de mouvement'-.

Comment ne pas reconnaître, dans ces deux faits, linfluence des circonstances matérielles sous l'empire desquelles vivait et se développait l'élément constitutif do la société féodale? Qui n'y voit l'effet de la situation du possesseur de fief, isolé dans son château, entouré d'une population subalterne et méprisée, obligé d'aller chercher au loin, et par des moyens violents, la société et l'activité qu'il r'a pas auprès de lui? Les remparts et

1. Ceci a été bien mis en lumière par 51. Flacli, 1. 1 (cf. p. lU, n. 1).

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