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ÉTABLISSEMENT DE LA REFORME A GENÈVE

tés que Luther avait à un degré éminent. Il aurait été tout aussi peu propre à convertir la Suisse française, comme l'avait fait Farel, et à gagner une à une ses vallées et ses villes, pendant douze ans d'un aventureux apostolat.

Mais s'il n'avait ni le génie de l'invention, ni le courage de la conquête; s'il n'était ni un révolutionnaire comme Luther, ni un missionnaire comme Farel, il avait une force de logique qui devait pousser plus loin la réforme du premier, et une faculté d'organisation qui devait achever l'œuvre du second. C'est par là qu'il renouvela la face du protestantisme et qu'il constitua Genève....

Calvin devint peu à peu le véritable chef de la république. Viret était retourné à Lausanne, et Farel avait fixé son séjour à Neufchâtel. Investi, tant qu'il vécut, de la présidence de la Congrégation et du Consistoire, qui ne devint annuelle qu'en 1564, après sa mort, il commença à gouverner souverainement, au nom de la religion, ces bourgeois jusque-là si indisciplinés et si indépendants.

Sa domination était plus réelle qu'apparente. Il vivait avec cent écus d'appointements qu'il recevait de la république comme professeur en théologie. II menait la vie la plus simple et la plus occupée. Outre sa charge de professeur, qu'il remplissait avec éclat trois fois par semaine, il prêchait huit jours sur quinze, et souvent deux fois le dimanche; il assistait tous les jeudis au Consistoire, tous les vendredis à la Congrégation ; il visitait les malades, et entretenait une vaste correspondance en Europe avec les principaux savants, les chefs politiques et religieux du protestantisme, et les Églises secrètes de France. Il trouvait encore du temps pour composer chaque année un ou deux ouvrages destinés à l'exposition ou à la défense de sa doctrine, outre la publication de ses sermons et de ses leçons, qu'on était parvenu à sténogra-

pilier. Il est vrai qu'il dormait fort peu et qu'il dictait une partie de la nuit. Le délabrement de son estomac, que le travail avait ruiné, ne lui permettait pas de prendre en vingt-quatre heures plus d'un repas, à la suite duquel, après s'être promené un quart d'heure, il retournait à l'étude. Mais s'il était sobre, désintéressé, laborieux, infatigable, il était chagrin, allier, impérieux, vindicatif, violent....

La maladie qui emportait Calvin étant une maladie lente, sa tin arriva moins vite qu'il ne le croyait. Il vécut encore un mois. Le 19 mai*, avant-veille de la Pentecôte, il désira assister à la censure que les ministres exerçaient les uns sur les autres, pour se préparera la cène et au repas fraternel qu'ils prenaient après en commun, en signe d'amitié. La censure et le repas eurent lieu dans sa maison, selon son désir. Il se fit porter de son lit à la table autour de laquelle étaient ses collègues, auxquels il dit en entrant : « Mes frères, je viens vous voir pour la dernière fois ». Il bénit les viandes, essaya de manger, et se fit remporter avant la fin du repas dans son lit, pour ne plus en sortir.

Ses forces diminuèrent de jour en jour, mais il conserva jusqu'à la fin sa présence d'esprit. Le 27 mai, il expira vers les huit heures du soir, sans éprouver aucune douleur. Théodore de Bèze, qui accourut pour recueillir son dernier soupir, n'arriva pas à temps, a Je trouvai )), dit-il, (( qu'il avait déjà rendu l'esprit si paisiblement, ayant pu parler jusqu'à l'article de la mort, en plein sens et jugement, qu'il semblait plutôt endormi que mort. )) ({ Voilà », ajoute-t-il, « comment en un même instant ce jour-là, le soleil se coucha, et la plus grande lumière qui fût en ce monde pour l'adresse de l'Église de Dieu fut retirée au ciel. »

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