Stuart Mill
3. C'est le point principal sur lequel je diffère de mon savant ami, M. Henri Martin. Du reste ce dissentiment ne diminue en rien mon estime sympatiiiquc pour sa grande et très belle histoire, si instructive, si riche de recherches et d'idées. Il a été infiniment utile, pour raviver la tradition nationale, trop effacée, que deux histoires qui s'aident, se suppléent l'une l'autre, aient paru simultanément.] — C'est en 1835 que VHisloire de France de Henri Martin commença à paraître. L'idée fondamentale du grand ouvrage de Henri Martin est \nj}erpéiuilé de la race gauloise : « La France nouvelle », dit-il, « l'ancienne France, la Gaule, sont une seule et même personne morale. La France existait longtemps avant de s'appeler France, nom de baptême et d'adoption sous lequel a disparu son nom naturel.... » Ce qui caractérise la race gauloise, c'est « la liberté, la personnalité, l'activité partout »; elle a connu, par le druidisme, « la notion la plus ferme, la plus claire, la plus développée qui lût jamais de l'iminortalité et de la destinée de l'âme ». L'invasion des Francs n'a rien changé à la Gaule : « ils ne font que raviver en Gaule ceux des éléments gaulois qui correspondent aux éléments germaniques ». Après Charlemagne reparaît « la France gauloise ». En Jeanne d'Arc « le mystérieux génie de la Gaule se réveille ». « L'héroïque personnalité du génie gaulois se manifeste solennellement, au xvn* siècle, dans l'ordre de la raison », avec Descartes et Corneille. Et enfin, « la France de 89 retrouve en elle, par delà l'esprit de Descartes, l'esprit de ces générations primordiales qui, du fond de la Gaule, avaient opposé au dieu Fatalité de l'Orient le dieu Vérité-Liberté ». Cf. p. lviii.