‹ Extraits des historiens français du XIXe siècleChapitre 150 sur 246 · ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME RELIGIEUSE

ET COiNSTlTUTION DU CALVINISME A GENÈVE»

Calvin.

Voyons maintenant ce que fit Calvin pour le protestantisme, que Luther avait établi, et pour la ville de Genève, que Farel avait réformée. Dernier acteur dans ce double drame, il fut dans le protestantisme, après Luther, ce qu'est la conséquence après le principe ; dans la Suisse, après Farel, ce qu'est la règle après mie révolution. Les choses arrivent en leur temps et les hommes pour les choses; aussi Calvin prit-il le rôle qui convenait à son époque et à ses facultés. Il était petit et maigre de corps, d'un teint brun, d'un visage régulier et pâle, d'une organisation débile. Il avait le front haut, l'œil étincelant, l'àme forte, le caractère plus opiniâtre qu'intrépide, l'esprit vif, peu inventif, mais très vigoureux, une mémoire prodigieuse, une logique puissante, le talent le plus clair, le plus méthodique et le plus frappant. Il aurait été incapable de soutenir la formidable lutte que Luther engagea, avec un courage mêlé de tant d'adresse, contre un adversaire qui n'avait jamais été vaincu. Il manquait de l'audace qui renverse, du génie qui invente, de la flexible habileté qui conduit, et même, on peut le dire, de l'éloquence qui entraîne, toutes quali-

i. Mémoire lu à l'Académie des Sciences morales et politiques en 4837. Réimprimé dans les Etudes historiques (Perrin, 5* édit., 1885). Mignet songea toute sa vie à écrire une Histoire de la Réforme : ce morceau était, sans nul doute, un chapitre détaché de son œuvre.

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