‹ Extraits des historiens français du XIXe siècleChapitre 24 sur 246 · Evidemment le sujet alors · texte numérisé non relu

Evidemment le sujet alors

était par lui-même populaire. En i82i! horion eut le courage de publier la Bataille d'Hasthiffs, poème en 12 chants.

I>TRODUCTION. xxvii

longues conséquences politiques (la force de la royauté, la cohésion de la féodalité anglaise); mais les questions de race n'ont rien à voir là dedans, et le développement des libertés anglaises est non pas la revanche des vaincus, mais le travail naturel de la société sm' elle-même. Il a manqué à Thierry, pour faire un livre de science, cette minutieuse analyse des documents, cette discussion acharnée avec les chroniqueurs, cette patiente statistique des faits ou des noms qui sont le travail préalable atout jugement sur le passé. Le doute est la condition de l'histoire : Thierry, par nature, était la contiaiice même. Il a trop vu sa Conquête avant de l'avoir achevée.

Dans le récit même, il n'a pas été assez scrupuleux sur le choix de ses chroniques. Il emprunte au Roman de Rou le passage sur le débarquement de Guillaume en Angleterre* : mais les incidents en semblent tellement des réminiscences classiques, que l'on demeure incertain. Le discours du duc normand avant Ilastings est superbe d'énergie et de concision : Thierry l'a du reste fait et refait plusieurs fois; mais le ton et les idées principales, il les a empruntés fidèlement au Roman. Est-il bien sûr de sa source? Guillaume le Conquérant n'y parle pas autrement que les Romains de Tite-Live ou l'Agricola de Tacite. Et on pourrait citer des défaillances plus dangereuses.

Ces réserves faites (et elles sont graves), le livre de Thierry demeure une œuvre historique fort séduisante : elle a une telle grâce d'allure, la langue y est d'une si franche clarté, une si douce émotion y est répandue ! c'est, connne on l'a dit, l'aimable « épopée des vaincus ».

Avec la gloire, le malheur arrivait à Thierry, Aveugle, malade, il s'arrêta près de deux ans dans cette vie de travail qui était sa grande joie 2. Il ne put, pendant les années qui suivirent, écrire que quelques lettres sur l'histoire des communes, en particulier de Laon, de Reims et de Vézelay. Tout en demeurant fidèle à ses habitudes narratives, il abordait cette étude du Tiers État qu'il avait lui-même proposée à ses contemporains. Là encore, il retrouvait « ses vaincus », chers à son esprit de saint-simonien et de libéral. Ces Lettres paru-

Page 1