‹ Extraits des historiens français du XIXe siècleChapitre 167 sur 246 · Saint François de Sales · texte numérisé non relu

Saint François de Sales

5. Une des grâces de la France, qui en a tant, c'est qu'elle n'est pas seule, mais entourée de plusieurs Frances. Elle siège au milieu de ses filles, la Wallonne, la Savoyarde, etc. La France mère a changé; ses filles ont peu changé (au moins relativement) ; chacune d'elles représente encore quekpi'un des âges maternels. C'est chose touchante de revoir la mère toujours jeune en ses filles, d'y retrouver, en lace de celle-ci, sérieuse et soucieuse, la gaieté, la vivacité, la grâce du cœur, tous les charmants défauts dont nous nous corrigeons et que le monde aimait en nous, avant que nous fussions des sages.]

HISTUIUE DE FRANCE. 351

princes d'Empire, regardait toujours vers la France. On avait beau dire à Liège qu'elle était allemande et du cercle de W'estphalie, elle n'en voulait rien croire. Elle laissait sa 31euse descendre aux Pays-Bas^; elle, sa tendance était de remonter. Outre la communauté de langue et d'esprit, il y avait sans doute à cela un autre intérêt, et non moins puissant. C'est que Liège et Dinant trafiquaient avec la haute Meuse, avec nos provinces du Nord ; elles y trouvaient sans doute meilleur débit de leurs fers et de leurs cuivres, de leur taillanderie et dinanderie, qu'elles n'auraient eu dans les pays allemands, qui furent toujours des pays de mines et de forges. Un mot d'explication.

La Ibrlune de l'industrie et du commerce de Liège date du temps où la France conunença d'acheter. Lorsque nos rois mirent fin peu à peu à la vieille misère des guerres privées, et pacifièrent les campagnes, l'homme de la glèbe, qui jusque-là vivait, comme le lièvre, entre deux sillons, hasarda de bâtir; il se bâtit un àtre, inaugura la crémaillère, à laquelle il pendit un pot, une marmite de fer, comme les colporteurs les apportaient des forges de Meuse. L'ambition croissant, la femme économisant quelque monnaie à l'insu du mari, il arrivait parfois qu'un matin les enfants admiraient dans la cheminée une marmite d'or, un de ces brillants chaudrons tels qu'on les battait à Dinant.

1. Il est juste de dire que la Meuse reste française, tant qu'elle

Eeut. Elle tourne à Sedan, à Mézièjes, comme pour s'éloigner du uxembourg. Entraînée par sa pente, il lui faut bien couler aux Pays- Bas, se mêler, bon gré, mal gré, d'eaux allemandes; n'importe, elle est toujours française jusqu'à ce qu'elle ait porté sa grande Liège, dernière alluvion de la patrie.] — Hemarqucz ici ce qui est peut-être le caractère essentiel du talent de Michelet : qui est de donner aux choses inanimées (l'Aa, la Meuse) les passions, les volontés mêmes des êtres vivants. Il ne se borne pas à se les figurer comme des personnes, il les pousse jusqu'à la dernière limite de l'action et de la pensée. C'est le comble de V anthropomorphisme historique.

352 MICIIELET.

Ce pot, ce chaudron hcnklitaire, qui pendant de longs âges avaient lait l'honneur du loyer, n'étaient guère moins sacrés que lui, moins chers à la famille. Une alarme venant, le paysan laissait piller, brûler le reste, il emportait son pot, connue Énée ses dieux. Le pot semblait constituer la famille dans nos vieilles coutumes ; ceux-là sont réputés parents, qui vivent « à un pain et à un pot )).

Ceux qui forgeaient ce pot ne pouvaient manquer i'ètre tout au moins les cousins de France. Ils le prouvèrent lorsque, dans nos atlreuses guerres anglaises, tant de pauvres Français atTamés s'enfuirent dans les Ardennes, et qu'ils trouvèrent au pays de Liège un bon accueil, un cœur fraternel.

Quoi de plus français que ce pays wallon? il faut bien qu'il en soit ainsi, pour que là justement, au plus rude combat des races et des langues, parmi le bruit des foi'ges, des mineurs et des anuuriers, éclate, en son charme si pur, notre vieux génie mélodique. Sans parler de Grétry, de Méhul, dès le xv^ siècle, les maîtres de la mélodie ont été les enfants de chœur de Mous ou de Nivelle.

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