‹ Extraits des historiens français du XIXe siècleChapitre 229 sur 246 · IIISTOIUE DE LA LITTÉRATURE ANGLAISE · texte numérisé non relu

IIISTOIUE DE LA LITTÉRATURE ANGLAISE

peut être remplacé par un autre; toujours les trenle ou quarante gentlemen d'un district, riches, influents, accrédités, utiles comme ils sont, se trouveront les conducteurs du district.

« Comme on voit le diable dans les papiers périodiques », disait Montesquieu, « on croit que le peuple va se révolter demain*. » Point du tout, c'est leur façon de parler; seulement ils parlent haut, et d'un ton rude. Le lendemain du jour où j'arrivai à Londres, je vis marcher des hommes-affiches portant sur leur ventre et sur leur dos cet écriteau en grosses lettres : « Usurpation énorme, attentat des Lords dans le vote du budget contre les droits du peuple. » Il est vrai que l'affiche ajoutait : « Compatriotes, une pétition ! » Les choses se bornent là; on raisonne en termes francs, et le raisonnement, s'il est bon, se propage. Une autre fois, à Hyde-1'ark, des orateurs en plein vent déclamaient contre les lords, qui sont des coquins (rognes). L'auditoire applaudissait ou sifflait, à volonté, a En somme », me disait un Anglais, « c'est de cette façon-là que nous faisons nos affaires. Chez nous, quand un homme a une idée, il l'écrit; une douzaine de personnes la jugent bonne ; et là-dessus tous mettent en commun de l'argent pour la publier; cela fait une petite association, qui grandit, imprime des traités à bon marché, fait des lectures, puis des pétitions, rallie l'opinion, et enfin apporte un projet au Parlement; le Parlement refuse, ou remet l'affaire; cependant le projet prend du poids ; la majorité de la nation pousse, ^j^ force les portes, et voilà une loi faite. » ^Hfiibre à chacun d'agir ainsi ; les ouvriers peuvent se olfiier contre leurs maîtres ; en effet, leurs associations enveloppent toute l'Angleterre; à Preston, je crois, il y

1. Voyez tout ce que Montesquieu dit du peuple anglais: Extraits de l'Esprit des Lois, p. V3Z et suivantes.

eut une fois une grève qui dura plus de six mois. Ils feront parfois des émeutes, mais point de révoltes; ils savent déjà l'économie politique, et comprennent que violenter les capitaux, c'est supprimer le travail. Surtout ils sont flegmatiques ; ici comme ailleurs le tempérament est toujours la grande force. La colère, le sang ne leur monte pas aux yeux d'abord comme chez les nations méridionales; un long intervalle sépare toujours l'idée de l'action, et les raisonnements sages, le calcul répété viennent remplir cet intervalle. Entrez dans un meeting^ considérez ces gens de toute condition, ces dames qui viennent pour la trentième fois entendre la même dissertation, ornée de chiffres, sur l'éducation, sur le coton, sur les salaires. Ils n'ont pas l'air de s'ennuyer; ils savent heurter argument contre argument, patienter, réclamer gravement, recommencer leur réclamation; ce sont les mêmes gens qui attendent le train au bord de la voie ferrée, sans se faire écraser, et qui jouent au cricket deux heures durant sans élever la voix ni se disputer une minute. Deux cochers qui s'accrochent se dégagent sans tempêter ni s'injurier. Ainsi dure leur association politique ; ils peuvent être libres parce qu'ils ont des conducteurs naturels et des nerfs patients.

Après tout, l'État est une machine comme les autres; tâchez d'avoir de bons rouages et prenez garde de les casser; ceux-ci ont le double avantage d'en posséder de très bons et de les manier avec sang-froid*.

1. Monod, introduction à la traduction de Green. Histoire du peuple a/tf/tois, t. I, 1888, p. XXVII : «Aucun peuple n'a jamais porté aussi haut que le peuple anglais le sentiment de la dignité humaine. Il a pu mériter des haines, il a toujours commandé l'estime. Il a donné au monde des exemples admirables, non seulement de travail, de perse-, vérance, d'initiative individuelle, mais aussi d'amour de la liberté, de résistance à l'oppression, de fidélité inébranlable au devoir. La ruine de l'Angleterre ne serait pas seulement une défaite pour la liberté dans le monde, le monde y perdrait quelque chose de sa noblesse. »

La classe moyenne en 1789.

V ANCIEN ESPRIT DU TIERS. — LES AFFAIRES PUBLIQUES NE REGAR- DENT QUE LE ROI. LIMITES DE l'oPPOSITION JANSÉNISTE ET

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