Cf. ici, p
INTRODUCTION. xix
Entre Mably et Giiizot il y avait un monde de pensées nouvelles et de nouveaux travaux. Mably s'était assez peu préoccupé de l'analyse des documents : de là, « des méprises, des variantes sur les mêmes données fausses, des suppositions bâties à côté des faits* ». Chez Gaizot, la lecture des textes originaux a précédé la théorie, l'a déterminée ou l'a contrôlée. Après s'être servi des textes, il a recouru aux ouvrages modernes ; il a eu la curiosité de lire ce que les juristes et les philosophes allemands avaient écrit sur la matière; il ne craint pas d'accepter leur doctrine et de le dire. Les Essais sont un travail de rigoureuse méthode et de scrupuleuse droiture.
Certes Guizot subit encore l'influence de Mably et des philosophes politiques. Son but est de rechercher comment « les institutions libres, les institutions aristocratiques, les institutions monarchiques » se sont transformées ou combattues jusqu'au x« siècle. C'est de Germanie que dérivent, selon lui, les institutions politiques de la Gaule : « Les Germains ont appliqué à leur nouvelle situation les principes d'après lesquels ils gouvernaient »; le système féodal est né au delà du Rhin, et Charlemagne a rendu vigueur au principe de liberté. Guizot, comme Mably, est gei-maniste convaincu. Mais l'est-il deveiui en lisant les textes ou sous l'action de Mably? La lecture de ses pamphlets nous inviterait à la seconde conclusion, mais la lecture de ses livres nous fait pencher pour la première*.
Même après trois quarts de siècle d'analyses minutieuses et de discussions acerbes, les Essais demeurent un bon et beau livre. Il a fallu à Guizot, en plus de ses elForts de travail, une clairvoyance instinctive de la vérité, pour arriver, sans guide sûr, à d'indiscutables résultats. Son livre est la première percée de lumière qui ait traversé les ténèbres de nos primitives institutions. Sur la ruine des classes moyennes au iv° siècle, sur l'Église, héritièi-e du régime municipal romain, sur les caractères communs du gouvernement de Clovis et de Syagrius, sur l'étroite relation qui existe entre l'état des terres, l'état des personnes et les institutions politiques, sur les assemblées carolingiennes, instrument de gouvernement et non pas intervention populaire', sur les caractères propres