M. Aulard dit avec raison
« M. Thiers exposait avec bonne humeur les faits que Lacretelle et les autres exposaient avec tristesse. » Etudes et Leçons^ p. 55.
2. On doit lire toute la préface de Barante pourvoir jusqu'à quel point il est préoccupé de trouver dans l'histoire du xv* siècle des raisons de mieux aimer et de mieux faire aimer la liberté poli-
tique et la liberté religieuse. Voyez t. 1, p. 79 : « J'espère donc, sans l'avoir traitée explicitement, ne pas être demeuré inutile à celle vaste question qui occupe et absorbe tous les esprits, et qui se plaide sur toute la surface du monde civilisé par la parole ou par les armes; à cette question qui embrasse aujourd'hui la politique, la morale, la religion, et
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«. l'idée de liberté ». et il la recherche avec un certain plaisir sous les Romains du Bas-Empire et au temps de Cliar- Icniagiie. Pourtant (dût cette assertion paraître paradoxale en notre temps trop hostile à Guizot), c'est lui peut-être qui, sans y réussir toujours, a fait le plus heureux effort pour n'être jamais qu'historien*. — C'est enfm le tempérament libéral de ces écrivains qui explique l'intérêt particulier qu'ils ont pris à l'histoire de l'Angleterre, la patrie et le modèle des institutions qu'ils aimaient.
Qu'ils aient campé un peu la vérité à la moderne, cela était inévitable. Leurs récits ressemblent aux vignettes qui accompagnaient leurs livres; les personnages ont les costumes de leur temps, mais ils ont une allure romantique et théâtrale, et il n'est pas une très grande différence entre la pose de Chai'les le Téméraire et celle de Mirabeau. Mais quel historien poiu'ra jamais s'abstraire entièrement de son époque, de son milieu, de ses sympathies personnelles? Lenain de Tillemont n'a pu y arriver lui-même ; Fustel de Coulanges et Tocqueville, sous les dehors d'une science austère et toute objective, ont été des passionnés, des hommes de combat et, à certaines heures, des hommes du moment.
Rendons la justice aux historiens de 1820 qu'ils ont fait tout ce qu'ils ont pu pour ne point subordonner la vérité à la liberté. Et voici peut-être la principale ressemblance qu'on trouvera entre eux tous : le recours constant et immédiat aux documents. C'est, dans notre littérature historique, le plus large emprunt qui ait encore été fait aux sources mêmes do l'histoire.